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L’ALLEMAGNE ET E’ITAEIE DU IX^ AU XIIL’ SIÈCLE

Tiares pontificales d’Innocent 111 et de Boniface Vlll.

La tiare (signe de la puissance temporelle) fut d abord un bonnet d’étoffe, comme la mitre (signe du pouvoir spirituel). Au XIII® siècle, la tiare devint un cône d’orfèvrerie cerclé d’une seule couronne (1); Boniface Vlll en fit ajouter une seconde (2). Quelques années plus tard (1316), il y en eut une troisième.

rent à son fils, Conrad IV. Conrad et son frère,

Manfred le Bâtard, purent, quoique excommuniés, reconquérir l’Italie du Sud ; mais ils se brouillèrent, et Conrad mourut prématurément (1254), ne laissant qu’un enfant de deux ans,

Conradin. Alors, Innocent investit un prince anglais du royaume de Sicile et fit son entrée à Naples. Il ne jouit d’ailleurs que peu de temps de sa victoire, étant mort en décembre 1254.

Manfred, avec l’aide des Sarrasins, reprit Naples et se fit couronner, promettant de laisser son héritage à Conradin. Négligeant les affaires d’Allemagne, mais attentif à grouper en sa faveur tous les Gibelins d’Italie, Manfred put régner pendant douze ans à Palerme, comme l’avait fait son père. Si le pape Alexandre IV, de caractère assez faible, sembla s’accommoder de cette situation, Urbain IV, un Français énergique, qui lui succéda en 1261, résolut d’en finir avec les Hohenstaufen. Il appela contre Manfred le frère de saint Louis, Charles d’Anjou, auquel il donna l’investiture de l’Italie méridionale. Manfred fut vaincu et tué à Grandella (1266). L’année suivante, Conradin, âgé de quinze ans, quittait la Bavière, où on l’avait élevé, et descendait en Italie pour disputer à Charles d’Anjou sa conquête. Il parut d’abord réussir, acclamé par les Gibelins jusque dans Rome même; il profitait aussi des haines soulevées en quelques mois par Charles d’Anjou et ses barons. Mais, complètement vaincu à la bataille de Tagliacozzo (1268), et arrêté dans sa fuite, il fut livré à Charles, qui le fit décapiter à Naples avec son jeune ami, Frédéric d’Autriche. Conradin était le dernier des Hohenstaufen : le sacerdoce avait définitivement vaincu l’Empire.

CONSÉQUENCES DE LA LUTTE DU SACERDOCE ET DE L’EMPIRE POUR L’ALLEMAGNE, L’ITALIE ET L’ÉGLISE. — Afin d’anéantir les rêves d’une domination impériale universelle, les papes ont détruit l’unité monarchique en Allemagne et dans l’Italie du Nord. Contre un pouvoir royal déjà précaire, parce qu’il est resté électif, ils ont employé toutes les armes spirituelles et temporelles, excommuniant les souverains, leur suscitant des compétiteurs, appelant leurs sujets à la révolte. Aussi, tandis que les autres États européens se constituent par une sorte de concentration des territoires et des dominations féodales, l’Allemagne et l’Italie se désagrègent en une poussière de souverainetés minuscules. En Allemagne, l’émiettement est grand, surtout dans l’Ouest et dans le Sud. Dans l’Est, au contraire, même aux plus mauvais temps de la lutte des papes et des empereurs, les margraves ont continué la guerre contre les Slaves, les dépouillant, les convertissant ou les exterminant, et, derrière les hommes d’armes et les missionnaires, les colons allemands sont venus nombreux. La frontière de Germanie, qui, au X® siècle, s’arrêtait à l’Elbe, atteint et dépasse l’Oder et, même sous Frédéric II , en pleine Slavie, loin des frontières germaniques, les chevaliers Porte-Glaive et les Teutoniques commencent la conquête et la colonisation allemande des provinces baltiques et de la Prusse. Là, et dans les marches de l’Est (Brandebourg, Autriche) , se prépare pour l’Allemagne la force qui assurera les revanches futures.

