Sa aUemand Karlsbourg, en latin Alba Julia
3. Pour les faits compris dans ce chapitre, qui sont relatifs à la Turquie, v. les livres LU à LX de Hao^mer.
par Texécution de Barcsay, et négocier avec les Turcs et avec Léopold ; repoussé par les Turcs, tardivement et froidement appuyé par une marche de l'illustre général impérial Montecuccoli, il fut vaincu à son tour et tué dans la bataille. Son , fils Simon Kemény aurait voulu tenter encore la fortune en manœuvrant avec les armées allemandes ; mais les Transylvains ne voulaient plus s'exposer à d'affreux ravages qui dépeuplaient et ensanglantaient leur pays, et les garnisons qui les défendaient ne leur plaisaient guère plus que les troupes étrangères qui les attaquaient. Ils acceptèrent donc Michel Apafy désigné par la Porte, et la décadence de la principauté commença : ballottée par tous les orages comme la politique même de son timide souverain» elle ne devait plus que languir jusqu*à ce qu^elle devint une province des Habsbourg.
La rivalité militaire des Hongrois et des Allemands était aussi la grande question qui agitait le royaume. Déjà sous Ferdinand III (1655), la diète n'avait voulu procéder au couronnement de Léopold, nécessité par la mort imprévue de Ferdinand IV (roi qui n'a jamais régpé), qu'à la condition formelle que la dignité de palatin serait rétablie et que le pays serait débarrassé de l'occupation étrangère. Léopold, une fois sur le trône ^ n'eut garde d'exécuter cette dernière
1 . VHistoria Leopoldi Magni, du Jésuite Wagner, est un panégyrique en 2 vol. in-folio, Âugsbourg 1719. L'opinion de Tauteur et de ceux qui Tont inspiré, en ce qui concerne la Hongrie, se trouve résumée en deux lignes caractéristiques (I, 342) : Gens dura et pervicax non nisi atrocibus suppliciis, et quœ alibi seeva yiderentur, coerceretur. — Par contre, M. Chassin, dans quelques pages du livre déjà cité sur Jean Hunyade, et surtout M. Alfred Michiels dans son intéressante mais trop virulente Histoire secrète du gouvernement Âutrichietif montrent une sévérité souvent justifiée, mais parfois excessive.
promesse, et l'on se plaignit de tous côtés des soldats de Montecuccoli, qui traitaient la Hobgrie en province conquise. Les assemblées, convoquées à peu près périodiquement, n*obtenaient rien. Celle de 1662 réclama contre des violations continuelles de la paix religieuse avec si peu de succès, que les protestants cessèrent de paraître aux séances; du reste elle vota tous les armements nécessaii*es contre le grand ennemi, et consentit à voir retarder le départ des troupes étrangères. Devant le péril imminent d*une attaque dirigée par le formidable KeuprUi, tout antagonisme semblait s'effacer. Pessina, dans son Ucalegon ', jetait un long cri d'alarme, et dénonçait à la paresse des chrétiens les progrès inévitables et comme les étapes du fléau. Lorsqu'on apprit le siège d'Ujvâr*, victorieusement dirigé par le grand-visir, on crut déjà Vienne assiégée et la terreur se répandit dans toute l'Allemagne.
Même à cet instant suprême la rivalité militaire ne sommeillait pas. Deux systèmes étaient en présence, aussi bien que deux armées ; deux généraux se disputaient avec passion, Nicolas Zrinyi et Montecuccoli. Zrinyi était le type du héros magyar, comme son aïeul le défenseur de Sziget ; il était cavalier, il était poète, l'un des premiers de son pays; il comprenait la guerre comme une série d'actions brillantes et audacieuses. Sa campagne d'hiver le fitbien voir (1663-1664) : par les plus grands froids il surprit des places importantes et galopa jusqu'à Essek, où il incendia le grand pont construit sur la Drave par Soliman le Magnifique. Montecuccoli contemplait de loin, avec une ironie méprisante, ces témoignages de bravoure. Le grand tacticien, nourri dans la forte
. 1. Lithomisslii 1664, un des écrits les plus éloquents de Tépoque. 2. Neuhœusel en allemand.
