‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 118 sur 179 · LOUIS LE GRAND · texte numérisé non relu

LOUIS LE GRAND

cc Un noble jeune homme, riche de nombreuses vertus, » c’est en ces termes que Louis d’Anjou avait été présenté aux États de Pologne par le roi Casimir1 2. Un autre étranger, le florentin Villani, bon observateur comme tous les politiques de sa race , disait que ce prince « était naturelle- » ment de mouvement subit et ne discutait ses résolutions » avec personne - . » Le Polonais et l’Italien comprenaient assez bien celui que la postérité magyare devait saluer du nom fastueux de Louis le Grand. Il avait plusieurs vertus d’homme et de roi : une grande activité, qui ne devait jamais se démentir pendant quarante ans de règne; un extrême souci de la majesté de sa couronne; la foi traditionnelle de sa maison; une vive tendresse pour sa mère Élisabeth, qu’il vénérait et qu’il écoutait avec une déférence louchante, pour ses frères, surtout pour l’infortuné André dont le destin tragique devait altérer son âme de vengeance. Mais il avait tous les défauts d’homme et de roi que ces qualités

1. Adolescentem ingenuum et pluribus virtulibus pollentem... (Dlugosz, IX. a. 1339.)

2. Essendo naturalmente di subito movimento, senza deliberare con altro consiglio. . . (Murat ori. XIY. 394.) .

laissent supposer : ses rancunes étaient profondes et terribles; sa piété fanatique l’entraînait à des persécutions tantôt violentes, tantôt mesquines; son initiative supportait à peine l’ombre intermittente d’une constitution1; enfin il était actif, si l’on ose ainsi parler, à tort et à travers, allant de la plus utile à la plus inutile des entreprises, mais toujours ardent, infatigable, formidable et majestueux.

Les historiens hongrois ont l’habitude de partager son règne en trois périodes chronologiques, à chacune desquelles correspond, nous pouvons le remarquer, une préoccupation dominante : la première contient les tragédies de Naples et les expéditions qui en sont le résultat; la seconde est celle des guerres contre Venise et de la conquête de la Dalmatie ; pendant la troisième, Louis le Grand est roi de Pologne, il est peut-être le prince le plus puissant de l’Europe. Ces divisions tranchées dans le tissu serré des événements historiques ont toujours quelque chose d’artificiel ; il est facile de voir que ce prince illustre s’est plus ou moins occupé pendant tout son règne de la Pologne, et beaucoup aussi de l’Empire, de la Papauté, voire même de l’Angleterre et des Valois; il est non moins facile de constater que les institutions de toute sorte forment une histoire intérieure qui n’est pas sans influence sur la politique extérieure. Cependant ces divisions, toujours commodes, ont ici l’avantage de ne pas altérer gravement la physionomie et la suite logique des événements; elles peuvent mettre de la clarté dans l’exposé de faits mal connus pour la plupart. Quant aux faits très-connus, au contraire, comme les crimes de Jeanne de Naples, nous n’en rapporterons que ce qui est

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