‹ Histoire Générale des peuples de l'antiquité a nos joursChapitre 108 sur 344 · DYNASTIE DES JULES · texte numérisé non relu

DYNASTIE DES JULES

Auguste (29 av. J.-C. -14 ap. J.-C.). — Octave comprit qu’il devait éviter les apparences du pouvoir personnel. Dans l’inscription d’Ancyre, improprement appelée son testament, il prétend avoir en 27 rétabli la République. C’est une fiction avec une part de vérité. A Rome, la souveraineté appartenait au peuple par les Comices qui nommaient les magistrats et par le Sénat pris parmi ces mêmes magistrats sortis de charge. Les Comices subsistèrent, mais Auguste (le Sénat lui conféra, en 27, ce nom sacré) leur désigna, par la recommandation, ses propres candidats. Le Sénat continua à délibérer, mais sous la présidence d’Auguste (princeps) , maître de l’ordre du jour, sans parler de sa toute-puissante influence. Dans tous les pouvoirs qu’il reçut, il fut le délégué du Sénat. Ainsi le principe subsiste, mais le fait est profondément modifié. Auguste, Imperator, César, religion, armée, pouvoir politique, deviennent ses prénoms et surnoms, gros de signification. Il partage d’abord avec le Sénat ; à celui-ci le

gouvernement des provinces, de l’Italie, mais chaque fois qu’Auguste est consul, il gouverne de droit l’Italie; à Auguste, les provinces frontières où s’entretient la force armée et l’Égypte, réservoir de la cassette impériale, car il y a aussi deux trésors. Imperator, il est grand maître de l’armée où qu’elle soit, et, de la cohorte prétorienne, il fait une petite armée personnelle dont une partie réside à Rome. En 23, il déposa le consulat qu’il détenait depuis neuf ans et reçut, non le tribunat, mais la puissance tribuni- Auguste jeune (musée du Vatican). — Intelli- cienne, étendue à tout

gence supérieure, volonté tenace, prudence réflé- l’Emoire C’était dit

chie, maturité précoce, n enlèvent pas cependant . . . ’

toute grâce juvénile à cette tête charmante. 1 acite, le titre qu il

Cl. Anderson. avait attaché au rang

suprême sans prendre celui de roi ou de dictateur. En 1 8 enfin, il se fit conférer à vie la puissance consulaire, sorte de pouvoir tenu en réserve, et le droit de rendre des édits d’un caractère universel. Enfin, le Sénat et le peuple l’autorisèrent à accomplir <r tous les actes qu’il jugerait utiles à la République ». Il eut la préfecture des mœurs, équivalant à peu près à l’ancienne censure. Il faisait partie de tous les collèges sacerdotaux et reçut, en 1 0, le Grand Pontificat. On l’appela « Père de la patrie ».

Après lui, l’Empire inclina vers l’absolutisme oriental auquel il aboutit au III® siècle. A maintes reprises, Auguste offrit de se retirer. Ce n’était qu’une épreuve destinée à mettre en évidence la nécessité de son pouvoir.

On lui reproche de n’avoir pas établi les règles de la succession impériale. Cette lacune entraîna, en effet, de très graves inconvénients, mais la notion d’hérédité était encore étrangère aux Romains, en contradiction avec la fiction républicaine. S’il se contenta d’indiquer l’héritier de son choix, c’est qu’il lui était impossible d’agir plus

ouvertement.

Le Règne.

— Le long règne d’Auguste, avant tout réparateur, fut calme. Deux conspirations, tramées l’une par Cépion (22 av.

J.-C.) , l’autre par C i n n a (4 a p r .

J.-C.) , échouèrent. Auguste trouva de précieux auxiliaires en Agrippa, bon général, excellent administrateur, et en Mécène, ami et conseiller dont les largesses, l’affabilité le goût éclairé, lui rallièrent les hommes de lettres.

Virgile, Ovide,

H orace, chantèrent ses louanges et le secondèrent Auguste. — Statue trouvée à Prima Porta (musée du dans sa tentative Vatican).

Grand camée de Vienne. Dimensions : 187x 283 millimètres. — Triomphe pannonien de Tibère. Auguste, élevé au rang des héros, est assis près de la déesse Rome. Devant eux un jeune guerrier, peut-être Germanicus. Tibère en toge, lauré, le sceptre à la main, descend d un char conduit pat la Victoire. Registre inférieur : soldats érigeant un trophée, prisonniers barbares. Cl. Gikaudon.

de retour aux anciennes mœurs. Leur gloire illumine celle d’Auguste.

Rome fut transformée. Un forum, des temples et un aqueduc nouveaux, des monuments restaurés, la rajeunirent. D’une ville de brique, Auguste se vantait d’avoir fait une ville de marbre.

