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LA DYNASTIE ÉTRUSQUE. — LES TARQUINS

Il n’est guère douteux, bien qu’ils aient été en guerre avec les Étrusques, que les derniers rois de Rome n’aient réellement été originaires de ce peuple. Peut-être une guerre heureuse les imposat-elle aux Romains. Le nom d’un Tarquin se lisait encore à l’époque historique sur le texte d’un traité avec Gabies. Toujours est-il que l’influence étrusque domina pendant cette période, que la royauté évolua vers la tyrannie et, par sa lutte avec la noblesse, fut conduite à sa perte. Tarquin l’Ancien fut un grand constructeur. On lui attribue la cloaca maxima, dont l’inébranlable structure provoque encore l’admiration. A son successeur, l’usurpateur Servius Tullius, reviennent de grands travaux et d’importantes réformes. En fait, ces dernières paraissent appartenir plutôt aux premiers temps de la République, ainsi que l’enceinte qui porte son nom. Son existence était attestée par le texte d’un traité, qui faisait passer à Rome l’hégémonie sur la confédération latine. Les guerres heureuses, les réformes groupées sous son nom, font de Servius Tullius la plus grande figure de l’époque royale.

Il fut assassiné par Lucius Tarquin, et Tulhe, femme de Lucius et propre fille de Servius, fit, disait-on, passer son char sur le corps de son père. Lucius guerroya contre les Latins et gouverna tyranniquement. Son fils Sextus ayant fait violence à la vertueuse Lucrèce, femme de Tarquin Collatin, celui-ci, assisté de Brutus, neveu du roi, se plaignit au Sénat qui convoqua l’assemblée du peuple. On déclara Tarquin déchu, et sa famille fut exilée. Vainement Tarquin aurait amené contre Rome une armée étrusque. La République

était définitivement fondée à Rome. Collatin fut chargé du gouvernement avec Brutus (5 1 0 av. J.-C.) .

LES INSTITUTIONS. — ■ A l’origine, le peuple romain ne comptait guère que des cultivateurs et des bergers. On ne peut se faire quelque idée de son organisation que par un état postérieur, où cette organisation était en décadence.

L’antique société romaine reposait sur la gens, association dont les membres portaient le même nom et rendaient un culte à un même ancêtre. Il y aurait eu à Rome environ trois cents familles de cette sorte. Chaque chef de gens était seul maître des biens et des personnes, avec droit de vie et de mort. Le bien de la gens resta d’abord indivis. Puis il fut partagé. Alors chaque fils, à la mort du père, devenait pour sa branche paterfamilias. A la famille proprement dite s’adjoignaient les clients, individus isolés cherchant un protecteur, affranchis et descendants d’affranchis. Des droits et des devoirs réciproques unissent patrons et clients.

Mais, à côté de cette aristocratie fermée, se développa une autre catégorie de citoyens, la plèbe, formée de Latins vaincus et transportés à Rome, d’étrangers établis pour le commerce, de clients chassés de la gens ou qui s’en émancipaient. La plèbe ne participe pas au culte de la cité, mais peut, en dehors de l’enceinte (pomœrium) , garder ou introduire des cultes étrangers (I). En théorie, la plèbe ne devrait avoir ni droits civils, ni droits politiques. Historiquement, on ne la saisit qu’en possession des droits civils et d’un minimum de droits politiques.

Le roi, élu, était le chef politique, militaire, religieux, judiciaire, mais hé par la coutume des ancêtres (mos majorum) , puissante à Rome. Un Sénat l’assistait, composé des chefs des génies âgés d’au moins quarante-cinq ans (seniores) . L’assemblée du peuple, issue de trois tribus, Ramnes, Tities, Luceres, divisées en trente curies et votant par curies, comprenait tous les patriciens et prononçait sur les questions d’intérêt général. Elle était subordonnée

(I) Une thèse intéressante sur l'origine de la plèbe est soutenue par M. Piganiol (Essai sur les origines de Rome, 1917). Rome serait sortie de la fédération d’un peuple albain, d’origine septentrionale, et d’un peuple sabm, de parenté illyrienne; les institutions romaines seraient un compromis entre les traditions d’un peuple nomade, pasteur, incinérant, adorateur du Feu, synthétisé par le Sohil, venu de l’Europe centrale, et d’un peuple de tradition méditerranéenne, agricole, inhumant, ayant à la base de sa religion le culte de la déesse Terre. Le premier de ces éléments serait le conquérant, le patricien; le second, soumis au premier, non sans des retours de fortune, le plébéien.

