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CHAPITRE III

ÉTAT DU PATS AU TEMPS DE L'OGGUPATION TURQUE ET DE LA RÉFORME (milieu ET SECONDE MOITIÉ DU SEIZIÈME

siècle] .

Pour comprendre l'occupation turque au seizième, et même au dix-septième siècle*, il faut se souvenir des principes musulmans sur la guerre ou la paix. L'islam est une loi belliqueuse et une loi de prosélytisme : tout peuple infidèle est par ce fait ennemi, de sorte que pour le combattre tout moslim doit s'armer sans espoir de solde, et que pour faire naître la guerre, il n'est pas besoin d'une difficulté politique.

Toutefois les peuples du Livre, chrétiens et juifs, sont mieux traités que les païens, à condition de payer Timpôt ; le pays chrétien qui s'y refuse perd le bénéfice de cette

1 . La première partie de ce chapitre est un résumé de Texcellent ouvrage de M. Salamon sur l'occupation turque, Magyarorszâg a Tôrôk hoditâs Korahariy Pesth 1864, particulièrement des chapitres VUI-XIV. L'auteur s'appuie constamment sur les documents de toute

espèce que fournissent soit les recueils précédemment connus, soit les archives jusque-là inexplorées des comitats. L'Académie a entrepris, sous le titre de Tôrôk-Magyar Emlékeky la publication d'une série spéciale des Monumenta, série qui comprend aujourd'hui huit volumes, et dont s'occupent M. Szilâgyi et le M. le Pasteur Szilâdy.

exception religieuse, il doit être ravagé, et ses habitante réduits en esclavage. Aussi voyons-nous Ferdinand obligé de payer trente mille pièces d'or, plus que le prince de Transylvanie qui n'en paie que dix mille : les sujets de l'une comme de l'autre contrée devant racheter ainsi leur liberté et leurs biens. Cela ne veut pas dire que Ferdinand devienne, comme Jean-Sigismond, personnellement vassal de la Porte; il reste malgré son présent d'honneur, un souverain indépendant d'Occident. Il est obligé, comme le seront ses successeurs immédiats, d'entretenir pour les réclamations ordinaires, qui ne sont que trop fréquentes, un résident permanent, et d'envoyer tous les cinq ans ou tous les huit ans des ambassades spéciales et très-coûteuses pour le renouvellement de la paix, toujours accordée comme une grâce.

Les Turcs passent généralement pour des observateurs scrupuleux de leur parole, et les guerres que nous avons racontées en fournissent plus d'une preuve. Mais souvent aussi cette réputation était démentie par les faits. Un traité de paix régulier n'empêchait pas, sur bien des points, une attaque brusque, un pillage ou un massacre. L'avidité des chefs inférieurs en était sans doute la cause la plus fréquente. En 1584 une avant-garde turque traverse une petite ville du comitat de Gômôr; elle réclame une partie de l'impôt et n'en donne pas quittance. Arrive le beg qui ne tient compte de cette avance, et déclare que si la somme entière n'est pas payée à tel jour, il fera de la ville un désert. L'es habitants ne prennent pas cette menace au sérieux. Le jour indiqué, toute la population est rassemblée et dirigée de force sur la Turquie.

La transplantation d'une cité entière était chose exceptionnelle, mais les enlèvements de jeunes gens et d'enfants

étaient chose ordinaire. Les archives des comitats sont remplies de pièces qui attestent ce fait ; lorsqu*un enfant était enlevé, la famille devait le racheter sous peine de ne jamais le revoir, et lorsque la famille était trop pauvre, le comitat le rachetait souvent de ses deniers. Au fond les Turcs préféraient encore la proie humaine à l'argent. Ils avaient besoin des enfants hongrois pour le sérail et pour le recrutement de l'armée : ne voit-on pas que la seule guerre contre les Perses exigeait des levées dont le total s'élevait à six cent mille hommes? C'était une tradition ancienne que les janissaires fussent recrutés parmi les enfants chrétiens ; séparés à jamais de leur famille, fanatiques de leur religion nouvelle, chastes et sobres, vrais templiers musulmans, ils étaient le plus solide appui de la couquête.

