Correspondance déjà citée, I
230 HISTOIRE GËNÉBALE DES HON'GHOIS
Les plaintes auxquelles Joseph fait allusioa proTenaleot de la coQtiauatioD de la crise rurale. Dans ses propres Toyages, Marie-Thérèse s'était convaincue de l'urgence d'un règlement nouveau, et la mauvaise volonté de la Diète la détermina à s'en occuper elle-même. Des conseillers auUques furent chargés de préparer un uriiarium qui est resté, jusqu'à la grande assemblée de 1832, la base de la r^lementation féodale. Désormais les paysans étaient libres d'aller s'étabUr où ils voulaient, et d'élever leurs enfants comme bon leur semblait, aussi bien pour une profession libérale que pour le travail paternel. Leurs procès étaient évoqués devant la juridiction du comllat, et les redevances étaient assujetties à un taux proportionnel. C'étaient là de sérieuses améliorations, et il est fâcheux que l'amour-propre nobiliaire en ait laissé l'initiative à la royauté*. Comme on pouvait le prévoir, l'urbarium ne pénétra pas en quelques jours dans toutes les régions du territoire ; il y eut des refus, des luttes violentes de paysans à seigneurs. La famille royale compta même sur ces déplorables incidents pour faire cesser la résistance : ■ La petite bataille en Hongrie, écrivait l'empereur,
> fera, je crois, son effet. Les paysans sont exécutés, quitte
> à en donner de même un exemple vis-à-vis des seigneurs, ■ S. If. fera ce qu'elle voudra. ■ Ce n'est toutefois qu'au bout de six années que les dispositions nouvelles furent respectées partout'.
Après la crise féodale se dessina la crise ecclésiastique. C'est vers la fin de ce règne que fut supprimé l'ordre des t(?u\\es, longtemps si influent à Vienne, si acharné contre
V. la relation de Paolo Renier dans le T. XXH des foMas, 318. Cjirresp. déjà citée. I, 193.
l'autonomie hongroise , bien qu*il ait donné à la Hongrie quelques hommes distingués et ne manquant pas d'une sorte de patriotisme. Le gouvernement se préoccupait déjà des couvents et de l'extension menaçante de leurs propriétés. Marie-Thérèse, tout en créant de nouveaux évéchés, limitait le nombre des moines; à quelques égards elle préparait le joséphisme. Elle diminuait la puissance politique du clergé, même séculier, en décidant que les évéques ne rempliraient plus les fonctions de fôîspan des comitals. Mais elle ne perdait rien pour cela de sa dévotion exclusive. Les protestants, traqués de toutes parts, en butte aux séductions les plus flatteuses comme les plus grossières, avaient beau se plaindre des spoliations, des enlèvements d'enfants, des conversions forcées : ils n'obtenaient qu'une réception gracieuse, et la tolérance était ajournée '. C'est sans doute la question religieuse autant que la question d'unité territoriale qui décida la reine à faire pencher, en faveur des Magyars contre les Serbes du, Banat, la balance longtemps hésitante de sa politique.
Elle avait d'abord créé une sorte de ministère spécial pour représenter ces populations auprès de son gouvernement; c'est ce qu'on appelait ÏIllyrische Hofieputation ^ longtemps dirigée avec beaucoup d'énergie par le comte Ferdinand Kolowrat, qui soutenait que le Banat relevait de la monarchie autrichienne et non pas de la couronne hongroise. Mais ensuite, pour remplir ses promesses à la Diète du couronnement, elle réunit aux comitats de Bacs, d'Arad et de CsanM
1 . Vollstândige Geschichte der Neuesten Bedruckungen der Evangeliicken, i7S3, etc. — Les nombreux documents relatifs à la situation des protestants sont résumés dans la Gesch, der Ev, Kirche.
les confias militaires de la Theisa et du Haroe (1750). Ce fut pour ces tribus guerrières une véritable désolation de se voir assujetties aux institutions maudites des Magyars : deux chefs, Hrvat et Tutelja, èmîgrèrent en Russie avec des troupes nombreuses. I^ gouvernement, craignant de voir convertie de nouveau en désert une contrée qu'on avait eu tant de peine à repeupler, ouvrit une enquête qui se trouva funeste au clergé greco-serbe. Dès lors il poussa à l'union avec tant de violence qu'il provoqua une insurrection en 1755 : l'établissement des Jésuites fut brûlé ainsi que trente châteaux de la noblesse magyare. La cour, ayant triomphé de cette émeute, revint à des moyens plus conciliants, mais sans éprouver plus de bienveillance pour les Slaves et leur Église. Les délégués croates à la dièle de 1764 se prononcèrent contre eux malgré la communauté de race et de langue; et un cougrès préparé par le comte Haddik aboutit à un règlement qui pliait décidément les Serbes sous la légalité hongroise. Ils perdirent bientôt leurs juges nationaux; enfin le fianat fut réincorporé au royaume de Hongrie eu 1779, et forma les trois comilats de Torontal, Temes et Krassd '.
