Gentz, I, 119, 349; II, 336, 367; IV, 248; V
2. Pour tous ces évéDements militaires, voir le t. X du Consulat el r Empire, et le 4* toI. de M. Lanfrey.
mort. Le premier mai, Vienne étant menacée, Tlmpératrice- Reine Marie-Louise et Tarchiduc héritier Ferdinand viennent chercher un asile au chAteau de Bude : grand encourag»^ment pour les Hongrois, dont le royalisme est sans bornes au jour du malheur. Aussi chaque comitat presse-t-il ses préparatifs, et Tarchiduc Joseph est-il bientôt informé qu'il peut convoquer la noblesse à un rendez-vous général : le 9 mai dans un conseil de guerre, il désigne comme lieu de réunion la ville forte de Raab (en hongrois Gyôr), située sur la rivière du même nom, à peu de distance du Danube. C'est un pays coupé de bois et de marécages, où la résistauce pouvait sembler facile : de grands événements allaient s'y accomplir.
Cependant les nouvelles désastreuses se succèdent : le 13 mai les Français pénètrertt dans Vienne bombardée. C'est un bien autre péril qu'en 1805; on ne peut compter ni sur la Russie ni sur la Prusse, tout au plus sur le lointain appui de l'Angleterre qui promet une descente dans les Pays- Bas. La grande armée de l'archiduc Charles va risquer le tout pour le tout dans les plaines du Marchfeld, près des villages d'Essling et de Wagram. L'armée d'Italie, après sa victoire de Sacile, se voit forcée de reculer devant le vice-roi Eugène qui la poursuit jusqu'aux frontières de Hongrie. Marmont, parti de la Dalmatie, aloi^ française, passe sur le œrps de Giulay pour rejoindre Eugène puis l'Empereur, Les insurgés du Tyrol sont isolés, condamnés à périr. Napoléon disperse, concentre ses troupes comme en se jouant Les <lôfenseurs de l'Autriche découragés, sont séparément battus et dans Timpossibililé de se rejoindre.
François II était donc à la merci des Hongrois : fidèles à sa cause, quelle que fût à son égard la persévérance de Tin-
fortune, ils lui assuraient un refuge ; la Hongrie était impossible à occuper tout entière , à moins d'affronter une seconde Espagne, une Vendée gigantesque. Si au contraire un mouvement subit les jetait dans les bras de Napoléon, la monarchie autrichienne n'existait plus. Aussi la nation magyare fuUelle le même jour, presque à la même heure, invoquée, sollicitée, presque courtisée par les deux adversaires. Voici d'abord la proclamation du palatin :
« Magyars, je vous ai dit ce qu'il fallait faire pour rester » une nation libre et heureuse. Je vous ai dit que le roi » éprouvait une ferme conûance dans votre fidélité et votre » héroïsme.
• Celte confiance, nous en voyons une preuve éclatante. f> La reine et la famille royale sont au milieu de nous. Notre
> roi chéri confie à notre protection ce qui lui est plus cher
> que la vie.
« Reconnaissants de cette confiance, prouvons nos senti- » ments par nos actes. Nous autres Magyars, nous faisons » d'autant plus qu'on se livre à nous davantage.
a Nos héros se réunissent pour défendre le trône et la pa- « trie. Ceux que leur emploi ou quelque autre exception lé-
> gale dispense de ce devoir contribueront à la défense en » donnant des vivres, un cheval, des munitions, des vête-
• ments. On peut ainsi, hors du champ de bataille, prendre
• part à la victoire. »
Tout cela était bien trouvé, ingénieux, et arrivait droit à ^on adresse. Mais la proclamation de Napoléon est un chefd'œuvre, et nous devons la reproduire d'un bout à l'autre, quoique elle ait été publiée dans plusieurs recueils ^
1. De Gérando, V Esprit public en Hongrie^ 132<133. — Correspond dance de Napoléon, XIX, 13.
« Au quartier général à SchCBobiunD, le 15 mai 1800.
