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L’ALLEMAGNE ET L’ITALIE DU AU XIIL' SIÈCLE

che, par les liens de la vassalité, tous les rois, tous les seigneurs, tous les hommes de la terre! Il est le maître de tout le temporel et le pape le couronne au nom de Dieu, source de toute-puissance.

D’autre part, le Christ a donné au pape l’autorité suprême sur toutes les âmes. Pour le bien des chrétiens et pour la paix du monde, il suffit donc que le pape et l’empereur vivent en bon accord, chacun en son domaine. Mais le domaine des corps et celui des âmes, le temporel et le spirituel, sont si étroitement mêlés, que les deux pouvoirs empiétaient forcément l’un sur l’autre. Où trouver la véritable limite entre le pouvoir de cet empereur, que l’Église crée, ou du moins légitime, et le pouvoir de ce pape que l’empereur nomme ou autorise? Entre l’autorité du prince fait sous-diacre à son couronnement et qui, par conséquent, appartient à l’Église, et celle du pontife, grand seigneur terrien, vassal de l’Empire pour tous ses fiefs? D’ailleurs, tous les archevêques, évêques et abbés sont aussi des feudalaires de l’Empire; ils aident à l’administrer et contribuent à le défendre. Le mélange intime du spirituel et du temporel est partout dans le Saint-Empire romain germanique; il en est la marque même. Aussi, le jour où le conflit éclatera entre le pape et l’empereur, tout l’Empire en sera déchiré.

Donc, au lieu de la paix, le Saint-Empire eut la guerre; au lieu de l’unité, il produisit l’émiettement et l’anarchie, pour le plus grand dommage de l’Allemagne et de l’Italie.

Le premier État qui en souffrit fut le royaume germanique. Les rois saxons, Henri et Otton, l’avaient, en vingt-cinq ans, porté à un haut degré de puissance, mais il commençait à peine à s’organiser. Otton n’avait pas encore suffisamment vaincu l’esprit d’indépendance et de particularisme; ses successeurs n’étaient pas suffisamment assurés de l’aide de leur clergé contre la féodalité laïque; bien vite, à la faveur des luttes entre le pape et l’empereur, l’anarchie pouvait reparaître en Allemagne. Alors, tout occupés de leur chimère de domination universelle, les empereurs, même actifs et énergiques, ou négligeront leur tâche à l’intérieur de leur royaume allemand, ou seront sans force pour l’accomplir. Et ce sera, contre les féodaux allemands, le perpétuel recommencement des luttes entre deux descentes en Italie pour ceindre la couronne de fer et le diadème impérial, imposer au pape, aux seigneurs, aux villes italiennes une domination contre laquelle la plupart se révoltent, et d’autant plus volontiers que beaucoup de ces expéditions allemandes, au sud des Alpes, véritables invasions, laissent derrière elles, avec la dévastation et le pillage, des monceaux de ruines et de cadavres, une haine violente et des désirs de vengeance : haine et vengeance non pas seulement contre les Allemands, mais contre les Italiens qui les aident. La malheureuse Italie, divisée, morcelée par la lutte des papes et des empereurs, se déchire encore de ses propres mains.

LES DERNIERS EMPEREURS SAXONS. — Les funestes conséquences du sacre de 962 n’apparurent que peu à peu. Otton le Grand, afin d’assurer le pouvoir à son fils Otton II, l’avait fait élire et couronner roi dès 961 , empereur dès 967 ; enfin, comme pour fortifier en lui la dignité impériale, il l’avait marié, en 972, à Théophano, fille du basileus Jean Tzimiscès. L’année suivante, aussitôt après la mort d’Otton le Grand, la rébellion éclatait en Allemagne. Il fallut sept ans à Otton II pour dompter les rebelles et assurer la sécurité des frontières allemandes. En 980, il passait enfin en Italie, où il revendiquait le sud de la Péninsule comme dot de sa femme; les Byzantins refusèrent de le lui céder, et il mourut sans avoir pu le conquérir (983) .

Son fils n’avait que trois ans; mais, par une sage précaution, Otton II l’avait fait reconnaître comme roi et empereur. Otton III grandit sous la tutelle de sa mère et de sa grand’mère et la protection des évêques allemands. Avec un gouvernement de femmes et de prélats, cette longue minorité favorisa une recrudescence de l’anarchie féodale en Germanie. Au delà de l’Elbe, les Slaves massacrèrent leurs garnisons allemandes, et tout le pays conquis par Otton I*''' fut bien vite perdu. L’Italie, enfin, se rendit à peu près indépendante. A Rome, deux papes furent assassinés, et le chef des barons romains, le « patrice » Jean Crescentius, enleva à un troisième pontife le pouvoir temporel.

