‹ Histoire générale des Hongrois (volume 3)Chapitre 60 sur 132 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I^ PRIMGB BUaàNE, GRABI.KS VI BT LÀ PRA.OMATIQUB-SAI(C!TION

La paix de Szathmar, coïncidant avec ravénement du père de Marie-Thérèse, ouvre une grande période dans Thistoire des Hongrois, de la monarchie autrichienne, et de TEurope diplomatique ^ Désormais la vallée moyenne du Danube, loin de flgurer, dans le système général des alliances, parmi les pays hostiles et funestes à la maison de Habsbourg, deviendra comme le pivot de sa politique et son plus ferme soutien. L*ère de.Finsurrection est terminée, ou plutôt Tinsurrection est toujours prête, mais en faveur de TAiUriche contre tous ses ennemis, qu il s'agisse des Turcs ou de la Prusse, de Louis XV ou de la Convention nationale ou de Napoléon. La cour de Vienne et la uation magyare ont compris à la suite de luttes répétées qu elles étaient Tune et Tautre trop résolues et trop tenaces pour se détruire ou se

1. Le T. Y de M. Horvàth est consacré tout entier à la période 1711-1790; le T. VI à 1790-1815.

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dompter ; la nation ne refusera plus robéissance, la maison d'Autriche n'étouSera plus les libertés. Sans doute, un tel accord ne se maintiendra pas, entre deux contractants aussi énergiques, sans de fréquentes mésintelligences, mais elles se produiront presque toujours sur le terrain légal, dans les discussions des assemblées ; et pendant plus d*un siècle, laHongrie sera véritablementautrichienne, jusqu'au moment où les nouvelles idées libérales et le réveil moderne des nationalités feront voir les questions sous un nouveau jour. On connaît les résultats de la mort de Joseph P% quant à la guerre européenne de la succession d'Espagne. Les puissances maritimes, l'Angleterre et la Hollande, qui soutenaient contre le petit-fils de Louis XIV les prétentions de l'archiduc Charles, n'allaient certainement pas continuer une lutte onéreuse pour assurer à ce prinœ, devenu Empereur, l'immense domination de son aïeul Charles-Quint. Dans ces circonstances, il était urgent de prévenir tout mouvement et même toute inquiétude en Hongrie, par une prompte ratification du traité conclu sous le feu roi. Le prince Eugène, qui était depuis longtemps et qui devait rester longtemps encore le bon génie de la maison d'Autriche, s'empressa d'y apposer sa signature, la meilleure des garanties, entre celles de l'impératrice veuve et des ministres. Le nouveau souverain était alors à Barcelone, où il se défendait péniblement contre Philippe V, depuis la victoire décisive de Vendôme à Villaviciosa. La mort de son frère le fit renoncer à un trône chimérique pour venir prendre possession des trônes solides qui l'attendaient. Dès le mois de décembre, il était couronné à Francfort, et dans les premiers jours de 1712, il arrivait à Vienne, d'où il convoquait la Diète de Presboûrg pour le 3 avril.

Dans rintervalle, de sourdes intrigues s* agitaient. Le traité de Szathmâr était dénoncé à l'orgueil royal comme une faiblesse, presque une trahison. Chose étrange, il était combattu plutôt par les grands seigneurs magyars que par la coterie aulique. Ces magnats qui avaient lutté contre Râkôczy, ou fermé aux Kurucz la porte de leurs châteaux, mais surtout ceux d'entre eux qui s'étaient réfugiés à Vienne pendant la guerre, avaient une peur extrême de Tamnistie et de la restitution des biens confisqués : ils se voyaient déjà traqués, menacés de mort ou d'incendie par leurs anciens adversaires. Peu leur importait le redressement des griefs ou le rétablissement des libertés publiques ; ils éprouvaient une terreur qu'ils voulaient faire partager au souverain. Fort heureusement, les hommes distingués de la haute aristocratie, Paul Eszterhâzy, Alexandre Kârolyi, neutralisaient ces efforts par Tinfluence légitime que leur valaient leurs grands services ; ils obtenaient du roi Charles ^, prince naturellement modéré, ennemi des résolutions extrêmes, une lai^e interprétation des clauses relatives à la restitution des biens et à l'amnistie.

C'est aussi dans ce sens, avec quelques réserves, que le traité de Szathmdr fut enregistré par la Diète. Cette assemblée eut à s'occuper une première fois de la succession dans la ligne fémiuine, car le sang d'Autriche était déjà menacé d'épuisement. Rien ne fut encore décidé sur cette question

1 . Nous Tapppellerons Charles YI, pour nous conformer à Tusage adopté par Thistoire générale de l'Europe ; mais comme roi de Hongrie oa devrait rappeler Charles III (Charles 1*^ étant le fondateur de la dynastie angevine, et Charles de Durazzo ayant été couronné sous le nom de Charles II] .