« Hongrois I
€ L'Empereur d'Autriche, infidèle à ses traités, mécona naissant la générosité dont j'avais usé envers lui, après » trois guerres consécutives, et notamment après celle de a 1805, a attaqué mes armées. J'ai repoussé cette injuste a agression ; le Dieu qui donne la victoire, et qui punit Tin- » grat et le parjure, a été favorable à mes armes : Je suis a entré dans la capitale de TAutriche, et je mn trouve sur a vos frontières. C'est l'Empereur d'Autriche, et non le Roi a de Hongrie, qui m'a déclaré la guerre. Par vos constitua tioiis il n'aurait pu le faire sans votre consentement. Votre • système constamment défensif et les mesures prises par a votre dernière Diète ont assez fait connaître que votre a vœu était pour le maintien de la paix.
« Hongrois î le moment est venu de recouvrer votre indé- » pendance. Je vous offre la paix, l'intégrité de votre terria toire, de votre liberté et de vos constitutions, soit telles a qu'elles ont existé, soit modifiées par vous-mêmes, si a vous jugez que l'intérêt des temps et les intérêts de vos a concitoyens l'exigent. Je ne veux rien de vous, je ne dé- » sire que vous voir nation libre et indépendante. Votre a union avec l'Autriche a fait votre malheur; votre sang a a coulé pour elle dans des régions éloignées, et vos intérêts a les plus chers ont été constamment sacrifiés à ceux de ses a états héréditaires. Vous formiez la plus belle partie de a son empire, et vous n'étiez qu'une province toujours as- » servie à des passions qui vous étaient étrangères. Vous » avez des mœurs nationales, une langue nationale: vous
LA HONRHIE AUTRICHIENNE 393
> TOUS vantez d'une illustre et ancienne origine : reprenez
> donc votre existence comme nation I Ayez un roi de votre
> choix, gui ne règne que pour vous, qui réside au milieu
■ de vous, qui ne soit environné que de vos citoyens et de
■ vos soldats t Hongrois, voilà ce que vous demande l'Eu-
■ rope entière, qui vous regarde; voilà ce que je vous de-
■ mande avec elle. Une paix éternelle, des relations de
> commerce, une indépendance assurée, tel est le prix qui
■ vous attend si vous voulez être dignes de vos ancêtres et
■ devons mêmes.
■ Vous ne repousserez pas ces offres libérales et géué-
* reuses, et vous ne voudrez pas prodiguer votre sang pour
> des princes faibles, toujours asservis à des ministres cor-
■ rompus et vendus à l'Angleterre, à cet ennemi du conli-
• nentqni a fondé ses prosptrités sur le monopole et sur
■ nos divisions.
« Réunissez-Tous en Diète nationale, dans les champs de 1 Itakos, à la manière de vos aïeux, et faites-moi connatire
■ vos résolutions.
B Napoléon. ■
'Jamais on n'a mieux dit à une nation ce qui pouvait la convaincre et l'entraîner. Les parties brillantes et poétiques de cet écrit pourraient être un fruit naturel de l'imagination de l'auteur. Napoléon avait parlé aux populations de l'Sgypte un langage fait pour elles et qui les avait captivées : tt pouvait aussi bien enlever les applaudissements des Magyars. Mais ce qui confond, ce qui parait inexplicable, c'est la connaissance de ce peuple, de son histoire, de son esprit juridique, de sa constitution, de ses rancunes. Il n'y a pas un mot qui ne réponde à quelque passion, qui ne fasse
394 mSTOHŒ GÉNÉRALE DES HONGROIS
vibrer une corde sensible. Ajoutons que ce prodigieux document a immédiatement paru en langue magyare, et que les exemplaires répandus en Hongrie étaient écrits dans cette langue.
n y a là toute une histoire que les seuls érudits hongrois ont éclaircie. Le poète Bacsànyi était, on s'en souvient, un des condamnés de la conspiration jacobine, et dans la prison de Kufstein il s*étail lié avec le citoyen Maret, ambassadeur de la République arrêté par les Autrichiens. Depuis 14 ans, les deux amis de prison avaient suivi des voies bien différentes : Bacsànyi végétait dans une médiocrité voisine de la misère; Maret, duc de Bassano et secrétaire d'État, suivait l'Empereur dans cette campagne. Dès l'arrivée des Français à Vienne, le duc de Bassano se souvint du pauvre poète, qui lui avait sans doute parlé de sa langue maternelle et de ses espérances patriotiques. Il le fit chercher et trouva en lui un excellent traducteur. Je crois avec M. Horvâth que là ne s^est pas borné le rôle de Bacsànyi, qu'il a pris part à la composition de celte pièce, qu'il a ajouté quelques expressions, quelques traits tellement fidèles à l'esprit national qu*un étranger, si grand homme qu'il fût, ne les aurait jamais inventés : « Le système défensif », a les constitutions soit telles qu'elles ont existé, soit modifiées par vous-mêmes v, la c langue nationale », a l'illustre et ancienne origine », les c champs de Rakos », autant de passions, dont la manifestation révèle la main d'un vieux patriote. Quoiqu'il en soit de cette hypothèse, il est cerlaiii que Bacsànyi a traduit la proclamation, que le gou\'^ernement autrichien en étant instruit, le poète dut se réfugier en France, et que, de retour dans sa patrie, il fut persécuté pendant de longues années par le peu oublieux gouvernement.