04 ROME

L"un des trois temples de PaESTUM (Italie méridionale), improprement appelé la largeur, 24 m. Les chapiteaux sont d’un dorique très particulier. Les colonnes sont

colonnes, à l'intérieur, partageait l’édifice en deux travées. Cl. Alinam.

au Sénat, car ses votes n’étaient valables que ratifiés par lui. Cependant la plèbe grandit ; quelques-uns de ses membres s’enrichirent. De plus, les patriciens seuls ne suffirent plus au service militaire. La réforme démocratique attribuée à Servius est le premier pas vers l égalité des deux ordres. Les tribus serviennes, quatre urbaines et dix-sept rurales, ont pour base le domicile, sans distinction de caste. Elles fournissent les cadres de l’impôt et du recrutement. La population campagnarde cesse d’être incorporée à celle de la ville, et même prédomine. Ce cadre élargi permet à la cité de devenir nation, car de nouvelles conquêtes peuvent entraîner la création de nouvelles tribus. En outre, les citoyens étaient divisés, suivant la fortune immobilière, en sept classes, subdivisées elles-mêmes en centuries.

La première était celle des chevaliers, la dernière celle des prolétaires {capiie censi) , les plus riches servant dans la cavalerie. L’assemblée curiate, patricienne, subsista, mais plus tard des tribus sortit l assemblée tribute, plébéienne de fait, et des centuries, cadres militaires, r assemblée centuriate, qui ne tarda pas à prendre un caractère politique.

La Constitution républicaine. — Aristocratique, la révolution changea peu de chose à la constitution. Deux consuls annuels se partagèrent les fonctions royales. En cas de danger grave, le pouvoir des consuls était momentanément remplacé par celui d’un dictateur, assisté d’un maître de la cavalerie : ainsi, libre jeu des institutions en temps ordinaire, concentration du pouvoir en temps de crise.

Les attributions du Sénat restèrent les mêmes. Il n’était accessible qu’aux patriciens.

L assemblée curiate garda quelque temps son importance, mais la puissance de l’assemblée centuriate ne cessa de grandir. Elle se réunissait hors des murs, car elle était l’armée elle-même et aucune force armée ne pouvait pénétrer dans la ville. Comme on y votait par centuries et que les premières classes possédaient 98 suffrages sur 193, la majorité était généralement acquise après le vote de deux classes et tout au plus de trois. Elle était donc, en fait, aristocratique. Encore la liberté de ces suffrages était-elle limitée, d’un côté, par les consuls qui présentaient les candidats après consultation des augures; de l’autre, par la sanction de l’assemblée curiate Les lois n’étaient définitives qu’après l’approbation du Sénat.

Progrès des plébéiens. — Cette constitution ne tarda pas à être minée |)ar la poussée plébéienne, surtout |)our des causes économiques. L’évolution ne s’arrêtera qu’après la conquête de l’égalité entre les deux ordres.

A la ville, il y avait beaucoup de plébéiens pauvres. A la campagne, les causes de la misère furent les dettes occasionnées par les guerres continuelles et les impôts, l’introduction de la monnaie substituée au troc, favorable au jiaysan, l’avilissement du prix des blés indigènes, la dureté des lois sur les débiteurs, bien qu’atténuée dans la praticjue.

Poussée à bout, la ])lèbe résolut de fonder une nouvelle ville.

Elle se retira sur une colline voisine, le mont Sacré (494) . Force fut au Sénat de négocier. Les dettes des insolvables seraient abolies, les e-( h=ves pour dettes, libérés. La création de deux tribuns, élus par la plèbe, lui donna des défenseurs. Inviolables, les tribuns

n’eurent d’abord qu’un pouvoir très limité, mais, appuyés sur la puissance populaire, ils ne cessèrent de l’accroître. Ils convoquaient les tribus, et les plébéiens se rendaient seuls à leur appel. Les comices par tribus furent donc l’assemblée de la plèbe, et, à partir de 471, ce fut eux qui élurent les magistrats de la plèbe; par là, ils devinrent une assemblée régulière.

La conquête des droits civils importait plus encore à la plèbe que celle des droits politiques. Seuls les patriciens connaissaient le droit, encore fort confus, ce qui laissait place à l’arbitraire. Après plusieurs années de lutte, le tribun Terentihus Arsa obtint qu’un code accessible à tous fût rédigé. En 451, la commission des Decemüirs fut chargée de cette tâche, et, pendant le temps qu’ils y consacrèrent, ils gouvernèrent seuls. De leurs travaux sortit le code dit des Douze tables, qui établissait l’égalité civile. Alors l’ancienne constitution fut rétablie et Basilique. Longueur, 54 m.-, le nombre des tribuns du peuple porté à

en travertin. Une rangée de Jix : mesure favorable aux patriciens, car le

veto d’un seul tribun suffisait à annihiler l’action des autres.

