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I. BABYLONIE

LE PAYS. — La Babylonie est une région géographique parfaitement délimitée. Plaine d’alluvions fermée par le Tigre et l’Euphrate aux dépens du golfe Persique, elle a pour limites, au nord, le rebord du plateau calcaire qui s’étend à l’est jusqu’aux chaînes bordières de l’Iran et forme comme le prolongement vers l’Orient du Taurus et de l’Amanus ; à l’est, les derniers contreforts du Zagrcs; au sud, la mer; à l’ouest, le désert.

Deux fleuves l’arrosent ; le Tigre, au courant rapide, aux berges plus élevées; l’Euphrate, au cours plus lent, aux berges friables. Pendant la saison d’été, leurs eaux se réjrandent sur la plaine et en assurent la fertilité. Plus que le Tigre, l’Euphrate s’est déplacé dejiuis l’antiquité, et il s’est éloigné des villes anciennement bâties sur ses rives.

La jilaine s’est, d’ailleurs, agrandie vers le sud par les ajijiorts incessants des fleuves, et la région de Lagash, district maritime au troisième millénaire avant l’ère chrétienne, est aujourd’hui à 200 kilomètres du golfe.

L orge et le froment sont originaires des bords

Statue de Loucal-dalol m, roi D AdaB. — Ce personnage sumérien, de l’époque d Our-Ninâ, vers l’an 3000 av. J.-C., est simplement vêtu d’un châle de kaunakès, (jui laisse à découvert la partie supérieure du corps. — Musée de Constantmoiile. Fouilles de Bismya.

de l’Euphrate, où on les trouvait à l’état sauvage au début du siècle dernier. De là ces graminées se sont répandues en Babylonie, où 1 orge est demeurée la base de la nourriture des hommes et des animaux et la monnaie la plus courante. Le sésame, le tamaris, la vigne y sont cultivés, ainsi que le figuier, moins répandu toutefois qu’en Syrie, et le dattier, suffisant, au dire de Strabon, à tous les besoins de la population. Dans les marécages, là où la main de l’homme n’a pas réglé l’inondation annuelle, poussent de gigantesques roseaux, utilisés pour la construction d’abns et de clôtures, le chauffage et, plus tard, la fabrication des calames.

Les animaux domestiqués à l’aurore des temps historiques sont l’âne, le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc, le chien et des oiseaux de basse-cour. Parmi les espèces sauvages, on constate la présence du lion, du bubale, du cerf, du léopard, de la chèvre, de l’antilope, de l’aigle, du serpent, du scorpion. Dans les fleuves et sur la côte se trouvent plusieurs espèces de poissons comestibles.

Cette région d’alluvions, uniformément plate et fécondée chaque année par le débordement des fleuves, a pour fond une couche d’argile qui est utilisée pour élever des tertres artificiels au-dessus du niveau de l’inondation, construire des habitations en briques, plus confortables que les huttes en roseaux, fabriquer de la poterie; elle servira même à former des tablettes sur lesquelles on écrira les documents publics et privés. La pierre et le métal n’existent pas; il faut les importer, et de cette nécessité résulteront des relations avec l’Élam à l’est, la Syrie et l’Asie Mineure au delà de la boucle de l’Euphrate, la haute vallée du Tigre au nord.

LES RACES. — Au début des temps historiques, les habitants de la Babylonie appartiennent à deux races distinctes. Depuis les bords du golfe Persique jusqu’au delà de Nippour est un ireuple non sémitique, appelé sumérien par ses voisins septentrionaux. Son origine est inconnue, mais des traces d’une civilisation analogue à la sienne et remontant jusqu’à l’âge de la jrierre ont été trouvées près de la mer Casjiienne. Les monuments figurés représentent ce peuple comme brachycéphale, avec un nez proéminent. Il est l’inventeur de l’écriture cunéiforme.

Au delà de Nippour, vers le nord, habitent les Akkadiens, de langue sémitique.

