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juin 1812, le roi demanda des soldats pour former le corps auxiliaire qui , sous les ordres de Schwarzenberg , devait appuyer Tinvasion de la Russie. Chacun comprenait la cruelle nécessité que subissait la monarchie autrichienne, et s'inclinait sans inurmure : le comitat de Pesth fournit 540 hommes, les autres dans la même proportion. Jusqu'à quel point les auxiliaires hongrois ont-ils pris leur part des soufiFrances de la retraite? c'est ce que nous ne saurions dire. Toujours est-U que quelques mois plus tard les peuples de l'Autriche devaient s'infliger de nouveaux sacrifices pour combattre les Français, leurs alliés d'un jour.
Si TEmpereur d'Autriche n'a consommé que le 10 août 1813 sa rupture avec son gendre, il ne faut pas croire qu'il n*y eût pas songé de longue date. La preuve en est que dès le 23 février il demandait des conscrits au royaume de Hongrie. Les comitats objectèrent que la levée était illégale, qu'il ne pouvait y avoir, à moins de convoquer la diète , que des engagements volontaires et des dons gratuits. Mais le cabinet de Vienne, engagé dans de tortueuses négociations avec toute l'Europe, ne se souciait pas d'une discussion publique. On compta sur l'amour-propre national, qui ne voudrait pas se laisser distancer par le mouvement patriotique de TAllemagne. Ce ne fut point une illusion : les conscrits, les dons volontaires en blé, en vin, en chevaux afQ.uèrent.
Lorsque l'Autriche, prudente cette fois, eut bien vu que l'Europe conjurée prononçait la ruine de Napoléon , lorsqu'elle lui eut bien fait perdre au congrès de Prague son dernier élan victorieux, elle imprima une impulsion nouvelle à ses peuples. Le 13 juillet, le palatin écrivit aux comitats que le maintien de la paix n'était plus possible; qu'en un moment si grave on ne pouvait réunir une assemblée, à
cause de la rapidité foudroyante des événements; que le roi, comptant sur le dévouement de ses sujets, leur demandait surtout d'augmenter leur excellente cavalerie légère.
Cette circulaire eut un succès complet. Seul le gênant comitat de Pesth fit intervenir des scrupules : il n'y eut qu'une voix dans le pays pour remercier le gouvernement de ses efforts pacifiques malheureusement inutiles, et lui offrir tout ce qu'il demandait. Seize mille cavaliers se Irouvèrent en quelques semaines, et furent incorporés aux douze régiments de hussards: une rapide cavalerie de 25,000 hommes put être mise en ligne dans les plaines de la Saxe.
La fortune parut d'abord rester fidèle à Napoléon : la bataille de Dresde coûta cher aux alliés, et à la veille de Leipzig François II s'exprimait à peu près dans ces termes :« Ceux qui versent leur sang sous nos yeux méritent bien de n être pas oubliés par ceux qui vivent auprès de leurs foyers tranquilles. Mes Hongrois si fidèles laissent-ils peser tout le fardeau de la guerre sur nos provinces héréditaires? Nous recevrons tout avec plaisir, surtout des recrues. »
Les comitats se montrèrent bien disposés : a Enfin, répondait le comitat de Pesth, le sauvage ennemi est menacé dans ses propres frontières, et forcé de consacrer à sa propre défense les forces qu'il employa naguère à opprimer les nalidns Nous sommes heureux des victoires de Votre Majesté, qui lui permettront de songer au bien deses sujets, car la crainte de l'ennemi rendait tous les vœux stériles. Nous ne refuserons aucun secours ; et si la loi interdit toute levée de troupes sans un vote de la Diète, les patriotes sont autorisés à s'engager individuellement. »
Le roi fut contrarié de cette perpétuelle chicane légale, et sans doute se promit d'y mettre un terme lorsqu'il serait
assez fort. Les dons volontaires, les engagements volontaires ne faisaient pourtant pas défaut : ils dépassaient même les exigences royales, mais ils avaient un air d'indépendance bien fait pour irriter. Le 16 novembre, François II écrivit de Francfort pour demander encore 60,000 conscrits destinés à l'invasion de la France. L*espoir d'en finir et de recouvrer la paix fit trouver encore cinquante mille hommes, mais à quel prix! On peut en juger par le comitat de Pesth qui renfermait encore à la fin de 1812 neuf mille hommes ayant de dix-sept à quarante ans, célibataires, et en état de porter les armes : plus de deux mille hommes partirent en 1813, deux mille cinq cents contribuèrent à la campagne de France. Donc la bonne moitié en quelques moisi II est vrai que les derniers arrivés furent dispensés de combattre par l'abdication de Napoléon.
Le 22 juin, l'Empereur, de retour à Vienne, remerciait ses peuples représentés chacun par une députation. L'archevêque d'Erlau conduisait les Hongrois. « Je reconnais avec plaisir, dit François, que chaque partie de la monarchie a contribué au salut général. Il y a de grandes blessures à guérir : ce sera Tœuvre de la paix. Sachez supporter la bonne fortune aussi bien que la mauvaise. Aimez votre patrie, ayez toute confiance en un prince qui n'a d'autre but que votre bonheur. »
C'était là le langage d'un souverain paternel : il annonçait un doux despotisme plutôt que la liberté. L'occasion se présenta bientôt de réclamer la convocation d'une assemblée, alors que la nouvelle du retour de Napoléon mit l'Europe au désespoir. La demande fut éludée, et les soldats furent levés sans résistance ; mais Waterloo arrêta tous les préparatifs, et le danger d'une guerre européenne fut pour longtemps
écarté. Les Magyars purent se figurer, comme tant d'autres peuples, que, sur les débris de TËmpire français, ils avaient fondé la liberté universelle. Le bronze des canons pris à l'ennemi servit à frapper des médailles gui furent distribuées aux soldats. Elles portaient pour légende : Europa Hbertati asserta. Quelle allait être cette liberté dans la Hongrie du dix-neuvième siècle ?