Otton III fut en âge de régner en 996 : c’était un prince fort instruit, parlant le grec, le latin, l’italien et l’allemand, mais rêveur, imbu des théories byzantines sur le pouvoir impérial, exalté par une piété mystique. Si, aux alentours de l’an 1 000, l’idéal du Saint- Empire, l’union intime du pape et de l’empereur, avait pu être réalisé, il l’eût été par lui plus que par tout autre. Il se hâta de se rendre à Rome, sa vraie capitale, nomma pape son cousin Bruno (21 mai 996) . Puis, ayant exilé Crescentius, il rentra en Allemagne avec son ami, saint Adalbert. Celui-ci ayant été, bientôt après, massacré par les Slaves de Prusse, qu’il était allé convertir, Otton

L'empereur Otton 11 reçoit l'hommage des nations. — L'empereur est revêtu du costume romano-byzantin, longue robe richement ornée, manteau retenu sur l'épaule par une agrafe de pierreries. Le maître du monde chrétien est assis sur un trône élevé, la couronne d'or sur la tête, la boule du monde marquée de la croix dans la main gauche, le sceptre dans la main droite. Symbolisées pat des femmes, les quatre nations : Germanie, Francie, Italie, Alamanie viennent lui rendre hommage. — Miniature du Registrum Gregorii. Ecole de Trêves (fin du X° siècle). — Musée Condé, à Chantilly. Cl. Braun.

porta la guerre chez ces païens, sans grand succès. D’ailleurs, les affaires de Rome le rappelèrent en Italie. Contre Grégoire V, le premier pape étranger depuis deux siècles, les Romains s’étaient révoltés; Crescentius avait repris le pouvoir et créé un antipape. Otton fit emprisonner et mutiler ce dernier, décapiter Crescentius et pendre par les pieds son cadavre (998) ; puis, Grégoire V étant mort, il le remplaça par un Français, son ancien précepteur, le savant Gerbert, un bon serviteur des rois saxons, auxquels il avait gardé la Lorraine, convoitée par les derniers Carolingiens de France.

Gerbert prit le nom de Sylvestre II (999) . Entre le vieux pape et le jeune empereur régna l’amitié la plus tendre. Pour ne le point quitter, Otton s’établit près de lui sur l’Aventin, et là, content des titres magnifiques dont il se pare, satisfait des règlements qu’il élabore, il laisse échapper la réalité du pouvoir. Le pape, qui s’en empare, donne à Étienne, chef des Hongrois convertis, le titre de roi apostolique et en fait son vassal (1001); par la fondation de l’archevêché de Gnesen, il détache la Pologne de l’Église allemande, amoindrissant ainsi l’influence germanique sur les pays slaves. Otton, perdu dans le rêve, laisse faire. Aussi bien, les deux pouvoirs pontifical et impérial ne pouvaient vivre d’accord que si l’un s’effaçait devant l’autre.

Après Otton III, son cousin Henri II (1002-1024) parvint à se faire reconnaître comme roi, grâce aux Saxons et aux évêques; mais il lui fallut plusieurs années pour venir à bout de ses adversaires. Très pieux — les chroniqueurs en font un saint — il n’avait pas l’esprit chimérique de son prédécesseur; il voulut être d’abord et avant tout le roi d’Allemagne, et un roi obéi. Ne pouvant enlever aux nobles laïques la possession, héréditaire smon en droit du moins en fait, de leurs domaines, il se crut tenu de consulter les, membres les plus considérables de l’aristocratie, dont les assemblées prirent peu à peu un caractère politique et qui prétendirent partager avec l’empereur le pouvoir législatif. A partir de Henri II, l’empereur devra même les consulter pour ses levées d’hommes.

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Henri II voulut du moins contre-balancer leur pouvoir, et, plus encore que ses prédécesseurs, il s’appuya sur l’Êglise, mais en la dominant. Les évêques administrent pour lui et, au besoin, comm.andent ses troupes; mais il entend les choisir à son gré, ainsi que les abbés des puissants monastères. Si les moines se plaignent et quittent leur couvent, Henri met la main sur les biens monastiques et les distribue à des soldats, moyennant hommage, comme fiefs d’abbaye. C’est surtout avec des armées levées sur terres d’Église qu’il guerroya, sans grands résultats, en Pologne et en Bourgogne, plus heureusement en Italie. Il n’avait pu y faire qu’une courte apparition en 1 004 ; il y revint dix ans plus tard pour détrôner un usurpateur de la couronne de fer, Ardouin, se prononcer entre deux papes qui se disputaient la tiare et se faire sacrer empereur (14 février 1014). Il franchit encore les Alpes en 1020, appelé par le pape contre les Sarrasins et les Grecs, alors fort menaçants. Henri put leur reprendre quelques villes; mais le climat trop chaud le contraignit assez vite à revenir en Allemagne (1023). L’année suivante, il mourait, après s’être mis d’accord avec le roi de France, Robert le Pieux, sur la nécessité de réformer l’Église.

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