XII. FIN DE LA LITTÉRATURE ROMAINE
Après la renaissance, qui commence avec Trajan et finit avec le II® siècle, la littérature païenne entre en pleine décadence. Il faut aller jusqu’au Gaulois AUSONE (environ 310-395) et à l’Alexandrin Claudien (iV-V® siècles) pour rencontrer quelque talent. L’un, chrétien de fait, païen d’inspiration, frivole et ingénieux, a de jolis traits descriptifs, des accents touchants lorsqu’il loue sa petite patrie, Bordeaux, parle de sa famille, reproche son abandon à son disciple et ami Paulin de Noie. L’autre, bien plus vigoureux et personnel, païen obstiné, patriote ardent, est le dernier des poètes païens.
Le Gaulois Rutilius NamATIANUS, préfet de Rome en 414, raconte agréablement son voyage de Rome en Gaule.
Dans l’Histoire Auguste, plusieurs historiens de valeur fort inégale racontent les vies des empereurs depuis Adrien jusqu’à Numérien et Carinus. Ces biograjrhies sont précieuses en raison de la rareté des sources pour cette période.
Eutrope compile, à la demande de Valens, un Abrégé d'histoire romaine. Les Césars, d’AuRELlUS ViCTOR (iv® siècle) , dénotent beaucoup plus d’intelligence et de discernement.
Ammien Marcellin, d’Antioche (330-400), avait composé une suite à V Histoire de Tacite, dont nous ne possédons que les livres allant de 353 à 378, qui font regretter les autres. Ses vues étaient larges. Officier sous Julien, ayant fait la guerre contre les Perses, exact et pittoresque dans les récits militaires, savant, moraliste, impartial, il s’intéresse à tout. Païen, il rend justice à la vertu des prêtres chrétiens. Son style ne manque pas de qualités, mais a les défauts de son temps.
Papinien, Paul, Ulpien continuent, aux III® et IV' siècles, l’œuvre des grands jurisconsultes antérieurs.
L’érudition retient surtout les noms du grammairien DoNAT et du savant MacrOBE qui, dans les Saturnales, aborde toutes sortes de questions philosophiques et fournit mille commentaires utiles sur Virgile.
SymmaqUE enfin (345-405), dernier grand représentant de la société [laïenne, est aussi le dernier orateur romain. Le personnage ne laisse jias que de toucher par son fidèle attachement au jiassé, mais ses Lettres, brillantes et vides, sont la jiarfaite expression de l’absence de jiensée où s’éteint le [laganisme exjnrant.
LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE. — Pendant que L littérature jiaïenne se traînait dans le vide, une autre commençait, qui, elle, avait quelque chose à dire. La littérature chrétienne est à la fois une continuation et un renouvellement. Par le dehors, elle fait suite à la littérature jiaïenne. Ses poètes, ses prosateurs ont reçu la même formation intellectuelle que les jiaïens. Ils auront les mêmes habitudes d’esprit, le même goût, du moins en partie, et les défauts : recherche, jirohxité, répétitions, qu’on relève dans leurs
•ouvrages, sont ceux de leur temps.
Mais une passion, un idéal à propager les anime et leur insuffle une vie qui n’appartient plus qu’à eux seuls.
Pour Tertullien, ce sont les vérités de la foi et la règle de la vie: pour Cypnen, le prestige de l’Église et de l’épiscopat; pour Lactance. la conquête des lettrés; pour Jérôme, l’exaltation des vertus proprement chrétiennes et l’exégèse; pour Augustin, dont le génie a touché à tout, c’est la nécessité du secours divin en face de la corruption et de la faiblesse humaines dont il a fait l’expérience personnelle (Labriolle) . Par une contradiction singulière, tous professent le mépris pour la philosophie païenne et les fictions mythologiques, pour la forme même, car une seule chose est nécessaire, et tous cependant usent de la rhétorique, de la poétique, de la dialectique anciennes. C’est qu’elles sont pour eux des armes de combat ; qu’il importe de réduire au silence le dédain des lettrés, de conquérir les délicats; peut-être aussi que ces héritiers d’une culture raffinée ne peuvent détacher leur cœur de ce qu’ils condamnent au nom de leur doctrine?
Or, la littérature chrétienne ne commence chez les Latins que vers la fin du II^ siècle, en un temps où la religion nouvelle recrute des adhérents dans les classes instruites. Dès l’origine donc, elle prend forme artistique.
LA PROSE. — Elle débute, avec l’apolégétique Octavius de Minucius Félix, par un petit chef-d’œuvre de grâce, d'habileté, de style. Puissant, vigoureux, extrême jusqu’à tomber dans l’hérésie montaniste, TertULLIEN met au service de sa fougue africaine une érudition universelle, une compétence de juriste. Fulminant contre les arts et les lettres du paganisme, il use de toutes les ressources de la rhétorique. Créant au besoin langue et vocabulaire, il ne recule devant aucune hardiesse de langage et de pensée. Bien plus pondéré est l’évêque de Carthage Cyprien, mort en 258. Toute la sagesse de sa vie et de son administration se retrouve dans ses Traités.
Arnobe, autre Africain, défend avec une ardeur de prosélyte sa foi de fraîche date, et sa connaissance du dogme laisse parfois à désirer. Son élève, Lactance, précepteur d’un fils de Constantin, plus fécond qu’original, pur cicéronien, écrit avec une correction rare pour son temps.
