‹ Histoire générale des Hongrois (volume 3)Chapitre 122 sur 132 · ffaio/lut «idiol, etc · texte numérisé non relu

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3M HISTOIRE GËS'ËIIAU: DES HONGROIS

rappelait les guerres coatre les Turcs, le soulèremeD t gigantesque de 1741, les efforls les plus récents contre la France. Il considérait les victoires des Frauçais comme dues poui' une grande part à leur fougue, à leur extrême mobilité -. ce n'est pas, disait-il (en termes plus réservés, mais traduisons sa pensée), ce n'est pas la lente tactique autrichienne qui pourra lutter coatre eux; retrempons-nous dans la vieille fureur hongroise, attaquons sans hésiter et en masse. Il n'est pas besoin pour cela de soldats lentement façonnés à la discipline, mais de citoyens exercés peiidant quelques semaines au maniement des armes. Ainsi l'orûcier poëte retournait les souvenirs de 1792 contre la France.

Mais nous avons vu combien, même en 1809, les chefs distingués de l'armée et de la politique autrichiennes, Charles, Stadion, l'Empereur se déûaientdes moyens révolutionnaires. Ils voulaient à la fois exciter les pi'uples et enchaîner leur élan. Calcul funeste à leur monarchie I Les vingt mille hommes qui s'acheminaient vers Raab à la rencontre de l'archiduc Jean ne manquaient pas d'ardeur, nous en avons eu maintes preuves, mais ils n'avaient aucune idée de ce qu'était une bataille, une manœuvre ; à la première occasion sérieuse ils devaient perdre la tête. Ils sa- Taient tout au plus se servir de leurs armes, et ces armes étaient en mauvais état : beaucoup de pistolets n'avaient même pas de chien. L'octogénaire Alvinczy dirigeait cette administration avec une mollesse qu'expliquent son âge et les fatigues d'une carrière iiuUlfiir<.'iJe soixante ans. lls'aUini dans les derniers jours Jl' s:; vie, les imprécations du ses concitoyens, et la faute n't^n était pas à lui. Enfin, un aatrv mauvais résultat du manque d'exercice était l'extrême lenteur de la levée. Eût-on loule laideur possible, il n'en fallait

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pas moins attendre d'être équipé pour une campagne. Les cercles de la Theiss arrivèrent trop tard.

Les Hongrois occupaient près de Raab une forte position, pi-otégée par des marais, et qui excita, dit La tradition magyare, Tadmiralion de Lauristou : le général français aurait même avoué plus tard que si cette position avait été conservée, larmée d'Eugène n'aurait pas osé attaquer. Mais il s agissait de recevoir les troupes épuisées de Tarchiduc Jean ; quelques bataillons furent envoyés à leur rencontre. Dans la vallée du Raab ils livrèrent à des détachements français quelques combats peu importants. Le bataillon de Pesth, attaqué sérieusement dans, les marais de Karako, résista pendant deux jours, et protégea par cette diversion la retraite de Farchiduc. Il fallut pour triompher de cette troupe héroïque, une canonnade qui tua ou blessa grièvement sept cents hommes, au témoignage du commandant Gosztânyi. Le 13 juin, Jean venait réunir à Tinsurrection inexpérimentée les débris de ses bandes aguerries : la bataille devait se livrer le lendemain. Les Magyars chargent ici cruellement le chef de Tétat-major de l'archiduc, si ce n*est l'archiduc lui-même. Ils déclarent qu'il a causé la perte de la bataille en abandonnant, par incapacité ou par une sorte de jalousie, l'excellente position occupée par les Hongrois depuis plusieurs jours : ne serait-ce point une trahison, se demandent-ils, injustement sans doute. Il est certain que les Français occupèrent une position élevée, d'où leur artillerie, protégée par un bois, pouvait tirer tout à son aise, et que la cavalerie noble de Hongrie, magnifiquement vêtue du costume national, était aussi mal placée que possible, sous le feu des canons français et le long d'un canal qui gênait ses mouvements.

