‹ Histoire générale des Hongrois (volume 2)Chapitre 126 sur 138 · Hazafiui azôzat, etc · texte numérisé non relu

Hazafiui azôzat, etc

398 HISTOIRE GÉNÉRAIiE DES HONOROIS

rappelait les guerres contre les Turcs, le soulèvemeDt gigantesque de 1741, les efforts les plus récents contre la France. Il considérait les victoires des Français comme dues pour une grande part à leur fougue, à leur extrême mobilité : ce n'est pas, disait-il (en termes plus réservés, mais traduisons sa pensée), ce n*est pas la lente tactique autrichienne qui pourra lutter contre eux; retrempons-nous dans la vieille fureur hongroise, attaquons sans hésiter et en masse. Il n*est pas besoin pour cela de soldats lentement façonnés à[la discipline, mais de citoyens exercés pendant quelques semaines au maniement des armes. Ainsi l'officier poète retournait les souvenirs de 1792 contre la France.

Mais nous avons vu combien, même en 1809, les chefs distingués de l'armée et de la politique autrichiennes, Charles, Stadion, l'Empereur se défiaient des moyens révolutionnaires. Ils voulaient à la fois exciter les peuples et enchaîner leur élan. Calcul funeste à leui* monarchie! Les vingt mille hommes qui s'acheminaient vers Raab à la rencontre de l'archiduc Jean ne manquaient pas "d'ardeur, nous en avons eu maintes preuves, mais ils n'avaient aucune idée de ce qu'était une bataille, une manœuvre ; à la première occasion sérieuse ils devaient perdre la tête. Ils savaient tout au plus se servir de leurs armes, et ces armes étaient en mauvais état : beaucoup de pistolets n'avaient même pas de chien. L'octogénaire Alvinczy dirigeait cette administration avec une mollesse qu'expliquent son âge et les fatigues d'une carrière militaire de soixante ans. Il s'attira dans les derniers jours de sa vie, les imprécations do ses concitoyens, et la faute n'en était pas à lui. Enfin, un autre mauvais résultat du manque d'exercice était l'extrême lenteur de la levée. Eût*on toute l'ardenr possible, il n'en fallait

pas moins attendre d'être équipé pour une camps^ne, Les cercles de la Theiss arrivèrent trop tard.

Les Hongrois occupaient près de Raab une forte position, protégée par des marais, et qui excita, dit la tradition- magyare, Tadmiration de Lauriston : le général français aurait même avoué plus tard que si cette position avait été conservée, l'armée d'Eugène n'aurait pas osé attaquer. Mais il s'agissait de recevoir les troupes épuisées de l'archiduc Jean ; quelques bataillons furent envoyés à leur rencontre. Dans la vallée du Raab ils livrèrent à des détachements français quelques combats peu importants. Le bataillon de Pesth, attaqué sérieusement dans les marais de Karako, résista pendant deux jours, et protégea par cette diversion la retraite de l'archiduc. 11 fallut pour triompher de cette troupe héroïque, une canonnade qui tua ou blessa grièvement sept cents tiommes, au témoignage du commandant Gosztânyi. Le 13 juin, Jean venait réunir à l'insurrection inexpérimentée les débris de ses bandes aguerries : la bataille devait se livrer le lendemain. Les Magyars chargent ici cruellement le chef de l'état-major de Tarchiduc, si ce n'est l'archiduc lui-même. Ils déclarent qu'il a causé la perte de la bataille en abandonnant, par incapacité ou par une sorte de jalousie, l'excellente position occupée par les Hongrois depuis plusieurs jours : ne serait-ce point une trahison, se demandent-ils, injustement sans doute. Il est certain que les Français occupèrent une position élevée, d'où leur artillci- ,; rie, protégée par un bois, pouvait tirer tout à son aisjB, ,èj;,i que la cavalerie noble de Hongrie, magnifiquement vét^e^u costume national, était aussi mal placée que possil^^. ,30us le feu des canons français et le long d'un oanftl ^ui ^$H^\t ses mouvements. ,,j , • .; ,

La lutte commença vers une heure de Taprès-midi par les décharges de l'artillerie française qui furent d*abord patiemment supportées par la cavalerie hongroise; mais à la fin, exaspérée de son inaction, elle essaya contre les Français la vieille charge nationale, la charge de Hunyade, aveugle, furieuse, et qui se change en déroute si elle ne triomphe pas soudainement. Le canal, les marais, les décharges redoublées des canons français, plus que tout cela, Tînexpérience de cette noblesse, lui firent prendre la fuite et entraînèrent la défaite de Tarmée autrichienne, bientôt achevée par la cavalerie de Montbrun. Cependant quelques bataillons de rinfanterie reformèrent leurs rangs, trop tard pour continuer la bataille, mais à temps pour permettre à Farmée régulière de l'archiduc de se retirer en bon ordre jusque dans Comorn, la ville imprenable.