Il consacra onze années à visiter les provinces. Partout il organisait, réformait, développait, avec les routes, le service de la poste.

Il soutint des guerres nécessaires ou utiles. En Germanie, ses armes subirent, sous la conduite de Varus, un douloureux échec, atténué aussitôt, non vengé encore par Tibère et Germanicus. Trois fois, il ferma le temple de Janus, symbole de la guerre et de la paix.

Le bonheur ne récompensa pas ses efforts. Il vit mourir ceux à qui il destinait sa succession, comme aux plus dignes, et dut se rabattre sur Tibère qu’il n’aimait pas. Les désordres de sa fille Julie, qu’il exila, attristèrent sa vieillesse. Il mourut en 14 après J.-C., à Noie, en Campanie, à l’âge de soixante-treize ans. Le Sénat lui décerna les honneurs de l’apothéose, comme il avait fait pour César.

Le Culte impérial. — On s’est trop scandalisé du culte des empereurs. L’apothéose, fondée sur la croyance vague à l’immortalité de l’âme, était dans les mœurs antiques. Qu’étaient les mânes, sinon les âmes divinisées des défunts? L’Égypte divinisait ses rois de leur vivant, car ils étaient d’origine divine. Vivant, c’est le génie de l’empereur que 1 on adore, mort c’est sa personne. Encore le

Sénat n’accorda-t-il généralement l’apothéose qu’aux meilleurs. Le culte de César mort s’était établi spontaném.ent. Auguste l’organisa. Lui-même ne se laissa adorer que dans les provinces. L’Orient donna l’exemple. Encore Auguste exigea-t-il qu’à son culte fût associé celui de la déesse Rome. Par ce double culte, la fidélité devenant un devoir religieux, il fut alors le signe de ralliement du loyalisme, comme le montra l’érection au confluent de la Saône et du Rhône d un autel à Auguste et Rome. A Rome, et dans les provinces, après la mort d’Auguste, des collèges furent chargés du nouveau culte. Des Assemblées provinciales le célébrèrent et ce fut un bienfait, car, étendant leurs prérogatives, elles exercèrent un contrôle sur les gouverneurs. Entre tant de religions diverses, l’Empire eut un culte commun qui en fut le lien.

TIBÈRE (14-37). — Adopté par Auguste, Tibère était un Romain dur et chagrin, exact en ses devoirs de magistrat, excellent général. Il montra au Sénat de la déférence, eut de bonnes finances sans pressurer les provinces. « Un bon pasteur, disait-il, tond ses brebis et ne les écorche pas. » De mœurs simples, il refusa d’être déifié de son vivant, sauf en Orient. D’ailleurs, il tenait à la réalité du pouvoir, et rendit permanent le préfet de Rome, fonctionnaire impérial, maître de la police. Il établit toute la garde prétorienne aux portes de Rome et maintint la terrible loi de Majesté, qui consacra la délation.

Cependant sa justice sévère gênait bien des gens. La mort d’Agrippa Postume, dès son avènement, cinq ans plus tard celle de son fils adoptif, le populaire Germanicus, lui furent attribuées, la seconde à tort, et lui firent des ennemis acharnés. Enfin, il eut son mauvais génie, Séjan, ambitieux et traître à son maître. Séjan visait à se faire associer à l’Empire, et fit place nette en provoquant 1 exil d’Agrippine, mère de Germanicus, et la mort de ses fils, en assassinant Drusus, fils de l’empereur. Celui-ci, apeuré, s’était, en 26, retiré à Caprée, d’où il décimait les suspects. Enfin, ce fut le tour de Séjan (31). Tibère mourut en 39. Sa détestable cruauté avait été provoquée par les complots, excitée par les machinations de Séjan. On croit que les débauches de Caprée ont été exagérées.

Sous le règne de Tibère, le désastre de Varus fut vengé par Germanicus (16), la Germanie tenue en bride.

CALIGULA (37-41), surnommé ainsi du fait de ses chaussures gauloises, gouverna sagement pendant huit mois, puis devint à peu près fou, cruel et extravagant. C’est ainsi qu’il fit son cheval consul! Cependant il avait une idée claire : introduire à Rome les principes de la monarchie orientale. Il laissa un ouvrage utile, le phare de Boulogne. Il périt de la main d’un tribun des cohortes prétoriennes.

CLAUDE (41-54). — Proclamé par les prétoriens, accepté par le Sénat, le successeur de Cahgula est une figure curieuse. Instruit et ridicule, intelligence incomplète mais réelle, Claude mérite autre chose que des sarcasmes. De lui date l’administration impériale organisée en véritables ministères, où régnent les affranchis, instruments du prince, et parfois leurs tyrans. Ami des Gaulois, il voulut les faire entrer au Sénat, et prononça à Lyon, à ce sujet.