Le tribun Canuleius obtint le mariage entre les deux ordres. Il voulut aussi faire admettre les plébéiens au consulat. Des raisons religieuses autant que politiques s’y opposaient. Plutôt que de céder, le Sénat démembra le consulat. Déjà la questure lui avait enlevé des attributions financières et judiciaires. Deux censeurs prirent la charge du recensement, d’où dépendait la composition des classes ; ils revisaient la liste du Sénat et administraient les finances. Dix tribuns militaires reçurent le commandement militaire, les tribunaux, la présidence du Sénat et des comices. Pouvant être choisis parmi les deux ordres, ils le furent parmi les patriciens.

Suivit la conquête des magistratures : questure en 409, tribunat militaire en 401, et, par là, accès au Sénat. Enfin, date décisive, en 366, après des luttes acharnées, une loi proposée par le tribun Licimus Stolon décidait, avec le rétablissement du consulat, le partage de cette magistrature entre les deux ordres. Tout ce que le Sénat put faire fut de l’affaiblir encore par la création de la préture, office judiciaire et politique, et de l'édilité curule qui, d’abord réservée aux patriciens, fut rapidement partagée avec la plèbe, ainsi que l’accès aux collèges sacerdotaux (366-300) .

Mais, comme la noblesse avait sa source dans les magistratures curules, une no'blesse plébéienne se forma peu à peu, élément nouveau de complications dans la politique.

La Constitution républicaine de 300 aux Gr.acques. — Le Sénat, composé de 300 membres recrutés parmi les anciens magistrats, conseil suprême de la République, gardien de l’ordre et du culte national, vote le budget, en surveille l’emploi, ordonne les levées de troupes, dirige avec les consuls la politique extérieure, conclut les traités, a la haute main sur l’administration des provinces, désigne les dictateurs, ratifie les lois votées par le peuple, prérogative qui finit par lui être enlevée. Permanent en face des magistrats éphémères, moins impressionnable que les assemblées, sa force fut dans l’expérience de ses membres, son esprit de suite, la constance de ses principes.

Des trois assemblées, curiate, centuriate et tribute, les deux dernières seules comptent. Les projets de lois sont présentés à l’une ou à l’autre. La première élit aux plus hautes magistratures, la seconde aux autres.

En dehors du

dlCtateui , magis- Urne cinéraire en bronze en forme de maison. Le trat exceptionnel, métal reproduit exactement les dispositions de la charles consuls, dont pente. Cl. Andirm.n.

LES ORIGINES. LA ROYAUTE, LA REPUBLIQUE — 95

un droit de veto réciproque limite le pouvoir, convoquent et président Sénat et assemblées, commandent les armées, et, d’une manière générale, dirigent les affaires publiques. On a vu les attributions des censeurs, souvent personnages d’une haute valeur morale. Les préteurs, dont le nombre s’accrut jusqu’à huit, étaient surtout des juges au civil et au criminel. On les déléguait aussi au gouvernement des provinces.

Comme, chaque année, le préteur urbain rendait un édit par lequel il expliquait comment il interprétait la loi, bien des lois, chez ce peuple traditionaliste, furent ainsi modifiées suivant les besoins du temps. Les questeurs, urbains, militaires, italiques, exercent surtout, chacun dans son ressort, des fonctions financières, mais aussi juridiques en ce qui concerne le fisc. Les tribuns demeurent, avec leur inviolabilité et le droit de veto qui leur permet d arrêter toute la machine législative.

Ils peuvent proposer des lois. Enfin deux édiles curules et deux édiles plébéiens administrent la ville et organisent les jeux publics.

LES GUERRES. — A > chute de la royauté, Rome régnait sur le Latium et avait conquis quelques terlitoires.^ Les restes irnposants du mur de Servius montrent qu’elle était des lors une ville importante. La période troublée qui suit maïque une régression temporaire. Il y eut une invasion étrusque, a laquelle se rattache le nom de Porsenna. Un traité impitoyable fut impose a Rome : perte de territoire, interdiction de l’usage du fer, fibre passage des Étrusques à travers le Latium. La bataille du lac Regille (496) et le traité de 493 rendirent à Rome la prééminence sur les cités latines.