tradition de Walleostein et de Piccolomini, et destiné à être un jour le digne adversaire de Tureune, ne prenait pas au sérieux les turbulentes levées de la noblesse magyare ou croate'. Il méditait une campagne ou le plan d'une bataille comme une partie d*ëchecs oô son habile et forte main disposait les pièces, les régiments orgueilleux, pillards, mais savamment disciplinés.
Il exhala son dédain pour Zrinyi dans un pamphlet amer, pareil à ceux qu'un vieux maréchal de Napoléon aurait pu diriger contre la garde nationale de Louis- Philippe. II se moquait de « ces soldats d'insurrection qui n*ont rien de ce » qu'il faudrait, incapables dans leur rusticité de manier » les armes, et tout disposés à prendre secrètement la fuite. » Il tournait en dérision les récentes opérations du ban de Croatie et « ses plans grotesques dépourvus de méthode 2. > Chose dangereuse que de s'attaquer à un poète et surtout de se moquer de lui! Ije plus mystique ou le plus enthousiaste, si on le pousse à bout, trouvera en lui l'étofTe d'un satirique. Zrinyi répondit par une brochure dont l'anonyme transparent ne trompa personne. Il annonça au fier général qu il serait à sou égard le soldat romain du triomple, remémorant au plus glorieux et au plus satisfait sa condition de mortel. Il rappela à Montecuccoli que dans ses diverses campagnes il avait fait plus de mal que l'ennemi même à la nation qu'il insultait maintenant. II se demandait si les Uunyade et les autres défenseurs de la patrie ne rendaient pas quelques services avec leur vaillance personnelle, ei si cela ne
1. Zrini Miklos es Montecuccoli Raiitnondf article de M. Panier dans la Budapesii Szemle de 1867.
2. Ces citations de Montecuccoli se trouvent dans le 33* vol. de Katona, p. 404 et 493.
valait pas mieux que de discourir, à la façon de Thersite, contre ceux qui risquaient leur vie. De telles épigrammes ne pouvaient manquer d'atteindre profondément, et lorsqu'un peu plus tard Tauteur de cette brochure mourut d'une façon mystérieuse, bien des gens soupçonnèrent Montecuccoli d'avoir satisfait les rancunes de son amour-propre.
On ne peut du moins lui refuser de s'être montré grand général dans la campagne de 1664*. Ne pouvant défendre la ligne de la Muhr, il se retira derrière le Raab, et, fortifié par l'arrivée des auxiliaires français sous les ordres de Coligny et de La Feuillade, il attendit le grand-visir. La bataille s'engagea près de Saint-Gothard, des deux cotés d'un demicercle formé par un détour de la rivière. Les Turcs franchirent imprudemment cet obstacle, ils commencèrent par bouleverser l'armée chrétienne; mais la bravoure des Français leur fit éprouver de grandes pertes, et Montecuccoli eut l'idée aussi simple qu'admirable de disposer toutes ses troupes en demi-lune, rabattant les Osmanlis comme un gibier surpris dans une battue formidable et poussant dans les eaux du Raab tout ce qui avait eu le malheur de les franchir. C'était un affreux désastre pour le sultan chasseur, pour le fainéant Mahomet IV, et même pour la grandeur ottomane qui ne s'en est jamais complètement relevée, malgré ses efforts ultérieurs.
Qu'on juge de Tindignation des Hongrois, catholiques ou protestants, lorsqu'ils apprirent qu'une telle victoire était suivie d'un traité qu'aurait à peine justifié la campagne la plus insignifiante. La paix de Vasvar, qui intéressait direc-
1. Dans celte môme amiée ont été publiés à Nuremberg deux curieux ouvrages : Ungarische Chronicaf et surtout Historischer Lorheer- Xranx, accompagné de gravures.