Ils étaient aussi l'élément le plus sérieux de l'occupation. Les clés des grandes villes leur étaient confiées; ils les gardaient au nombre de cent ou de deux cents, quelquefois davantage : g Bude ils se sont trouvés une fois douze mille. La cavalerie et l'artillerie des timarlis complétaient les forces régulières. Mais il y avait malheureusement des troupes toutes différentes, qui étaient un fléau pour le pays : les soldats irréguliers établis dans des baraquements sur les frontières du territoire occupé, et les nomades vivant çà et là de pillage et de maraudes. L'armée ottomane était remarquable parla division des services, qu'elle a longtemps pratiquée mieux que toute armée européenne; les troupes légères dressées spécialement pour servir d'avant-gardes, d'éclaireurs, de coureurs, préparaient merveilleusement la victoire. Du reste tout prouve que les Turcs n'ont jamais voulu faire servir la Hongrie à un autre objet que l'occupation militaire ; ils n'ont jamais voulu s'y établir à demeure.

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y trouver une patrie; leurs colonies même n*ont jamais été que de petits camps.

Ils étaient donc « campés en Hongrie » encore plus qu'ils n'étaient a campés » sur la rive européenne du Bosphore. Gela n'empêchait pas certaines villes de devenir des villes turques par la force des choses. L'émigration et la guerre dépeuplant plusieurs cités, une population ottomane, rare, paresseuse et assez misérable, en prenait natui*elle]iient possession. Bude par exemple finissait par ressembler à certaines bourgades actuelles de la Bulgarie. Les ambassadeurs et d'autres témoins* qui traversèrent à diverses époques celte capitale autrefois si brillante, y remarquèrent les affreux progrès de la négligence et de la saleté. Pourquoi rebâtir ou réparer des maisons que Ton quitterait bientôt pour aller combattre î Pourquoi s'opposer à la destruction des choses qui est écrite dans le destin ? Rebâtir était devenu un acte presque séditieux et impie : on n'on obtenait parfois la permission qu en faisant des démarches à Goastantinople. Les animaux nettoyaient seuls les rues. Beaucoup d'édifices n'avaient plus que les murs extérieurs. Les marbres rouges qui bordaient jadis les fenêtres du palais étAÏeni entassés dans un coin, et parfois surmontés d'une tête coupée plantée sur une pique. *

Le système économique de loccupation était assez compliqué. L'impôt — présent, longtemps payé par les souverains chrétiens, — n'acquittait point ceux de leurs sujets qui avaient passé sous la domination ottomane. Ils devaient payer un impôt direct appelé kharadz, composé de trois

1. M. Salamon cite, outre le savant Busbeck, Gerlack en 1573, Schweig en 1576, Bocatius en 1605, Leslie en 1666.

* éléments : la capitation, Timpôt sur la propriété foncière, et l'impôt sur le revenu du sol. Cette contribution principale*, assez légère au temps de Soliman, beaucoup aggravée depuis, ne dispensait pas de l'impôt du cinquième', regardé par les vainqueurs comme une sorte de rançon de ce qu'ils laissaient aux vaincus. 11 y avait encore des exactions variées tels que les avariSy et les produits des douanes. En revanche les chrétiens ne payaient pas la dîme musulmane, insuffisante compensation, et ce qui était plus sérieux, ils possédaient la pleine propriété héréditaire de leurs champs, tandis que les musulmans campés en Hongrie ne recevaient que des fiefs. Hélas ! tout n'était pas di t lorsqu'on s'était mis en règle avec tantd'exigencesrégulièreset légales pour conserver ce qu'on pouvait avoir de biens. Après le gouvernement, il fallait satisfaire le visir, le pacha, le defterdar, le kadi, le janissaire, brigandage organisé que les lois ottomanes semblaient réprimer sévèrement et ne réprimaient guère; d'ailleurs un pacha étranglé faisait-il grand bien aux contribuables ?

Le mieux était encore de payer le plus distinctement possible les différents impôts; lorsque sous prétexte de simplifier, les autorités ottomanes les réunissaient en un seul, on pouvait s'attendre, une fois payé cet impôt soi-disant unique, à une série d'interminables exactions. Les plus malheureux étaient peut-être les Hongrois établis près des frontières, étendues, compliquées, souvent remaniées par les traités qui séparaient les deux dominations. Ces frontières étant

1 . Appelée dans les documents nationaux le csâaiàr adôjây Timpôt impérial.

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