Ibid
tude les grandes dignités. Cette fois d'ailleurs la représentation n'était pas assez complète pour gu on élût un palatin, et cette charge fut laissée vacante ; il n'y eut de nommé quun lieutenant royal, l'archevêque Vàrday, et le seul acte important de la Diète fut d'envoyer à sa sœur aînée, la Diète germanique, une lettre inutile pour en obtenir des secours. Soliman arrivait une fois encore; bientôt il assié- . geait Qran avec une prodigieuse artillerie, faisait capituler cette place et transformait en mosquée l'église primatiale. Un peu plus tard c'était le tour d'Albe royale. Les habitants essayèrent contre les janissaires une sortie courageuse qui ne i*éussit pas ; alors, et malgré la résistance des Italiens et des Allemands de la garnison, ils capitulèrent moyennant le libre départ des étrangers, condition fort mal observée par la cavalerie tartare. Mais le chef musulman se montra plein de douceur envers les habitants, et plein de respect pour les tombeaux des rois. Il déclara qu'il était venu délivrer les Hongrois de la tyrannie allemande.
Ce langage était en quelque sorte autorisé par la conduite de Martinuzzi, qui avait déclaré rompue la convention de Gyalu, et repris toutes ses négociations avec la Porte. Ferdinand ne dissimulait pas son irritation et sa haine; il écrivait à sa sœur Marie : « Le moine continuant en sa » méchante et malheureuse volonté, au lieu qu'il faisait cou- » vertement ses pratiques, les fait à présent tout ouvertement » contre moi pour divertir et dévoyer tous ceux qu'il peut » tenant mon parti. » Ces plaintes assez justes s'étendaient moins justement à T « invétéi'ée inconstance » de la nation magyare, et il se promettait de lui « ôter tant plus les occai sions de se révolter ^ » Ferdinand nous semble avoir
i. Hatvani, 11,180 et 181.
perdu, dans ces années critiques, l'équilibre ordinaire de son esprit ; si bien qu*il augmentait par l'incohérence de ses procédés les difficultés de sa fausse position entre Frère Georges qu'il essayait de ramener, Charles-Quint auquel il demandait des secours, et la Diète réunie à Nagy-Szombât qui implorait à grands cris l'assistance de TEmpereur. Il se trouvait en effet que l'assemblée hongroise (1544-1545) mettait son dernier espoir dans une armée que Charles-Quint commanderait en personne, tandis que l'assemblée germanique se défiait non sans raison de Charles-Quint et de ses projets contre le protestantisme allemand.
L'ambassadeur impérial Veltwick, attendu avec impatience par les Magyars, ne leur apporta que de vagues promesses subordonnées à toutes sortes de circonstances extérieures. Mais cet habile observateur fut frappé du découragement irrité qui se manifestait dans la Diète : « Les
> Hongrois, écrivait-il à son maître, parlent ouvertement
> du tribut, et de se réduire sous protection du Turc, vu » que ledit Turc les traite doucement ces années. » Il remarquait les dispositions des paysans favorables à la domination musulmane. II voyait avec inquiétude, et les hésitations calculées du parti de Martinuzzi, et le désappointement du parti de Ferdinand, qui avait compté sur le traité de Crépy récemment négocié avec François P' pour voir l'Empereur s'occuper enfin de la patrie. En conséquence Veltwick regrettait de n'avoir pas reçu des instructions plus encourageantes. La Diète elle-même écrivait à Charles- Quint pour le remercier d'avoir fait la paix avec la France, et elle votait de grands sacrifices pour la guerre turque. Mais le mécontentement témoigné par un discours de François Batthyâny n en était pas moins grand, et Veltwick pouvait écrire
encore : « Ta! trouvé la plus terrible contention, et ai » entendu les plus licencieuses paroles et outrages de toutes » sortes des grands et des petits, tant contre V. Majesté que D contre le roi des Romains ^ »
Après cela il ner pouvait ôtre question d'un grand effort, et la guerre dégénéra en une multitude de coups de mains isolés, essayés tantôt par les Turcs, tantôt par d'héroïques Magyars. Loin d'obtenir des secours de Charles-Quint, il fallait lui donner une troupe de hussards qui figura sur le champ de bataille de Mûhlberg contre les luthériens*. La situation commandait de négocier à Constantinople, et de longues discussions, embrouillées par le mauvais vouloir de l'ambassadeur de France, aboutirent en 1547 à une trêve de cinq ans. La Diète qui fut alors convoquée apprit avec désolation que le morcellement de la patrie était un fait accompli : ne voyait-on pas arriver uni defterdar chargé de régler les frontières de la lieutenance ottomane de Bude? Ne pouvant s'y opposer, on s'efforça du moins de rétablir la paix intérieure, d'obtenir la résidence du roi dans son royaume. Il faut surtout signaler deux traits honorables pour cette assemblée : elle accueillit le projet, différé il est vrai dans l'application, de rendre aux paysans le déplacement libre, et les nombreux députés protestants firent rejeter les lois d'intolérance proposées, malgré la modération personnelle de Ferdinand, par la politique religieuse de la maison d'Autriche.
Dans les années suivantes (1548-1552), tout l'intérêt se concentre sur Martinuzzi, déjà évéque de Varad et bientôt