La nation fut heureuse de cette mesure qui lui restituait l'inté^iité de son territoire. Le premier partage de la Pologne (1773) lui valut la rétrocession des villes de Zips autrefois aliénées par Sigismond, et dont elle n'avait jamais accepté la perte. Aussi malgré le chagrin causé par la suspension de la vie constitutionnelle, Marie-Thérèse fut-elle jusqu'à sa dernière heure vraiment populaire, car elle agissait «Il reine de Hongrie patriote. Dans sou lèle pour les
1 Les Serbf» de llongrit, p. t13-IS3.
intérêts matériels de ses sujets , elle faisait du district de Fiume un district hongrois, leur donnant ainsi un débouché maritime. Elle faisait droit dans la mesure du possible à leurs perpétuelles et inévitables réclamations de peuple agricole, producteur de matières premières, contre le système douanier auquel tenaient les industriels allemands d'Autriche. Cependant on a pu dire qu*au point de vue économique « le long règne de Marie-Thérèse ne fut qu'une
> série d'essais impuissants et contradictoires ^ »
Elle eut encore avant de mourir l'occasion de faire appel à UD dévouement éprouvé tant de fois, lorsque s'ouvrit la courte guerre de la succession de Bavière. L'Empereur, qui à vrai dire souleva cette question malgré sa mère *, n'avait pas changé de manière devoir au sujet de son futur royaume ; il en parlait toujours avec une haute estime mêlée d*un peu d'ironie et d'une nuance de sourd mécontentement : « Les « Hongrois, écrivait-il à Léopold , ne veulent pas tant de
> troupes, et par conséquent nous n'oserons pas les y » mettre. » — « 11 faudrait quelqu'un qui lui expliquât bien » (au jeune archiduc Maximilien) le système d'Hongrie en » général, et qui par les pièces justificatives qu'il prendrait à • mesure des archives, lui en ferait connaître tous les res- 9 sorts. » — « Maximilien a commencé à répéter le droit
i . Paganel, HUtoire de Josejth 11^ p. 339, Paris 1843.
2. MM. d'Arnbth et Geffroy, Correspondance secrète entre Marie- Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau, Paris 1874, T. III, 99, 110, 150, etc. Recaeil de premier ordre, on ne peut plus intéressant à rapprocher de la correspondance de Frédéric, particulièrement en ce qui concerne Taffaire de Bavière, recueil précieux pour quiconque veut étudier la cour de France et la politique extérieure de Marie- Thérèse, mais dans lequel il est rarement question des Hongrois.
• hongrois avec un conseiller, je ne sais pas si cette partie 1» lui paraîtra fort intéressante, v Lorsque les hostilités se préparèrent contre la Prusse, Joseph II se montra fort irrité du peu d'empressement que Ton mettait à rassembler les recrues, il se plaignit des lenteurs éternelles des comitats. La vieille reine alors employa son expérience à lui faire comprendre f cette nation glorieuse » éprise des formalités légales, et la nécessité éventuelle de convoquer une diète, perspective qui d*ailleurs ne lui souriait nullement.
• La Diète de Hongrie, lui écrivait-elle, est ordonnée pour » le 1*' octobre (1778), ne pouvant plus tôt. Vous aurez 1» douze mille recrues à la place de huit mille. Je dois dire » que tout le monde s'empresse, et le chancelier, le primat,
• Pâlffy, Porgacs sont déjà dans leurs comitats, et travaillent » et donnent le branle. Je dois cette justice à tout le monde a et vous embrasse tendrement. > — « Je ferai mon pos- 1» sible d*obtenir le mieux, mais cela ne peut se promettre » d'une multitude de gens bien intentionnés, mais pleins de » préjugés. • — • Tai fini hier avec ces Messieurs qui étaient » ici. Point de diète, et on fera l'augmentation. Je leur dois » celte justice qu'ils se sont déclarés avec zèle et prompti- » tude. En cas de plus grand besoin, Tinsurrection et la » diète restent encore en réserve, mais Dieu nous en pré-
• serve. » Malgré ce souhait peu enthousiaste, Marie-Thérèse ne cessait de combattre la mauvaise humeur croissante de son fils qui parlait avec dédain « des propositions que les
• Hongrois font sonner si haut*. > Elle appréciait à leur juste valeur ces propositions, qui revenaient à de grands
1. Marta'Thereéia und Jowph II, I, 334, II, 73, 123, 207, 303, 372, 378» III, 24, 60, 88, etc.
sacriOces en hommes et en argent, mais que la paix de Teschen rendit heureusement inutiles. Lorsque Thydropisie remporta quelques mois plus tard , l'affeciion mutuelle des Magyars et de leur reine n*était plus obscurcie parles nuages que des torts mutuels avaient soulevés plus d'une fois.