Un moment, au temps de Barberousse et d’Alexandre III, on put croire que 1 Italie, soulevée par la haine de l’étranger, préparait son union et son indépendance. Il n’en fut rien; il n’y eut pas de vrai mouvement patriotique ou national. L’Italie, victime en quelque mesure des souvenirs antiques, ne sut pas se dégager de la suzeraineté impériale; elle ne parvint même pas à former des confédérations durables. Toutes les ambitions italiennes n’allèrent qu’à faire reconnaître par l’empereur une certaine autonomie municipale. L’Italie du Nord et du Centre se divisa ainsi en une multitude de républiques urbaines dans lesquelles, bon gré mal gré, durent entrer les nobles du voisinage. Les villes absorbèrent la féodalité, en grande partie germanique, et réduisirent les campagnards à une sorte de sujétion; elles furent presque toutes d’ailleurs riches, actives, industrieuses, mais jalouses, ennemies les unes des autres toujours prêtes à s’entre-détruire et, dans une même cité, on vit, à l’ordinaire, les citoyens se proscrire et se massacrer. Pour les villes, pour les factions, les noms de Guelfes et de Gibelins couvrent les rivalités de commerce, les haines de voisinage, les convoitises de classes ou même de castes. Il ne règne aucune liberté dans ces républiques municipales où le citoyen est parqué dans son quartier et dans sa profession, où l’on va jusqu’à réglementer le nombre d’arbres qu’il peut avoir dans son jardin. De cet état de guerre qui déchire les habitants d’une même cité commencent à sortir, au temps de Frédéric II, les premières « tyrannies » : chaque faction prend un chef, souvent un étranger, et la faction victorieuse lui abandonne le pouvoir.

La lutte du sacerdoce et de l’Empire a donc profondément meurtri l’Allemagne et l’Italie; mais la papauté elle-même a été atteinte au milieu de son triomphe. Le règne de la théocratie sera de courte durée. Le pape, qui prétend dominer le monde, ne dispose point de forces matérielles, et, même dans sa ville, il n est pas le maître incontesté; la « commune » y est toujours puissante. Les rois, qui, jusqu’alors, sont restés indépendants, n’admettent pas plus d’être sujets du pape que sujets de l’empereur, et la fidélité des rois vassaux est toujours douteuse. Voilà pour le temporel, et voici, chose plus grave, pour le spirituel.

Certes, au milieu du Xlir siècle, le pape est vraiment le chef suprême de toute l’Église d’Occident. Tous les évêques, ceux qu’il nomme et ceux qu’élisent les chapitres, ne sont que ses lieutenants. Il évoque devant lui toutes les causes dont il lui jîlaît de connaître; il exerce dans toute sa plénitude « le pouvoir de lier et de délier » ; il convoque les conciles oecuméniques, dirige leurs débats, confirme leurs actes; déjà se dégage nettement cette doctrine que le pape est infaillible. Et, cependant, sans parler du schisme grec et de l’échec des Croisades, la violence et la haine déployées dans la liitte contre l’Empire ont fait au Siège romain bien des ennemis. Le trop grand souci des affaires temporelles scandalise les âmes pieuses; la rapacité de la curie est un autre sujet de scandale; avec la puissance

Bulle d‘or et aucustale de Frédéric II. — La bulle d’or, de 1237, et l’augustale d’or, de 1232, sont d'autres témoignages du goût pour l’antiquité de ce prince éclectique qu’était Frédéric 11. Bulle et augustale sont de fort belles imitations des médailles et pièces antiques,

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rt la richesse, le faste et l’orgueil ont envahi le clergé; les mœurs sont corrompues. Et les fauteurs d’hérésie ont pu propager leurs doctrines : à l’époque d’innocent III, l’hérésie albigeoise a menacé d'enlever à l’Église toute la France du Midi. Contre les hérétiques, beaucoup comprirent que le fer et le feu ne suffisaient point, mais qu’il fallait, pour ramener tous les hommes sous l’autorité de l’Église, que l’Église s’épurât en accord avec la règle évangélique : saint François d’Assise et saint Dominique créèrent les ordres mendiants pour prêcher, par la parole et par l’exemple, l’humilité, la douceur, l’amour de la pauvreté. Ces ordres eurent un prodigieux succès; mais ce qui montre bien le désarroi des âmes dans la crise finale de la lutte du sacerdoce et de l’Empire, c’est que certains illuminés, franciscains ou dominicains, virent l’Antéchrist, les uns dans Frédéric II, les autres dans Innocent IV. Saint Eouis n’était pas tombé dans cette erreur, mais il avait blâmé l’acharnement du pontife, comme il blâmait d’ailleurs toutes les prétentions de l’Église à empiéter sur le pouvoir des rois.

BIBEIOGRAPHIE

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