‹ Histoire générale des Hongrois (volume 3)Chapitre 31 sur 132 · Hatvani, II · texte numérisé non relu

Hatvani, II

2. Frédéric mâme pris et blessé en la tête par la dernière charge que firent les hussards (Granvolle, III, 264).

prince de l'Église romaine. Il voulait toujours la réunion de toute la Hongrie sous un seul monarque, et il cherchait un prince assez fort pour cette entreprise : après avoir songé de nouveau à Jean-Sigismond il songeait de nouveau à Ferdinand. Cette fois il parut mettre plus de suite dans ses projets, tout en continuant à tromper par sa correspondance la Porte ottomane, où le seul grand-visir Roustem se déûait de lui. La reine Isabelle fut obligée d'abdiquer la plupart de ses prétentions, et d*accepter pour son fils deux duchés silésiens avec promesse de la main d'une princesse autrichienne ; le Frère, qui n'avait garde de s'oublier, deviendrait primat et cardinal. Seulement il avait compté sans un autre intrigant, Petrovics, qui excitait Isabelle à rejeter l'impérieuse tutelle du moine et à revenir sur toutes ses concessions. Il fut heureusement averti de ces menées par un agent français', et grâce à des prodiges d'énergie et de souplesse il parvint à se maintenir contre Isabelle et contre les Turcs qui envahissaient la Transylvanie. Toutefois il pressait Ferdinand de lui envoyer des secours et rien n'était moins facile au roi que de trouver par lui-même des ressources. Charles- Quint, supplié par son frère, se montrait mal disposé, et comme importuné des affaires de Hongrie; des scènes violentes éclatèrent entre les deux prhices autrichiens *. Enfin

1 . M. d^Aramon se vantait d'avoir ainsi sauvé Martinuzzi. (Y. Charrière et les Lettres et Mémoires d'État de Ribier, II, 292.)

2. V. dans Hatvani, II, 214 (ou Lanz, III, 11), la lettre de Ferdinand à son frère : « Voyant que le jeudi 22 (nov. 1550) au soir, que Yous parlai sur Tafiaire d'Hongrie, que V. Majesté se mit en colère, et qu*à cause de cela que V. M. m'interrompit aucune fois mes propos, je ne voulus plus parler à V. dite Majesté. . . V. M. est tenue vers la chrétienté et ses sujets aussi bien que moi pour la chrétienté

le Frère Georges qui réussissait toujours à obtenir ce qu*il voulait, envoya la sainte couronne à Ferdinand et vil arriver en échange le corps d'armée de Castaldo.

Le nouveau cardinal ne se doutait pas que cette troupe si vivement désirée lui apportait une sentence de mort. Jusquelà il avait joué les uns par les autres tous les partis; le moment était venu où ils prendraient leur revanche et satisferaient des rancunes accumulées. Castaldo était un condottiere sans scrupule, capable malgré sa dévotion de tacher de sang une robe de pourpre ; d'autres méridionaux qui Tentouraient, Pallavidni, Mercada, n'étaient pas hommes à Ten détourner. Il ne fut pas longtemps dupe des protestations de fidélité de Martinuzzi; une tragédie italienne n'allait pas tarder à se jouer dans un château de Hongrie. La campagne entreprise en commun contre les Turcs autour de la forte resse de Lippa n'endormit point, malgré toutes les démonstrations et toute l'activité du cardinal, la défiance de Castaldo. Lorsque la prodigieuse vaillance des Hongrois, de Forgàcs, de Tôrôk fils du prisonnier des Sept-Tours, de Nddasdy, eut assuré leur victoire, le cardinal accorda aux Turcs survivants une capitulation beaucoup trop avantageuse, et les révélations de son secrétaire ne laissèrent aucun doute sur sa nouvelle trahison. Castaldo demanda des instructions à Vienne et reçut l'ordre d'en finir. Martinuzzi fut assailli pendant qu'il signait des dépêches, et frappé de

et les miens, et plus encore puisqu^ôtes en plus grand degré et dignité et avez pris Afrique des mains des infidèles, que ce a été très bien fait et œuvre louable.... Et bien que ce ne fût de chrétiens, ni de tant d'importance qu'est Transilvanie, tant plus suis -je donc tenu moi de garder ce qu'est mien et de plus d'importance, et que sont chrétiens. •

soixante blessures. Détail affreux, Foreille velue de la victime fut portée à Vienne par Tun des meurtriers. On remarqua beaucoup par la suite que cet homme se prit la main droite dans une mécanique qu'il examinait, et que ses complices firent tous prompte et mauvaise fin.

Cependant jamais personnage ne fut moins regretté que Martinuzzi. Le pape Jules III réclama pour le principe et laissa tomber l'affaire; beaucoup de cardinaux furent enchantés d*étre délivrés de ce singulier collègue. L'évêque d'Erlau écrivait : « Il a trouvé la fin que méritaient ses actions. » Ferdinand ne dissimula nullement la part qu*il avait prise à ce meurtre : « Gastaldo a été contraint, et avec

• mon su, de le faire dépécher... L*état des affaires de Hon- > grie est depuis la mort du Frère Georges fort tranquille, » sans qu'aucun d'apparence ou d*autorité se soit jusques n ici montré scandalisé de ladite mort. Et si est la reine

• veuve déjà partie bien contente ' ».

C'était vraiment trop de joie : la mort de Frère Georges n'améliora nullement la situation du pays. La guerre turque n'avait jamais été un fléau plus horrible qu'elle ne le fui pendant les années suivantes (1552-1554). Du récit monotone de ces désastres se dégagent plusieurs traits héroïques. Au siège de Temesvâr le brave Losonczy avait fait le possible et l'impossible ; lorsqu'une capitulation devenue nécessaire eut été violée, par les vicieux janissaires, il résista de nouveau, et traîné devant le grand visir, il eut le temps de l'accabler de reproches mérités avant qu*on ne lui tranchât la tête. Etienne Dobo fut aussi courageux et plus heureux dans la défense d'Ërlau. En réponse à la sommation d'Ali,

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