Sont-ils venus directement d'Arabie, comme on le croyait jadis, ou ont-ils quitté la Haute - Syrie et glissé le long de l’Euphrate? La question est encore débattue. Ils adoptent l’écriture des Sumériens et empruntent à leur vocabulaire un bon nombre de mots.

Une nouvelle migration des Sémites amène, au cours du troisième millénaire, des Amorrhéens. Jadis ils ont établi un royaume florissant sur le Moyen-Euphrate; ils s’installent à Isin, puis à Babylone, et se fondent dans la population locale au temps où les Kassites, d origine discutée, descendus des montagnes du Zagros, s’emparent du pouvoir. A la même époque, des Sémites nomades s’infiltrent le long de la frontière occidentale et s’établissent dans le bas pays, le long de la côte, où leurs tribus se maintiennent à demi indépendantes jusqu’aux derniers jours de l’histoire de Babylonie.

APERÇU HISTORIQUE. — Les habitants de la Babylonie avaient oublié d’où étaient venuo leurs ancêtres quand ils établirent une chronologie. D’après la tradition transmise par Bérose, l’homme habita la région babylonienne aussitôt après la création du monde et y vécut sans gouvernement pendant 72 sares de 360 années. Il fut ensuite soumis à dix rois, qui se succédèrent pendant plus de 400 000 ans ; le dernier de ces princes, Ziousoudou, fut sauvé du Déluge.

Des documents, rédigés en Sumer, dans la seconde moitié du troisième millénaire, ont permis de reconstituer un système chronologique babylonien comportant vingt et une dynasties dans douze villes différentes, avant l’époque où les rois amorrhéens de Babylone firent prévaloir la domination de cette cité. Les plus anciennes n’appartiennent pas à l’histoire; la durée des règnes a un caractère nettement mythique et les hauts faits des princes sont purement légendaires. Cependant, en ce qui concerne la II® dynastie, dont le siège était à Ourouk, il existe pour trois de ses rois des références à caractère historique. Un fragment attribue à Lougalmarda, le troisième prince, la conquête d’Alep, et la tradition a conservé des présages recueillis sous les règnes de ses deux successeurs immédiats, Doumou-zi et Gilgamesh. Ce dernier aurait entouré la ville d’une muraille et construit des monuments religieux; il aurait guerroyé contre un prince d’Occident, Houwawa, connu non seulement par la légende, mais aussi par quelques présages. Les textes divinatoires ont acquis une grande importance documentaire depuis qu’il a été possible de vérifier la valeur historique de ceux qui se rapportent au règne de Sargon d’Agadé.

Dans ces temps reculés, tantôt Kish, ville du pays d’Akkad, tantôt une ville de Sumer, comme Ourouk, Our, Adab, conquérait l’hégémonie sur les deux territoires ; tantôt, enfin, une cité étrangère, soit Awan ou Hamazi en Élam, soit Mari sur le Moyen- Euphrate, imposait son joug, dont les vaincus s’affranchissaient dès que les circonstances leur en donnaient les moyens.

Dans la dynastie d’Adad, la 1 0‘ après le Déluge, se trouve le premier nom de roi, Lougal-ana-moundou, dont on possède un document écrit : c’est, à la vérité, une copie postérieure à son règne.

La souveraineté fut ensuite exercée par Man, par la III® dynastie de Kish, par une dynastie d’Akshak, ville du nord, et, pour la quatrième fois, par Kish, dont certaines villes ne reconnaissaient probablement pas la domination. Les princes de Kish les plus anciens dont des inscriptions sont connues ont probablement appartenu à une dynastie non comprise dans le canon officiel. L’un d’eux, Mésilim, intervient à un traité qui met fin à la lutte entre deux cités sumériennes rivales : Lagash et Oumma. Il est de quelques générations antérieur à Our-Ninâ, fondateur à Lagash d’une dynastie dont la puissance englobe quelque temps sous Éanatoum, son troisième roi, tout le territoire de Sumer et d’ Akkad et s’étend même sur une partie de l’Élam. Mais, à la fin de son règne, ce prince perd le fruit de ses conquêtes et doit abandonner le titre de roi. Le clergé avait pris dans la cité une place prépondérante et un jour \int où Enétarzi, grand prêtre du dieu local, s’empara

du pouvoir et introduisit des abus; une réaction amena la déposition de Lougalanda, son second successeur, qui fut remplacé par un prince réformateur, Ouroukagina.

