D'APRÈS LA PHOTOGRAPHIE DE RABENDING
Hongrie a une antique constitution qu'il faut rétablir, tout en laissant à l'empire son ancienne puissance.
Les deux tiers des députés se rangèrent autour de Deâk, qui devint le chef du parti qui porte son nom. Une adresse fut votée, que l'empereur accueillit avec bienveillance et cordialité. Deux commissions parlementaires, l'une de soixante membres, l'autre de quinze, furent nommées pour régler tout ce qui se rapportait au compromis. Leur président fut le comte Andrâssy.
Au printemps 1866, le travail d'élaboration était terminé; mais les deux guerres austro- italiennes et austro-allemandes éclatèrent aussitôt : la Diète fut dissoute et l'oeuvre commencée demeura en suspens.
M. de Bismarck chercha un appui contre l'Autriche, non seulement en Italie, mais auprès des émigrés hongrois, qui craignaient une solution pacifique. Le général Georges Klapka forma quelques bataillons dans la Haute Silésie, pour faire irruption en Hongrie, mais ce n'était pas encore ainsi que devait être réglé le différend austro-hongrois: la paix de Prague fut signée trop tôt pour que les pays opprimés aient eu le temps de se soulever.
Sadowa rendit cependant la cour beaucoup plus conciliante et lui fit même presser la solution de la question magyare.
Mandé à Vienne, Deâk conseilla à François-Joseph de rétablir l'ancienne constitution et de choisir »rhomme providentieU , le comte Jules Andrâssy, comme chef du nouveau cabinet. Le baron de Beust, récemment nommé chancelier de l'Empire, insista dans le même sens auprès du souverain. Une commission mixte composée d'hommes politiques des deux pays, fut chargée d'étudier le projet de compromis.
Cette commission se montra favorable aux idées du comte Andrâssy. L'Autriche et la Hongrie formeraient deux États, jouissant des mêmes droits et gouvernés chacun par un ministère responsable devant le Parlement de son pays. En Hongrie, la base de la nouvelle organisation serait la constitution de 1848, modifiée sur quelques points de détail.
La Diète adopta le 19 novembre 1866 ces principes fondamentaux, ainsi que le projet élaboré sur leur base. Vint ensuite le compromis, qui fut promulgué sour le titre de loi XII de 1867.
Exposons, dans ses grandes lignes, le compromis, VAusgleich, tel qu'il existe actuellement complété par l'usage, et en laissant de côté les principes généraux que nous avons maintes fois indiqués.
Trois ministres, chargés des affaires étrangères, de la guerre et des finances, siègent à Vienne et y gèrent les -^affaires communes*. Ils sont responsables devant les Délégations et doivent, avant d'agir, s'entendre avec leurs collègues autrichien et magyar. La coutume autorise d'interpeller à Pesth le chef du cabinet hongrois sur les relations extérieures et le ministre hongrois de la défense sur les questions militaires.
Les dépenses communes sont fixées tous les ans par les * délégués* •des deux parlements. D'ordinaire, les décisions sont prises séparément par les représentants de chaque pays ; mais si, après l'échange de trois messages, un accord n'est pas intervenu entre les deux assemblées, elles se réunissent •en assemblée pleinière et votent sans débats. Chaque État doit supporter une quote-part des dépenses, qui n'est pas nécessairement la moitié par suite de l'inégalité de population et de richesse et qui est actuellement le tiers environ. Les ministres autrichiens et hongrois des finances versent leur part contributive dans une caisse spéciale, dont les ministres communs disposent par mandats.
Une partie de l'ancienne dette impériale est à la charge de la Hongrie, .ainsi que les pensions de retraite des fonctionnaires du régime absolutiste.
Il est un certain nombre d'affaires, qui ne découlent pas naturellement de la Pragmatique Sanction, mais qu'il est préférable de régler en commun que séparément; ce sont surtout les questions concernant les douanes et le commerce en général, la dette flottante et une banque centrale d'émission. Les affaires douanières et commerciales, de beaucoup les plus importantes, sont réglées par un traité, dont la durée est de dix ans et qui est conclu à la suite d'un accord entre les deux pays: les projets sont rédigés par les ministres des deux Etats, présentés aux deux parlements et sanctionnés par l'empereur.