CHAPITRE PREMIER
LES ORIGINES, LA ROYAUTÉ, LA RÉPUBLIQUE
Le pays. — L’ITALIE ET ROME. — Un coup d’œil jeté sur la carte suffit à faire comprendre combien la nature avait heureusement disposé la Péninsule italique pour la domination du monde ancien. Bornée, mais non fermée par les Alpes, des débouchés lui sont ouverts au nord-ouest vers la Gaule et l’Espagne, et, par delà la Gaule, vers la Baltique et la Germanie; au nord-est, vers la région du Danube; l’Adriatique lui appartient; hardiment projetée vers le sud, une de ses pointes tend vers la civilisation de la Grèce, de l’Orient, de l’Égypte, l’autre vers les richesses de l’Afrique dont la rapproche le pont de la Sicile. Au nord, elle s’élargit dans la fertile plaine du Pô (Gaule cisalpine) ; puis, du nord au sud, l’échine des Apennins la divise en deux longues régions, l’une à l’est, plus étroite, plus isolée, plus rude, l’autre à l’ouest, accessible, où la civilisation s’épanouit naturellement.
Au centre de la Péninsule, assez éloignée de la mer pour être à l’abri d’une attaque soudaine, communiquant avec elle par un fleuve que peuvent remonter des navires de faible tonnage et à l’embouchure duquel elle construira son port, gardée du côté de la terre par un cirque de collines moyennes, au milieu d’une
plaine formant une transition entre les régions heureuses mais exigeantes de la Toscane et la plantureuse Campanie, Rome, sans y être absolument prédestinée, était bien placée pour se rendre maîtresse de l’Italie, pourvu que s’y rencontrât une population énergique, d’esprit guerrier et politique. L’unité italienne réalisée par elle, la domination sur le monde méditerranéen morcelé, coupé en deux par l’avance italique, s’offrait pour ainsi dire d’elle-même à ses ambitions.
LES RACES. — En Italie comme partout, la population se constitua par couches successives. La plus ancienne connue est celle des Ligures venus probablement d’Afrique, qui, pendant les périodes néolithique et énéolithique, vivaient de chasse, habitaient des cavernes et occupèrent peu à peu toute la Péninsule. Puis apparurent des Aryens; descendus par les passages des Alpes, ils se répandirent jusqu’au sud de l’Italie. Ils habitaient des cités lacustres. De la vallée du Danube vinrent ensuite d’autres populations aryennes. Aux deux races opposées s’ajoutèrent des éléments originaires de Grèce (Grande Grèce) et d’Asie (Étrusques) .
On donne le nom d’ilaliote au fond primitif aryen et préaryen
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Art étrusque. — Sarcophage en terre cuite représentant deux époux (époque archaïque). On remarquera le réalisme minutieux avec lequel sont rendus les détails de la coiffure, les
coussins, etc. Cl. Axhersox.
habitant le centre de l’Italie : Ombriens qui, refoulés par les Étrusques, se fixèrent dans la Sabine et les montagnes des Volsques; Samnites pasteurs, qui durent aux âpres Abruzzes un caractère indépendant et farouche. Latins du Latium grossis d’immigrés, Arcadiens d’Évandre, Troyens d’Énée. Aux Itahotes sont dues les murailles dont les blocs énormes entourent parfois un espace considérable. Ces enceintes servaient de refuges à une population agricole disséminée.
Gouvernés par des dictateurs ou des préteurs tirés de la noblesse, les peuples, unis par un lien religieux, formaient des confédérations avec des sanctuaires communs. Lavmium, dont Énée passait pour le fondateur, capitale du peuple Laurentin, fut d’abord le centre du Latium. C’est d’elle que Rome tira ses rites primitifs. Puis, ce fut Albe-la-Longue, fondée par Iule, fils d’Énée, et d’où sortit Rome.
LA FONDATION DE ROME. — LES QUA¬ TRE PREMIERS ROIS. — Sur l’une des collines que devait plus tard englober Rome, le Palatin, existait très anciennement un village, du type des terramares. Puis on y ajouta une enceinte en gros appareil dont il subsiste des vestiges.
Les origines de Rome, les sept rois traditionnels, relèvent de la légende. Mais, comme toutes les légendes, celle-ci repose sur un fond de vérité, dont les découvertes archéologiques révèlent de temps à autre quelque parcelle. Rome passa par une période royale dont on ne peut fixer la durée. Elle eut sans doute plus de sept rois, nombre suspect par lui-même. Cette liste a sûrement été fixée à une époque tardive pour expliquer les anciennes institutions de Rome et ses plus vieux monuments. D’autre part, il est prouvé que certains de ces rois ont existé.
Le plus sage est donc de conserver ces cadres auxquels les historiens eux-mêmes, comme Tite-Live, n’adhéraient que faute de mieux.