Oumma, la cité voisine, était, à cette époque, gouvernée par un ishakkou ambitieux, Lougal-zaggisi ; il attaque Lagash, la ruine, étend son pouvoir sur tout Sumer et fait des raids jusqu’à la côte de Syrie. Après vingt-cinq ans de domination (vers 2870-2846), il est renversé par le sémite Sargon, ancien hbateur d’Our-Zababa, l’un des rois de la IV® dynastie de Kish. Sargon s’empare d’Ourouk par surprise, défait l’armée de Lougal-zaggisi, et plus tard capture ce prince qu’il fait déposer solennellement par Enlil, le dieu de Sumer. Dans une autre campagne, il conquiert Our, Lagash, Oumma. Man tombe en son pouvoir, ainsi que larmouti, à l’ouest de la boucle de l’Euphrate, et Ibla, sur les pentes du Taurus. En l’an 3 de son règne, il a atteint le mont Argée. A l’est, il entreprend deux campagnes victorieuses contre l’Êlam, et une tradition néo-babylonienne lui attribue une expédition navale contre Dilmoun, dans le golfe Persique. Mais vers la fin de sa vie éclate une révolte générale; il est assiégé dans la ville d’Agadé, par lui construite et devenue sa capitale; son fils Ouroumoush doit reconquérir pied à pied les territoires jadis soumis; Manishtousou, qui lui succède, fait une campagne navale contre la côte élamite pour s’assurer le contrôle de mines d’argent et de carrières de pierre, et son pouvoir est incontesté sur la région de Suse.

Plusieurs monuments prouvent que, sous le règne de Narâm-Sin (vers 2768-2712), la domination d’Agadé est consolidée. A Pir- Hussein, près Diarbékir, une stèle a été retrouvée à l’endroit même où Narâm-Sin l’avait fait ériger; une autre stèle commémore sa victoire contre une coalition de Loulloubou et de Sidouri, peuplades de la région du Zagros. Sharkalisharri (vers 2712-2688) est le dernier grand roi de cette lignée. A sa mort c’est l’anarchie, et moins de quarante ans plus tard (vers 2649) Ourouk, pour la quatrième fois, exerce la suprématie.

Ce ne fut d’ailleurs pas pour un long temps. Des barbares, les Gouti, cantonnés dans le Zagros, contre qui Sharkalisharri avait fait au moins une campagne, descendent dans la plaine et pendant cent vingt-cinq ans (vers 2622-2498) y maintiennent leur domination. Un roi d’Ourouk avait dû s’abaisser devant eux : un roi d’Ourouk rétablit l’indépendance.

A cette époque brille d’un éclat tout particulier Goudéa, ishakkou de Lagash, dont la puissance et la richesse sont manifestées par des inscriptions, des statues, des objets d’art de toute sorte.

Vers 2474, Our-Engour, roi d’Our, s’empare d’Ourouk. Doungi, son fils (vers 2456-2399), gouverne un domaine aussi étendu que celui d’un Sargon ou d’un Narâm-Sin Mari et Ibla, à l’ouest, contribuent, par leurs envois, à l’entretien du grand parc national créé auprès du temple d’Enlil pour les besoins du culte, peut-être aussi pour ceux de l’État. L’administration est fortement hiérarchisée ; des courriers royaux établissent des relations fréquentes entre la capitale et les villes les plus éloignées. Sous le règne de Bour-Sin, fils de Doungi (vers 2398-2390) , un prince d’Assur paraît pour la première fois dans l’histoire et ce jnince se dit serviteur du roi d’Our. L’influence suméroakkadienne s’est développée à l’ouest de l’Euphrate, notamment dans la région du mont Argée, où des marchands sémites, adorateurs d’Ashour, exploitent les richesses naturelles du pays.

