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LA MAISON D’ANJOU
utile pour l’histoire hongroise, point de vue auquel on ne s’est guère placé jusqu’ici'.
Le vieux roi Robert1 2 n’avait jamais beaucoup aimé ses parents de Hongrie, si bien que lorsqu’il mourut (1343), son testament laissa le royaume à Jeanne sa petite-fille, etàelle seule, sans partage de la couronne avec le prince André. Ces deux époux, à peine sortis de l’adolescence, pliaient déjà sous une fatalité de haines et de passions. Les princes nombreux d’une cour corrompue, les Charles de Durazzo, les Louis de Tarente, les Catherine de Valois, bien d’autres encore, irritaient contre un prince déjà humilié de sa situation inférieure, la défiance et les mépris de la jeune reine. Élisabeth de Pologne s'effraya de l’isolement de son fils : elle entreprit avec une grande escorte le voyage de Naples, pendant que le roi Louis, qui aimait tendrement son frère, négociait en sa faveur avec la cour d’Avignon. L'une et l’autre mission étaient également difficiles, car le pape Clément VI voyait avec inquiétude la puissante branche hongroise de la maison d’Anjou mettre la main sur un royaume vassal qui pouvait à chaque instant s’emparer de Rome3. Toutefois,
1. Les principales sources sont du reste ici des sources italiennes, Matteo Villani, Gravina, le Chronicon eslense, mulinense., la Cronica s anese. (Muralori, XII, XIV, XV.)
2. Le meilleur guide à travers les complications de cette branche angevine ramifiée presque à l’infini, est Y Histoire généalogique de la maison do France , par Scévolc et Louis de Sainte-Marthe. Paris, 1647, in-folio, 3e édition, 2e vol. p. 364 et suiv. Nous nous bornerons à ce qui intéresse véritablement l’histoire des Hongrois.
3. Szalay a raison d’insister sur celte inquiétude de la cour d’Avignon, qui explique sa conduite à l’égard de Jeanne. Tous les documents que donnent Pray et Fejér (années correspondantes) confirment celte appréciation.
comme il ne connaissait que trop la tradition de Jean XXII, le célèbre thésauriseur, lesenvoyésde Louis avaient quelque chance d’obtenir des concessions. La somme exigée fut énorme, quarante-quatre mille marcs d’argent, et cela pour reconnaître au prince époux l’autorisation de se faire couronner, sans aucun pouvoir réel. Louis fut indigné de tant d’avarice1, de cette proposition qui revenait au trafic d’une couronne; il accepta pourtant.
Le sort d’André ne devint pas meilleur après son sacre ; le beau Louis de Tarente le déshonorait presque publiquement et le rendait ridicule. Jeanne, livrée à une sorte de vertige qui parut un signe d'ensorcellement, passait sa vie, au témoignage de Villani et de Gravina, dans les danses, les fêtes dispendieuses et les jeux guerriers; si bien que l’on comparait le pauvre roi nominal à un tendre agneau égaré au milieu des loups2. La jeune reine adultère ne voulut pourtant pas qu’il retournât avec sa mère dans le palais de Visegrad, soit qu’elle redoutât le scandale d’une telle séparation, soit qu’elle ait eu un moment de repentir, soit enfin qu’elle prêtât déjà l’oreille à des projets d’assassinat. On crut voir après le départ d’Élisabeth de Pologne que le malheureux André, conseillé
1 . Ludovicus pontificis avariliam et mercati poene regni infamiam ægerrime tulit. (Bonfinius, déc. u, 1. x.)
2. La chronique d’Este appelle Jeanne regina mereirix — regina juvenilibus inducta colludiis vacando tota facta est læta. Rémanente duce Andrea velut agniculo inter lupos (Gravina dans Muratori, XII, 554). — La detta Giovanna vedendosi nel dominio, avendo giova— nile e vano consiglio, rendea poco onore al suo marito, e reggeva e governava tutto il regno con più lasciva, e vana cliè virluosa larghezza... E pero si disse, che per faltura malefica la reina parea strana dallo amore del suo marito. (Villani, dans Muratori, XIV, 19, etc., etc.)
LA MAISON D’ANJOU
sans doute par cette énergique princesse, voulait réagir contre les ennemis qui le bafouaient ouvertement ou le guettaient dans l’ombre. Il eut seulement le tort, habituel aux natures faibles qui se redressent, de manifester son irritation et d’annoncer sa vengeance ; il aurait même poussé l’imprudence jusqu’à élever dans un tournoi une bannière qui représentait une hache auprès d’un billot. Quoi qu’il en soit, sa perte fut jurée.
Une nuit qu’il reposait dans son château d’Aversa, réconcilié, ce semblait-il avec la reine, on le réveille sous prétexte de lui apporter des nouvelles de la capitale ; quelques instants plus tard, il était horriblement massacré par des coupables obscurs. Les complices princiers ne manquaient certainement pas ; Jeanne sembla prendre à tâche de s’accuser elle-même, et de rendre inutile la persistante indulgence du pape, en épousant Louis de Tarente. Elle avait soin pourtant de témoigner une grande indignation du meurtre de son époux, qu’elle qualifie d’ infandum scelus dans une lettre à la république de Florence1. Mais toute sa conduite la dénonce et l’écrase ; elle a mérité cette brève et terrible phrase que lui aurait écrite son beau-frère le roi de Hongrie : « Ta » vie impudique, ta soif de gouverner, la vengeance négligée, » ton second mariage te déclarent coupable du meurtre de » ton époux 2.
Dès l’instant où il avait reçu le fatal message, Louis d’An-