‹ Histoire générale des Hongrois (volume 3)Chapitre 129 sur 132 · Bely tarte tanàcs · texte numérisé non relu

Bely tarte tanàcs

hostiles/les plus blâmables. Les subsides en nature donnent prise à la mauvaise foi : une mesure de blé peut valoir à quelques jours de distance deux prix fort différents, et lequel de ces deux prix prendre pour base ? La Diète évaluait à quatre florins chaque mesure de blé, à deux florins chaque mesure d'orge. Le 21 avril, le gouvernement déclara qu*il acceptait le présent offert, mais que jusqu'à la fin d'août il faudrait payer en espèces, ou donner 6 florins au lieu de chaque mesure de blé, 3 florins au lieu de chaque mesure d'orge. Eu d'autres ternies, Fimpôt était augmenté d'un tiers. De plus une lettre royale augmenta de quatre florins (neuf au lieu de cinq) le prix du quintal de sel : contribution monstrueuse en tout pays, mais plus encore dans une contrée agricole telle que la Hongrie. Ce n'était même pas une bonne mesure fiscale : Texpérience avait montré quen élevant le prix du sel on diminuait la vente, chacun se réduisant au strict nécessaire. Mais c'était avant tout une violation de la Constitution, le tarif du sel ne pouvant être fixé que par la Diète.

L'assemblée eut bientôt à déplorer un attentat d'un auli-e genre. Le comte Joseph Dessewffy juge sévèrement, dans sa correspondance avet Kazinczy, les opérations du ministre Wallis K 11 parle du cancer financier qui ne manquera pas de dévorer l'Empire d'Autriche; il compare le papier autrictiien aux assignats français; il convient bien qu'il faut un remède énergique, mais il le voudrait conforme à la justice. Telles furent sans doute les opinions renfermées dans quelques écrits qu'il distribua à ses collègues : il se vit exclu de la chambre haute. Enfin les projets de loi présentés par la

1 , DessewfTti levêlesése. 1, 207. 239-241 .

Diète, les vœux exprimés par elle n*obtiDrent que des réponses évasives ou dédaigneuses. Les assemblées précéden* tes, disail-on, avaient pris déjà bien assez de décisions sur la langue magyare (ce qui était un peu vrai). Les exercices militaires ne pouvaient être autorisés pour le moment. La clôture était fixée au 19 mai.

La majorité furieuse fit éclater un tel orage de reproches que le Gouvernement jugea quelques concessions nécessaires. L'exclusion de Dessewffy fut annulée, et les brochures hostiles à la Hongrie purent être réfutées impunément. Mais si la liberté de parler et d*écrire reçut ainsi quelques satisfactions, il n*y eut rien de changé quant aux finances, à part des exigences nouvelles. La question des contrats entre particuliers venait encore tout envenimer. Telle personne s'était engagée, en 1810, à payer dix mille florins à telle autre personne en 1813 : comment le paiement devait-il se faire : en argent ou papier? Là-dessus aussi il y avait désaccord entre les députés et la cour. Les ministres, trouvant que Ton avait sufiisamment mis au grand jour les dangereux mystères des finances, pressaient la rédaction des projets de loi, [)0ur en finir.

On ne pourrait, sans tomber dans une extrême monotonie, raconter en détail les dernières phases de cette lutte. Les modérés de Topposition eux-mêmes, Vay, Illeshdzy, déclaraient que mieux valait se séparer sans faire de lois et céder à la force brutale, qu'il fallait envoyer à Vienne une députation solennelle conduite par le palatin. Mais il était trop lard. L'archiduc Antoine vint prononcer un aigre discours de clôture, engageant les députés à se rendre dignes des l)onnes grâces du roi. — Et tout fut fini. Les ennemis de la Hongrie (et ils étaient nombreux même parmi les esprits li-

422 fflSTOIBE GÉNÉRALE BES HONGROIS

bérauz) frémirent dé joie à la nouvelle de ce coup de force. Le découragement visible des députés fatigués d'une si longue lulte semblait condamner une constitution vieillie, et proclamer le triomphe du pouvoir absolu. Mais l'historien libéral de TAutriche, Springer, en juge tout autrement : il estime que la Hongrie a eu raison de ne pas vouloir être traitée en province esclave*. Nous ajouterons que, pour qui envisage dans son ensemble l'Europe de cette époque, le ràle des Magyars devient très-grand parce qu'il est unique : n'était-ce rien de délibérer et de résister en 1811 ?

Elle est cruelle la situation d'un peuple partagé entre Tirritation légitime que fait naître en lui la conduite de son souverain, et son amour-propre blessé par l'ennemi. Tels les Magyars, dans la lutte suprême, durent combattre Napoléon pour le triomphe d'un roi qui venait de violer leure libertés. Aussi ne devaient-ils montrer cette fois ni leur froideur de 1805, ni leur enthousiasme de 1809. Us accomplirent leur devoir de chevaliers et de sujets ; ils se souvinrent d'Essliug. de Raab, de la paix de Vienne; ils vengèrent sur l'empire français l'occupation de leur sol par une armée étrangère ; enfin, le parti conservateur se joignit volontiers au grand eifort de l'ancien régime pour achever l'œuvre des coalitions. Mais tout cela se fit sans déploiement de passions poliliques : aucun poète ne chanta la victoire de Leipzig ni la prise de Paris; aucun publiciste n'excita ses compatriotes à prendre les armes; aucun orateur, de la chaire ou de la tribune, ne prêcha la guerre nationale : il n'y eut en Hongrie ni Gentz, ni Fichte, ni Eœrner.

Aussitôt après la dissolution de la Diète, dès le mois de

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