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VI. TUNISIE, ÉGYPTE, PERSE

LA TUNISIE. — LES AGHLABITES. — Sous le règne de Hâroûn-èr-Rachîd, Ibrâhîm ben el-Aghlab avait été nommé gouverneur de la Tunisie, de la Tripolitaine et de la province qui forme aujourd’hui le département de Constantine. Il y fonda la dynastie des Aghlabites, avec Kairouan pour capitale. Son fils Abou’l-Abbâs fit percevoir les impôts avec rigueur et perdit toute popularité; le frère de celui-ci, Ziyâdet-Allah, s’appuya sur les jurisconsultes pour combattre l’influence des chefs militaires, mais les exécutions dont il donna l’ordre provoquèrent des séditions qui durèrent quatre années. Resté maître de la situation (827), il couvrit le pays de constructions nouvelles et détourna les esprits de ses soldats en les employant à combattre les tribus berbères et à razzier la Sicile. Cette dynastie sombra dans les crimes, et une révolte de Berbères descendus des montagnes y mit fin en 909.

L’ÉGYPTE. — LES FATIMITES. — Touloun était un Turc de l’Asie centrale, un esclave de guerre, qui avait réussi à faire son chemin à la cour d’el-Ma’moûn. Ahmed, son fils, chargé du gouvernement de l’Égypte (868) , y rétablit 1 ordre, retint l’argent des impôts au lieu de l’envoyer à Bagdad, construisit des palais, des casernes, des hôpitaux, la mosquée du Caire qui porte son nom. Il annexa la Syrie à son gouvernement. Il mourut de maladie devant Tarsons assiégé (884), et les khalifes abbassides ne tardèrent pas à réoccuper l’Égypte (895) , mais

LE HAUT MOYEN AGE

pour peu de temps. Il existait une société secrète, imbue des doctrines chi’ïtes, celle des Ismaéliens, ainsi nommée parce qu’elle ■irrêtait la lignée d’ ’Ali et de Fâtima par el-Hoséïn au sixième imâm, Dja’far eç-Çâdiq, et admettait la transmission de ses pouvoirs à son fils Ismà’îl. Le fondateur de leur doctrine, le Persan 'Abdallah ben iMa'imoûn, fils d’un oculiste, chercha à grouper les révoltés et les mécontents. Il envoya à Koûfa un missionnaire, qui fit la rencontre d’un paysan nommé Hamdân et surnommé Qarmat (d’une expression araméenne qui signifie « laid ») : devenu à son tour missionnaire de la société secrète, Hamdân s’établit près de Bagdad, et ses prosélytes furent, d’après son surnom, appelés Qarmates. Un autre missionnaire se rendit au Yémen, dont la population chérissait la cause des Ahdes, et de là envoya des délégués auprès des Kètâma, grande confédération berbère de l’Afrique du Nord; l’agitation qu’ils y produisirent aboutit à une révolte ouverte. Le grand maître des Ismaéliens, Sa’ïd, se rapprochant du téhâtre des événements, se rendit sous un déguisement à Postât et se donna, à tort ou à raison, pour un descendant de l’imâm Dj a’f ar ’ Obéïd-Al lah ben Mohammed. Il voulut se rendre dans l’Afrique du Nord, mais, arrêté en cours de route, il ne fut délivré que par les victoires de l’agitateur Abou- ’Abdallah le Chi’ïte, qui avait enlevé Tiaret aux Rostamides et Sidjilmâssa aux Banou-Midrâr. En 910, il prit les titres de Mahdî et de commandeur des croyants.

Ce fut l’origine de la fortune des Fâtimites, appelés aussi ’Obéïdites, qui ne tardèrent pas à conquérir l’Égypte et y régnèrent jusqu’au temps de Baladin.

Alexandrie avait été occupée dès 91 5, mais des renforts envoyés avaient permis de la restituer aux Abbassides, et deux nouvelles tentatives, en 918 et en 934, ne furent pas plus heureuses; toutefois, la Sicile avait été conquise. Il était réservé à el-Mo’ïzz (Abou-Témîm Ma’add) de prendre pied définitivement sur le sol illustré autrefois par les Pharaons. Son général Djauhar, esclave grec affranchi, battit les Ikhchidites au pied des Pyramides (969) et fonda, au nord de Postât, la ville d’el-Qâhira (Le Caire) , qui est restée jusqu’à nos jours la capitale de l’Égypte.

El-Mo’ïzz y fit son entrée en 973, après avoir confié le gouvernement de la Tunisie au Berbère Bologgin, fils de Zîri; mais dix ans ne s’étalent pas écoulés que Bologgin se déclarait indépendant et fondait la dynastie des Zîndes.

El-Mo’ ïzz avait introduit dans sa nouvelle conquête une politique de tolérance qui contrastait avec les procédés tyranniques des anciens gouverneurs ; il autorisa la reconstruction des églises coptes (interdite par le droit musulman strictement appliqué) et assista à la pose de la première pierre de la Mo’allaqa du Vieux-Caire. Son fils, Nizâr (975), continua cette politique. Malheureusement, ce fut un dément qui monta sur le trône après lui : le khalife Hâkem (996) . Celui-ci ordonna de fermer les marchés pendant le jour et de ne les ouvrir que la nuit; il interdit de sortir des maisons après le coucher du soleil ; il fit défense aux femmes de quitter leurs demeures et aux cordonniers de leur fabriquer des chaussures. Il tenta de faire des doctrines Ismaéliennes une religion d’État, mais le mauvais vouloir du peuple en ruina le succès. Darazî (d’où vient le nom des Druzes) , qui avait fait une proclamation dans ce sens du haut de la chaire, dans la grande mosquée, fut battu et dut s’enfuir au Liban. Une nuit, Hâkem disparut soudainement (1021) ; on ne sut jamais ce qu’il était devenu, mais on peut supposer qu’il fut assassiné sur le mont Moqattam, qui domine Le Caire. Sa sœur Sitt-el-Molk prit en main la régence pendant la minorité de son fils ez-Zhâh ir, enlevé d’ailleurs par la peste en 1 036.

