Littéralement basse-terre
2. MM. Desbordes- Valmore et de Ujfalvy ont donné une bonne traduction des poésies choisies de Pctceli, (Paris, 1872).
portes de fer de Trajan, un lleuve large comme un lac qui serpente au milieu de forets abruptes ; soit enfin que descendant ce fleuve puissant, il aperçoive entre Vienne et Presbourg les débris poétiques de Theben, colline cliauve sur laquelle grimpe une prodigieuse guirlande de murailles et de tours, il éprouvera les sentiments qu’éveillent dans les âmes le spectacle des grandes choses de la nature et le souvenir des grandes entreprises de l’humanité.
Mais la vraie patrie du Magyar, c’est l’Alfôld. C’est là que sous Arpâd devait s’établir compacte la population conquérante ; c’est, là surtout que, dans la suite des siècles, son histoire devait s’accomplir ; c’est là qu’elle vit presque tout entière encore aujourd’hui. Si elle a abandonné aux autres races habitant le royaume la plus grande partie des régions montagneuses et frontières, ce n’est pas seulement à cause de cette loi historique dont il faut tenir grand compte, qui nous montre les pays de plaines toujours plus faciles à conquérir et les populations vaincues trouvant un asile inexpugnable dans les montagnes ; c’est aussi parce que ces cavaliers des vastes plateaux, ces enfants de la steppe, retrouvaient sur les bords du Danube et de la Theiss les libres espaces qui convenaient à leurs habitudes nomades et à l’élan fougueux de leurs chevaux. Différentes par leur aspect physique et par leur histoire, les deux zones le sont aussi au point de vue de la nature du sol et de ses produits. Les mon lagnes ont des forets, des troupeaux, des pâturages ; elles sont, du moins toute une région des Karpathes, de formation granitique ou de formation volcanique ; elles renferment de grandes richesses minérales, des eaux thermales, du sel gemme, des métaux variés, précieux ou utiles. Les collines, qui forment à leur pied une zone intermédiaire,
LES ORIGINES ET L’ÉPOQUE PAÏENNE
sont propres à la culture des arbres fruitiers et ont des vignobles devenus célèbres. L’Alfôld est de formation récente : la masse quaternaire est tellement profonde qu’à certains endroits on a creusé le sol à cinq cents pieds de profondeur sans pénétrer au dessous. Le Danube et quelques autres cours d’eau ont formé de grandes îles qu’ils entourent de leurs bras compliqués, et que la force permanente de leurs eaux modifie tous les jours. Ils enlèvent et charrient, pour les déposer plus loin, de grandes quantités de terre et de sable. Les nombreuses rivières qui descendent des montagnes apportent depuis des siècles, et continuent de déposer de riches couches de terre végétale : aussi n’y a-t-il pas en Europe de région agricole qui donne de plus merveilleuses moissons. D’autre part, la pente tout à fait minime des cours d’eau élargis à travers la plaine permet une lente infiltration bien nécessaire dans une contrée dépourvue de bois et où la sécheresse est souvent extrême. En effet, le sol ne présentant aucune sommité capable d’arrêter les nuages, ils se trouvent attirés en quelque sorte par les montagnes lointaines, et l’Alfôld peut être grillé du soleil comme un désert africain. Il est donc exposé à deux fléaux contraires et capables d’anéantir les plus belles promesses de récolte : au printemps l’inondation produite par la fonte des neiges sur les hauteurs, en été là sécheresse intense et prolongée. Aussi a-t-on pu dire que la Hongrie était, comme l’Égypte du songe de Pharaon, un pays de vaches grasses et de vaches maigres. C'est un climat en tout excessif, et malgré le voisinage de l’Adriatique et de la Mer Noire, un climat absolument continental 1 : ressemblance de plus avec les grands
1. V. Ditz : Die ungarische Landwirthschaft (Leipzig, 1867) surtout
espaces Je la Russie actuelle, d’où arrivaient les Magyars.
Vers la fin du neuvième siècle , avant les conquêtes d’Arpad, des Roumains, des Slaves et des Finnois occupaient cette contrée. On sait que l’Empire romain avait pris possession de la Pannonie dès les règnes d’Auguste et de Tibère, et qu’un siècle plus tard Trajan conquit le pays des Daces, peuple Thrace au milieu duquel se trouvaient sans doute de nombreux Celtes. Plusieurs villes s’élevèrent dans la Pannonie, et dans la Dacie des légions vinrent camper, des colonies métallurgiques et agricoles vinrent s’établir. La plus grande iiartie de la Hongrie actuelle étant ainsi devenue romaine, il n’est pas étonnant que le musée national de Pesth possède assez d’ustensiles romains pour que l’ime des sàlles rappelle Pompéi, et assez d’inscriptions latines pour avoir donné lieu à d’importantes publications épigraphiques 1 . Mais après tant d’invasions, quatre siècles
les deux premiers chapitres concernant le sol et le climat. — V. aussi les premières pages de Fessier— Klein. — En français, V. Malte-Brun (t. III de l’édition Iluot), livres 88, 89,90), avec de nombreuses citations du Voyage en Hongrie, de Beudant. — Dans un récent article de la Revue des deux Mondes (1er avril 1876), nous insistons sur cette description au point de vue économique.
1. M. F. Pulszky est le directeur actuel du musée national, auquel il a donné de grands développements. M. Borner (Floris), auteur du catalogue de ce musée (en plusieurs langues) a publié des inscriptions latines dans les Archælogiai Kôzlemények de l’Académie, comme M. Erdy dans ses Regiségtani Kôzlemények [ Pesth. 1S6S, in-4°).M. Ipolyi, dans son Étude sur les monuments de Csallô-Koz (l’ile de Schütt), signale des restes de l’époque romaine. — Indiquons surtout une œuvre considérable qui fait honneur à la fois à la science française et h la science hongroise : les Monuments épigraphiques du Musée national hongrois ( Acta musœi nationalis Hungarici ), dessinés et expliqués par M. Ernest Desjardins, publiés par ordre du
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après la chute de l’empire d'Occident, six siècles après l’abandon de la Dacie par Aurélien, y avait-il encore de notables éléments latins dans la population du pays qui allait devenir la Hongrie ?
La plupart des écrivains roumains soutiennent la perpétuité du romanisme dans leur pays. Est-il possible, demandent-ils, que tout un peuple civilisé ait émigré du jour au lendemain? D’ailleurs Priscus nous apprend qu’il se trouvait dans le camp d’Attila des hommes parlant la langue ausonienne ; l’Anonyme mentionne positivement les Blachi , les Valaques, parmi les habitants de l’ancienne Dacie. Le russe Nestor parle positivement de Wlachowe ; le même nom se trouve dans la légende pannonienne de l’apôtre Methodius. Les Byzantins du onzième siècle , Anne Comnène entre autres, parlent des Daces, qui ne peuvent être que des Roumains. Devant ces nombreux témoignages, n’a-t-on pas le droit d’affirmer qu’une grande partie de la Hongrie et de la Transylvanie est restée latine ?
M. Rœsler, dans un savant ouvrage1, n’hésite pas à répondre négativement. Les textes latins prouvent, selon lui, qu’au signal d’ Aurélien, désespérant de conserver cette province lointaine, tous les colons ont franchi le Danube2. Comment d’ailleurs supposer qu’abandonnés par les légions,
Ministre de l’instr. publ. du royaume de Hongrie, et par les soins de D. Floris Romer, in-folio, Pestli, 1873.