Histoire des Révolutions de Hongrie, I
conseillers de modération, entre autres le. prince Eugène. Le vainqueur de Zenta témoignait la plus grande admiration pour l'héroïque famille des Pâlfîy et pour la valeur hongroise, non-seulement dans la noblesse, mais chez Thomme du peuple « ce que, disait-il, notre cour ne comprend pas » su£B.samment ^ ». Mais les conciliateurs n'avaient pas beau jeu. On voyait un article de la paix de Carlovitz fermer à jamais l'entrée du royaume aux Hongrois qui avaient passé en Turquie dans la guerre précédente ; et Ton s'indignait de voir une puissance jalouse de son rôle catholique jeter une foule de chrétiens dans les bras de l'Islam. Ainsi différentes causes contribuèrent au soulèvement beaucoup plus populaire qu'aristocratique, dont le prince François venait prendre la direction. La contrée à moitié plate à moitié montagneuse dominée par Munkâcs, la vieille forteresse opposante, en était le premier foyer, comme elle devait en être, sept ans plus tard, le dernier asile.
De là, l'insurrection se propagea rapide comme la flamme, vers la fin de l'année 1703, et dans l'hiver de 1704 ; elle gagna la Transylvanie d'une part, de l'autre elle assiégea ou emporta les places du centre et de Touest, elle franchit le Waag, elle envoya ses éclaireurs jeter l'épouvante dans les environs de Vienne. Elle apparaissait donc comme une formidable menace pour l'Autriche entamée par l'électeur de Bavière, et mise à deux doigts de sa perte par les projets d'invasion de Villars, le brillant vainqueur de Friedlingen et de Hochstett. C'est le plus beau moment de Râkôczy :
1 . Sammlung der hinterlasaenen politiachen Schriflm des PHnzen Eugens von Savoy en, Tubingen 1811-1819, I, p. 14, 22, 65 : was unser Hof nicht genug zu schatzen scheint, hat der Ëdelmann wie der Gemeine, ebendenselben Charakter, etc.
TEurope le regarde avec espérance ou avec terreur, il va joindre les Franco-Bavarois sous les murs de Vienne, et faire tomber du même coup les projets des Habsbourg sur TEspagne. C*est aussi pour nous le moment d^étudier les chances intérieures de json soulèvement et sa situation diplomatique.
Les premiers insurgés étaient pour la plupart des paysans armés de bâtons, de faux et de mauvais fusils, tellement dépourvus d'instruction militaire qu'on ne savait à qui confier les fonctions de caporal ; de plus enclins à la boisson et à Tindiscipline, et extrêmement jaloux de la noblesse ^ Avec tous ces défauts ils ne manquaient pas d'élan ni d'enthousiasme; ils se montraient capables de vaincre les petits corps de troupes et les généraux médiocres que la grande guerre d'Allemagne et d'Italie laissait à la disposition du gouvernement. La noblesse, d'abord tout entière défiante, fut rassurée par quelques bons règlements disciplinaires de Rakôczy : une partie des nobles continuèrent à bouder dans leurs châteaux, ou s'enfuirent à Vienne, mais d'autres, plus nombreux chaque jour, prirent le parti contraire. Si les Pâlffy restaient inébranlables, un Eszterhâzy, un Kârolyi, celui-ci politique très- habile, comptaient parmi les chefs, mais ils n'étaient point toujours d'accord avec le prince, ni surtout avec son alter-ego Bercsényi, intelligent mais bizarre personnage que son ami désabusé a décrit plus tard en ces termes : « Son génie paraissait dur et insuppor- » table à ses inférieurs ; il était inconsidérément mordant » et satirique dans la familiarité, léger dans|a gravité, aigre 9 et méprisant dans la repréhension ; opiniâtre estimateur