‹ Histoire générale des Hongrois (volume 3)Chapitre 2 sur 132 · I. Szalav, III. xWi · texte numérisé non relu

I. Szalav, III. xWi

tout lorsque le souverain, étant devenu héréditaire et étranger, trouverait dans le palatin son représentant sédentaire. Aussi depuis Favénement de la dynastie autrichienne, jusqu'à la fondation récente du régime parlementaire complet, posséder un nâdor selon les lois de 1486 a-t-il été le premier désir de tout patriote.

Ce n'est pas seulement sur une question spéciale que la diète, c'est-à-dire l'ensemble de la nation noble, était d'accord avec le roi. Dans tout cet ordre d'affaires ils avaient un système commun qui était de préserver la justice de deux périls, la puissance des dynastes et l'ingérence temporelle du clergé. Mathias est resté un type de résistance à la domination sacerdotale, au point que vers la un du dix-huitième siècle on a pu lui comparer Joseph IL L'exposé de sa politique a fait voir en lui un allié, mais un allié intermittent, indépendant et quelquefois impérieux, de la Cour de Rome. Il intimait un jour à un légat, dans un langage plus que vif, l'ordre de repasser au plus tôt la frontière *. Malgré tout son attachement, non-seulement à la cause chrétienne en général, mais à celle de l'Église latine et de la suprématie romaine, il n'admettait aucun empiétement sur ses droits royaux dans les affaires ecclésiastiques. La diète de 1462 restreignait la justice cléricale aux procès d'hérésie et aux questions relatives aux mariages et aux testaments, en tant

1 . Misi me summi poniiticis reverentia coDtineret, ostenderem profecto non convenire legatis seminare discordiam, et innoxios principes in periculum capitis adducere. Unde et regno meo discede : quod nisi per biduum feceris, taie dabo de le exemplum, quo tolus orbis intelliget hujusmodi nequiUas et improbitates Mathife régi sem> per displicuisse. Discessit ille sine mora (Galeolus dans Sohwandlner, ch. 13).

qu'ils étaient des actes religieux; elle lui interdisait de juger les débats relatifs à la propriété. Celle de 1486 prohibait les appels en Cour de Rome.

Mathias ne voulait donc pas que le clergé fût son rival, mais il l'aimait comme auxiliaire. Nous l'avons vu conférer des charges très-importantes à certains prélats ; il s'appuyait volontiers sur eux et sur leurs talents pour se dispenser d'avoir recours h de dangereux grands personnages. Ce qui Ty encourageait encore, c'est l'esprit du clergé du quinzième siècle, tourné vers les succès temporels et vers les curiosités de l'érudition plutôt que vers les préoccupations religieuses. Mais il faut bien en convenir, de là naissaient pour l'épiscof»at hongrois de sérieux inconvénients : la piété des masses, inquiète et vive, se détournait de leurs conducteurs officiels pour demander l'apaisement et la satisfaction aux nouvelles doctrines. On persécuta bien les Hussiles, on n'eut pas de peine à empêcher les Magyars d'adopter en bloc le hussitisme, religion nationale d'une autre race; mais l'esprit hussite ne fut jamais déraciné, il prépara la Réforme. Ce qui la prépara aussi, dans une région spéciale de la frontière, ce fut la mystique et respectable communauté des frères moraves, vouée à l'éducation de la jeunesse et à la charité. Mathias ne se dissimulait nullement les défauts d'un certain nombre d'éveques et d'autres ecclésiastiques, puisqu'il disait en riant que les sept péchés capitaux avaient élu chez eux domicile*; et les évêques eux-mêmes dans leurs synodes

1 . Son langage était là-dessus mordant à Texcès : « Ipsi non fu-

> giunt superbiam, cum eorum habitus atque incessus superbiam, si

> extincta esset, reformarent. Iram non vitant, cum apud eos, in fa- » miliares saevire, cnidelitalemque exercere, et tandem flagellatos • orcidprc, pro sevpril«alo intcr cos habeatur... avaritiam... gulam...

donDeiit une triste idée des mœurs du bas clergé par les abus qu'ils constalaieut en les interdisant. C'est ainsi que le synode de 1460 défendit aux prâtres de vendre aux laïques la permission de contracter des unions irrégulières.