A l’intérieur de l'empire, vers l’ouest et vers l’est, s’annonce une menace : Gimil-Sin (vers 2389-2381 E fils de Bour- Sin, est obligé de construire à la hauteur de S.ppar une muraille pour se protéger contre les incursions des

Cylindre-sceau d'Iziloum. — La lutte de Gilgamesh et d'Enkidou contre des animaux réels ou fantastiques, très souvent figurée à 1 époque antérieure, se retrouve ici sur un sceau contemporain des rois d'Agadé. (Haut. : 0'^,540.) — Musée de New-York. D'après Menant, Glyptique.

Petite statue de Goudéa. — Le musée du Louvre possède de Goudéa de nombreuses statues, qui sont les monuments les plus parfaits de la statuaire sumérienne. La plus petite est la seule complète; la tête a été retrouvée par E. de Sarzec, le corps par G. Gros. (Haut.:

0"",450.) — Musée du Louvre. Fouilles de Telle . Cl. i;iKA(ji>oN.

16 — LORILM CLASSIQUE

Amonliéens de Mari. Sous le règne suivant, il faut faire front à la fois contre les Amorrhéens et contre les Élamites. Le roi d’Our, Ibi-Sin, succombe dans cette lutte. Il se fonde deux nouveaux royaumes : l’un à Isin, l’autre à Larsa.

Isbbi-Ira, le chef des Amorrhéens de Mari, s’établit à Isin (vers 235 7), et s’attribue le titre de roi de Sumer et d’Akkad, qui est ravi à ses successeurs par Goungounoum (2264-2238) , cinquième roi de Larsa. En 2225, un nouveau royaume, d’origine amorrhéenne comme celui d’Ism, se fonde à Babylone; la dynastie dont Soumou-aboum est le premier prince ruinera les dynasties d’Isin et de Larsa. Babylone, située au carrefour de grandes routes mondiales, sera désormais la capitale de l’empire et conservera son importance jusqu’à la création de Séleucie.

Soumou-aboum (2225-2212) conquiert successivement les villes voisines. Dilbat, à 27 kilomètres, n’est pas incorporée dans le royaume avant la neuvième année; Kish, réduite en l’an 10 (2216) avec le secours des troupes de Larsa, recouvre bientôt une certaine indépendance, est dévastée en 2200 par Soumou-la-el (22 11-2176) et définitivement annexée en 2185, année où le roi de Babylone prend pied en Sumer, à Dour-Zakar, une des défenses de Nippour.

Sin-idinnam, de Larsa (2181-21 76), avait repris le titre de roi de Sumer et Akkad, abandonné par Abi-sarê (2233-2227) successeur de Goungounoum à Bour-Sin roi d’Isin (2235-2215). Au temps de Zabioum (2175-2162), roi de Babylone, la royauté de Larsa passe par droit de conquête à Koudour-Maboug, fils de Simti-Shilhak, roi d’Élam, mais ce prince fait proclamer roi son fils Warad-Sin (2167). La lutte continue entre les deux royaumes établis en Sumer. Rîm-Sin, successeur de Warad-Sin, et Sin-mouballit, second successeur de Zabioum (2143-2124), combattent chacun de son côté Ism qui, en 2126, est annexée à Larsa. Hammourabi (2123-2081), sixième roi de Babylone, prend Isin en 2118, met fin à la dynastie de Larsa en 2095, s’empare l’année suivante de Rîm-Sin lui-même, et, en 2095, réduit les Élamites, qui ont tenté de continuer la lutte. Son royaume s’étend du golfe Persique jusqu’à Assur et à Ninive.

