‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 150 sur 179 · D’après Ducas , Jean aurait répondu : iyw îscTréçop.a · texte numérisé non relu

D’après Ducas , Jean aurait répondu : iyw îscTréçop.a

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jurer la trêve, ou que l’on reçut peu après l'avoir jurée, montraient les Turcs aux prises avec leurs sujets d’Asie Mineure, le sultan fatigué et toujours sur le point d’abdiquer, l’Occident prêt à se lever pour une croisade suprême, Skanderbeg promettant d’opérer une diversion puissante avec trente mille Albanais. La diète recommença à discuter. Le légat Julien Cesarini, dans un déplorable discours rempli de sophismes et de fausses distinctions morales, expliqua que les chrétiens n’ étaient, pas obligés de tenir parole à des infidèles, et qu’il avait le droit, au nom du Souverain-Pontife, de les délier de leur serment1. Cette harangue, favorable à tant de passions et d’intérêts, corrompit l’âme des assistants, celle du roi, celle même de Hunyade qui avait fait d’abord entendre quelques protestations en faveur de la foi jurée. Peut-être le héros fut-il décidé par la promesse d’un trône en Bulgarie; peut-être aussi le sentiment du péril permanent de l’invasion turque fut-il assez fort à lui seul pour l’entraîner.

Une armée peu nombreuse, mais excellente, traversa les villes que les Turcs avaient loyalement livrées, et suivit la vallée du Danube jusqu’à Nicopolis. Là les conseils et les présages ne manquèrent pas à l’expédition parjure. Le prince de Valaeliie Drakul vint dire au roi : « Le sultan, quand il » chasse, a une suite plus nombreuse que ton armée. » Une sorcière bulgare prédisait la destruction des chrétiens. Un

1 . Ponlificis se maximi auctorilate id fœdus, qualecumque esset, rescindere et abrogare ; regemque et cæteros, quorum inlererat, a juramento et sponsione, quam Turcis fecerant absolvere. ( Callimaclii De relus a 'Wladislao ç/estis dans Sclnvandtner, source principale pour tous ces discours et tous ces événements jusqu’à la mort de Wladislas : .

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tremblement de terre suivit le conseil des chefs croisés. Rien n’y fit : la marche sur la mer Noire à travers les campagnes de la Bulgarie n’en fut pas moins résolue. Elle ne s’accomplit pas sans difficultés : plusieurs villes, entre autres Baldchik, résistèrent avec acharnement, leurs défenseurs musulmans se faisant tuer jusqu’au dernier, et chaque conseil de guerre révélait entre Jean Hunyade et le légat une mésintelligence croissante. Tout-à-coup, au moment où l’armée chrétienne touchait à la mer Noire, elle apprend que Mourad vient d’arriver d’Asie Mineure, avec une admirable et nombreuse armée transportée par des vaisseaux génois h Devant un semblable péril, le jeune roi ne savait quelle résolution prendre. On lui donnait les conseils les plus différents. Césarini, bien inspiré cette fois, voulait que l’on attendît des renforts, ou des alliés, et que l’on se retranchât derrière un rempart de chariots : n’y avait- il pas à peu distance une flotte chrétienne dont les matelots pourraient s’ajouter aux soldats polonais et magyars? Hunyade et Brankovics furent d’un avis contraire; ils ne croyaient j)as à un prompt secours, et maintenant, au jjoint où Ton était arrivé, ils ne voulaient plus entendre parler de rien qui ressemblât à une retraite. Leur opinion fut la plus forte, on résolut d’attaquer sans retard.

Le matin de la bataille (10 nov. 1444), la plaine et les collines qui s’étendent depuis la chaîne expirante des Balkans jusqu’à la ville de Varna et jusqu’à la mer, étaient couvertes par les deux armées ennemies. Les Turcs avaient su,

1. Tantum potuil Genuensis inexplebilis avaritia, quæ pro liis quos transfretarat, e Turcis sepluaginla millîa aureorum percepit. (Annales Boninconlrii , a. 1444, dans Muratori, t. XXI. J

comme toujours, s’assurer l’avantage du terrain : ils dominaient, de leurs hautes positions, les troupes chrétiennes. Mourad avait fait planter devant lui, au premier rang, une lance surmontée du traité déchiré et de l’Évangile : cruel comme la plupart des souverains de sa race, il ne manquait pas de cette probité que tous les voyageurs en Orient ont remarquée chez les Turcs; il était sincèrement indigné1 d’un manque de parole dont il se sentait incapable, et il attirait sur ses adversaires la malédiction de leur propre Dieu blasphémé. Comme pour répondre à cet appel, un coup de vent arracha de sa hampe la bannière royale de Hongrie.