Il y eut encore avant le choc décisif de Wagram, pendant l'armistice de fait entre les deux grands adversaires, plusieurs petits engagements où se montrèrent les Hongrois. Un détachement commandé par le comte Szapary fut envoyé de Comorn pour faire une reconnaissance : elle rencontra le général Lamarque et le combattit avec acharnement. Deux simples soldats se signalèrent : Melegh, six fois blessé, voulut pénétrer- à travers la troupe ennemie jusqu'au général, l'atteignit] en effet, et parvint à s'échapper. Mlinarik cornbattait malgré douze blessures ; il fallut qu'il perdit le bras droit pour qu'on pût l'emporter loin du champ de bataille. Le soir même Kisfaludy les vit tous deux à l'ambulance, défiguras, mourants. Comment vous sentez- vous? leur demanda-t-il. — Ce qui nous fait de la peine, répondit l'un d'eux, c'est de ne pouvoir plus rendre la pareille aux Français qui se moquent de nous.

Cependant il devenait impossible de défendre la ville de Raab, autrefois redoutable place forte, mais qui n'était plus en rapport avec le nouveau système de guerre. Le général Péchy convint avec Eugène qu'il livrerait la place si dix jours après la bataille il n'avait pas reçu de secours. Le viceroi ne crut pas nécessaire de terminer lui-même une opération aussi peu importante, et s'en alla rejoindre la Graude Armée, en laissant devant Raab le général Narbonne, homme éminent de l'ancien régime, qui devait bientôt remplir une mission plutôt politique que militaire*. Le 24 juin, Péchy livra la place suivant les termes de l'armistice, et M. de Narbonne prit le commandement.

Deux jours plus tard, Davoust marchait sur Presbourg. Il devait attaquer, non pas la seconde capitale de la Hongrie, mais la tête de pont de la rive gauche du Danube qui menaçait d'une agression autrichienne la rive droite tombée entre les mains des Français. Les instructions du maréchal portaient qu'avant de bombarder , il devait envoyer une sommation « pour épargner les horreurs de la guerre à l'inté- » ressante ville de Presbourg. » Là encore les Hongrois se signalèrent, notamment le régiment de Pasztory, mais sans résultat bien appréciable pour l'issue de la campagne.

Comment juger ia conduite militaire des Hongrois pendant les six semaines que nous venons de parcourir? Les Allemands se montrèrent sévères : ils ne reconnaissaient plus la valeur hongroise ; ils se demandaient ce qu'étaient devenues les magnifiques promesses de la diète de 1808. Ce fut le mot d'ordre à Vienne de tourner en ridicule ces beaux gentilshommes qui, poi;ir ne pas gâter leurs costumes d'or

i. Correspondance de Napoléon, XIX, 190 et suiv. — ViUemain, Souvenirs contemporains , 1 1 7-1 1 9 .

et de velours par des blessures reçues en face, avaient préféré ne montrer que le dos à Tennemi. Il y avait entre les soldats et entre les officiers des deux nations des discours aigres et même de fréquentes provocations, que l'habile impartialité du palatin ne pouvait toujours conjurer. Le palatin lui-même, bien que sa conduite ne prêtât plus aux soupçons qui avaient pu l'atteindre en 1805, était assez mal vu : lui et son frère l'archiduc Jean se renvoyèrent la responsabilité des événements dans une discussion violente qui eut lieu devant François II. L'Empereur impatienté ne put s'empêcher de leur dire : « Vous auriez bien dû être d'accord en » face de l'ennemi au lieu d'employer vos forces dans ces » querelles inutiles*. »

Bientôt parurent des brochures moqueuses contre les Hongrois, brochures qui formèrent l'opinion de l'Allemagne sans contrôle possible, car la presse magyare fut de nouveau bâillonnée : Eisfaludy, témoin de cette campagne, ne put jamais faire paraître ses souvenirs de la guerre de 1809. De nos jours encore, les deux historiens les plus autorisés de celte période, ne conservent pas en parlant de l'insurrection et de la bataille de Raab, leur impartialité habituelle : fuite rapide, dit Hseusser, et qui livra l'aile gauche, — fuite peu honorable, dit Springer, et pour le général et pour les soldats 2.

L'appréciation des Hongrois est naturellement toute différente. Mais comme le patriotisme de M. Horvâth pourrait inspirer quelque défiance, interrogeons l'ennemi , très-bon

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