Epist. Procerum, I
4. L^ambition ne lui manquait pourtant pas, suivant Istvanfi, qai fait d'ailleurs reloge de son caractère (L. IXJ.
Tokay : on y arriva nombreux du vieux pays magyar, des contrées qu*arrose la Theiss. Ainsi commençaient à se dessiner les deux Hongries : la Hongrie orientale, souvent alliée des sultans ou assurée de leur neutralité, et la Hongrie occidentale résolue à combattre, non sans indépendance, sous les drapeaux autrichiens. Dans cette assemblée Verbôczy * rappela l'élection toute nationale de Mathias, suivie d'un glorieux règne, et Jean 1" fut proclamé, la diète de couronnement convoquée dans Albe royale pour le 5 novembre.
Paul Bakics et Kun, des hommes d'action, se chargèrent
d'aplanir la route devant le roi Jean; Pierre Perényi lui
livra la couronne, mais non sans une visible jalousie que
partageaient plusieurs autres grands. Au moment même de
la cérémonie, l'éloquence de Verbôczy fut encore nécessaire ;
il rappela devant les envoyés de Ferdinand le vote solennel
de 1505 qui excluait les princes étrangers, et il s'écria :
« Voulez- vous pour roi le prince autrichien ? — Non, pour
tous les biens de la terre, non. — Que voulez-vous alors ? —
îânos, Jânos 1 Le couronnement eut donc lieu, et la diète
agissant dans la plénitude de sa puissance légale, déclara
infidèles les Hongrois qui se rendraient aux États de Comorn,
ou plutôt de Presbourg, car cette dernière Assemblée dut se
rapprocher de TAutriche. La diète occidentale ne s'émut point
1 . Voici comment parle de lui à cette occasion le chevalier Casalis dans une lettre à Henri VHI : Stophanum Verbecium, virum nobilem, sapientem orandi peritissimum, et inter nobiles magnœ auctoritatis, <Itii quondam fuit palatinus, licet postea depositus, et semper tutatus est jura regni contra tyrannos (Simonyi, 1. cit. n» 9). — Un autre étranger, le vénitien Massario, jugea sévèrement Bâthory, qui avait toujours été l'ennemi principal de Zâpolya (Szalay, IV, 5) : Da lutte bore e ebrio, de la màtina ôno la sera e data sera fino la matina, odiato da tutti.
de rexcomunication ; elle accueillit et enregistra les promesses de Ferdinand, qui fut proclamé (décembre 1 526) : la Hongrie possédait deux anti-rAis^ qui nommèrent deux an ti' bans de Croatie.
 qui serait la victoire ? Elle dépendait surtout des puissances étrangères et de la vaste partie politique eng^agée contre Charles-Quint (1527) par la plupart des princes de TËurope. Le gouvernement du roi Jean, cherchant des appuis au dehors, donna à la diplomatie hongroise une extension qu elle n'avait jamais eue '. La famille aventureuse des Frangepân fut la première à lui rendre des services : Christophe était un héros, mais un héros condottiere; déjà avant la bataille de Pavie, François I" entretenait des relations secrètes avec lui ; maintenant il apportait à Zâpolya l'appui de son épée et de son intelligence contre Ferdinand qui avait trop tardé à Tacheter. Jean Frangepân avait vu le roi de France prisonnier, peut-être aussi à Bayonne après sa délivrance, et il agit sur Venise et Constantinople. Quant à François Frangepân, qui était entré dans les ordres mendiants, l'évéque Josefics et lui mirent le roi national en rapport avec le pape Clément VU, ennemi acharné de la maison d'Autriche, qui le reconnut avec joie comme souverain légitimement élu. Un autre partisan de Zàpolya, le savant prélat Verancsics qui plus tard devint un soutien dévoué de Ferdinand, déclare à ce sujet que le roi Jean son-
1 . Sur les continuels changements de Perényi, qui livra la couronne à Jean, puis à Ferdinand, puis se réconcilia avec Jean, y. le recueil déjà cité de Simon ji, no 20.
2. Sur Tensemble de ces négociations, y. dans les Àdalékok de Szalay (Pest 1861), Tétude intitulée Jànos Kiràly es az Europai hatalmassàgok 1526-1528.
gea toujours au bien de la Hongrie plus qu'à son intérêt propre, qu'il souhaitait la paix entre chrétiens et répugnait kTalliance musulmane; mais qu'il avait été encouragé par les rois d'Angleterre et de France, par les Vénitiens et par ces pontifes « chez qui l'affection de la chrétienté s'était de- » puis longtemps refroidie ^ ».
