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LE COMTE JULES ANDRÀSSV

Impr. Athenarum.

l'oppression et le compromis 555

Les conditions du compromis une fois réglées, François-Joseph se porta fort de leur acceptation par le Reichsrath, puis, par son rescrit du 17 février 1867, rétablit en fait la constitution hongroise.

Le comte Jules Andrâssy fut chargé de former le nouveau cabinet : il se réserva, avec la présidence, le ministère de la défense nationale, tandis que le baron Joseph Eôtvôs acceptait celui des cultes et de l'instruction publique, Melchior de Lônyay celui des finances, Balthasar Horvâth celui de la justice, le comte Eméric Mikô, celui des communications, le comte Georges Festetich, celui de la cour, le baron Bêla Wenckheim

Kolotnan de Széll.

celui de l'intérieur, Etienne Gorove celui de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, enfin, plus tard, Koloman Bedekovich celui de la Croatie.

Le gouvernement se présenta le 28 février devant la Chambre des députés et prit aussitôt en mains la direction des affaires.

Alors finit une époque pleine de sang et d'amertume. Les plaies les plus douloureuses se cicatrisèrent presque aussitôt: la Hongrie ne songea plus qu'à son avenir. Dans toute la nation reparut l'ancienne ferveur pour le souverain et sa charmante épouse, qui avait favorisé l'oeuvre du compromis et s'était assurée ainsi l'éternelle reconnaissance des Magyars. Le 8 juin 1867, l'empereur et l'impératrice furent couronnés: l'enthousiasme gêné-

rai s'accrut encore, lorsque l'on apprit que le nouveau roi destinait les deux cent mille ducats, votés en don de joyeux avènement, à un hospice pour les honvéds nécessiteux de 1849.

La loi XXX de 1868 unit à la Hongrie la Croatie, l'Esclavonie et la Dalmatie, qui formèrent ensemble un État commun sous le nom de y-' Pays de la Couronne de Saint-Etienne.«

La Croatie eut cependant un gouvernement autonome pour son administration intérieure, la justice, les cultes et l'instruction publique : des chefs de division furent chargés de ces trois services. Le ban, qui devint un grand dignitaire civil, fut mis à la tête des autorités locales: il fut responsable de ses actes devant la diète d'Agram et, comme sa nomination

Le Comte Albert de Apponyi.

eut lieu sur la présentation des ministres hongrois, devant ses chefs hiérarchiques. Pour le contreseing des actes officiels, un nouveau ministère fut créé dans le cabinet magyar.

Toutes les affaires communes sont traitées à Budapest, aussi la diète croate envoie-t-elle quarante de ses membres à la Chambre des députés et trois à la Chambre des Magnats. Quarante-cinq pour cent des impôts directs et indirects perçus sur le territoire croate sont affectés à l'administration particulière de la Croatie.

Fiume et le territoire voisin formèrent le » littoral hongrois*^ sous le nom de »Separatum corpus Hungariae Regni Coronae«. La ville envoie un député à la Chambre des députés et son gouverneur est de droit membre de la Chambre des Magnats.

l'oppression et le compromis

En vertu des lois de 1848, la Transylvanie est complètement unie à la Hongrie. Les ^confins militaires <^ disparurent par la suite: les territoires en deçà de la Drave furent incorporés aux comitats hongrois, les territoires au delà aux comitats croates.

Indiquons les principaux événements, qui se sont passés en Hongrie depuis le Compromis.

Comme double conséquence de l'arrivée au pouvoir de proscrits de 1849, une amnistie générale fit rentrer dans leur patrie tous ceux qui ne s'y refusaient pas comme Kossuth, et l'ancien fonctionnement des comitats recommença. Le ministère Andrâssy, qui dura jusqu'en 1871, se signala

Désidère de Szilâgyi.

par une loi sur les nationalités, qui constata l'unité du royaume et déclara la langue hongroise langue officielle, et par d'utiles réformes judiciaires, électorales, notamment par la loi Eôtvôs sur les écoles.

La politique intérieure fut pénible durant quelques années. Le parti Deâk eut à lutter contre diverses oppositions de droite et de gauche et, malgré son succès aux élections de 1872, on vit passer rapidement les cabinets Lônyay, Bittô, Szlâvy, Wenckheim. Sous ces ministères, la situation financière s'agrava d'une façon presque continue : la construction de nombreux chemins de fer par l'Etat lui-même ou avec sa garantie d'intérêt devint une charge très lourde, que de mauvaises récoltes rendirent plus accablante encore. L'émission d'emprunts demeura un remède insuffisant. Le parti Deâk

se dissout alors ; une de ses fractions se joint à une fraction de l'ancienne opposition radicale et forme un nouveau parti qui apparaît au pouvoir avec Koloman de Tisza en octobre 1875 et qui établit une longue stabilité ministérielle.

Les progrès économiques de la Hongrie à cette époque sont dus en une très large mesure à cette durable administration. Koloman de Széll, ministre des finances, fit diminuer d'une façon extrêmement sensible le déficit budgétaire et abandonna en 1878 son portefeuille, lorsqu'il ne put empêcher l'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine qu'il jugea contraire aux intérêts financiers de son pays. L'entente commerciale avec la Cisleithanie,. la révision de la carte administrative du royaume, les lois sur l'enseignement secondaire, la réorganisation de la pairie forment les principaux actes du ministère Tisza, qui se trouva pourtant en butte à une double opposition,, celle du comte Albert Apponyi et celle de l'extrême gauche.

Pendant que s'élaborait la réforme des directions financières (1889) et que se préparaient d'autres réformes financières et administratives, le déclin du long ministère était visible et il tomba sur une question relative à Kossuth exilé. Le ministère Szapâry se déclara résolu à continuer les réformeslibérales, notamment en ce qui concernait les comitats et les cours de justice. Il eut des luttes continuelles avec les patriotes de 1849, formant avec MM. Ugron et Irânyi deux groupes distincts d'extrême gauche.

A la fin de 1891 et en 1892 grandit la situation de M. Wekerle,. ministre des finances, qui conclut les traités de commerce, prépara un beau budget et combina la réforme de la valuta. Les difficultés confessionnelles à propos des actes de l'état civil suggérèrent aux ministres libéraux et plus spécialement au comte Albin Csâky, ministre des cultes et de l'instruction publique, un projet de pure laïcisation ; mais le comte Jules Szapâry se retira et ce ne fut que sous un ministère Wekerle que celui-ci fut voté, avec le précieux concours de M. Désidère de Szilâgyi, ministre de justice. La reconnaissance de la religion israélite et la liberté complète des cultes furent l'oeuvre d'un ministère Bânffy, dans lequel Jules de Wlassics avait le portefeuille des cultes et de l'instruction publique.

En 1896, le royaume de Hongrie a salué le millième anniversaire de sa fondation; et la nation toute entière s'est tournée, pleine de confiance et de courage, vers un avenir, où elle entrevoit l'accomplissement de ses. anciennes espérances et le couronnement de ses efforts séculaires.

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