Perz, Dcis Leben d. M. F. v. Stein^ II
Iravailla contre Paul Nagy, lequel se retira de la lutte malgré son intacte popularité. La majorité restait opposante, mais elle était dirigée par Joseph Vay, que la modération de son libéralisme faisait plutôt rechercher que combattre par le gouvernement. Une lettre fort dure de François II donnait pour ainsi dire à la future assemblée le ton qu*elle ne devait pas quitter, celui de la discussion soumise : « On n'a pas montré l'empressement qui convient à des sujets.... On espère sans aucun fondement changer notre volonté; nous demeurons inébranlable dans les décisions que vient de prendre noire gouvernement d'origine divine. Nous ne souffrirons pas que l'opposition se joue de nos nobles efforts. Ceux qui méconnaîtront nos ordres peuvent s'attendre aux effets suprêmes de nofre colère, etc. » C'était le vrai discours du trône : on ne peut lui refuser la netteté et Ténergie.
Le 29 août 1811, la Diète s'ouvrit à Prcsbourg *. Le Personal était le comte Majlath, chef d'une famille distinguée mais connue pour son dévouement royaliste. Son discours, prononcé en langue magyare, fut un aveu très-fi'anc des difficultés où l'on se trouvait, et dont on ne pouvait sortir, disait-il, qu'avec de grands sacrifices. Il trouva moyen d'éveiller, même sur des matières aussi ingrates, Tamourpropre magyar ; il rappela qu'il n'y avait pas moins de courage à se résigner froidement qu'à se faire tuer sur le champ de bataille. Le chanoine Benyovsky se borna à un éloge assez banal de la constitution et du peuple hongrois. Devant les magnats, le palatin Joseph, aussi en magyar, parla de la fatalité qui s'était appesantie sur l'Empire, et laissa entre-
1. OrszàgqyUlés naplôja (Journal de la Diète de 1811). C'est le plus long de tous : 3 vol. in-folio; les premières pages répondent aux séances préparatoires que nous allons raconter.
LA HUNGKIE AUTRICHIENNE 417
voir qu'on ne devait qu'à lui la convocation de la Diète. Quant au prélat, son petit discours fut un éloge en règle de Tarchiauc palatin. Cette séance d'ouverture ne ressemble point à celles des assemblées précédentes, il n y a point d'effets à ménager, point de passions à soulever : les orateurs sont très-brefs, on est pressé d'en venir aux chiffres. Le roi, dans la troisième séance, se contente de promettre qu'il travaillerait au bien du pays. Le conflit s'engage presque aussitôt entre les propositions royales et les contre-projets de la majorité.
Le gouverneur demande trois choses :
1^ Que, pour soutenir le nouveau papier, il soit créé un fonds métallique, et que des 212 millions de florins, valeur totale du nouveau papier, 100 millions soient garantis par les revenus de la Hongrie; — 2® que le pays donne 2 millions de flfirins par an, sorte de fonds d'amortissement qui permettra de rendre la valeur du papier égale à celle du métal, et de supprimer le papier peu à peu ; — 3® que l'impôt pour l'entretien de l'armée soit élevé de douze millions de florins (ainsi même en 1811 TAutricbe voulait être prête à profiter de la première secousse européenne).
La majorité, sans espérer le retrait de l'ordonnance financière, voulait dans sa passion pour la légalité, ou plutôt dans sa juste prévoyance, obtenir le redressement du grief national; elle voulait que le gouvernement reconnût ses torts, qu'il pramît de ne jamais prendre de mesures semblables, à moins que du consentement de la Diète. Elle insistait sur cette belle pensée, que la nécessité même et l'urgence ne peuvent changer la loi tant que l'assemblée n'a pas reconnu cette urgence, cette nécessité.
Au milieu de cet insoluble conflit, un personnage grandit n. 27
singulièrement, le palatin Joseph : il jouait pourtant un rôle ingrat et difiQcile, le rôle de médiateur. Il parlait le langage d'un archiduc à Joseph Vay, aux chefs de Topposition, cherchant à les plier aux demandes de la cour, à les faire entrer dans les voies conciliantes. Lorsqu'il écrivait à l'Empereur, son frère, c'était un grand dignitaire de Hongrie revendis quant les droits de ses concitoyens. Malgré toute son habileté, il échoua d*abord. L'orage ne fit que grandir pendant deux mois, non sans cause il faut en convenir. Comment! Non contente de faire peser de nouveaux impôts sur un pays ruiné, la cour multipliait par cinq toutes les contributions, car le papier n*était reçu dans les caisses de l'État que pour le cinquième de sa valeur : de telle sorte qu'au lieu de verser dix florins dans le trésor il fallait en verser cinquante. Comment! Les secours militaires votés avec enthousiasme en 1808, ont inspiré d'autre pensée que d'augmenter les dépenses de l'armée régulière! Comment! La Hongrie qui a livré au roi le sang de ses enfants pour des guerres souvent désapprouvées ne reçoit d'autre récompense que Tabolition des garanties légales! Ainsi récriminait la Diète, avec passion, avec amertume : L'Empereur et ses conseillers songeaient à la dissoudre, lorsque le palatin, fort inquiet, partit pour Vienne.
Pendant son absence, qui dura six semaines, la majorité s'occupa de réclamations et de projets. Elle se plaignit des atteintes portées à la liberté de la parole et de la presse, des convocations menaçantes ad audiendum verbum regiumy qui réduisaient les orateurs au silence, de l'étroitesse et de Tiniquité de la censure, qui laissait paraître les brochures conti^e la Hongrie et qui interdisait les réfutations. A ces empiétements du pouvoir, on opposait la question plus poli-
tique que littéraire de la langue nationale. Un projet de loi portait : que le conseil de lieutenance* correspondrait en magyar avec le pouvoir législatif — que les lois seraient rédigées en magyar — que depuis le 1" janvier 1815 ce serait la langue des tribunaux dans tout le royaume — que tout renseignement se donnerait en magyar.
En janvier 1812, le palatin revint à Presbourg. Il avait au moins obtenu que la cour revint au langage parlementaire. Les exigences royales, quant au fond, ne changeaient point. L'augmentation de 12 millions de florins pour l'impôt militaire était déclarée urgente ; le roi témoignait sa douleur de charger encore les contribuables; mais il ne pouvait accepter l'ancien papier que pour le cinquième de sa valeur. Tout ce qui avait été fait avait été bien fait. En d'autres termes, les finances devenaient un secret d'Etat soustrait à la discussion publique. Les députés, très-mécontents encore, et décidés à refuser l'impôt, voulurent cependant répondre au langage plus poli du prince par des marques de bonne volonté. Dans Timpossibilité de payer en espèces, ils offrirent une nouvelle élévation du prix du sel. deux florins en sus par quintal; ils offraient encore un million de mesures de blé, quinze cent mille mesures d'orge, ce qui devait produire un total de douze millions de florins. Offre très-honorable pour la noblesse qui, au lieu de se retrancher derrière ses privilèges, prenait d'elle-même une grande part aux contributions.
Malheureusement ce beau mouvement était gâté par d'aigres réclamations et par des menaces : le roi se crut dispensé de toute reconnaissance, et autorisé aux procédés les plus