‹ Histoire générale des Hongrois (volume 2)Chapitre 37 sur 138 · Hatvani, II, 263 et suiv · texte numérisé non relu

Hatvani, II, 263 et suiv

2. Ghymesi Forgâcs Ferencz, dans son Hungarica historia (1540- 1572) publiée par M. Majer (t. XVI des Scriptores dans les Monumenta], fournit un tableau intéressant des relations avec les puissances, surtout occidentales, à cette époque.

d4 HISTOIRE GÉNÉRALE DES HONGROIS

tentirentde plaintes patriotiques. On reprochait au roi de laisser le plus possible vacantes les grandes magistratures nationales,de placer toutes les administrations entre les mains des Allemands, et de livrer les commandements militaires à des étrangers qui étaient pour le pays des fléaux plutôt que des défenseurs. On votait d'énormes impôts pour les blessés, pour le rachat des captifs, pour la continuation de la guerre, mais on repoussait toutes les lois dirigées contre les protestants, et Ton s'indignait à l'idée de voir Tarchiduc Maximilien succéder à son père en vertu de Thérédité. Ferdinand termina son règne par deux actes qui semblaieut consolider sa dynastie. Busbeck conclut (1562) un traité de paix avec la Porte sur la base de l'uti possidetis^ non sans un présent annuel qui était un tribut déguisé. L'Empereur obtint aussi l'élection et le couronnement de son fils, et ne tarda pas à mourir (1564). Les circonstances n'avaient pas permis à la Hongrie de profiter des qualités réelles de ce prince intelligent et modéré.

Le nouvel empereur-roi Maximilien causa de nouvelles déceptions, et son règne assez court semble un abrégé de celui de son père. Le seul fait très-important est le nouveau siège de Sziget, défendu par l'héroïque Zrinyi (1566). La paix était mal observée de part et d'autre, elle finit par être ouvertement rompue. Soliman, vieilli, torturé par la goutte, se fit transporter en litière, à petites journées, vers cette place de Belgrade qui avait vu, quarante-cinq ans plus tôt, le premier triomphe de sa brillante et vigoureuse jeunesse. Son protégé Jean^Sigismond et Guillaume d'Aube, envoyé de Charles IX, vinrent le complimenter. Bientôt il commença en personne le siège de Sziget, si bien dirigé par son lieutenant SokoUi que les défenseurs devaient renoncer à tout

espoir. Zrinyi le comprit bien, il drapa son 'sacrifice de pourpre orientale, avec un héroïsme à la fois fastueux et tranquille, digne de fixer les regards de la postérité. Il fit tendre les bastions de drap rouge, recouvrir la tour principale de plaques d'étain resplendissantes au soleil de septembre, brûla les maisons, établit des batteries sur leurs décombres. Au bout de quinze jours, Soliman émerveillé M fit proposer de le nommer souverain de la Croatie, et sur son refus, jeta dans le fort aux abois des lettres écrites en magyar, en croate, en allemand, pour diviser la garnison. Rien n'y fit, Soliman ne devait pas voir Sziget prise, un accès de sa maladie mit fin à son long règne, et comme il fallait que le secret fût gardé dans l'armée, Sokolli fit étrangler le médecin.

Le moment était venu où la tour renfermant les poudres était la seule partie encore debout de la forteresse tout entière. Alors Zrinyi se fit revêtir par son valet de chambre d'un magnifique habit de soie au lieu de cuirasse, mit sur sa tête un bonnet de fourrure brodé d'or surmonté de plumes de héron et orné d'un diamant énorme, se passa autour du cou une chaîne d'or, mit dans sa poche cent ducats pour qu'on trouvât quelque chose sur sa dépouille, et brandissant un sabre de luxe il marcha contre l'ennemi, précédé de son porte- drapeau et suivi de ce qui lui restait de braves. Quelques instants après tous succombaient, mais la poudrière tua par son explosion trois mille des vainqueurs. L'armée ottomane reprit le chemin de Belgrade; les chefs semblaient prendre des ordres auprès du cadavre de Soliman couché dans sa litière. Enfin Sokolli prévint le prince héritier, et les lecteurs du Coran firent retentir le verset lugubre : « Tous les hommes ont leur heure dernière; l'Éter-

» nel seul n'est point dompté par le temps, ni dompté par » la mort ». L'armée entière gémit. Le plus grand des Sultans, le dernier qui vaille la peine que Ton retienne sou nom, venait de mourir. La lente décadence de son Empire allait commencer avec la première insubordination des janissaires. Les renégats commençaient à jouer un grand rôle; l'un d'eux, Piale-Pacha, était un hongrois.

Toutefois cette décadence ne devait pas se faire sentir de longtemps en Hongrie. Maximilien fut obligé de négocier deux fois la paix, en 1567 et en 1576, toujours en comblant de présents les visirs, et en payant un tribut à peine déguisé. Lorsque mourut Jean-Sigismond, la Porte n'en conserva pas moins son influence en Transylvanie. Un seigneur éminent par son caractère comme par la gloire de sa famille, Etienne Bâtbory fut investi de la principauté par la diète des trois nations. 11 demanda et obtint la confirmation royale, mais il n'en fut pas moins obligé de subir la suprématie et quelquefois la protection de la Sublime-Porte. Lorsque le dernier des Jagellons eut expiré, lorsque la nouvelle de la mort de Charles IX eut rappelé de Varsovie le duc d'Anjou, roi éphémère de Pologne, Bâthory se trouva, pour la possession de ce trône glorieux, le concurrent de la maison d'Autriche (1575). Ce furent alors ses bonnes relations avec les Turcs qui assurèrent son élection, ainsi que son mariage avec Anne Jagellon, la diète polonaise tenant à éviter la guerre. Les envoyés de Maximilien restèrent impuissants, et la colère de leur maître complètement inutile. L'Empereur-roi mourut peu après cet échec (1576). Il ne laissait pas de trop mauvais souvenirs dans le Royaume, dans la partie de la Hongrie qu'il avait réellement gouvernée ; ses successeurs se sont chargés de recommander sa

mémoire, comme Domitien celle de Titus. Cependant lesdiètes supportaient avec peine les discours allemands de ce souverain dans lequel on avait espéré un roi national; et les protestants^ chaque jour plus nombreux, s'étonnaient de voir un prince, très-suspect dans sa propre famille de sympathies pour la Réforme, refuser une situation légale au culte protestant. Le moment est venu pour nous d'exposer l'état intérieur du pays, au point de vue religieux, politique et littéraire, vers le milieu et dans la seconde moitié du seizième siècle.

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