FRANÇOIS RAKÔGZY ET LA DERNIÈRE INSURRECTION
Le nom le plus connu de Thistoire hongroise, en dehors de la période contemporaine, est certainement, après cehii des Hunyade, le nom du prince François Rakôczy. La littérature et la musique, le souvenir de Saint-Simon et d'une marche nationale fréquemment jouée dans les concerts, s'accordent à préserver sa mémoire de l'oubli parmi les nations occidentales. L'étendue de ses négociations diplomatiques, notamment avec la France, et la coïncidence de son insurrection avec les années les plus dramatiques de la Guerre de la Succession d'Espagne, lui assurent une place importante dans l'histoire générale de son temps. Il maniait avec esprit et facilité, sinon toujours avec correction, la langue française, de sorte que ses écrits de divers genres sont accessibles au grand public, et peuvent être cités dans roriginal*. Ses compatriotes ont conservé son souvenir avec
1. Les Mémoires du prince François Ràkôczy ont été publiés, avec uoa pagination spéciale, à la suite de VHisloire des Révolutions de Hongrie (La Haye 1739], laquelle contient elle-même un grand nombre de pièces relatives aux tentatives de médiation des puissances et de Széchenyi.— M. Fiedler a publié dans les Fontes rerum austriacarum (T. IX et XVU, Vienne 1855 et 1858) les AclenstUcké
une sorte de vénération qui grandissait aux moments d'épreuve de la patrie, car il était le dernier des grands insurgés magyars, il était mort en exil, et longtemps après, le pasteur de la plaine chantait encore : « Hélas, brave et vieux » peuple, qu'es-tu devenu î Un vase brisé. L'ennemi te foule » et t'écrase. Et pourtant quelle belle et ûère image était » la tienne 1 Hélas, Râkôczy, Bercsényi, chefs des vieux » Magyars,* étoiles brillantes de notre patrie, qu'étes-vous » devenus ^ » î
Eh bien 1 la réputation de ce héros nous parait supérieure à son mérite; elle tient plutôt aux circonstances qui viennent d'être indiquées, à des épisodes tragiques ou curieux, qu'à son talent politique ou militaire. Cette belle figure a besoin de la gravure théâtrale des ouvrages contemporains, ou de la lumière de la rampe lorsqu'on joue à Pesth le beau drame de M. Szigligeti ; elle s'efface devant l'étude des faits et la lecture des pièces officielles, qui révèlent un esprit chimérique dans ses espérances, bien que très*clairvoyant à regard de ses compagnons de fortune. Elle pâlit davantage encore lorsqu'on la rapproche du premier Georges Râkôczy ou de Bethlen Gabor. Néanmoins elle reste sympathique
zur Geschichte Franz Râkôczy^s : ce sont les papiers du négociateur Kôkenyesdi de Vêtes. — M. Simonyi a publié la partie diplomatique , de VArchivum Râkôczy anum.
1 . Cette chanson, avec d'autres sur le mÔme sujet, se trouve dans le Nepkôltési GyUjtemény de MM. Arâny et Gyulai. — M. Thaly, éditeur des chants historiques déjà cités, a aussi publié la partie Hadés BelUgy (guerre et intérieur), de VArchivum Râkôczianum (3 vol. P«sth 1873). — Enfin, dans un travail inséré dans les Ertékezések de la section historique de TAcadémie (1867), M. Thaly n'a pas énuméré moins de cent trente archives (comitats, évêchés, écoles réformées, villes, familles) renfermant des pièces relatives à François Râkôczy II.
par son honnêteté, par la droiture de ses intentions, par une piété sincère bien que l'expression n'en soit pas toujours très-naturelle : on Testime si on ne peut Tadmirer. Ce jeune prince, étant le petit-fils des souverains de la Transylvanie et des héroïques Zrinyi, avait été dès sa naissance (1676) doublement suspect à la cour de Vienne. Élevé par les Jésuites, il ne désarma pas facilement la défiance de Kolonics; il y réussit pourtant, eut la permission de voyager en Italie, épousa une princesse de Hesse et sembla vivre tranquille dans ses domaines restitués. Des relations mystérieuses, dans lesquelles on a pu reconnaître un système de provocation, furent suivies par lui avec un officier liégeois nommé Longueval, qui le trahit et le fit arrêter. Conduit à Neustadt, dans la prison de l'infortuné Zrinyi son aïeul, il rédigea une protestation contre cette violence, et s'enfuit grâce à l'assistance d'un officier prussien. Il parvint sans encombre en Pologne, et s'aboucha secrètement avec l'ambassade française, qui parut d'abord assez embarrassée de sa conduite : on était au début de la guerre de la Succession d'Espagne, et l'on se souciait médiocrement d'étendre le champ des hostilités. Mais en 1703 il n'y avait plus de ménagements à garder, l'antique alliance fut renouvelée, et le prince, muni de quelques secours et surtout de promesses pour l'avenir, rentra dans sa patrie, où le parti Kurutz se soulevait.
La paix de Carlovitz avait profondément irrité le sens légal des Magyars ; leur sort était réglé bien plus avantageusement qu'à Vasvâr, mais cette fois encore sans leur participation. D'ailleurs les confiscations et les violences des administrateurs et de la soldatesque étaient loin d'avoir cessé. Chose plus grave encore, le gouvernement voulait
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profiter de ses succès militaires pour étouffer la constitution. Des prélats et des seigneurs furent appelés à Vienne. On ne s'attendait pas à les voir repousser le plan des Jésuites : établissement d'une contribution perpétuelle, suppression des lois spéciales à la Hongrie, annulation de la diète. Une autre mesure dont on attendait beaucoup, aurait divisé la nombreuse noblesse magyare en deux catégories ; les plus riches auraient reçu des titres de princes, comtes, barons, les autres auraient été en quelque sorte réduits en roture : projet admirable pour rompre l'unité de la nation, décomposée en courtisans et en sujets corvéables. De qui allait venir la résistance? Ce ne fut pas du palatin, ce fut de Széchenyi, Tarchevêque patriote de Kalocsa :« Est-ce ici, dit-il, que nous » devons délibérer sur les affaires du royaume ? Cette nor> blesse acquise par le sang de tant de braves gens, sera-t- » elle perdue pour tous ceux à qui il vous plaira de Tôter? » Nos lois déclarent infâme, non-seulement un particulier, » mais un corps tout entier qui, sans le consentement des » États donné en pleine diète, oserait accorder ou offrir des » subsides au roi; et inférez de là qu'il ne convient pas à » cette assemblée de mettre seulement en délibération les » affaires dont il est question ici* ».
La réunion applaudit et se dispersa sans vouloir rien entendre de plus. La colère du parti Kolonics fut grande contre l'archevêque et le bruit se répandit même qu'on avait essayé de l'empoisonner. Széchenyi resta aussi modéré qu'intrépide, et après avoir résisté aux Jésuites, il s'efforça pendant plusieurs années d'empêcher la révolte, puis de désarmer Mkôczy par ses négociations. L'Empereur avait aussi.des