Les substantifs, que nous diviserons en neuf catégories
a. Les éléments, les saisons, l’atmosphère: eau, terre, souffle et dme, nuage, tourmente, glace , feu , froid, chaud, soleil, aurore, nuit, soir , hiver, printemps , été, automne, lac, marais, ile, montagne .
b. Les minéraux : pierre, sel , argent, fer.
c. Les végétaux : arbre, écorce, feuille, racine.
d. Les parties du corps humain : sang , tête, œil, oreille, langue, dent , cœur, joue, foie , bile, main, moelle , graisse.
e. Les animaux : poisson, bœuf, cheval , chien, serpent , cygne, lièvre, corne, plume.
distinguer les mots qui décèlent une origine commune, et ceux qui sont dus à l’occupation de la Hongrie par les Turcs aux seizième et dix-septième siècles.
1. Nous ne donnons ici que le résultat sommaire de travaux encore incomplets, que les ouvrages en cours de publication de MM. Donner (Vergleichendes Wœrterbuch der Finnisch-Ugrischen Sprachen , Ilelsingfors, 1874), et Budenz ( Magyar-Ugor ôsszehasônlitô ssôtâr, Pestli, 1873), et d’autres recherches continuées en Russie, en Finlande, en Hongrie nous permettront peut-être un jour d’achever.
f. La parenté : père, fils, beau-père, gendre , frère, mère , file , bru.
g. Les armes et les instruments : flèche, arc, couteau, fil.
h. Les habitations : maison (ou plutôt tente), nid, toit,
ville.
i. Quelques mots abstraits : nom , travail, moitié.
4. Les adjectifs les plus nécessaires (avec les adverbes correspondants) : long, plein, léger , nouveau , inférieur, nom-
breux, bon , bas, lent, sombre, amer , rond.
Cette liste incomplète, mais formée uniquement de mots importants, et incontestablement finnois, est on ne peut plus caractéristique : c’est bien le langage, à la fois suffisant et borné, d’une société nomade, et nomade dans les régions septentrionales. En effet, dans les objets que nous venons d’indiquer, quels sont ceux qui offrent le plus haut degré de ressemblance ou même d’identité dans toutes langues finnoises y compris le hongrois? La glace et le feu, c’est-àdire l’ennemi et le sauveur dans les froides plaines du Nord ; l’eau des lacs et des fleuves ; la nuit, le soir, l’hiver si long et si pénible; le poisson, nourriture que les fleuves donnent en abondance; la graisse, la moelle, le sang, éléments essentiels de la vie humaine ; l’écorce et la feuille qui servent à la construction des demeures primitives ; l’arc, la flèche, le couteau, sans lesquels la chasse est impossible1 * * 4.
1 . Sans vouloir donner ici un tableau philologique, les mois dont il vient d’ôtre question suffiront à démontrer l’unité du vocabulaire
finnois : Glace, Vogoul jang, Ostiak jenk, Hongrois jég, Mordvine jdi, Yotiako ija, Syrjane ji, Finlandais jaâ, Estlionien jea , Lapon jàgna.
Feu, Vogoul toi, O. tut, H. tiiz, M. toi, Tcliérémisse, toi, Vot.
tyl, F. tuli. E. tall.
On voit à quel point ce lexique confirme les plus anciennes données historiques sur le premier séjour des Hongrois.
L’étude du vocabulaire conduit au même résultat que celle de la grammaire : le hongrois est une langue ouralofinnoise.
La conclusion de cet exposé est tellement simple et évidente qu’il semble qu’elle ait dû être tirée depuislongtemps. Mais la science toute moderne qu’on appelle la philologie comparée n’a pas de branche idus récente que celle des langues oural-allaïques et surtout finnoises. Il ne paraissait pas naturel de chercher au noble peuple magyar des parentés si obscures et si lointaines. Lors même que la science eût tracé lentement et péniblement sa voie, l’amour-propre national, qui se faisait de son origine orientale un tableau brillant et flatteur , a longtemps continué à renier des frères aussi déplaisants que les peuples de la Ivama et de l'Obi.
Malgré les premières indications de Ricard au treizième siècle sur la « Grande-Hongrie « du Volga, pays où l’on parlait une langue compréhensible pour les Magyars, celles d’Herberstein au seizième siècle et les rapprochements déjà établis par les savants du siècle dernier *, on peut dire que rafïirmation scientifique de cette parenté commence avec
Eau, V. vit, II. vis, Tcli. vit, Vot. vu, S. va, F. vési, E. vesi. Hiver, V. tél, H. tal, Tcli. tele, Vot. loi, S. tàà, F. talvis, E. talve, L. talvi.
Sang, V. vuir, O. ver, H. ver, M. ver, Tcli. ver, Vot. vir, S. vir, F. veri, E. veri, L. var, etc.
1. On trouve déjà d’assez longs tableaux de mots finlandais et hongrois, d’après Fischer, Wellinus, etc., dans les dissertations dé P ray .
Gyarmathi 1 ; et depuis Klaproth jusqu’à MM. Donner , Hunfalvy et Budenz, une suite non interrompue de travaux établit avec la force irrésistible des faits que les Magyars sont d’origine ouralo-fînnoise, ou plutôt c’est une vérité que, d’accord avec la science allemande contemporaine, on peut supposer démontrée2.