Saint Hilaire, de Poitiers (mort en 366), surtout théologien, courageux, véritable écrivain, comprend toute la valeur du style pour la propagation des idées.
Saint Ambroise, de Milan (mort en 397), administrateur, homme politique, orateur, poète, s’inspire dans son De officiis minisirorum du traité de Cicéron sur les Devoirs. Saint JÉROME (mort en 420) , disciple du grammairien Donat, oracle à Rome d’un cercle choisi d’hommes et de femmes d’élite, anachorète en Orient, toujours travaillant, discutant, bataillant, fougueux jusqu’à la violence, apporte aux recherches philologiques la même ardeur qu’à la polémique dogmatique, et révèle, dans ses Lettres, toutes les délicatesses d’un cœur généreux et sensible, les fines et austères qualités d’un directeur de consciences féminines. Nourri des lettres antiques, il en resta, malgré ses scrupules, le dévot impénitent.
Né en Afrique, à Tagaste, professeur de rhétorique à Carthage, à Rome, à Milan, évêque d’Hipiione, SAINT AUGUSTIN (354-439) est, à la fois, le plus universel des Pères de l’Église, et, grâce aux Confessions, le plus dramatique des écrivains latins chrétiens. Théologien, il a plus que tout autre contribué à l’élaboration des dogmes; homme de son temps, il a, dans la Cité de Dieu, exposé à la fois la réfutation la plus complète du paganisme et l’apologie la plus saisissante du christianisme. Ce livre contient, comme on l’a dit, toute une philosophie de l’histoire. Innombrables sont les traités, homélies, sermons, lettres, où, dans une langue chaude, variée, appropriée à chaque genre, se révèlent le penseur, l’érudit, l’orateur, et toujours l’homme au cœur vibrant.
Nous devons nous contenter de citer les noms de SULPICE Sɬ VÈRE (380-440 environ), le biographe de saint Martin; Orose,
continuateur de la Cité de Dieu ; Rufin d’Aquilée (mort en 410), traducteur de nombreux ouvrages grecs; le pape SAINT LÉON, orateur disert, épistolier soigneux et élégant; Boèce (480-524' environ) , auteur d’une célèbre Consolation, commentateur de Cicéron, traducteur d’ouvrages grecs, et grand érudit.
LA POÉSIE. — La prose, on l’a vu, se rattache assez directement à la tradition classique. Il faillit n’en être pas de même pour la poésie. Le premier poète chrétien, en effet, auteur des Instructions et d’un Poème apologétique, le Syrien COMMODIEN, qui semble avoir vécu en Afrique au IIP' siècle, rompit délibérément avec la versification classique. Son vers est à peine un hexamètre ; il se rit de la quantité, fait place à l’accent et même à la rime. Autrement dit, il ne cherche même pas à réagir contre la corruption de la langue. Écrivant pour le peuple, il parle le langage du peuple. Énergique et lourd, brutal, il s’attaque aux Juifs, aux païens avec la dernière violence, vilipende tout ce qui fait le charme de la vie, ne prédit que catastrophes; mais la passion même lui communique une sorte d’éloquence virulente, et, par contraste, il rencontre des accents pénétrants pour prêcher la chanté, l’amour du prochain.
Il ne fut pas suivi. Ses successeurs sont des classiques. JuVEN- CUS, le pape DamasE en ses inscriptions pour les tombeaux des martyrs, SAINT AmbrOISE dans ses hymnes, ont le souci du style et de la correction. Le plus grand des poètes de ce temps, l’Espagnol Prudence (348-410 environ), dans ses deux recueils d’hymnes, avec quelques innovations, est un brillant imitateur des mètres d’Horace et des autres lyriques. Il use avec aisance du dimètre ïambique. Il sut exposer en vers didactiques brillants la théologie la plus abstraite. On sait que la Psychomachie ou Combat des vices et des vertus a souvent inspiré l’art du moyen âge. L’Aquitain Paulin, évêque de Noie, en Campanie (353-451), a moins de fond que Prudence, mais beaucoup de charme. C’est un élève d’Ausone, mais qui pense. Dans ses Noëls annuels en l’honneur de saint Félix, un de ses prédécesseurs, il introduit de véritables contes en vers, agréablement narrés, et de jolies descriptions, non exemptes d’une bienveillante malice, des mœurs populaires. Sa Correspondance, édifiante et instructive, offre les mêmes qualités et aussi la même prolixité.
Enfin le Lyonnais SiDOINE APOLLINAIRE (vers 403-487), Romain encore par l’esprit, appartient plutôt au haut moyen âge par sa vie et par son acceptation du régime barbare. Érudit, imprégné des souvenirs antiques, il a de la verve, et nous a laissé, entre autres.
Décoration en stuc. — Provient de la maison dite de la prêtresse d Isis, trouvée dans le jardin de la Farnésine. Le stuc se prête admirablement à un décor souple et élégant. .Malgré sa fragilité, il en subsiste d'assez nombreux spécimens.
Cl. Alin.vki.
Temple de Tivoli, dit de Vesta ou de la Sybille. — Il se compose d’une rotonde entourée d’une colonnade, et date de l’époque de Sylla. Cl. Anderson.