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La lulte commença vers une heure deTaprès-midi par les décharges de Tartillerie française qui furent d*abord patiemment supportées par la cavalerie hongroise; mais à la fin, exaspérée de son inaction, elle essaya contre les Français la vieille charge nationale, la charge de Hunyade, aveugle, furieuse, et qui se change en déroute si elle ne triomphe pas soudainement. Le canal, les marais, les décharges redoublées des canons français,! plus que tout cela, l'inexpérience de cette noblesse, lui fireut prendre la fuite et entraînèrent la défaite de Tarmée autrichienne, bientôt achevée par la cavalerie de Montbrun. Cependant quelques bataillons de l'infanterie reformèrent leugs rangs, trop tard pour continuer la bataille, mais à temps pour permettre à Tarmée régulière de Farcbiduc de se retirer en bon ordre jusque dans Comorn, la ville imprenable.

Il 7 eut encore avant le choc décisif de Wagram, pendant Tarmistice de fait entre les deux grands adversaires, plusieurs petits engagements ou se montrèrent les Hongrois. Un détachement commandé] par le comte Szapary fut envoyé de Comorn pour^faire une reconnaissance : elle rencontra le général Lamarque et le combattit avec acharnement. Deux simples soldats se signalèrent : Melegh, six fois blessé, voulut pénétrer à travers la troupe ennemie jusqu'au général, l'atteignit en effet, et parvint^ à s'échapper. Mlinarik combattait malgré douze blessures; il fallut qu'il perdit le bras droit pour qu*on pût l'emporter loin du champ de bataille. Le soir même Klsfaludy les vit tous deux à Tambulance, défigurés, mourants. Comment vous sentez- vous? leur demanda-t-il. — Ce qui nous fait de la peine, répondit l'un d'eux, c'est de ne pouvoir plus rendre la pareille aux Français qui se moquent de nous.

Cependant il devenait impossible de défendre la ville de Raab, autrefois redoutable place forte, mais qui n'était plus en rapport avec le nouveau système de guerre. Le général Péchy convint avec Eugène qu'il livrerait la place si dix jours après la bataille il n* avait pas reçu de secours. Le viceroi ne crut pas nécessaire de terminer lui-même une opération aussi peu importante, et s'en alla rejoindre la Grande Armée, en laissant devant Raab le général Narlx)nne, homme émînent de rancien régime, qui devait bientôt remplir une mission plutôt politique que militaire*. Le 24 juin, Péchy livra la place suivant les termes de l'armistice, et M. de Narbonne prit le commandement.

Deux jours plus tard, Davoust marchait sur Presbourg. Il devait attaquer, non pas la seconde capitale de la Hongrie, mais la tête de pont de la rive gauche du Danube qui menaçait d'une agression autrichienne la rive droite tombée entre les mains des Français. Les instructions du maréchal portaient qu'avant de bombarder, il devait envoyer une sommation « pour épargner les horreurs de la guerre à l'inté- > ressânte ville de Presbourg. » Là encore les Hongrois se signalèrent, notamment le régiment de Pasztory, mais sans résultat bien appréciable pour l'issue de la campagne.

Comment juger la conduite militaire des Hongrois pendant les six semaines que nous venons de parcourir? Les Allemands se montrèrent sévères : ils ne reconnaissaient plus la valeur hongroise ; ils se demandaient ce qu'étaient devenues les magnifiques promesses de la diète de 1808. Ce fut le mot d'ordre à Vienne de tourner en ridicule ces beaux

gentilshommes qui, pour ne pas gâter leurs costumes d'or

1. Corregpondance de Napoléon, XIX, 190 et suiv. — Villemain, Souvenirs conlemporains^ 117-119.

et de velours par des blessures reçues en face, avaient préféré ne montrer que le dos à Tennemi. Il y avait entre les soldats et entre les officiers des deux nations des discours aigres et même de fréquentes provocations, que l'habile impartialité du palatin ne pouvait toujours conjurer. Le palatin lui-même, bien que sa conduite ne prêtât plus aux soupçons qui avaient pu l'atteindre en 1805, était assez mal vu : lui et son frère Tarchiduc Jean se renvoyèrent la responsabilité des événements dans une discussion violente qui eut lieu devant François II. L'Empereur impatienté ne put s'empêcher de leur dire : « Vous auriez bien dû être d*accord en » face de Tennemi au lieu d'employer vos forces dans ces » querelles inutiles ^ »