Joseflcs, habile et actif négociateur, quitta Rome pour la France et fut très-bien reçu au château de Saint-Germain en Laye (Fév. 1527). François P', malgré l'étonnante lenteur qu'il mettait à secourir Tltalie, et que déplorèrent les amis du roi Jean, était heureux d'une diversion aussi puissante. Il venait d'envoyer en fiongrie son^habile Rincon, l'un des londateurs de la diplomatie, qui ne tarda pas à y arriver par la voie de Baguse et de Belgrade. Les princes de- Bavière, Wilhelm, Louis et Ernest, inquiets des progrès de leur puissante voisine et du couronnement récent de Ferdinand comme roi de Bohême, ne furent pas moins empressés à correspondre avec la cour de Bude. Le roi d'Angleterre hésitait à prendre parti, mais le seul roi de Pologne malgré ses alliances de famille, se montrait hostile à Zâpolya; il répondait à son ambassadeur que la Hongrie avait besoin d'un roi d'origine princière, parent des autres grandes maisons de l'Europe.
C'est pourtant la Pologne qui fournit au rival de l'Autriche son meilleur diplomate, Jérôme Laszko, palatin de Siradie. Les étrangers de toute nation allaient s'occuper pendant longtemps des afiTaires de la Hongrie, qui désormais était nioins un état qu'un enjeu, ou qu'un champ de bataille à la
^ Pontifices. . in quibus nimirum jam olim christianœ pietatis
^ffeclns refrixerat (Verancsics 1. cit. 38).
fois politique et guerrier. Laszko couçut le premier Tidée d'intéresser directement François P*" à la querelle de son nouveau souverain en faisant de lui soit un arbitre, soit un héritier possible de la couronne disputée. Il vint donc à Paris resserrer Talliance, et il passa dans la douteuse Angleterre. Henri VIII ne lui donna pas une réponse officielle explicite ; il se borna à promettre qu*il ne négligerait aucun moyen de remédier aux misères de la Hongrie. Mais le cardinal Wolsey,dans ses entretiens avec Laszko, Tencouragea plus franchement, bien qu avec prudence ; il donnait au roi son avis en ces termes : « Dans ma pauvre opinion, il est » vraiment nécessaire de nous op{^ser à la grandeur des » Impériaux, et de montrer de la faveur et de TafCection au » prince Jean; car entre votre Allesse et l'Empereur, il peut « servir à de hauts desseins ^ »
Pendant ce voyage, les événements prenaient une tournure très-fâcheuse pour le parti national. Non pas que Ferdinand ait trouvé, même dans l'assemblée opposée, de bien vives sympathies : il rencontra même beaucoup de défiance, et dut écouter beaucoup de réclamations. Mais l'inaction de la Ligue de Cognac et les succès de l'Autriche en Italie lui permirent d'entreprendre de vive, force la conquête du
1 . Les lettres de Wolsej se trouvent dans Simonyi (1. cit. , n<» 15 et i8, 8 et 19 juillet 1527). Voici le texte, curieusement bilingue, delà première : . . . It Is right necessary, in my poore opinion, ut Imperialium magnitudini^obvietur,tliat this Prince (Jean) be favorably and loviugly entertaignet, less that, he bepressed Ferdinandus nimium exaltetur. . Between your Highnes and the Emperour, this Prince may serve to a bigh purpose. — Le n« 28 du même recueil est une lettre adressée par .la diète d'avril 1528 au roi d'Angleterre : Ferdinandum nibil aliud juris babere, nisi quod ductus insana quadam dominandi cupiditate, etc.
royaume et d'imposer silence à toutes les discussions en entraînant ses partisans magyars mêlés à des troupes allemandes. Jean fut poursuivi et vaincu jusque dans ses domaines de Tokay, et il n'obtint pas grand résultat d'un appel désespéré envoyé de toutes parts *. Une diète réunie à Bude, dominée par les amis de Ferdinand, recueillit les nouveaux serments de ce prince, et déclara Zâpolya et Verbôczy ennemis de la patrie. Une seule alliance assez efficace se présentait désormais, à savoir Talliance ottomane : les vaincus se jetèrent résolument dans ce parti extrême que la conduite du roi très-chrétien semblait justifier. Laszko revenu d'Angleterre fut envoyé à Constantinople (Dec. .1527). 11 fut d'abord très-mal reçu par les visirs : « Comment Ion » maître, lui dit Tun d'entre eux. a-t-il osé entrer dans » Bude, mettre le pied sur un sol foulé par le cheval du » sultan? Notre loi veut que chaque lieu où la tête de notre » maître a reposé lui soit pour jamais soumis. Ne sais- tu » pas que notre maître domine sur la terre, comme le soleil » dans le ciel? » Mais Laszko se fit un ami, non sans présents ni sans promesses, d'un singulier habitant de Constantinople destiné à un rôle important, court mais tragique, dans les annales que nous racontons.