Néanmoins, depuis trois quarts de siècle que Gyarmathi a publié son ouvrage, on pourrait enregistrer une suite de protestations dont la plus vive a été écrite en français par un homme mort trop jeune pour la gloire de la France et de la Hongrie, Auguste de Gêrando3. Tous ses efforts sont restés inutiles contre les faits, et il est probable que, s’il avait connu les recherches poursuivies depuis trente ans, son opinion se serait modifiée. Cependant de nos jours encore plusieurs historiens politiques ou littéraires de la Hongrie continuent d’écarter l’origine finnoise comme une hypothèse désagréable. D’ailleurs, rien de jjlus vague et de plus discordant que les solutions que l'on a proposées au lieu de celle-là. On veut tantôt que les Magyars soient des Indo- Européens, proches parents des Persans, tantôt que ce
1. Affinitas linguœ hungaricce cum linguis Fennicœ originis gram-
malice demonstrata (Gœttingen, 1799). »
2. V. de Klaproth, outre les Tableaux historiques déjà cités, l’As/a polyglolta (Paris 1823, in- 4°), et surtout l'atlas in-folio, accompagnant cet ouvrage. — Ni Max Muller, dans sa lettre à Bunsen, ni Benfev dans son histoire de la philologie allemande , ni les historiens Dümmler et Giesebreclit, ni aucun autre représentant autorisé de la science allemande actuelle n'hésitent sur cette question.
3. De l'origine des Hongrois (Paris, 1844). Les discussions du dernier siècle, surtout entre Pray et Desericius, ont été assez bien résumées dans une brochure de Fejér : de Avilis Magyarorum sedibus, Budæ, 1830.
soient des Turcs ou des Mongols ; il semble d’autres fois qu’ils aient dû tomber du ciel, car on ne les rattache avec précision à aucune race existante. Quelquefois on cherche toutes les étymologies qui peuvent expliquer le hongrois par le latin ou le grec; d’autres fois on reconnaît qu’il y a des éléments finnois dans la langue, mais qu’ils sont adventices L Or nous avons constaté tout à l’heure que l’étude de la grammaire est aussi probante que celle du vocabulaire, et jamais on n’a vu une grammaire importée d’un seul bloc d’une famille de langues dans une autre. Quant à soutenir que la langue peut être absolument ougrofinnoise sans que le peuple le soit, c’est une hypothèse peu vraisemblable et surtout absolument gratuite.
Mais il ne suffit pas de déterminer les relations plus ou moins proches, plus ou moins lointaines, des Hongrois avec les peuples qui existent aujourd’hui ; nous devons chercher parmi les peuples, disparus ou absorbés depuis, qui figurent dans l’histoire du milieu du Moyen Age, quels sont ceux qui par leur langue et leur race avaient une affinité plus ou moins grande avec nos héros. Le vieux peuple de Sumir ou d’Accad est trop éloigné de notre cadre chronologique2;
1 . Cette dernière tendance est celle de Selig Cassel dans ses Magyarische Aller thümer . — Jerney [Keleti utazàsa déjà cité), indique la Partliie comme le premier séjour des Hongrois; tous deux tendent a en faire des Indo-Européens.
2. Cette grave question ne peut être traitée en passant (de môme que la question relative aux Basques, que nous ne croyons point être des Finnois). MM. Oppert et Lenormant, disons-le toutefois, ont rendu un grand service à la science lorsqu’ils ont institué une comparaison entre celte vieille langue de la Clialdée et la famille ou— ralo-finnoise. Voir de M. Oppert le I oyage en Mésopotamie , t. II, p. 83, et de M. F. Lenormant, la Magie chez les Chaldéens (Paris, 1874,
mais les Khazars et les Bulgares, les Cumans et les Petchénègues y rentrent directement.
M. Vivien de Saint-Martin a fort bien démontré que les Khazars étaient des Finnois 1 ; leur ancienne manière de vivre était celle des peuples nomades ; leur activité était grande, leur intelligence était vive comme le montrent et leur aptitude à recevoir les idées, les religions et les langues étrangères, et les rapports commerciaux qu’ils entretinrent avec leurs voisins. Quant à leur langue, nous n’en connaissons qu’un mot de deux syllabes sarkel , signifiant ville blanche d’après Constantin 2, et ayant le même sens chez les Vogouls. Nous savons d’ailleurs que les Khazars établis en Hongrie sous le nom de Kabars conservèrent leur langue tout en parlant l’autre « langue des Hongrois » c’est-à-dire le vrai magyar. On a pu supposer sans invraisemblance que cet idiome des Kabars n’était autre que le dialecte appelé assez improprement dialecte palocze, qui est encore parlé dans quatre comitats du Nord 3.
Les anciens Bulgares, difficiles à reconnaître aujourd’hui sous l’élément slave qui les a peu à peu absorbés, étaient certainement aussi des Finnois; toutes les analogies historiques le prouvent, comme aussi cette grande Bulgarie dvi
p. 242 et suiv.), et les Éludes accndiennes qui continuent de paraître dans une série de cahiers aulographiés, (Paris, Maisonneuve) ; à la suite d’un de ces cahiers figure une note complémentaire que nous avions rédigée pour confirmer la théorie de M. Lenormant par quelques preuves de plus.