Bientôt parurent des brochures moqueuses contre les Hongrois, brochures qui formèrent Topinion de TAllemague sans contrôle possible, car la presse magyare fut de nouveau bâillonnée : Kisfaludy, témoin de cette campagne, ne put jamais faire paraître ses souvenirs de la guerre de 1809. De nos jours encore, les deux historiens les plus autorisés de celte période, ne conservent pas en parlant de l'insurrection et de la bataille de Raab, leur impartialité habituelle : fuite rapide, dit Hœusser, et qui livra l'aile gauche, — fuite peu honorable, dit Springer, et pour le général et pour les soldats 2.

L'appréciation des Hongrois est naturellement toute différente. Mais comme le patriotisme de M. Horvàth pourrait inspirer quelque défiance, interrogeons l'ennemi , très-bon

\, Dessetvlfy Inelez^se, I, 102.

2. Voir Hausser, III, 466-495. — Du reste, Springer est sévère surtout pour rarchiduc Jean, et il constate [I, 91) ranarchle qui remuait dans les conseils de VAutriche.

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juge en pareil cas. Les soldats français disaient : « ils sont 9 braves mais non dressés, > ou encore : « voilà des gardes » nationaux braves , mais mal exercés , et qui ne feront » qu*accroitre notre gloire ^ > Napoléon en parlait quelquefois avec un grand dédain : « Si les vingt-quatre escadrons

> qu*on a aperçus sur la rive gaucbe étaient de Tinsurrec-

> tion hongroise, ce ne serait pas grand chose; > — « le » prince Eszterhàzy avec quelques mille cavaliers de Tin- » surrection hongroise a paru du côté d*QEkienbourg. Nous » espérons que vous tomberez sur les derrières de cette co- » lonne et que vous écraserez son arrière-garde, » — c ces » recrues ne savent pas faire usage de leurs fusils. > Mais TEropereur changeait de ton quelquefois : il regardait la prise de Raab comme un grand succès. Il grondait le viceroi Eugène d*avoir renvoyé sur parole les officiers prisonnierç; et comme son beau-fils lui expliquait qu'il ne les avait point mis en liberté, et qu il avait exigé leur parole de se rendre à Tendroit par lui désigné. Napoléon se montrait content que Ton n*eût pas imprudemment augmenté le nombre de ses ennemis. — Mais il ne voulait pas non plus les pousser à bout, il continuait à répandra parmi eux son inutile proclamation; il en faisait publier une nouvelle pour promettre son pardon à tous les insurgés qui rejoindraient leurs foyers •.

Les Français et leur chef voyaient donc dans les Magyars de l'insurrection des adversaires affaiblis par la dé&ante politique de leur roi, mais de sérieux adversaires. L'Autriche elle-même a ratifié ce jugement : l'appréciation, loyale

1. Dessewffy levelezése, I, 90. Ces propos de soldats sont cités en langue firançaise dans une lettre écrite en magyar.

2. Corrnpotuiance de Napoléon, XIX, 180, 183, 187, 200, 234, 237.

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comme toujours, de Tarchiduc Charles et du palalio, les nombreuses décorations décernées aux combattants hongrois, prouvent que tout le monde à Vienne n*était pas injuste. La cour s'adresse à eux, dès le 25 juin, par une nouvelle levée de quarante mille hommes, épuisement suprême auquel se refusèrent les comitats à cause de la forme illégale de cet ordre, mais que les familles s'infligèrent volontairement. Ces derniers efforts augmenlèrent l'armée de l'archiduc Charles, et surtout après l'honorable défaite de Wagram, formèrent peu à peu une précieuse réserve. L'insurrection des comitats de la Theiss complétait son effectif; on finissait par s'exercer très-bien. Une nouvelle armée était prête, si l'armistice de Znaym aboutissait à d'inacceptables propositions de paix.