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tement leur nation et leur territoire, fut conclue sans eux, pour ainsi dire contre eux, car les clauses les plus importantes étaient consacrées à empêcher tout rapport entre les mécontents et les Turcs, lesquels en échange voyaient leur domination augmentée de quatre nouveaux comitats, et des places qu'ils avaient récemment conquises. En un mot c'était un partage delà Hongrie entre la Porte et la cour de Vienne ^ Ou*avaient donc fait les Magyars? Avaient-ils conspiré avec Tennemi? Loin de là, il s'étaient prodigués dans la lutte, et lorsque le trop dépendant prince de Transylvanie les avait engagés à se soulever, un des chefs patriotes, le palatin Yesselényi, avait repoussé hautement toute connivence et toute infidélité. Après tant d'efforts on les traitait en rebelles ! Le primat Lippay fut aussi indigné que le palatin, et le mécontentement, toujours plus envenimé par la conduite des soldats de Montecuccoli et par l'arbitraire de chaque jour, plongea dans les couches populaires des racines profondes.
Dès lors la lutte intermittente, et plus souvent sourde que déclarée, soutenue depuis cent quarante ans par la nation contre la Maison d'Autriche, prit l'aspect d'un duel en règle, où les deux champions firent assaut, l'un de complots et d'insuiTections, l'autre de persécutions et d'exécutions sanglantes. Léopold, et les Jésuites maîtres absolus de son esprit,
1 . Le chevalier du May, dans ses Discours historiques et politiques sur la guerre de Hongrie (Lyon 1665), dit que c chacun s'entretient de la paix que TEmpereur vient de faire avec le Turc, et chacun en parle à sa fantaisie, sans savoir ce qui a porté ce souverain à se mettre bien avec les Infidèles t. Il justifie pourtant Léopold en disant que si Ton doit compatir au chagrin des Hongrois, le moment de leur délivrance n'est que retardé.
de sa cour, de son administration, avaient juré d*anéantir la constitution du royaume. Ils le montrèrent bien en convoquant à Vienne une réunion de magnats et de prélats destinés à remplacer la diète; mais même dans cette assemblée dépendante ils trouvèrent une résistance invincible, et ils Q*en retirèrent aucun profit. Plusieurs membres très-importants avaient même refusé de s*y rendre; Tarchevéque Lippay écrivait à un jésuite : « J'ai juré d'être un loyal et » utile conseiller de mon pays, je ne veux pas être appelé
• traître, Tétre encore moins. Je ne veux pas non plus
• prendre part à des soulèvements. » Telles étaient aussi les dispositions de Nicolas Zrinyi, mais lui se rendit à Vienne quand même on cherchait à l'induire en défiance. Le malheur voulut que ces deux patriotes influents fussent bientôt perdus pour leur pays. Zrinyi, s'étant égaré dans une partie de chasse, fut tué par un sanglier, sans que Ton ait pu constater sur son cadavre la marque d'un coup de boutoir \ Lippay mourut à peu près en même temps, et fut remplacé par le prélat Szelepcsényi, disposé à sacrifier toutes les libertés hongroises, pourvu que la cour en revanche exterminât les protestants.
11 n'y avait plus qu'un seul intermédiaire entre les passions extrêmes, le palatin Vesselényi. Sa situation pénible ressemblait à celle de son prédécesseur Eszterhàzy en face
1 . « On ne peut pas douter que cet iUustre mort n*eût formé le des- » sein de soulever toute la Hongrie et de la mettre en armes pour » renouveler la guerre contre les Turcs, même sans le consentement
• de l'Empereur i, dit le comte Nicolas Bethlen dans ses curieux Mémoires écrits en français, et publiés à la suite de VHistoire des fiévolutions d0 Hongne, p. 211. Il raconte ensuite son voyage à Paris, et la visUe qu'il rendit au grand Condé dans son palais de Chantilly.