Dessewlfif levelezése, I
Dièto, les vœux exprimés par elle n'obtinrent que des réponses évasives ou dédaigneuses. Les assemblées précédentes, disait-on, avaient pris déjà bien assez de décisions sur la langue magyare (ce qui était un peu vrai). Les exercices militaires ne pouvaient être autorisés pour le moment. La clôture était fixée au 19 mai.
La majorité furieuse fit éclater un tel orage de reproches que le Gouvernement jugea quelques concessions nécessaires. L'exclusion de Dessewffy fut annulée, et les brochures hostiles à la Hongrie purent être réfutées impunément. Mais si la liberté de parler et d'écrire reçut ainsi quelques satisfactions, il n'y eut rien de changé quant aux finances, à part des exigences nouvelles. La question des contrats entre particuliers venait encore tout envenimer. Telle personne s'était engagée, en 1810, à payer dix mille florins à telle autre personne en 1813 : comment le paiement devait-il se faire : en argent ou papier? Là-dessus aussi il y avait désaccord entre les députés et la cour. Les ministres, trouvant que Ton avait sufîisamment mis au grand jour les dangereux mystères des finances, pressaient la rédaction des projets de loi, pour en finir.
On ne pourrait, sans tomber dans une extrême monotonie, raconter en détail les dernières phases de cette lutte. Les modérés de l'opposition eux-mêmes, Vay, lUeshâzy, déclaraient que mieux valait se séparer sans faire de lois et céder à la force brutale, qu'il fallait envoyer à Vienne une députation solennelle conduite par le palatin. Mais il était trop tard. L'archiduc Antoine vint prononcer un aigre discours de clôture, engageant les députés à se rendre dignes des bonnes grâces du roi. — Et tout fut fini. Les ennemis de la Hongrie (et ils étaient nombreux même parmi les esprits li-
béraux) frémirent de joie à la nouvelle de ce coup de force. Le découragement visible des députés fatigués d^une si longue lulte semblait condamner une constitution vieillie, et proclamer le triomphe du pouvoir absolu. Mais Thistorien libéral de TAutriche, Springer, en juge tout autrement : il estime que la Hongrie a eu raison de ne pas vouloir être traitée en province esclave *. Nous ajouterons que, pour qui envisage dans son ensemble l'Europe de cette époque, le rôle des Magyars devient très-grand parce qu'il est unique : n'était-ce rien de délibérer et de résister en 1811 ?
Elle est cruelle la situation d'un peuple partagé entre Tirritation légitime que fait naître en lui la conduite de son souverain, et son amour-propre blessé par l'ennemi. Tels les Magyars, dans la lutte suprême, durent combattre Napoléon pour le triomphe d'un roi qui venait de violer leurs libertés. Aussi ne devaient-ils montrer cette fois i)i leur froideur de 1805, ni leur enthousiasme de 1809. Ils accomplirent leur devoir de chevaliers et de sujets ; ils se souvinrent d'Essling. de Raab, de la paix de Vienne; ils vengèrent sur l'empire français l'occupation de leur sol par une armée étrangère ; enfin, le parti conservateur se joignit volontiers au grand effort de l'ancien régime pour achever l'œuvre des coalitions. Mais tout cela se fit sans déploiement de passions politiques : aucun poète ne chanta la victoire de Leipzig ni la prise de Paris; aucun publiciste n'excita ses compatriotes à prendre les armes; aucun orateur, de la chaire ou de la tribune, ne prêcha la guerre nationale : il n'y eut en Hongrie ni Gentz, ni Fichte, ni Kœrner.
Aussitôt après la dissolution de la Diète, dès le mois de