L'état intérieur du clergé devait doue nécessairement diminuer son influence morale, malgré le zèle et les talents, trop temporels d'ailleurs, de quelques-uns de ses chefs. Même associé à la royauté et à la petite noblesse qui dominait dans les diètes, il ne pouvait arrêter d'une façon durable la puissance des grands seigneurs, contenue momentanément par une forte main. Il y avait là d'ailleurs comme un courant fatal et irrésistible. La diète pouvait bien ordonner la démolition des forteresses cousiruites sans la permission du roi-, elle pouvait bien soumettre toutes choses à la juridiction des comilats et défendre île paraître en justice tout armé; la petite noblesse pouvait bien maintenir le principe de l'égalité, dans les limites qui l'intéressaient : tout cela n'empêchait pas Mathias lui-même de nommer des comtes suprêmes héréditaires, ce qui était une mesure on ne peut plus féodale, et de transformer ses favoris en dynastes par des lai^esses et des donations de toutes sortes, par exemple la famille Z;ipolya. L'œuvre politique et judiciaire du grand Corvin n'avait donc pas entièrement réussi, et parfois elle se retournait contre elle-même. Elle n'en est pas moins glorieuse, et par ses succès partiels, et par les nobles intentions qui y ont présidé. Le souvenir personnel du roi considérè comme juge intégré et bien inspiré a pé-

Fi'UBrem. Invidere aul«in atque alteri delrabere, arlis aulice ia[ilenUfeque mundan» esse affirmanl : cum alios deprimendo si Ijiwn exiollere oilantur... » Galeolus, c. It.

LA MONARCfflE ÉLECTIVE 9

nétré profondément dans la mémoire de son peuple; c'est

devenu un proverbe : « Mort Mathias, morte la justice. »

Au point de vue du commerce et des intérêts matériels ce

grand règne n'a été ni sans gloire ni sans reproche. Si les

gjerres avec les Turcs diminuaient inévitablement le com-

noen^e oriental, les guerres avec la Bohême et ses alliés di-

mjiuaient inutilement le commerce avec l'Europe centrale.

Lei impôts étaient lourds, soit avant soit après la diète de

1467 qui en modifia le caractère par Tinstitution d'un tribut

du isc royal que devaient payer, selon leurs biens, tous les

privlègiés. Ils étaient nécessités par Tentretien d'une armée

pernaneute qui, sur le pied de paix, comprenait trente-

quare mille hommes, cavaliers pour la plupart, et de tout

un service compliqué de magasins, d'ateliers, de moyens de

traiBport. Enfin les pillages continuels des Turcs dépeu-

plaimt les contrées méridionales.

Mâs le gouvernement hongrois réagissait avec beaucoup d'énirgie contre toutes ces causes de ruine et de faiblesse. Il faisax restituer à TÉtat les biens qu'il avait perdus par usurpation. Il encourageait par des privilèges la découverte et l'explitation des mines. Il protégeait et fav^orisait les villes commerçantes, ne fût-ce que par le bon ordre qui régnait de toi3 côtés. La population industrielle, comme l'industrie elle-m^me, se développait avec variété ; si le luxe de la cour appelât, comme nous le verrons, des artistes étrangers, la Hongri à son tour fournissait aux pays voisins des mineurs, des caDnniers, des mounayeurs et divers autres corps de métiers Là où diminuait la population agricole, des proclama tionsattiraient les émigrants des pays voisins. Ce fut là une caue des établissements chaque jour plus nombreux

des Serbes au nord du Danube ^ Peu après la mort du vieux Georges Brankovics les derniers restes de l'ancienne principauté de Serbie avaient disparu; tous ceux gui avaient quelque ferveur chrétienne songeaient dès lors à passer sur le sol hongrois, sol fertile où les bras manquaient par suite de ravages périodiques. Dans une seule expédition, Kinisy en ramena cinquante mille. Ils recrutèrent en grande partie la légion noire et se signalèrent par leur valeur et leur Orocité, soit contre Vienne soit contre les infidèles. Ni leur origine, ni leur attachement à l'Eglise grecque, n'étaient antre eux un titre d'exclusion : ils avaient leur clergé et ne payaient pas la dîme au culte catholique.

Les institutions de Mathias Corvin ne doivent pas faire oublier sa personne et sa vive originalité. Un Italien de sa cour, Galeotto Marzio de Narni, a pu composer un li\re de ses conversations et de ses bons mots*. Beaucoup de c«ux-ci n'offrent plus qu'un médiocre intérêt, mais il en est te remarquables par l'imprévu, sinon par la crudité de la faillie, ou par la justesse de l'observation morale, a Trois choses, » disait-il, sont mauvaises, du jus recuit^ une femme larbue, » et un ami réconcilié^, » — Rencontrant un homne à la mine triste et vêtu de noir, dont il connaissait ravUilé, et qui venait d'hériter de ses deux frères : « Qu'est-c* qui te 9 rend si lugubre? — La mort de mes frères. — QuMle soit » venue si vite, ou si tard? — Si tard, répond franchement

t. V. Les Serbes de Hongrie^ p. 39-42 et p. 340, passage- bien documentés.

2. GaleotU Marlii Narniensis, De egregie, sapienter, jocee dictis clc factis S. Régis Mnthiœ (dans Schwandtner, t. I).

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