Moys Gritti* était le fils naturel dun ambassadeur vé»itien devenu plus tard Doge de la Sérénissime République.
1. Epist. Procerum, 307 et 313 : • Ponite ante oculos cœdes fratram Yestrorum, direptionem bonorum, raptus virginum... per Ger-
manos i.
î. Les principaux documents concernant ce personnage ont été réunis par M. Nagy, dans le 3« vol. dû Magyar tort, târ, sous ce titre Eml<ffcirotofc Gritti Alajosrôl. Le plus important de beaucoup est^a relation (en italien) de Francesco délia Valle de Padoue ; un récit de Contarini en latin le complète heureusemenf.
Il parlait à merveille la langue turque, la langue grecque et la langue latine, et se trouvait à son aise avec les princes de toute race qui lui avaient fourni l'occasion de gagner une immense fortune. Il portait un magnifique costume ottoman de soie et d*or, et c'était un de ses luxes d*en changer toutes les semaines, distribuant à ses serviteurs cette défroque royale. Sur la colline de Péra s*élevait son palais bâti sur ses plans avec une dépense prodigieuse, entouré de jardins où se promenaient familièrement le Grand Seigneur et le tout-puissant Ibrahim. Cent chevaux de prix garnissaient ses écuries avec cent cinquante chameaux et soixante mules. Le propriétaire de toutes ces richesses «était un fort bel homme brun, au nez aquilin, un Italien oriental qui n'avait point renoncé à la religion paternelle : il buvait du vin, avec une grande sobriété il est vrai, il ne négligeait pas une seule occasion d'entendre la messe. Tel était Aloys Gritti, véritable Vénitien né pour le gouvernement plus encore que pour le commerce, et qui eut le malheur de s'occuper des affaires hongroises : il y crut trouver ce qu'il cherchait depuis longtemps, l'emploi de ses facultés politiques. Par lui Jérôme Laszko parvint au grand-visir, et au grand-visir bien disposé.
Tbrahim ne voulut pourtant laisser aucune illusion à l'envoyé de Zâpolya sur la faiblesse de son maître. « Nous » avons tué le roi, lui dit-il, nous avons mangé, dormi dans » ses appartements, le royaume est à nous. Ce n'est pas » la couronne qui donne le pouvoir, ce n'est pas l'or ni les » pierreries, c'est le fer, c'est le sabre qui assure l'obéis- 9^sance. Donc, que ton maître saisisse le bras de notre maî- » tre et le reconnaisse pour son seigneur ; alors nous pour- » rons réduire en poussière Ferdinand et ses amis, et nous
A aplanirons leurs montagnes sous les pieds de nos chevaux. » Sache que nous avons des serres qui s'enfoncent plus pro- > fondement que celles du faucon; ce que nous- avons saisi » une fois nous ne le lâchons plus. » Ce langage mêlé de de promesses et de menaces s'adoucit dans la bouche du sultan Magnifique lorsque Jérôme Laszko obtint une audience (27 janvier 1528) : « J'accueille avec bienveillance la sou- » mission de ton roi, dont les états m'appartenaient par le » di^oit de la guerre et du sabre. Ayant accepté son dévoue- » ment je lui cède le royaume; de plus je prétends donner • à ton maître contre l'archiduc Ferdinand une assistance » telle qu'il puisse dormir paisiblement sur les deux côtés. » Un mois plus tard fut conclu le traité d'alliance en vue de la prochaine expédition turque, et Soliman congédia Tambassadeur, non sans le grati&er d'une bourse pleine d'or et d'un habit d'honneur, avec ces paroles aussi humiliantes qu'amicales : « L'amitié entre ton maître et nous jettera de » profondes racines; je promets par notre prophète de Tas- • sister en personne et de tout mon pouvoir contre tous ses » ennemis. » Gritti n'eii avait pas moins sauvé le roi Jean des conditions plus humiliantes encore.
D'autres négociateurs habiles s'employaient à relever ses affaires, encore compromises par de nouvelles défaites, et, chose remarquable, c'étaient des hommes d'église qui travaillaient au même but que le conseiller vénitien du Sultan. L'évêque Slatileo partit avec Rincon pour l'Angleterre, puis pour la France, où il conclut un traité qui attribuait au jeune duc d'Orléans la succession de Zàpolya, dans le cas où celui-ci ne laisserait pas de fils^'. Le roi François P' promet-