LI. HALl MO'îEN AGE
Porte de La Mecque, à Djedda (Arabie), ci.. n.v\ miüi.li.
Les Médinois, en signant le pacte, avaient juré obéissance au Prophète. Celui-ci, devenu chef d’Êtat, se vit contraint d’édicter des prescriptions d’ordre gouvernemental et politique. Il créa la communauté musulmane, composée de croyants qui se considéraient comme frères ; il y fondit l’ancienne division du peuple en clans et en tribus ; il régla l’institution du mariage; il admit la monogamie, n’autorisant la pluralité des épouses que jusqu’au chiffre maximum de quatre; il régla la question des héritages, attribuant aux filles la moitié d’une part virile, tandis qu’auparavant elles n’avaient aucun droit; il donna ainsi, par les révélations successives dont l’ensemble devait former le Qoran, la lecture par excellence, un code à la fois religieux et social.
Quelques Juifs s’étaient convertis à la nouvelle doctrine, et, parmi eux, deux rabbins, mais la majorité de la colonie se tint à l’écart du mouvement et laissa croire à sa conversion réelle, tout en formant un parti d’opposition : ce furent les mounâfiq ou hypocrites. Leur chef, Ibn-Saloûl, qui avait rêvé de devenir le maître de Médine, ne pouvait pardonner à Mahomet de l’avoir supplanté.
Comme il fallait de l’argent au nouveau chef de l’État, Mahomet eut recours au procédé qui, de temps immémorial, était endémique dans le désert : au brigandage. Les premiers coups de main ne furent pas heureux, car les caravanes étaient solidement escortées; cependant, le 17 ramadan de l’an 2 de l’hégire (623), à Bedr. sur la route de La Mecque, les nouveaux convertis réussirent à mettre en fuite la caravane des Qoréïchites qui revenait de Syrie sous le commandement d’Abou-Sofyân. Cette victoire fut considérée à La Mecque comme un désastre; les uns y avaient perdu leur fortune, les autres y avaient laissé quelque parent tué ou prisonnier.
Les attaques de caravanes continuant et menaçant de fermer la route de la Syrie, les Mecquois résolurent d’y mettre un terme.
■Au nombre de trois mille hommes, ils vinrent camper auprès du mont Ohod, non loin de Médine. Les Musulmans, dont la position fut tournée, perdirent beaucoup de monde, entre autres Hamza, un des oncles de Mahomet; et les survivants regagnèrent Médine, que les assaillants ne pouvaient attaquer. Mahomet eut une dent cassée par un jet de pierre et une blessure au genou; grâce aux deux cottes de mailles qu’il avait revêtues l’une sur l’autre, il ne fut pas blessé par un coup de sabre qui l’atteignit à la poitrine, mais seulement renversé dans un fossé.
La tribu juive des Banou’n-Nadîr, expulsée de Médine, s’était réfugiée à Khéibar. Elle devint le centre d’une coalition qui entreprit de marcher contre la capitale du Prophète : un esclave perse affranchi, Selmân el-Fânsî, conseilla à Mahomet de faire creuser un fossé pour défendre la ville ouverte (de là le nom de guerre du Fossé) , et ce rempart improvisé empêcha le succès des coalisés, qui levèrent le camp au bout de vingt jours.
Désireux d’accomplir le pèlerinage sacré, Mahomet conclut avec les Qoréïchites la trêve de Hodéïbiya, qui devait durer dix ans; mais ayant dû renoncer, aux termes du traité, à remplir immédiatement son vœu, il s’attacha tout de suite à réduire les forteresses du canton de Khéibar, où les Juifs paraissaient prendre leur point d’appui. L’année suivante, il partit pour La Mecque, dont la trêve de Hodéïbiya lui ouvrait les portes, et, sans descendre de sa chamelle, il toucha la pierre noire de la Ka’ba avec son bâton.
Une expédition dirigée contre la ville de Mo’ta, sur la frontière romaine, mit pour la première fois les Musulmans en contact avec les troupes byzantines : les Arabes, défaits, rentrèrent à Médine en désordre. Pour réparer la mauvaise impression produite par ce désastre, Mahomet profita d’une dispute entre deux tribus pour rompre le traité qui le liait aux Qoréïchites et marcher sur La Mecque, dont il s’empara sans difficulté : Abou-Sofyân, son adversaire, paraît s’être laissé acheter.
Les Musulmans étaient enfin en possession de leur temple. En 632, Mahomet y accomplit son premier pèlerinage régulier, n’y ayant fait jusque-là qu’une visite pieuse; mais, trois mois après, il mourut d’une pleurésie qu’il avait contractée en allant prier la nuit sur les tombes de ses compagnons.