Par la légende de Romulus, Rome se rattachait aux origines troyennes. Énée, dont le camp fut l’origine de la ville d’Ostie, avait fondé Lavime; son fils Iule, Albela-Longue. L’un de ses successeurs, Amuhus, avait dépouillé son frère Numitor et contraint sa nièce, Rhéa Silvia, à entrer dans le collège des Vestales, vouées au célibat. Du dieu Mars, Rhéa Silvia eut Romulus et Rémus qui, exposés aux bords du Tibre, furent nourris par une louve, puis recueillis par un berger. Devenus grands, ils se battirent un jour avec les bergers de Numitor. Amenés devant lui, il reconnut ses petits-fils, qui le rétablirent. En reconnaissance, il leur donna un territoire. Romulus, désigné par l’augure des oiseaux, traça l’enceinte d’une ville. Rémus, jaloux, franchit d’un bond le fossé, par dérision. Son frère le tua et demeura seul roi de la cité nouvelle (753) . Pour avoir des habitants, il ouvrit un asile aux vagabonds et aux esclaves fugitifs. Méprisés, ils ne trouvèrent pas de femmes parmi les voisins. Romulus convia ces derniers à une fête et les Romains enlevèrent les filles des Sabms, venus sans armes. Une guerre s’ensuivit. Pendant une bataille, les Sabines se jetèrent entre les combattants, et un traité fut conclu qui réunissait les deux peuples. Romulus régna sur le Palatin; Tatius, avec une colonie de Sabms, sur le Cœlius. Il mourut avant Romulus. Celuici accrut son territoire par les armes, et un jour qu’il passait son armée en revue, fut enlevé au ciel; ce qui n’empêchait pas les Romains de montrer son tombeau, sous la forme d’une pierre noire.
LES ÉTRUSQUES. — De toutes les populations étrangères au fond primitif, celle qui présente les traits les plus accentués et qui a laissé le plus de traces, c’est l’Étrusque. Tout révèle, conformément à la tradition, son origine asiatique et particulièrement lydienne : type humain, mœurs, architecture, motifs de décoration. Débarqués au centre de l’Italie, dans la partie qui a gardé leur nom (Toscane) , les Étrusques s’étendirent, gagnèrent la Campanie, surtout les côtes. Mais leur empire fut durable et leur civilisation condensée dans l’Étrurie proprement dite, au nord de Rome. Astronomes et météorologistes, agronomes savants, ingénieurs d’une habileté surprenante (drainage de la campagne romaine) , ils construisaient pour les siècles (égouts de Rome) . Ils apparaissent comme un peuple réaliste (leurs travaux le démontrent) , sombre (leur religion l’indique) , jouisseur (les peintures de leurs tombes en témoignent) . Leur manne de commerce rivalisa avec celle de Carthage. En relations constantes avec la Grèce, ils contribuèrent à en introduire en Italie les sciences et les arts.
Eux aussi formaient des confédérations. Chaque peuple était gouverné par son lucumon. Ils avaient des assemblées, des temples communs. Leurs principales villes furent Vulsinii (Bolsena) , Volaterra, Arretium., Clusium (Chiusi) , Tarquinii (Corneto) , Veii, Coere, et, en Camiranie, Capoue.
Les nécrojroles donnent la mesure de ces villes, les dimensions de certaines tombes, celle de la puissance des grandes familles; le mobilier, la décoration funéraire, dénoncent leur richesse. Leur art est jieu original et surtout décoratif. Ils ont manié avec habileté la .'Satuaire en argile, excellé dans le travail des métaux.
La Grande Grèce. — Plus directement, la civilisation hellénique rayonna sur l’Italie centrale par les colonies qui, du VIII'' i-.u \ T siècle, conrt. tuèrent une nouvelle Grèce dans l’Italie du sud •■t en .‘^icilc, Paestum, Parente, Sybaris, Crotone, Cumes, Naples, Agrigente, Panorrne, Syracuse et beaucouj) d’autres villes furent de purs foyers d’hellénisme.
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Temple étrusque restauré sur le modèle d'un édifice découvert à Cervetri en 1882. 11 possédait deux cella dos à dos, et pat conséquent deux entrées et deux frontons opposés. Les ornements sont en terre cuite. CT,. Alixari,
LES ORIGINES, LA ROYAUTE, LA REPUBLIQUE
<jue l’on croit avoir retrouvée sur le Forum en 1900. On insinuait, d’ailleurs, qu’il avait bien pu être tué par les sénateurs; on l’adora sous le nom de Quirinus.
Romulus avait été un guerrier. Par contraste, on présentait son successeur, le Sabm Numa, comme le roi pacifique, législateur, pieux, à qui Rome devait la plupart de ses vieilles institutions religieuses. Tullus Hostilius reproduit le type de Romulus. C’est un Romain guerrier, favorable au peuple. Vainqueur d’Albe, il en transporta les habitants à Rome sur le Cœlius. A son règne se rapporte l’épisode des Horaces et des Curiaces.
Ancus Martius, petit-fils de Numa, guerroya contre les Latins, et la plupart des historiens anciens lui attribuent la création du port d’Ostie.
Sous les quatre premiers rois légendaires (753-614 av. J.-C.) , Latins de race, se fixent les institutions primitives de Rome.