Il s'est marié quatre fois
Dès la trente-cinquième séance, en y comprenant celles de pur cérémonial, les questions à l'ordre du jour étaient épuisées. Les réformes commerciales furent demandées, mais avec peu d'insistance, et le roi promit de s'en occuper plus tard. Puis il remercia chaleureusement ses sujets : < Hongrois cbers à mon cœur, vous avez fait ce qui était » digne de vos ancêtres et de votre caractère. L'Europe verra » notre accord, notre résolution de verser pour notre antique • constitution jusqu'à la dernière goutte de notre sang. Nous » étions unis, noussommes unis, nous resterons unis jusqu'à » ce que la mort nous sépare. » Rarement un remerciement royal a été plus complètement justifié par le dévouement (l*un peuple. Les Hongrois accordaient plus en 1808 par pur enthousiasme , que les menaces , les prières et les intrigues n* avaient pu obtenir en 1807. Rien ne prouve mieux que, par sa guerre d'Espagne, Napoléon venait de se frapper au cœur.
Vingt mille conscrits sont ajoutés aux douze mille votés précédemment : donc trente-deux mille hommes de troupes régulières sont levés en quelques mois dans le seul royaume de Hongrie. Quant à l'insurrection, chaque famille noble doit être représentée par un de ses membres combattant soit à pied soit à cheval. Si la famille possède trois mille florins de revenu, le service doit être fait par un cavalier, si le revenu est inférieur à trois mille florins, le jeune noble peut combattre à pied, mais il est toujours libre de servir à cheval, et dans ce cas il ne devra s'entretenir à ses propres frais que s'il possède deux mille florins de revenu ; autrement il sera payé sur une caisse spéciale, dite caisse de l'insurrection.
Les biens d'Église, évéchés, abbayes, doivent se faire représenter dans des conditions analogues. Les villes four-
î«î? HISTOIRE GÉNÉRALE DES HONTiROIS
niront leur contingent s*il devient nécessaire. Les districts privilégiés des Jazyges.desCumansetdesheiduques. donnent autant de cavaliers que le revenu des biens du district comprend de fois trois mille florins. Et si tout cela ne suffit pas encore, on promet au roi une levée en masse. Chacun devant payer de sa personne, il est interdit de se choisir un remplaçant à moins d*étre empêché par la maladie, par une fonction importante, ou par Tbabit ecclésiastique. La levée étant une manifestation nationale, ce sont les autorités magyares qui auront à s*en occuper : le palatin fera connaître aux comitats le nombre d'hommes nécessaire, et chaque comitat fera en quelque sorte Tassiette de cet impôt du sang. Il est bien entendu toutefois que Finsurrection est consacrée à la défense du sol natal, et qu'elle ne sera forcée de combattre hors du territoire hongrois, que pour repouàser Tennemi des provinces héréditaires envahies.
Pendant l'hiver de 1808 à 1809, l'empereur François resserra son alliance secrète avec l'Angleterre, et les Hongrois, comme les autres peuples autrichiens, s'habituèrent à la cruelle idée d'une guerre imminente*. Personne ne fut étonné lorsque le 19 février, le gouvernement annonça que le maintien de la paix était impossible, et fit appel à toutes les forces du royaume, aux villes comme à la noblesse : les trois cent mille hommes déjà sous les armes ne suffisaient pas pour écraser le grand brigand de l'Europe. On comptait pourtant sur la bienveillance de la Russie : le double jeu d'Alexandre lui réussissait à merveille. Si Napoléon parlait à chaque instant de l'amitié du czar, le cabinet de Vienne
1 . Sur les* espérances de T Autriche au début de la guerre, voir Thiers, t. X, p. 54-61, et sur rutilitô que pouvait avoir rinsuirectiAii, Thlers, t. X, p. 85.
comptait sur lui après une mission secrète de Pozzo di Borgo. ÏjSl noblesse hongroise y croyait pareillement, d après les dispositions que montraient les troupes russes de la frontière. Cette espérance est souvent exprimée dans les lettres du comte Dessewffy ^ : « Je crois, dit-il, le 16 mars, que notre
• courapour amis les Anglais, les Turcs et les Russes, et sera » secourue pareux. »Auplusfortde la guerreiiécrira encore : » Notre cour se réjouit des troubles de Pologne, car elle
• espère qu'ils ne feront que hâter les secours de la Russie. » Le palatin et le primat jugèrent nécessaire d*exciter encore
Tardeur belliqueuse des Hongrois. Ils parcoururent le pays, haranguèrent les assemblées des comitats. Au comitat de Pesth, le plus influant sur l'opinion publique, l'archiduc Joseph tint un discours où Ton remarque ces paroles : « Il » n'est plus question de savoir si nous faisons la guerre ou
• si nous voulons conserver la paix ; il s'agit de savoir si » nous garderons noti*e constitution et nos lois, ou si nous X» aurons à déplorer la perte du nom magyar lui-même. :• On demanda des chevaux, des fourrages, du blé. Le roi dissimulait d'autant moins Tillégalité de ces réquisitions qu'il les savait pardonnées d'avance : « Je sais bien, disait-il, que 2> pour tout cela il faudrait une diète, mais le péril ne permet » pas d'hésiter. Vos pères, dans les deux guerres de Sept- » Ans, ont largement fourni sans votation tout ce qui était y> nécessaire. Tenez pour assuré quecette illégalité ne laissera > pas de traces dans le gouvernement de l'avenir, v
Ce langage de l'archiduc et de l'empereur n'a rien de surprenant : tous deux étaient dans leur rôle. Mais quel indice d'exaltation générale quand nous voyons un des héros de la