Le mulâtre el-Mostançir, fils de ce dernier, régna soixante ans. Désireux de s amuser le plus possible sans avoir rien à craindre, il s’entoura d’une garde de cinquante mille nègres, mais il mécontenta les Turcs qui constituaient le noyau de l’armée. Des troubles se produisirent. Pour y mettre fin, el-Mostançir fit venir de Saint-

Jean-d’Acre l’Arménien Bedr el-Djémâli, accompagné de rnercenaires de même origine (1073), et lui conféra, avec le titre d émirel-goyoûch, le pouvoir le plus étendu. Le fils de ce grand ministre, Châhinchâh, enleva Jérusalem aux Ortoqides en 1098; mais un an plus tard, la ville fut prise d’assaut par Godefroy de Bouillon.

La dynastie des Fâtimites ne fit plus que décliner. En 1153, les croisés leur enlevèrent Ascalon, la dernière place qu ils possédaient en Palestine, et, en 1 1 7 1 , un Kurde sunnite, Saladin, les détrôna à son profit.

LA PERSE. — Soumise, depuis la conquête, à des gouverneurs arabes qui l’administraient de loin, les villes de Koûfa et de Baçra étant leur séjour habituel, la Perse ne profita guère du renversement des Oméyyades et de l’avènement des Abbassides, auxquels elle

avait si largement contribué; ce fut seulement au début du IX® siècle que Tâhir ben Hoséïn, gouverneur du Khorassan, échappant à l’emprise de l’autorité centrale, se sentit assez fort pour transmettre ses pouvoirs à son fils Talha et fonder ainsi la première dynastie indépendante, celle des Tâhirides.

Les provinces situées au nord des monts Elbourz, sur les bords de la mer Caspienne — le Guilân à l’ouest, le T abaristan ou Mâzandéran au sud de cette mer intérieure, le Djourdjan à l’est — menaient une vie indépendante sous des satrapes d’origine iranienne, qui avaient conservé le titre perse d’ispahbed (chef d’armée) ; les Alides y trouvèrent des partisans, et une branche descendant de Hasan, fils d’ ’Ali, y constitua en 884 un petit royaume.

Il y avait dans le Sidjistân un certain Ya’qoub ben Léïth, fils d’un « chaudronnier en laiton » {çaffâr) .

Il avait commencé par exercer le même métier que son père, puis celui de brigand. Le gouverneur du Sidjistân commit l’imprudence de recourir à son appui contre les Tâhirides en Khorassan et de lui confier le commandement de son armée. Une fois maître de la situation, Ya’qoub se fit reconnaître par le khalife de Bagdad (vers 866) , conquit Hérat, le Kirman, le Fârs, et s’empara enfin du Khorassan, où il mit fin au règne des Tâhirides. Mais les Çaffârides poussèrent l’ambition jusqu’à vouloir s’emparer de la capitale des khalifes, qui favorisèrent contre eux les entreprises d’un chef d’origine turque, Ismaïl Sâmâni.

Ismaïl fonda la brillante dynastie qui régna jusqu’en 999, un peu plus de cent ans, avec Boukhara pour capitale, et dont les monnaies furent portées par le commerce jusque sur les bords de la Baltique. Ismaïl fit campagne contre les d urcs de l’Asie centrale et Naçr s’agrandit aux dépens de l’Irak-.Adjémi. Sous ce dernier prince, Roûdekî commença à donner du lustre à la poésie persane rénovée.

Les Ghaznévides, qui tirent leur nom de leur capitale Ghazna, en Afghanistan, absorbèrent l’État sâmânide. Les fondements de leur puissance furent posés par un esclave turc, Alptékin, qui s’était retiré dans cette petite ville, à la suite d’un différend avec le prince sâmânide Mançoûr et en avait fait le chef-lieu d’une petite principauté. Son fils Ishaq, faible et dissipé, étant mort peu de temps après lui, les chefs de l’armée le remplacèrent par un de ses anciens esclaves, Subuk-Tékin, qui entreprit contre les populations non musulmanes de l’Inde des guerres de prosélytisme, au cours desquelles il désola et ruina le pays : il brisa la célèbre idole de Somnât et en fit transporter les débris à Ghazna pour y former le seuil de la grande mosquée qu’il faisait construire. Mahmoûd, son fils, conquit définitivement le Pendjab et réduisit le Gudjerat à l’état de pays vassal. Il encouragea les lettres et les arts, mais il récompensa trop parcimonieusement le poète Firdausi, après l’achèvement du Châh-N àme (Livre des rois) . Ses successeurs ne purent continuer son œuvre : ils en furent empêchés par les Seldjouqides et, ayant perdu leurs possessions en Perse, ils ne régnèrent plus que dans le Kachmir ju.^qu’en I I 60.

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