délicate; mais après le couronnement de Charles III*, une loi vivement désirée rendit à la nation le droit d*élire son roi en cas d'extinction de la ligne masculine, et lui donna par conséquent une position excellente dans les futures discussions relatives à la succession d*Autriche. On venait d'apprendre que les puissances maritimes se retiraient décidément delà lutte, et TEmpereur, réduit à ses seules forces, avait besoin du dévouement de tous ses sujets. La reprise des hostilités et une brusque invasion de la peste interrompirent les délibérations. Les armes impériales ne furent pas heureuses dans la dernière campagne, et bientôt le traité de Rastadt (1714), complétant le traité d'Utrecht, rétablit la paix européenne, en attribuant à TAutriche de fort belles possessions, Naples, Milan, la Belgique. La diète hongroise fut alors de nouveau convoquée, et siégea celte fois assez longtemps (sept. 1714, juin 1715). Nicolas PdlflFy devint palatin, et la situation difficile du royaume fut réglée par une imposante série de lois.

Un grand nombre de ces articles portent Tempreinte de la réaction et du parti aulique. L'amnistie était restreinte beaucoup plus que par les déclarations précédentes; un délai était fixé, après lequel on n'aurait plus le di*oit de réclamer de la grÂce royale la restitution des biens confisqués. La terrible accusation de lèse-majesté atteignait maintenant une foule de délits prévus. L'autonomie nationale pouvait s'inquiéter du principe désormais admis de Tarmèe permanente, de la subordination des administrations royales aux administrations autrichiennes, de la couronne fixée à

1 . Schmeizel venait de publier à léna (1713) une brochure intitulée : De insignibus vulgo clenodiis regni Hungariœ ei ritu inaugurandi regem Hungariœ,

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Presbourg, trop près de la frontière. Mais ce que Ton pouvait surtout regretter, c'étaient les progrès de l'intolérance religieuse. Les protestants n'avaient guère à ^e féliciter de la froideur que beaucoup d'entre eux avaient témoignée aux chefs de la dernière insurrection, pas plus que les protestants français n'avaient été récompensés de leur royalisme au temps de la*Pronde : ils étaient plus que jamais traités comme des rebelles. Si les atroces violences du siècle précédent leur étaient épargnées, ils entraient dans une période de persécution relativement bénigne qui n'était guère moins pénible à supporter. Au lieu d'échafauds et de galères, c'étaient maintenant des enlèvements d'enfants nobles, des fermetures de temples et d'écoles, une surveillance minutieuse de renseignement des pasteurs qui ne pouvaient même pas, dans leur instruction religieuse, discuter les doctrines catholiques. Toutes les réclamations échouèrent en 1715 et dans la suite du dix-huitième siècle; mieux encore, les réclamations écoutées étaient celles des prélats catholiques, scandalisés de voir le culte protestant célébré dans les cbAteaux, et les protestants des villages catholiques visités par le pasteur le plus voisin. Le roi promettait de faire droit à ces plaintes; toutefois, dans son humanité et sa modération naturelles, il calmait plutôt qu'il n'excitait les fureurs de la réaction, il ne voulait pas dépasser les restrictions des lois votées sous Léopold, en 1681 et 1687.

D'autres que les protestants avaient à se plaindre de Tétroitesse de la majorité; mais à vrai dire, l'affaire trèsgrave que nous allons indiquer était plutôt politique et nationale que religieuse. Les Serbes étabUs dans le banat de Temesvâr depuis un quart de siècle, étaient des sectateurs zélés du rite grec, et leur attachement à cette Eglise, leur

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éloignement pour toute union avec Téglise mmaine , dans un temps où les questions de race ne se posaient pas encore, servait de manifestation inconsciente à leur haine contre les Magyars. De leur côté, les Magyars, dans leur acharnement à faire prévaloir le catholicisme sur Torthodoxie grecque, poursuivaient au fond la défaite de Télément slave par leur nationalité. Cette lutte, assoupie par moments, a recommencé à différents intervalles et sous différentes formes. Les Habsbourg y trouvaient leur avantage, car l'équilibre des haines était le meilleur gage de leur domination. Suivant leur intérêt, quelquefois aussi suivant leurs réelles sympathies humanitaires, ils se prononçaient, tantôt en faveur de sujets auxquels ils devaient une protection paternelle, tantôt contre une population récalcitrante qui entretenait dans leurs domaines apostoliques la division religieuse, et qui menaçait leur royaume de Hongrie d'un démembrement. Déjà, en 1715, Charles VI confirmait les privilèges des Serbes, et, d'autre part, il sanctionnait une loi excluant à nouveau les non- catholiques de la propriété du sol dans les provinces voisines de Croatie et d'Esclavonie. Une guerre contre les Turcs était le meilleur moyen de rapprocher toutes les Eglises et toutes les races : telle fut sans doute le principal motif d'Eugène pour saisir l'occasion d'une lutte entre la Porte et Venise*. Il fut du reste assez habile pour laisser aux Ottomans qui, dans la suite, ne cessèrent d'être excités par Alberonî, ministre de Philippe V, l'initiative des hostilités. En juillet 1716, le grand visir franchit le pont de Belgrade et marcha sur Petervardin ; il y trouva l'armée autrichienne, qui attendit d'abord son

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