Hammourabi est le plus grand des rois de Babylone. Sous son règne, cette cité devient la capitale politique et religieuse ; de grands travaux sont entrepris; le commerce avec les régions occidentales se développe; le pouvoir central se fortifie; la législation est revisée.

Mais, dès le règne de Samsou-ilouna (2080-2043) , fils de Hammourabi, apparaissent les signes avant-coureurs de la ruine de la dynastie. En l’an 8, la frontière orientale est menacée par les Kassites, établis dans les montagnes du Zagros; refoulés, ils s’infiltrent dans le pays comme manœuvres et ouvriers ; trois siècles plus tard, vers 1761, ils s’empareront du pouvoir. Au sud, le long du golfe Persique, dans les lagunes et les marécages qui forment maintenant le Pays-de-la-mer, s’est organisé un nouveau royaume dont le chef, Ilouma-iloum, devient bientôt maître de tout l’ancien territoire de Sumer (vers 2051) ; un siècle plus tard, en 1926, la I''® dynastie de Babylone disparaît : des Hittites sont descendus d’au delà de la boucle de l’Euphrate, ont pillé la ville, ont emmené son dieu en captivité.

Les rois du Pays-de-la-mer s’emparent du pouvoir et s’y maintiennent jusque vers 1 761 ; les Kassites les rejettent vers le sud et fondent une dynastie qui dure 576 ans. De leur domination datent de nouveaux usages et l’introduction définitive du cheval. C’est l’époque où les Hittites développent leur influence en Syrie septentrionale, où l’Assyrie se dégage de la tutelle babylonienne et de l’emprise mitanienne, est victorieuse de Kourigalzou III (vers 1357- 1335) et j)ille Babylone au temps de Kashtihash III (vers 1263- 1256). En 1 188, le roi d’Assyrie s’empare de plusieurs cités, et Shoutrouk-Nahhounté d’Elam emporte parmi les dépouilles de Sippar et de mainte autre ville de nombreux monuments, qui ont été retrouvés à Suse. Quarante ans plus tard, Nabuchodorosor P*' (vers 1 1 40) lutte avec des chances diverses, puis, après une courte jiériode de irrosjrérité, la Babylonie devient la proie des Soutéens, araméens semi-nomades de la rive droite de l’Euphrate; la guerre civile éclate, la famine se réjiand. Vers 910, Shamash-moudammiq perd sa cavalerie engagée contre Adad-nirâri d’Assyrie, qui envahit la Babylonie. En vain son second successeur fait-il alliance (879) avec les Araméens de Souhi, près du confluent du Habour : en 853, le roi de Babylone est contraint de reconnaître le roi d’.Assyrie comme suzerain. Désormais, jusqu’en 612, date de la ruine de la iiuissance assyrienne, ce sera une lutte continuelle entre l’.Assyrie et les princes légitimes ou usurjiateurs qui tentent de rétablir l’indéiiendance. En 725, Féglath-iihalasar III se fait proclamer roi de -Sumer et d’ Akkad; malgré les soulèvements, malgré les jiré-

tendants, ses successeurs s’efforcent de garder ce titre. En 625, à la mort d’Assurbanipal, un certain Nabopolassar se proclame roi et fonde la XI® dynastie, dite néo-babylonienne. Il sait profiter de l’affaiblissement de la royauté ninivite, s’allie à Cyaxare, roi des Mèdes, et le soutient dans la campagne victorieuse qui met fin à l’empire assyrien.