D’autres guerres avec les Éques, les Volsques et les Étrusques furent marquées par des succès divers que la légende embellit. C est surtout à cette époque que se dessina la figure du « héros romain ». Enfin la prise de Véies, la grande cité étrusque, par un illustre homme de guerre, Camille, sembla assurer au peuple romain la sécurité.

Invasion gauloise. Mais un nouveau péril grossissait au nord. Les Gaulois de la vallée du Pô, poussés par de nouveaux afflux celtiques, étaient descendus en Étrurie. La ville de Clusium

demanda secours aux Romains. Ceux-ci se contentèrent d’envoyer une ambassade aux Gaulois. Mais les ambassadeurs, avec le mépris qu’ils avaient déjà pour les Barbares, eurent le tort de prendre part à un combat. Outrés de cette violation du droit des gens, les Gaulois s’avancèrent contre l’armée romaine et la submergèrent près de l’ Allia. Une partie des habitants de Rome s’enfuit. Les hommes en état de résister s’enfermèrent dans le Capitole. Le reste de la ville fut pris et brûlé. Les sénateurs se laissèrent massacrer sur leurs chaises curules. Les archives publiques et privées périrent, perte

Aotel D OSTI^ date de 124 apresJ.-C. (Rome, musée des Thermes). T'l Remus saisissent les mamelles de la louve nourrice. Le

libre veille sur eux, les bergers s émerveillent ; plantes et animaux; un aigle, symbole de la puissance future de Rome. Ci.. Ali.nari.

CiPPE trouvé au Forum romain, en 1899, sous une pierre noire, sans doute le Lapis niger qui passait pour recouvrir le tombeau de Romulus. Les inscriptions, sur les quatre faces du cippe, ont donné lieu à un grand nombre d’interprétations contradictoires et incertaines. Cl. .\xdeuson.

irréparable pour l’histoire! Le Capitole résista à tous les assauts et fut une fois sauvé par les oies consacrées à Junon, qui donnèrent l’alarme. Enfin, après sept mois de siège, les Gaulois inquiétés par ailleurs permirent à Rome de se racheter. Camille, qui était en exil, fut rappelé et ses services lui valurent le titre de « second fondateur de Rome ». Les Romains, découragés, voulaient abandonner la ville détruite. Camille les en dissuada et son énergie triompha. Il réforma l’armée, repoussa toutes les attaques des Gaulois, des Volsques, des Étrusques. Un demi-siècle plus tard, Rome se trouva plus forte qu’auparavant.

Plusieurs fois encore les Gaulois s’approchèrent de Rome. On proclamait alors le « tumulte gaulois » et sans formalités les légions venaient se reformer au Champ de Mars.

Conquête de l’Italie. — Rome était mûre pour la conquête de la Péninsule. Les Volsques furent défaits les premiers, et de la ruine de leurs villes date la désolation des marais Pontms. Au delà s’étendait la Campanie. La conquête en fut commencée, mais les Latins ayant en vain demandé l’égalité avec Rome s’allièrent aux Campaniens, et la guerre s’étendit jusqu’au Vésuve. L’issue en fut fatale aux Latins. Ils devinrent sujets de Rome. Mais, fidèle à son principe de diviser pour régner, le Sénat traita les uns avec sévérité et accorda aux autres tout ou partie du droit de cité (338) .

Guerres SAMNITES. — De tous les adversaires qu’elle rencontra dans la Péninsule, les plus rudes furent les montagnards samnites. Ils avaient pris l’habitude de descendre dans la Campanie pour la piller. Capoue, ainsi attaquée, demanda le secours de Rome. Les Samnites furent repoussés après une lutte difficile et Capoue obtint le droit de cité.

Mais, après la soumission des Latins, la guerre recommença, et l’armée romaine se vit infliger alors une cruelle humiliation : surprise au défilé des Fourches Caudines, elle dut capituler et passer sous le joug. Le Sénat, peu soucieux de ratifier des conditions désavantageuses, se dégagea par une ruse déloyale. Les hostilités continuèrent longtemps avec des succès divers. Tantôt alliés, tantôt adversaires des Romains, Étrusques et Gaulois y prirent part. Rome jetait habilement la division entre ses ennemis, tactique qui fut un des secrets de sa politique. Finalement, l’avantage lui resta. Ses ennemis succombèrent successivement. En 280, toute l’Italie centrale était sujette. D’autre part, la Lucanie, entraînée dans la lutte, le fut dans la sujétion. Beaucoup de villes grecques, débarrassées de leurs incommodes voisins, se donnèrent aux Romains par reconnaissance.

