V. la Legenda S. Ladislai, dans Endlicher
droit à la couronne et son droit d’investiture des évêques, ce même droit qui était l'occasion d’une lutte terrible entre les deux premières puissances du monde. Toutefois, Grégoire VII fut suffisamment rassuré par la conduite de cet allié utile, nécessaire même, pour le remercier de son dévouement à la cause pontificale.
Peu de temps après (1081), il canonisa saint Etienne, saint Emmerich et saint Gérard. Lorsque la bulle de canonisation fut apportée en Hongrie, et que les reliques furent exposées solennellement, on raconte que nul ne put d’abord soulever le couvercle du cercueil où reposait le premier roi magyar : un pieux ermite aurait alors déclaré qu’on ne pourrait le soulever que si Salomon était libre. Voici, en effet, ce qui était arrivé. Le roi détrôné avait formé un complot pour s’emparer de nouveau du trône, et était venu lui-même prendre le commandement des conjurés. Tous avaient été pris, et Salomon expiait cette suprême tentative dans une tour du château de Visegrad, nommé alors pour la première fois : cette tour devait conserver son nom même après que le château ne fut plus devenu qu’une ruine grandiose.
L’intervention des évêques, embellie plus tard par la légende du fait miraculeux que nous venons de raconter, rendit la liberté à ce malheureux prince qui, depuis son enfance, avait connu les soucis et les jalousies du trône, les amertumes de l’exil et les souffrances de la captivité. Jeune encore, il avait épuisé toutes les vicissitudes humaines, et il ne désespérait pas encore de reconquérir le royaume où régnait paisible et glorieux un parent objet de sa haine. L’empereur Henri IV, menacé lui-même, ne pouvait songer à lui. Le pape quoique mieux disposé pour lui qu’ autrefois,
LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD
quoique irrité jjar moments contre Ladislas, qui ne consultait que sa propre volonté et qui n’avait pas craint d’accueillir récemment un excommunié, le duc Boleslas de Pologne, meurtrier de l’évêque de Cracovie; le pape ne pouvait lui accorder tout au plus que sa neutralité. Enfin, sa propre épouse, qu’il alla trouver à Ratisbonne, ne le reçut qu’avec dédain.
Salomon se jeta alors dans les aventures désespérées. Il se réfugia chez les Gumans de Moldavie, ses anciens ennemis, promit à leur klian d’épouser sa fille et de lui céder la Transylvanie pourvu qu’il l’aidât à recouvrer sa couronne. Cette alliance coupable et ce projet insensé montrent que le prince détrôné était arrivé au point où la manie ambitieuse s’empare de l’homme et lui fait perdre la raison. Le seul résultat qu’il obtint fut de procurer un nouveau triomphe à son rival détesté : l’armée cumane franchit les Karpathes du côté de Munkâcs, mais Ladislas la repoussa.
Salomon voulut ensuite réunir les Petchénègues aux Gumans et entreprendre une campagne au sud du Danube ; mais il rencontra les Byzantins qui lui infligèrent une défaite complète, préservant ainsi la Hongrie sans le vouloir. Peut-être a-t-il lui-même succombé dans la bataille ; peutêtre aussi a-t-il pu s’enfuir : les uns crurent le reconnaître dans Albe royale sous le modeste costume de pèlerin ; les autres soutenaient qu’il vécut en ermite sur les côtes de Pis trie, où les habitants de Pola 1 parlèrent longtemps de lui comme d’un saint.
Cependant la rivalité du Pape et de l’Empereur continuait à dégager la Hongrie de toute ingérence et de toute suze-