Toutefois les premières heures du combat semblèrent assurer la victoire des croisés. Les charges fougueuses de la cavalerie de Hunyade bouleversèrent la plus grande partie de l’armée ottomane au point de désespérer le Sultan; ces attaques ne réussirent que trop bien, car elles entraînèrent hors du champ de bataille deux bouillants prélats cavaliers, l’évêque d’Erlau et celui de Varad ; Hunyade lui-même se laissa emporter par son ardeur. Mais surtout son exemple devait être fatal au roi Wladislas, qui ne voulant pas rester en arrière, excité par son entourage peut-être jaloux de Hunyade, se jeta dans la mêlée avec une fureur étourdie2. D abord il surprit les Ottomans par l'excès même de son audace ; puis il fut entouré, lutta héroïquement, et tomba; sa sa tête blonde, coupée par un janissaire et plantée au bout d une lance a côté du traité violé, vint jeter l’épouvante dans

1. 0xu p.âcxç é~\ -7Ï, TzxpzfiiGB’. t fov ôpv.aiv (I)ucas, 1. cit.)

2. Suivant Ducas, l'étourderie du pr,ç -içtov a été la vraie cause

de la défaite (c. xn).

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l’armée chrétienne dispersée. Hunyade, qui était revenu de sa poursuite dans l’espoir de calmer l’enthousiasme royal et de ramener les siens dans le camp pour s’y défendre, fit encore des efforts surhumains pour arrêter la déroute. N’y parvenant pas, il voulut conserver au moins à la patrie quelques-uns de ses meilleurs défenseurs : avec tous les débris qu’il put réunir il disparut, survivant non-seulement au roi, mais au légat tué dans sa fuite, mais à presque tous les chefs croisés.

Tel fut le désastre de Varna, cause évidente et décisive de la chute de Constantinople. L’effet produit dans la chrétienté fut immense, et l’écho devait s’en faire entendre longtemps dans les histoires, le plus souvent avec partialité. Jean Hunyade n’était pas sans reproche, mais il ne méritait pas les insinuations méchantes d’Æneas Sylvius, exploitées plus tard par Dlugosz1 x30ur se répandre longtemps dans tous les les canaux de la renommée. Un serviteur de la maison d’Autriche et un prélat polonais voulant dégager son roi de toute responsabilité, ne devaient pas être écoutés sans défiance lorsqu’ils accusaient la fuite du héros magyar, dont toute la vie proteste contre un soupçon d’égoïsme ou de lâcheté. Il est d’ailleurs important pour la suite de cette histoire de comprendre les intentions politiques d’Æneas, c’està-dire de l’Empereur Frédéric III, pendant ces années tragiques. A ses yeux les projets de croisade de Wladislas n’avaient été qu’un moyen de couvrir son usurpation, de se concilier l’opinion de la chrétienté et les bonnes grâces du Cardinal de Saint-Ange2. Un peu plus tard il détrompait

1 . Dlugosz termine son premier volume par un récit de Varna, contre lequel Szalay s’élève avec force.

2. Æneæ Sylvii epistola 8 : Ladislaus (Wladislas) magnum cona-

avec une sorte d’aigreur son correspondant Campisius qui croyait à la prise d’Andrinople : loin, de là, disait-il, « les » Turcs reviennent avec une grande armée, et les Hongrois » si superbes s’abaissent aujourd’hui à conclure une trêve » avec l’Empereur1. » Après Varna, le futur pape Pie II laissait percer un sentiment qui ressemblait à de la joie. Le bruit s’étant répandu d’une grande victoire, « nous redou- » tions extrêmement, dit-il, de voir le roi des Hongrois, » rendu insolent par son triomphe, envahir l’Autriche et la » Styrie 2. »

Cet égoïsme impérial devait nuire à la Hongrie, boulevard de la chrétienté, moins directement mais presque aussi puissamment que l’invasion turque. Le trône était vacant, Frédéric et Piccolomini le voulaient pour leur pupille Ladislas, un enfant de cinq ans, et tout autre intérêt disparaissait à leurs yeux devant cette proie magnifique. 11 ne suffisait pas à l’Empereur que son neveu fût roi : il voulait, après l’avoir fait reconnaître, le garder sous sa main, loin de la Hongrie, et gouverner en son nom. A l’égoïsme du dehors ne répondait que trop l’égoïsme du dedans : si la haute Hongrie était soumise à Giskra, un chef hussite, au comte Ulrich de Cilly, un autre oncle de Ladislas le Posthume , et partagée en quelque sorte entre ces deux alliés de Frédéric, la basse Hongrie et les patriotes étaient loin d’être d’accord. Une diète s’était réunie, mais soumise à l’influence du dynaste Hedervàry elle était impuissante en l’absence de

tum belli adversus Turcos fieri procurât, inde favorem suarum partium quærens. Nam cum sciât se regnum injuste possidere, favores hominum sub colore bonorum operum quærit.

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