Napoléon comptait grandement sur sa proclamation : il recommandait à ses généraux d*en prendre avec eux et d*en distribuer de nombreux exemplaires : ainsi firent Eugène, Davoust, plus tard M. de Narbonne^ Mais en même temps, ce qui était contradictoire, il donnait au vice-roi son beau* fils Tordre de franchir la frontière hongroise. Les Magyars n'écoutèrent pas la proclamation, qui d'ailleurs no fut connue que dans un cercle restreint. Ils ne virent que leur territoire violé, levèrent Tarrière-ban de leur noblesse, et firent une première réponse à Napoléon sur le terrible champ de bataille d*£ssling.
Dans cette lutte de deux jours, qui est comptée par les Autrichiens comme une victoire puisque Napoléon recula, par nos historiens comme une victoire i*endue seulement incomplète par la rupture des ponts du Danube, le rôle des Magyars fut aussi grand que dans les batailles de la seconde coalition. Napoléon dans son bulletin n*a remarqué que l'épisode du cimetière, où sept-cents hongrois furent, dit-il, passés au fil de Tépée. M. Thiers, dans son magnifique et scrupuleux récit, considère naturellement l'armée autrichienne dans son unité militaire, et n'entre pas dans le détail des nationalités. Mais Tarchiduc a rendu pleine justice à ses soldats magyars, et Thistorien national, M. Horvàth, n'a eu garde de les oublier. Le premier jour (21 mai), les fantassins de Giulav et les hussards eurent les honneurs de Tattaque, et repoussés d'abord revinrent victorieusement à la charge. Entre Aspern et Essling cest la cavalerie française qui entoure les fantassins hongrois; ailleurs encore les hussards de Stipsics s'emparent d*Enzersdorf.
i. Correspondance de Xnpoléony XIX, 23, 148, 183.
Le lendemain c'est le bataillon de Zâch conduit par Tarcbiduc lui-même qui frappe les derniers coups. Les Hongrois avaient donc commencé et teiminé la sanglante bataille. Déjà l'insurrection levée dans les domaines du primat et dans le comitat de Nyitra, très-rapprocbé de la frontière, venait de se montrer au milieu des troupes régulières de TAutriche. Le mouvement, loin de se ralentir^ fut encore accéléré par la grande nouvelle ; en quelques jours huit mille cavaliers nobles des comitats du Danube se trouvèrent au rendez*vous de Gyœr. L'Empereur s*aperçut qu'il s'était trompé sur les dispositions des Hongrois en disant dans son neuvième bulletin, qui précéda immédiatement celui de la bataille d'Essling : « Il n*y a encore aucune levée en Hon-
• grie. Sans armes, sans selles, sans argent, et fort peu » attachée à la maison d'Autriche, cette nation parait avoir » refusé toute espèce de secours. » Il ne parla plus que de c corriger messieurs les insurgés. »
Le repos de six semaines qui sépare Essling de Wagram ne conc>ernait que les deux grandes armées de Napoléon et de l'archiduc Charles ; les armées secondaires pouvaient continuer leurd opérations. L'Empereur ordonna au vice-roi Eugène de marcher sur Raab (Gyœr) : « celte ville est une
• excellente position au centre de la Hongrie. Elle est comme t le réduit du grand camp retranché où l'ennemi espère » réunir et exercer toute Tinsurreclion hongroise, et où il » fait d'immenses travaux ^ •
Dans quel état se trouvait cette milice qui venait, par détachements successifs, renforcer l'armée en retraite de l'archiduc Jean et se mesurer avec notre armée d'Italie? Nous