RuINE.S d’OsTIE. — Magasins avec de grandes amphores en terre cuite enfoncées dans le sol, où se conservaient 1 huile, le vin. etc- < i.. .Vllsaki.

un discours, conservé par une inscription, mélange de pédantisme et d’idées larges. 11 développa le port d’Ostie, dessécha le lac Fucin, construisit des aqueducs, fit des lois humaines. La conquête de la Bretagne fut commencée, la colonie d’Agrippme (Cologne) fondée, la Thrace annexée, les Maurétanies Césarienne et Tmgitane créées en Afrique. Par ailleurs, Claude fut le jouet de ses affranchis et de ses femmes successives. Messaline, cruelle, débauchée, cupide, fit beaucoup de victimes avant d’être mise à mort, à l’instigation de l’affranchi Pallas. Puis Agrippine contraignit Claude à adopter son fils Néron, substitué à Britannicus, fils de Claude et de Messaline. Alors, elle se débarrassa de son mari par le poison de Locuste.

NÉRON (54-68). — Il

avait eu de bons maîtres, Sénèque et Burrhus, et quelques détestables ancêtres. « Que peut-il sortir de bon de notre famille? »

disait-il lui-même. Intelligent et esprit faux, curieux, porté vers les arts et médiocre en tous, hypocrite, vicieux, égoiiste, tel était Néron, avec une vanité qui empoisonnait jusqu’à ses défauts. Et, cependant, non seulement ses débuts semblèrent répondre aux soins de ses précepteurs, mais plus tard même il fit des lois empreintes d’humanité. Il protégea l’esclave,

I affranchi, améliora l’impôt. Si la folle prodigalité avec laquelle il amusa le peuple fut pour beaucoup dans son étrange popularité, la reconnaissance des humbles n’y fut pas étrangère. Le cabotinage qui le poussait à s’exhiber sur le théâtre et scandalisait si fort les Romains ne déplaisait pas aux Grecs. Puis la machine impériale était bien montée. Rome souffrait des folies de Néron : les provinces s’en apercevaient à peine.

Agrippine n’avait pas reculé devant le crime pour assurer le trône à son fils ; mais elle prétendait le gouverner. Quand celui-ci se lassa, elle menaça de lui substituer Britannicus. Néron empoisonna hypocritement son rival. Quatre ans plus tard, il était parricide.

II répudia la vertueuse Octavie pour s’abandonner à ses vices. L’incendie de Rome ne doit pas lui être imputé, mais il fallait des coupables. Accusés faussement, les chrétiens servirent de torches vivantes pour éclairer, dans une fête, ses jardins du Vatican. Tout ce qu’il y avait d’honnête à Rome était suspect. Les plus nobles

victimes périrent par son ordre. En même temps, il dilapidait les finances, en particulier pour la construction de son palais, la Maison dorée. Enfin, le gouverneur de la Eyonnaise, Vindex, et Galba, gouverneur de la Tarraconaise, se révoltèrent. Rome suivit. Abandonné de tous, Néron se fit tuer par un esclave :

« Quel artiste le monde va perdre ! »

dit-il en mourant.

Il n’y eut sous son règne que deux guerres, l’une en Orient, contre les Parthes, l’autre dans la Bre-

Buste de l’empereur Claudius. — (Rome. Mu- ^ con-

sée national.) cY. ali.s.^ri. quête fut continuée.

Campagne romaine. Ruines de l’aqueduc de Claude. — Dans le fond, les montagnes de la Sabine . (’L. AnDIK-vO.N.

galba. — OTHON. — VITELLIUS (68-69) . — Néron

ne laissait point d’héritier. Les légions d’Espagne proclamèrent Galba, vieillard austère, mais faible. Il mécontenta les légions de Germanie en leur imposant un chef impopulaire. Elles lui opposèrent Vitellius. De leur côté, les prétoriens acclamèrent Othon, un second Néron. Galba fut assassiné. Vitelliens et Othoniens se rencontrèrent à Bedriac, en Gaule Cisalpine. Les premiers l’emportèrent, Othon se tua, Vitellius entra dans Rome. D’autre part, l’armée d’Orient avait choisi Vespasien, alors occupé au siège de Jérusalem. Les légions d’Illyrie prirent parti pour lui, battirent les Vitelliens à Crémone, qu’ils saccagèrent, et entrèrent à Rome, où l’on s’entretua dans les rues à la lueur de l’incendie du Capitole. Vitellius, qui n’avait signalé son passage que par une incroyable goinfrerie, fut mis en pièces. Une dangereuse leçon se dégageait de ces événements : les armées étaient maîtresses de faire des empereurs. Dès lors, à maintes reprises, elles opposèrent et imposèrent leurs candidats.

Page 1