Ees années suivantes sont une époque de renaissance pour la Babylonie. Héritière des prétentions assyriennes sur la région de Syrie, elle repousse le pharaon Néchao qui s’est avancé jusqu’à l’Euphrate. Nabuchodorosor II (604-561), le plus grand roi de cette période, restaure les villes en s’inspirant de l’art assyrien et de l’art hittite; son armée, instruite à l’assyrienne, achève la conquête de la Syrie par la prise de Jérusalem (596) ; comme allié des Mèdes, il prend part à la lutte contre la Eydie. Plus tard, il tente une campagne contre l’Égypte (568) . Vingt ans après, sous le règne de Nabonide (555-539), Cyrus le Perse, roi d’Anzan et vassal d’Astyage le Mède, se révolte contre son suzerain; ayant mis fin au royaume de Lydie (546) , il se tourne contre Babylone qui, avec l’Égypte, a soutenu son adversaire. En 539, aidé par la trahison de Koubarou (Gobryas) , gouverneur babylonien du pays de Gouti, il défait à Opis l’armée babylonienne, commandée par le prince héritier Bêl-shar-outsour, et est reçu à Babylone en libérateur.

Sous la domination perse (539-331), rien n’est changé aux coutumes des Babyloniens. De temps à autre, des prétendants essaient de secouer le joug : sous Cambyse et sous Darius, la répression est ferme; sous Xerxès elle entraîne le démantèlement de la cité et la ruine de son temple.

Après la conquête de l’Asie, Alexandre lui donne comme capitale la ville de Babylone; la civilisation grecque se substitue peu à peu à la civilisation babylonienne et celle-ci tente en vain de réagir; à l’ombre des temples, où le culte se maintient jusqu’aux années qui précèdent immédiatement l’ère chrétienne, subsistent des écoles, et d’infatigables copistes y transcrivent les vieux documents sumériens et akkadiens. Mais, peu à peu, la grande cité ne cesse de déchoir; au point de vue politique, sa ruine est définitive le jour où est fondée Séleucie.

LA RELIGION. — La religion babylonienne, dans sa forme la plus ancienne, est un mélange de cultes locaux et de culte de la nature.

Plus tard, trois divinités se partagent l’univers : Anou règne dans le ciel; Enlil sur l’atmosphère et sur la terre; Ea sur les eaux de l’Océan primordial. Mais chaque ville a son dieu, c’est le seigneur du lieu, et le prince est son ishakkou, son vicaire. A Nippour règne Enlil, dont la domination, au début des temps historiques, s’étend sur tout Sumer; quand Hammourabi aura réalisé l’unité de l’empire au profit de Babylone, la théologie officielle dépossédera Enlil de sa prééminence, qu’elle fera attribuer à Mardouk, fils d’Ea, le dieu local de Babylone.

Le soleil, la lune, les étoiles dont l’influence est supposée agir sur les destinées de l’homme, les phénomènes atmosphériques, toutes les forces de la nature ont été divinisés. A ces dieux, bons par essence, aux bons génies leurs serviteurs, on rend un culte; les pratiques de la magie sont, au contraire, destinées à combattre les mauvais esprits, fauteurs de mal. Comme, en général, il est impossible de déterminer si les événements funestes sont causés par l’abandon des dieux irrités contre la créature pécheresse ou par la méchanceté des esprits du mal, les rites de la magie se mêlent, en fait, aux œuvres de la religion. Les dieux babyloniens sont représentés sous des apparences anthropomorphiques. On les caractérise par des attributs : flammes pour Shamash (dieu-soleil) , croissant jiour Sin (dieu-lune) , étoile d’Ishtar (planète Vénus), lance de Mardouk, scorpion d’Ishara, lamjie de Nouskou, chèvre-poisson d’Éa...

connus dès l’antiquité, mais jilus fréquents sur les monuments à partir de la domination kassite. Les génies, bons ou mauvais, sont le jilus souvent des êtres comi^osites, empruntant

Cylindre-sceau d’un serviteur de G\mil-Sin, ROI d'Our. — La présentation du fidèle par une divinité à une autre divinité est un des sujets caractéristiques de cette époque, dont les exemples sont nombreux dans les collections, notamment à la Bibliothèque Nationale et au musée du Louvre. (Haut. ; 0™,022.) — Musée de Berlin. D’après Menant, Glyptique.

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