‹ Histoire générale des Hongrois (tome 1)Chapitre 92 sur 179 · Roger, ch. xiv · texte numérisé non relu

Roger, ch. xiv

ments détaillés sur le fléau qui s’approchait1, mais cette inquiétude n’était pas générale. D’ailleurs, la Hongrie, nous l’avons vu, n’avait pas alors de système militaire bien établi; l’ancienne organisation était à peu près détruite, et le régime complètement féodal ne devait être établi que plus tard par les rois de la maison d’Anjou. Dans l’ordre politique l’incertitude n’était pas moins grande. En toutes choses, le pays subissait les malaises, les mécontentements, les déchirements même, particuliers aux époques de transition 2.

Un autre antagonisme était celui des races, non pas déterminé et conscient comme il l’est aujourd’hui dans l'Europe orientale ; mais les relations avec les Slaves de Pologne et de Bohême, avec les Allemands d’Autriche et même de tout l’Empire, avec les Italiens de Venise et de la Dalmatie, ne pouvaient inspirer une grande sécurité, ni faire espérer de fortes alliances. A l’intérieur même du royaume, les Cumans qui affluaient de la Russie et de la Moldavie étaient mal vus de la nation magyare : ce peuple turc, ou du moins parlant une langue turque, semblait avec ses mœurs nomades et brutales plutôt une avant-garde des Mongols qu’un rempart

1. Cette lettre n'est pas datée (Mat. Par. additamenta , p. 137 de Téd. de 1644, et Erben, I, 473); mais elle doit être de la fin de 1240, car les Tartares étaient alors sur le Deinphir (Dnieper).

2. Arpâdkori nj okmanytâr , II, 37, etc. — Roger (ch. ix à xn) est confirmé : 1° par Guillaume de Nangis : « Li roys et li prince et li clergiez et li peuples estoient en si grant discorde que il ne se vaudrent apparillier, aincois furent li uns ça li autres là. » — 2° Par Cazvini qui, dans sa Géographie (citée par d'Olisson, II, 135, note), parle des querelles de Bêla et des seigneurs « que le sabre tartare moissonne sans résistance. »

LES ROIS DE LA RACE D’ARPAD

contre les Mongols. Dispersés sur le territoire au nombre de

quarante mille, ils avaient de fréquentes querelles avec les habitants, et l’on prétendait que le roi et ses officiers leur donnaient toujours raison. Leur principal chef, nommé Kuthèn, s’était offert au baptême à la grande joie du pieux Bêla son royal parrain, mais le peuple n’avait pas, dans cette conversion imitée par beaucoup de simples guerriers , la même confiance que la cour.

Dès les premiers mois de 1241, il fallut bien reconnaître l’approche du péril : JBatou, arrivé au pied des Karpatlies, envoyait au nord-ouest contre la Pologne un corps nombreux qui affaiblissait à peine son immense armée, et au sud, un autre corps qui. sous les ordres de Kadan, devait traverser les montagnes de Transylvanie. Lui-même, avec le gros des forces mongoles, allait franchir les défilés qui, du côté de Munkàcs, conduisent directement dans le bassin delà Theiss, demi-cercle savant et formidable, destiné à enserrer la Hongrie. Bêla, comme Wenceslas. roi de Bohême, demanda du secours à la chrétienté, mais on était au plus fort de la lutte entre Frédéric II et Grégoire IX. Le pontife énergique malgré son grand âge, mais tout entier à ses fureurs contre les Gibelins, secourut fort peu le royaume de Saint-Étienne, ainsi que Bêla IV devait le reprocher plus tard à l’un de ses successeurs1. Il avait pour maxime, ainsi qu’il l’écrivait à la cour de Bude, que mieux vaut le païen que l’hérétique ouïe schismatique. Il venait d’exciter la Hongrie à une croisade contre les Bulgares, et pour le moment il y faisait prêcher une croisade contre l’empereur d’Allemagne et ses partisans 2.

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