Roesler, Romœnische Studien (Leipzig, 1871), p
3. Trad. de Maçoudi, par Barbier de Meynard et Pavet de Courteille. Paris, 1863, 2° vol., p. 58.
LES ORIGINES ET L’ÉPOQUE PAÏENNE
ancien, et reconnaissable sous des formes variées. La science moderne lui a attribué diverses origines. Suivant une étymologie qu’Amédée Thierry a cru pouvoir adopter1, mais qui est rejetée aujourd’hui par la plupart des savants du pays2, une tribu, celle des Megers , aurait donné son nom au peuple tout entier. D’après Klaproth3 le nom des Baskirs ou Bachgird fournirait la clé de l’énigme; mais c’est là une opération étymologique un peu forcée, qui doit compter parmi les erreurs de ce grand esprit. Enfin, l’opinion la plus vraisemblable rapproche le mot Magyar du vogoul Ma-Kàr, homme de la terre, indigène ou enfant de la terre 4.
Il nous est impossible d’exprimer un jugement formel sur cette question controversée. Le mot de Hongrois est moins embarrassant. Eliminons d’abord trois explications répandues au moyen âge: il ne vient ni de l’allemand ungeborene (non indigène) 5, ni du latin angaria , chariot, ni du château
1. A ttila et ses successeurs , t. II, p. 205. — V. aussi Deguignes, Hist. gén. des Huns. Paris, 1756, t. I, p. 105 et suiv.
2. Szabô : Biborban sziiletctt, etc. (sur Constantin Porphyrogénète) dans le premier volume des Mémoires de l’Académie hongroise. Pesth, 1865, p. 135.
3. Tableaux historiques de l'Asie , Paris, 1826, in-4°, p. 275. — Cette opinion de Klaproth a été pourtant adoptée depuis par quelques philologues.
4. En hongrois, gyer, gyermeck, signifié enfant. Ma, signifie terre dans la plupart des langues finnoises, et il est probable que ce mot a existé anciennement dans la langue hongroise (communication de M. P. ITunfalvy).
5. Une autre explication populaire en. Allemagne (Dümmler : Geschichte des ostfrcenkischen Reichs. Berlin, 1865, 2e vol., p. 449), faisait venir Hongrois de hungrig, affamé, — ce rapprochement a pu contribuer à la légende des ogres.
de Hungu près des Karpathes1, car il est antérieur à la conquête de la Dacie et aux invasions en Allemagne. Nous le retrouvons au contraire sur les flancs de l’Oural septentrional et jusque sur les côtes de l’Océan glacial. Là se trouvent non-seulement le pays ougrien signalé au seizième siècle par l’ambassadeur Herberstein 2, la montagne ougrienne, la rivière Jougra, mais encore le peuple Jougra signalé déjà dans cette région par Nestor au onzième siècle, et dont le nom est évidemment le même que le grec Ougroi et que le français Hongrois 3.
Ce rapprochement nous en dit beaucoup surl’origine même du peuple, et nous sommes fondé à placer dans cette même région de l’Oural septentrional son point de départ et son époque antéliistorique. Les premiers documents nous montrent les Hongrois vivant de leur chasse un peu au sud de
1 . Anon. cli. n ; — déjà réfuté par Pray ( Annales veteres, Vienne, 17G1, in-folio. Disserlalio prœvia de Hungaris).
2. Herberstein, Rerum moscov. comment. Basil, 1571, in-folio, p. 85 ; liæc est Jugaria ex qua olim Ilungari progressi. — F. M. Müller {IJer ungrisclie Volkstamm, Berlin, 1837, p. 106), cite Pallas et Lelirberg, et explique que ce mot Ugorskaia Semlia ne vient pas de gora, montagne, comme on l’a cru en Russie.
3. Szabé, Biborban, etc. (1. cit., p. 71.) — Stritter Memoriœ populorum, etc., Pétersbourg, 1771, t. III. 2e part., p. 581. — Deguignes, 1. c. p. 510. — Klaprotli, Tableaux historiques, p. 275. — Am. Thierry, t. II, p. 198-217. — Jornandes écrivant Hunugari. {De Rebus Gelicis, cli. v, M. Closs lit Hunuguri), on a cru et nous avons cru nous-môme qu’il fallait traduire en deux mots Ilun-ougrien , véritable sens des différents noms modernes désignant les Hongrois. Mais la présence ou l’absence de l’u n’a pas l’importance qu’on a pu lui attribuer, car dans les langues slaves, à travers lesquelles sont ai'rivés aux Byzantins et nous sont arrivés tant de noms géographiques, la nasale a existé avant le son ou qui l’a souvent remplacée.
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cette contrée, près du Volga et des sources du Jaik : tel dut être leur séjour vers les sixième et septième siècles, d’après le grec Tliéophylacte, et le latin .romandes1. Quant aux chroniqueurs nationaux, il ne faut rien leur demander sur cette époque, à cause d’une préoccupation dont nous parlerons plus loin. Ces premières données, vagues et insuffisantes par elles-mêmes, sont corroborées par le rapport des voyageurs qui, au treizième siècle, ont trouvé depuis le moyen Volga jusqu’au delà de l’Oural, une grande Hongrie habitée par des peuplades suivant eux parentes des Hongrois 2. Dans ce premier séjour, les Magyars avaient pour voisins divers peuples Finnois et Turcs : les Bulgares, ou du moins ceux d’entre eux qui n’avaient pas émigré du côté
du Danube, les Baskirs, les Khazars et bientôt les Petcliénègues3.
