‹ Histoire générale des Hongrois (volume 2)Chapitre 28 sur 138 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

FERDINAND ET MAZIMILIEN (1540-1576).

La mort du roi Jean, survenue peu après la conclusion du traité avec la maison d'Autriche, semblait assurer à Ferdinand la possession incontestée du trône magyar. Mais les derniers regards de Zâpolya s'étaient arrêtés avec tendresse sur le petit enfant que venait de lui donner sa jeune épouse Isabelle, et ses dernières paroles l'avaient recommandé à ses conseillers et à ses partisans. Les tuteurs de Jean Sigismond, prince âgé de huit jours, étaient l'infatigable Frère Georges, l'inconstant Valentin Tôrôk chef de l'armée, Petrovics, et de fait le vieil Etienne Verbôczy. C'étaient des hommes d'une trop haute portée d'esprit, surtout Verbôczy et Frère Georges, pour ne pas comprendre la gravité et les périls delà résolution qu'ils allaient prendre. Deux alternatives se présentaient devant eux : ou bien reconnaître Ferdinand et le servir contre les Turcs, tout en ménageant à leur pupille une situation conforme à sa haute naissance, et tout en luttant s'il le fallait pour l'indépendance nationale; ou bien réclamer contre Ferdinand l'appui des Turcs et maintenir à tout prix la séparation absolue de la Hongrie et de l'Autriche. Les tuteurs s'arrêtèrent à ce dernier parti, malgré les intérêts évidents de la chrétienté et les conseils du pape : l'ar-

deur ambitieuse d*ua moine, le patriotisme quelque peu étroit d'un yieux légiste et Tamour maternel d'une jeune veuve, l'emportèrent sur toute autre considération.

Il faut dire que la conduite de la maison d'Autriche à l'égard de ses sujets hongrois, surtout dans les périodes ultérieures, a justifié en quelque mesure Frère Georges et Verbôczy. Les occasions n'ont pas manqué de leur pardonner l'alliance ottomane, et les soudards de toute nation lâchés sur la Hongrie par les Rodolphe, les Ferdinand II et les Léopold, se sont chargés d'excuser non-seulement la séparation de la Transylvanie, mais l'établissement, sur certains points du territoire, des janissaires et des cadis. L'opinion des contemporains ne fut point unanime. Beaucoup de patriotes étaient disposés à reconnaître Ferdinand, mais à condition de recevoir un secours sérieux et efficace de l'Empereur, et c'est en quoi précisément la confiance leur manquait. Les protestants, qui devenaient nombreux, avaient eu beaucoup à se plaindre de Jean et de Yerbôczy, tandis que Ferdinand et son fils Maximilien leur ont souvent donné des gages de bienveillance et presque de sympathie ; mais la plupart de leurs chefs comptèrent parmi les ennemis de l'Autriche, et Jean Sigismond devait être un de leurs adhérents les plus convaincus. Au total les deux partis qui luttaient depuis quinze ans conservaient à peu près leurs forces.

Ferdinand, dans sa précipitation, entreprit plusieurs démarches contradictoires, qui ne pouvaient réussir. Il envoya le comte de Salm au palais de Bude, où Isabelle le reçut en vêtements de deuil, disant qu elle n'était qu'une pauvre veuve, qu'elle avait besoin des conseils de son père, cherchant en un mot à gagner du temps. D'autre part il chargeait Laszko d'aller à Gonstantinoplepour détourner le sultan

de protéger le fils deZâpolya. Enfin il essayait de surprendre la capitale par un brusque mouvement des troupes de Léonard Fels, mouvement qui n aboutit qu'à la conquête de plusieurs places secondaires. C'en fut assez pour déterminer Verbôczy à resserrer Talliance de son pupille avec Soliman, et pour irriter la Porte contre le prince autrichien qui sollicitait sa bienveillante neutralité. Un tchausch vint baiser les pieds de Tenfant Jean-Sigismond et promettre à sa mère, qui lui donnait le sein devant l'envoyé turc, un secours prompt et décisif. A Constantinople* Laszko fut accablé d'injures par le Magnifique et jeté en prison.

Lé Grand-Seigneur Jie fit pas attendre l'effet de ses promesses : non content de reconnaître par un diplôme solennel la royauté du fils de Zâpolya, il envoya un corps d'armée pour le soutenir, et lui-même arriva devant Belgrade dans Tété de 1541. C'est là qu'il apprit la mort de Rincon, l'actif négociateur qui venait de conclure une nouvelle alliance entre le parti national hongrois et le roi de France déjà dis* posé à entreprendre une quatrième lutte contre Charles- Quint*. Il apprit aussi que Ferdinand, ne comptant plus que sur la force ouverte, avait fait une tentative désespérée pour s'emparer de Bude; alors le Magnifique Sultan se mit en marche.

Roggendorf était chargé d'attaquer la redoutable forteresse, entourée de nouveaux ouvrages par le feu roi ^ ; il montra dans ses dispositions pour l'assiéger beaucoup

Page 1