Pyrrhus (281-275). — Pas toutes cependant. La riche Tarente entendait demeurer indépendante. Peu guerrière, elle appela pour la défendre Pyrrhus, roi hellénisé d’un pays demi-barbare, l’Épire. Soldat de génie et politique aventureux, son nom est demeuré le symbole de l’ambition stérile. Il avait pour conseiller Cinéas, orateur rompu à la rhétorique des Grecs, dont la sagesse contrastait avec la fantaisie inconsidérée de son maître. Une première rencontre eut heu dans la plaine d’Héraclée. Les éléphants, inconnus aux Romains, jetèrent le trouble dans leurs rangs. Mais Pyrrhus perdit tant de monde que, disait-il, une deuxième victoire de cette sorte le laisserait retourner seul en Épire. D’où l’expression « une victoire à la Pyrrhus ». Il avança jusqu’aux environs de Rome sans oser attaquer la ville. La guerre traînait. Rome se refusait à traiter « tant que l’ennemi foulerait le sol de l’Italie ». Fatigué, Pyrrhus passa en Sicile, d’où il chassa les Carthaginois. Repassé en Italie, il se fit battre à Bénévent et retourna en Épire.

Il périt à la prise d’Argos de la main d’une vieille femme. Il avait appris aux Romains la guerre savante. Tarente se défendit encore et succomba enfin. En 226, Rome était maîtresse de toute l’Italie, sauf du nord.

Guerres puniques. — Que l’ambition clu peuple romain, que la cupidité des sénateurs et des chevaliers qui s’enrichissaient dans le gouvernement ou l’exploitation des provinces aient été pour beau-

ROME

d'abord effrayées, en vinrent à bout sans trop de peine. L’Italie du nord fut soumise à la domination romaine (222) .

Carthage, pour repousser l’invasion romaine, avait rassemblé une foule de mercenaires. Ses coffres étaient vides. Elle ne put les payer : ils se révoltèrent. Enfin Amilcar réussit à les enfermer dans un défilé. Décimés par la famine, 40 000 furent massacrés.

Divisée, diminuée dans la Méditerranée, Carthage chercha une compensation en Espagne. En même temps, le parti pacifique se débarrassait d’Hannibal, dont la clairvoyance avait nettement aperçu que le danger romain n’était qu’ajourné. Amilcar, puis son

Tombeaux romains sur la route d’Albano, improprement appelés, sans doute à similitude, tombeaux des Horaces et des Curiaces. cl. Broui.

coup dans l’extension de l’Empire, nul ne le conteste. Mais, en outre, l’impérialisme était un engrenage et beaucoup de conquêtes vinrent de la nécessité où était Rome, soit de procurer à ses acquisitions un complément naturel, soit d’en assurer la sécurité. Ce fut le cas pour la lutte à mort qui s’engagea entre Rome et Carthage.

Rome avait entretenu de bonnes relations avec la grande puissance africaine tant qu’il n’y avait pas eu entre elles de points de friction. Mais la Sicile était le prolongement naturel de l’Italie et il n’y avait guère de sécurité pour elle si la grande île proche était en des mains étrangères.

Or, Carthage, dont les intérêts commerciaux en Sicile étaient considérables, y avait pris pied à l’ouest, tandis que le reste était partagé entre Syracuse et les Mamertins venus de Campanie, maîtres de Messine.

Première guerre punique (264-241). — Rome était devenue la patronne naturelle des Mamertins. Aussi, attaqués par Hiéron, tyran de Syracuse, appelèrent-ils à leur aide leurs puissants protecteurs. Bonne occasion d’intervenir ! Mais les Carthaginois ne l’entendaient pas ainsi.

Leur habile politique rétablit l’harmome entre tous les maîtres de la Sicile. Les Romains, cependant, finirent par s’emparer de Messine, qu’ils fortifièrent, puis, tant par les armes que par la diplomatie, détachèrent de l’alliance carthaginoise Syracuse et la plupart des autres cités. Les Carthaginois furent réduits à évacuer l’île presque complètement. Carthage était forte surtout sur la mer : avec son énergie habituelle, Rome se créa une marine de guerre. Pour suppléer à l’infériorité des navires et des équipages, on imagina un crampon de fer qui, s’abattant sur le navire ennemi, l’immobilisait; alors le légionnaire reprenait son avantage. En 260, le consul Duihus remporta un grand succès sur la flotte carthaginoise. Une armée put débarquer en Afrique. Mais, après de rapides succès, elle fut vaincue par le Lacédémonien Xanthippe, commandant des forces carthaginoises; ses débris repassèrent la mer. La lutte se [loursuivit en Sicile, où Amilcar Barca s’établit fortement. Sa flotte ravagea la côte campanienne, puis fut en partie détruite. Les Carthaginois, peu guerriers au fond, se découragèrent. Un traité fut conclu en 241, par lequel ils abandonnaient la Sicile et payaient une forte indemnité.