Nous sommes donc arrivés au dernier acte de cette singulière lutte politique, à l'intervalle qui sépare la bataille de Wagram de la paix de Vienne. Napoléon ne savait quel parti prendre à l'égard de l'Autriche qui semblait terrassée, mais dont il connaissait bien les racines vivaces. Il songea sérieusement à démembrer cette incorrigible puissance, mais c'était une tentative imprudente si l'on ne prenait pas la précaution de sonder les dispositions des peuples. Ce n'est pas pour rien que Napoléon avait délégué au commandement de ttaab un séduisant politique de l'ancien régime, bien plus diplomate que général. M. de Narbonne eut pour mission de faire désirer, et si possible de faire demander par les Hongrois une complète indépendance nationale. Il travailla dans ce sens pendant plusieurs semaines, avec un tel succès, s'il faut l'en croire, qu'il en fut presque effrayé, car il craignait de ne pouvoir apaiser les passions qu'il avait déchaînées. La paix de Vienne serait donc arrivée juste à temps pour sauver

Texistence de TEmpire. Cette opinion du négociateur nous est transmise par M. Villemain dans un fort curieux passage de ses Souvenirs contemporahis ^ ,

N*est-ce point une illusion? Nous nous sommes fait sur cette époque héroïque une légende de victoires généreuses, d'occupations militaires bienfaisantes pour les pays conquis, de propagation des idées françaises par les garnisaires et le bivouac :

Les nations reines par nos conquêtes, Couvraient de fleurs le front de nos soldats,

Ce qui u*est pas plus vrai, hélas! de la république que de Tancien régime : la mémoire de Custines est exécrée sur les bords du Mein; et quant aux armées de TËmpire, elles ont produit dans toute TEurope un mémo effet, qui a été d'exaspérer les peuples contre la France, depuis Cadix jusqu'à Moscou. Sans doute il y a un fond de vérité dans la légende jacobine et bonapartiste; sans doute l'initiative généreuse de la France se faisait sentir par intervalles, et déposait dans le sol le plus rebelle des germes d'inévitable progrès; mais vQ fut l'œuvre des idées, non de la force : la force s'est fait détester, comme toujours.

La Hongrie n*a pas fait exception. Quelque clémentes que fussent à son égard les instructions du vainqueur, il est facile de voir, par les ordres qu'il dictait à ses lieutenants, que ce pays n'échappait pas entièrement aux lois de la guerre : Envoyez-moi des ancres de Hongrie, environ deux cents (pour les travaux de Tîle Lobau). — Le pays où vous (Hes est celui des bons chevaux hongrois : demandez-en un

millier soit par réquisitloa, soit pour de raigent^. Le comte Deasewffy dous fait connaître de singuliers détails sur l'occupation française dans les comitats de l'ouest*. Des soldats envahissent le château des Batthyàny près de Kôrmôndi ils n'ont garde, chez un magnat hongrois, d'oublier la cave : bientôt grisés par ces vins capiteux, ils défoncent les tonneaux qu'ils n'ont plus la force de boire, répandent à grands flots le tokay seigneurial, authentique, et s'en vont après cette exécution sacrilège. A Zala-Egerszeg, les autorités du comitat délibéraient dans leur grande salle, lorsqu'arrivent des chasseurs français : l'un d'eux saute sur la table, et pour s'amuser menace de son épée le comte François Batthyàny. Le comitat de Weszprim reçoit Tordre de fournir trente mille rations de pain par jour, énorme contribution pour un pays déjà éprouvé. Sur les frontières de Turquie mieux encore : on accuse les Français d'exciter les Turcs contre les Croates. Or il n'y avait

pas vingt ans que les chrétiens et les musulmans du Danube

s'étaient combattus pour la dernière fois. Les Français étaient regardés comme des païens depuis les récentes violences exercées contre le pape, et Napoléon se plaignait à l'archevêque de Vienne que l'on transformât une lutte politique eu guerre de religion : il faut convenir que si l'assertion de Dessewffy au sujet des Turcs est exacte, ce qui est douteux, les ofBciers français de la Dalmatie ont pris à tâche de justifier les ennemis de leur mattre.

Quoique les soldats eussent montré plus de gaminerie que de cruauté, les vaincus n'en revenaient pas de voir les Fran-

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