Toutes ces tribus, si nombreuses qu’elles pussent être, menaient de toute nécessité une vie nomade. Ne labourant pas le sol, habituées à compter pour leur nourriture sur les poissons du fleuve, sur le lait et la viande de leurs immenses troupeaux qui paissaient les hautes herbes de la steppe, elles ne pouvaient échapper à Ja famine, lorsque la rivière commençait à s’épuiser, lorsque la steppe était rasée, qu’en transportant plus loin, vers le sud, leurs tentes légères et leurs chariots. Delà une extrême mobilité dans la résidence
1. Klaprotli, 1. c. p. 273. — Jornandes, 1. cit. , ajoute: Hunugari hinc sunt noiL quia ab ipsis pellicum murinarum venit commercium.
2. Lemoine Richard : De facto Ungariœ magnœ (1237), dans Endliclier, ( Monumenta arpadiana , Saint— Gall, 1849), confirmé en 1246, par Jean du Plan de Carpin, si bien étudié chez nous par M. d’Avezac .
3. Les discussions ethnographiques concernant tous ces peuples ne seront soulevées que dans le chapitre suivant.
et dans les frontières de ces tribus. De là aussi un état politique et social particulier, comportant une grande liberté avec une stricte obéissance militaire ; car ces migrations continuelles produisaient des chocs nombreux et inévitables, et se transformaient, suivant l’attrait du pillage et la rencontre des obstacles, en longues et capricieuses invasions. De là enfin, la naissance et la destruction également rapides de vastes empires, que le génie d’un chef créait pour quelques années par l’adhésion ou la soumission de nombreuses tribus, et qui se dissolvaient après sa mort1.
Un des empires formés de cette manière qui ont eu non pas le plus d'éclat, mais le plus de durée et le plus de mérite politique, a été celui des Khazars2, et l’une des invasions les plus sauvages a été celle des Petchénègues. Les uns comme les autres ont agi par leurs mouvements sur les Magyars, et les ont déterminés à changer deux fois de séjour, à s’établir d’abord en Lébédie, plus tard dans l’Étel- Kôz. Le pays de Lébédie est probablement la région comprise entre le Don, le Dniéper et la mer Noire3 ; c’est de ce côté que les Hongrois, pressés de toutes parts, se dirigèrent dans le cours du neuvième siècle, traversant les déserts en
1. Ce principe générateur des invasions altaïques, la non-culture, n'a pas toujours été bien compris lorsqu’on s’est occupé de Gengis- Khan, d’Attila, etc. En ce qui concerne les Hongrois, il est bien expliqué dans Fessier-Klein, (1. cit., 1. I, ch. ii).
2. V. le Mémoire, resté définitif, de M. Vivien de Saint-Martin sur les Khazars, dans les Nouvelles annales des voyages, 1850.
3. Ilammer, dans un Mémoire publié en latin et en hongrois (Magyar t. tarsasâg, 3e vol., in-4°, Bude, 1838), place le pays de Lébédie à gauche du Volga, et traduit le Chidmas de Constantin Porphyrogénète par la Kama, ce qui paraît inadmissible.
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longues caravanes, descendant le cours des fleuves sur des troncs d’arbres creusés, et des outres disposées en forme de bateaux. La Lébédie est la première station des Hongrois sur laquelle nous possédions des renseignements historiques et légendaires un peu nombreux 1 .
Le mot même de Lébédie, d’après le savant empereur Constantin Porphyrogénète, ne serait autre que celui du premier chef ou voïvode 2, Lébôdias, simple chef militaire, car les tribus étaient réellement indépendantes les unes des autres en temps ordinaire. Les chroniqueurs du moyen âge indiquent un autre nom, celui d’Elôd, fils du fabuleux Ugek3, mais la chronique hongroise croit reconnaître dans Elod et dans Lébed deux formes altérées du même nom 4. Ce chef suprême était plus ou moins dépendant de son puissant voisin le chagan des Khazars, dont l’empire, alors à son apogée, s’étendait des Karpathes au Volga5. Il le suivait
1. Jerney: Keleti ulazâsa (Voyage en Orient), Pesth, 1851, in-4° 2e vol., lr0 partie, sur Lébédia, beaucoup moins intéressant que le premier volume sur l’Etel-Kôz, surtout à cause de la préoccupation de l’auteur de faire venir ses ancêtres, non du nord-est, mais du sud-est.
2. De administrando imperio, ch. xxxvm ; — fioéccooç, mot trèsreconnaissable sous sa forme grecque, comme bien des mots analogues. Les Byzantins possédaient à un degré remarquable ce que nous appellerions aujourd'hui la critique ethnographique et philologique, comme le prouve M. Rambaud dans son excellent Empire Grec au dixième siècle, Paris 1870.
3. Cette généalogie qui fait remonter Arpâd, par Ugek, à Attila (Anon. ch. i), est déjà révoquée en doute par Pray ( Annales veteres, p. 311).