Si la jnemière guerre ])unique était terminée, la conquête de la Sicile entraîna celle de la Sardaigne et de la Corse, où régnait aussi Carthage. Utilisant sa jeune puissance navale, Rome nettoya l’Adriatique des pirates illyriens. Mais line formidable coalition de tous les Gaulois cisal|)ins, grossis de contingents venus d’au delà des Al, les, déferla. Le lumulle gaulois fut jiroclamé. Revenant à une vieille coutume barbare, on enterra vifs dans le forum Boarium un Gaulois et une Gauloise. Heureusement, les 700 000 hommes qui (lénétrèrent en Étrurie étaient mal organisés, mal armés. Les légions.

gendre Asdrubal, s’emparèrent d’une grande partie de la péninsule Ibérique et y fondèrent le port de Carthagène, où « toutes les richesses de l’univers semblèrent s’être donné rendez-vous ».

En 220, Asdrubal fut assassiné, et l’armée se donna pour chef Hannibal, fils d’Amilcar. Doué de toutes les qualités de l’homme de guerre, il avait hérité de la haine de son père pour les Romains et ne songeait qu’à leur faire la guerre. Pour les y contraindre, il s’empara de Sagonte, malgré les traités.

Deuxième guerre punique (218-201). — Rome releva le défi. « Je porte ici la paix ou la guerre », dit au Sénat de Carthage l’envoyé romain, en relevant un pan de sa toge. Perplexe, le Sénat n’osait prendre une décision. « Choisissez vous-même », lui cria-t-on. Il choisit la guerre.

Hannibal n’allait pas seulement se révéler un grand général. Aussi prudent qu’habile, se sentant mal soutenu par le Sénat, il comprit que ses seules forces étaient insuffisantes contre un tel adversaire. En portant hardiment la guerre sur le continent, il espérait grouper autour de lui des populations encore frémissantes et, en particulier, les Gaulois.

Par la côte, après une marche coûteuse, il arriva enfin au pied des Alpes. Il les franchit par une saison rigoureuse, au milieu d’une population hostile. Arrivé de l’autre côté, il ne lui restait que 20 000 fantassins et I 000 cavaliers. Mais cette cavalerie numide était incomparable. Elle culbuta l’armée romaine sur les bords du Tessin, puis de la Trébie. Alors, en effet, les Gaulois se joignirent à lui. Avec leur aide, il fit subir à l’armée romaine, enserrée entre les montagnes et le lac de Trasimène, un affreux désastre (217). Rome trembla d’épouvante. S’il avait eu un matériel de siège, peut-être eut-il pu alors s’en emparer. Une autre tactique s’imposait. Il descendit jusqu’en Apulie, se rapprochant ainsi des secours que Carthage pourrait lui envoyer et où il comptait trouver de nouveaux alliés. De son côté, le général romain Fabius prit le parti d’user le Carthaginois en le harcelant, en le contraignant à des marches épuisantes, sans accepter le combat. Mais le peuple s’impatienta de cette prudence du Temporiseur. Il nomma consul une sorte de démagogue ignorant et téméraire, Terentius Vairon, en même temps que Paul-Émile. Varron engagea la bataille malgré les avis de son collègue plus expérimenté, et le désastre de Cannes, le plus terrible qu’eût jamais essuyé armée romaine, fut la réponse de la Fortune. Paul-Émile périt en combattant, Varron se sauva par une fuite précipitée (216).

Épuisé par sa victoire, Hannibal ne pouvait marcher sur Rome. Il donna du repos à ses troupes en les faisant hiverner autour de Capoue, trouva quelques nouveaux alliés dans le sud de l’Italie, en chercha en Macédoine où Philippe, qui craignait les Romains, fit un traité avec lui, en Sicile, à Syracuse.

Quant à Rome, elle fut « un prodige de constance » et, au lieu d’accabler Varron de reiiroches mérités, le Sénat le félicita parce qu’il n’avait pas désespéré de la patrie, refusa de racheter les prisonniers, donna la liberté à des esclaves et en fit des soldats. Son effort financier ne fut pas moindre. Le temps d’ailleurs le servait. Hannibal ne recevait pas de secours. En 212, le génie d’Archimède ne [lut empêcher Syracuse de tomber aux mains de Marcellus. En Italie, le Carthaginois faisait des prodiges d’habileté. Une fois, il s’avança jusqu’aux portes de Rome, mais ses adversaires avaient pour eux le nombre et les ressources de l’Italie et des provinces. En 211, ils prirent Capoue, qui s’était donnée à Hannibal, et la châtièrent impitoyablement. Elle ne s’en releva jamais.

Enfin, une armée de secours, commandée par Asdrubal, frère d’Hannibal, franchit les Alpes. Hannibal voulut la rejoindre. Deux armées furent opjiosées aux deux frères. Grâce à une feinte, elles unirent d’abord leurs forces contre .'\sdrubal, qui fut battu et tué

LES ORIGINES, LA ROYAUTE. LA REPUBLIQUE

au Métaure (207). Sa tête fut jetée dans les retranchements de son frère. « Je reconnais, dit celui-ci, la fortune de Carthage. » En effet, la guerre pouvait encore traîner, la victoire était désespérée. Hannibal se retira dans la presqu’île de Calabre où il manœuvra encore pendant cinq ans.

Scipion le contraignit d’en sortir. Dès l’âge de 27 ans, Scipion s’était hardiment offert à prendre en Espagne un commandement devant lequel tous reculaient. Le succès avait justifié son audace. Consul bien avant l’âge légal, populaire, soldat et diplomate, ambitieux et sûr de lui, alliant la culture hellénique à l’énergie romaine, Scipion était un chef.

Il comprit que, pour délivrer l’Italie, il fallait attaquer l’ennemi sur son propre territoire. Malgré le Sénat, et s’appuyant sur le peuple, il obtint le commandement. Les alliés sur lesquels il comptait, Syphax, Massimssa, lui manquèrent. Il pourvut à tout par la force de son génie et sa prudence. Débarqué en Afrique, il sut attendre, et deux ans après, renforcé de la cavalerie numide de Massinissa, redevenu puissant, il guetta l’occasion.

Hannibal rappelé laissa à l’Italie, suivant le mot de l’historien, d’horribles adieux. Il n’épargna ni amis ni ennemis. Son absence avait duré trente-six ans. Les forces dont il disposait étaient inférieures à celles de son adversaire. Il eut avec celui-ci une entrevue mémorable, mais stérile. La bataille s’engagea près de Zama. Hannibal fut vaincu, Carthage réduite à merci (201). Elle dut se renfermer en Afrique, livrer ses éléphants et ses vaisseaux à l’exception de dix, s’engager à payer pendant cinquante ans un tribut de 200 talents, renoncer à toute guerre en Afrique sans la permission de Rome. Massinissa, allié de Rome, demeura attaché à ses flancs.

Le triomphateur reçut le surnom d’Africain. Sa popularité du reste ne suffit pas à le mettre à l’abri des attaques. Accusé plus tard, à tort ou à raison, de concussion, il s’exila volontairement et vécut dans la retraite jusqu’à sa mort.

L’indemnité payée par Carthage aida Rome à rétablir ses finances; la victoire lui permit de réduire à l’impuissance les populations italiennes mal soumises qui avaient soutenu Hannibal; elle régna sur l’Espagne, la Sicile, la Corse, la Sardaigne. Mais elle n’était pas encore de force à entreprendre de nouvelles conquêtes. Une politique fut inaugurée, faite de diplomatie et de courtes expéditions, par où elle se contenta d’étendre son influence.

Troisième guerre punique. — Affaiblie dans son armée et sa manne, surveillée par Massinissa qui ne cessait de lui enlever des territoires, Carthage dut accorder l’extradition d’ Hannibal qui, devenu le maître, se dévoilait grand administrateur. Il s’éloigna avant qu’on ne l’eût livré, et jusqu’à sa mort, errant dans l’Orient méditerranéen, s’efforça de susciter des ennemis à Rome.

Dans cette ville cependant un parti s’inquiétait de voir Carthage reprendre des forces et s’enrichir de nouveau. Caton en fut le tenace représentant. Chacun de ses discours se terminait par ces mots passés en proverbe : « Et en outre je crois qu’il faut détruire Carthage. » Rome, à son égard, ne connaissait aucun ménagement. A la fin, elle eut un sursaut d’énergie. Il ne fit que hâter sa fin.

Scipion Émilien, fils de Paul-Émile, entré par adoption dans la famille des Scipions, mit le siège devant Carthage. Elle résista deux ans avec un héroïsme au-dessus de ce qu’on pouvait attendre d’une cité de marchands. Enfin, elle fut prise d’assaut. Asdrubal se rendit. Sa femme, après avoir poignardé ses enfants, se jeta dans la fournaise du temple d’Esculape en flammes. Carthage fut rasée, et, avec les plus horribles imprécations, défense fut faite d’y jamais bâtir ni semer (1 46) .

Guerre cisalpine. — Durant cet intervalle de près de cinquante ans, et même avant la bataille de Zama, Rome avait soutenu d’autres luttes. L’appui fourni à Hannibal par les Gaulois du Pô avait montré que ceux-ci étaient mal résignés au rôle de sujets et que, de leur côté par conséquent, l’Italie était mal fermée. Il fallut SIX années pour les réduire définitivement. D’importantes colonies, la voie Émihenne créée, les forcèrent à demeurer en rejros. La côte ligurienne fut de même soumise.

Guerre d’Espagne. — Dès le commencement de la deuxième guerre punique, Rome avait eu à s’occuper de l’Espagne. Cnæus et Publius Scipion y retinrent une partie des forces carthaginoises. Néanmoins, ils perdirent l’Espagne. Scipion, le futur Africain, rétablit la situation en s’emparant de Carthagène et de ses ressources. Il combattit Asdrubal sans pouvoir lui barrer la route de l’Italie. Cependant, il acheva la conquête de l’Espagne (206). Une longue série d’insurrections commence, dont la plus violente fut celle que suscita le pâtre Viriathe. Les Romains le firent assassiner. Scijrion Émilien réduisit Numance par la famine. Elle fut rasée et la résistance prit fin (133).

La Grèce et l’Orient. — Rome eut ce bonheur que ses ennemis n’agirent jamais de concert et qu’en outre ils souffraient de d ivisions intestines et se jalousaient. La politique du Sénat fut de profiter de ces divisions en s’appuyant sur l’un des partis, d’attiser les rivalités, de morceler les peuples vaincus. Entre la deuxième et la troisième guerre punique, le Sénat se contenta d’établir en Orient des protectorats, d’imposer des traités sévères, de réduire les forces navales. Il commença par la Grèce. Celle-ci était partagée entre la ligue étolienne, démocratique, et la ligue achéenne, aristocratique. Philippe V de Macédoine, heureux et ambitieux, avait des visées sur la Grèce. Il s’appuya successivement sur chacune des deux ligues. Or, si la Grèce devait avoir un maître, le Sénat ne pouvait en admettre un autre que Rome. Il s’entendit avec la ligue achéenne. En 197, Philippe battu à Cynoscéphale dut se restreindre à ses États, sacrifier sa flotte, payer une indemnité, se résigner à un contrôle.

Flammmus, au milieu d’un enthousiasme indescriptible, aux jeux Isthmiques, proclama la liberté des Grecs. Rome livrait la Grèce à ses dissensions. Persée succéda à son père Philippe en 1 79. Il songeait à la revanche, était brave et habile. Il ne réussit pourtant pas à trouver des alliés effectifs. En Grèce, il s’appuyait sur les démocrates, hostiles à Rome. Il fallut pour le réduire tout le talent de Paul-Émile. La bataille de Pydna le fit tomber aux mains du vainqueur. La Macédoine, partagée en quatre confédérations, perdit toute puissance. En Grèce, les partisans de Rome se livrèrent aux plus fâcheux excès. Pour en finir, Rome intervint de nouveau. Corinthe révoltée fut détruite, ses œuvres d’art emportées. Cette fois, ce fut l’annexion. Grèce et Macédoine formèrent une seule province (146).

Guerre contre Antiochus, roi de Syrie. — Entre temps, Antiochus, un autre ambitieux qui avait tenté de grouper tous les ennemis de Rome, arrêté aux Thermopyles, repassa la mer, et, poursuivi par Lucius Scipion et son frère l’Africain, fut défait à Magnésie du Sipyle. Une partie de ses États échut aux Rhodiens et au roi de Pergame (192-188).

En 1 83, mourut Hannibal qui, abandonné par Antiochus sur l’mjonction des Romains, s’empoisonna.

Acquisition du royaume de Pergame. — L’année même de la destruction de Numance, en I 33, Attale, roi de Pergame, légua ses États au peuple romain. Ils formèrent la province d’Asie.

Cloaca MAXIMA. égout de Rome exécuté sous la domination étrusque et dont l inébranlable solidité faisait déjà l’admiration des Romains de l’Empire. Etat

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