STÈLE DE NARAM-SIN, ROI DAGADÉ
Ce monument est le chef-d oeuvre du bas-relief, au 3'' millénaire, dans la vallée de l'Euphrate. Narâm-Sin. à la tête de ses vassaux, poursuit 1 ennemi dans une montagne boisée, jusqu au pied d’un pic inaccessible.
Nh vi i. I»I I.ol VUE l»» I 1 I. \ 1 lo\ J N PtK'-». <1 lilKAl lHiN.
Sur ce pic, 'le conquérant élamite Shoutrouk - Nahhounté a gravé une inscription; il a martelé celle du roi d’Agadé. placée dans le champ au-dessous des emblèmes divins. (Grès. Haut. ; 2 mètres.)
leur apparence aux formes animales tout autant qu’aux formes humaines.
Il y eut en Babylonie diverses traditions relatives aux origines du monde. La plus connue est conservée dans le poème Enouma elish, qui a pour héros Mardouk, le dieu de Babylone. Primitivement, tout est eau; les eaux douces du principe mâle, Apsou (l’Océan), et les eaux amères du principe femelle, Tiamat (la mer) , se confondent. Les dieux paraissent ensuite, par séries. Ils représentent l’ordre, sorti du chaos.
Une lutte s’engage entre les tenants de l’ordre et ceux du chaos pour la fixation des destins.
Tiamat crée une armée de onze espèces de monstres contre lesquels le vieux dieu Anshar dépêche Anou, qui recule effrayé. Enlil n’est pas plus courageux. Alors Mardouk se lève, demande que lui soit attribué à lui seul le pouvoir de fixer les destins, s’il parvient à vaincre l’ennemi. A la fin d’un banquet, où 1 on a bu plus que de raison, le pouvoir souverain lui est conféré. Armé de la lance, de l’arc, de l’épée, des vents, de la foudre et d un filet, il attaque Tiamat; celle-ci ayant ouvert la bouche pour proférer des malédictions, un vent s y engouffre, pénètre dans ses entrailles et 1 étend inanimée. Le dieu divise son cadavre en deux parts; de l’une il fait le firmament, de l’autre le sol de la terre.
Ensuite, il organise le monde, fixe le cours des astres, attribue à chaque dieu son rôle et sa demeure, enfin décide la création de l’humanité pour accomplir le service des dieux. C’est Éa, père de Mardouk, qui appelle l’homme à la vie et le forme du sang de Qingou, le lieutenant de Tiamat.
Vint un jour où les dieux, mécontents de leur œuvre, décrétèrent d’anéantir l’humanité par le Déluge. Éa l’avait instruite et l’avait amenée à la civilisation; il décida de la sauver, puis, par un subterfuge, prévint Ziousoudou, le dernier des rois antédiluviens, et lai fit construire une arche. De ce cataclysme, comme de la Création, il existe plusieurs traditions. Toutes s’accordent à le considérer comme un déchaînement des éléments accompagné de trombes d’eau qui inondent le pays pendant plusieurs jours et détruisent tout; le calme revenu, l’arche s’arrête sur un pic.
Ziousoudou offre un sacrifice et est transporté à l’extrémité occidentale du monde terrestre, dans une île où, sous le nom sémitique d’Outanapishtim, il sera désormais immortel.
Là, le héros Gilgamesh, roi d’Ourouk, vient le trouver, après un voyage périlleux, pour apprendre de lui le moyen de ne pas mourir. Il sait, par l’évocation de son fidèle compagnon Enkidou, décédé avant lui, le triste sort des défunts, et il voudrait s’y soustraire.
En vain, Outa-napishtim lui fait-il connaître la plante de jouvence dont le nom est « le vieillard-redevient-jeune » ; en vain, il la cueille : un serpent la lui ravit II subira le sert com.mun de l’humanité. Comme tous les hommes, il lui faudra mourir et aller dans le pays « d’où-l’on-ne-revient-pas » , lieu souterrain, entouré de sept enceintes, à chacune desquelles les morts sont obligés, avant d’en franchir la porte, d’abandonner une partie de leurs ornements.
La poussière y est leur nourriture et leur aliment de la boue.
Ils ne voient pas la lumière et dans l’obscurité ils demeurent.
lis sont vêtus, comme l’oiseau, d’un vêtement d’ailes.
Ishtar, la déesse de l’amour, y est descendue pour chercher son amant Doumou-zi (1 ammouz) , le dieu de la germination, mort au temps de la moisson ; depuis ce moment les instincts de la génération ont disparu. Éa intervient par son pouvoir magique, crée un individu qui, par des paroles appropriées, force la déesse des enfers à faire ouvrir l’outre mystérieuse des eaux de la vie et Ishtar, aspergée de ces eaux, peut sortir du séjour infernal.
Les morts en sortent aussi parfois, pour un moment, quand on les évoque; ils ny reposent point et s’en vont errants dans la campagne, si leur dépouille est privée de sépulture, ce qui est, pour un Babylonien, le châtiment le plus horrible.
Redoutant le moment où il lui faudra descendre au tombeau, le Babylonien souhaite une longue vie comme le plus précieux bien et la meilleure récompense de ses bonnes œuvres; pour obtenir cette faveur, il craint la dunnité, la prie, lui offre des sacrifices.
La crainte enfante la bienveillance,
Le sacrifice augmente la vie,
La prière délivre du péché.
Les prêtres, intermédiaires entre l’homme et les dieux, se divisent en trois classes : les conjurateurs (ashipou) , les devins {bar ou) et les chantres. Au-dessus d’eux, dans chaque temple, un grand prêtre ou un collège de grands prêtres ; au sommet de la hiérarchie, le prince local ou le roi. Les femmes peuvent être prêtresses et offrir des sacrifices.
l-’ashipou, suivant le groupe dont il fait partie, offre des sacrifices et module des lamentations sacrées en s’accompagnant de divers instruments de percussion; il purifie les personnes ou les objets; il délivre les malades et les pécheurs par les incantations et autres rites magiques redoutés des démons.
Le barou établit un rapport nécessaire entre les phénomènes et les événements. L’un s’adonne à l’examen du foie des victimes rituellement égorgées; l’autre interprète les mouvements d’une goutte d’huile jetée dans un vase d’eau; ceux-ci expliquent les événements fortuits, en particulier les songes; ceuxlà observent les astres et les phénomènes atmosphériques pour en tirer des prévisions concernant l’issue des maladies, la réussite des entreprises privées ou des affaires de l’État. Pour s’instruire, le barou a des manuels secrets, soigneusement compilés depuis les temps les plus anciens.
Des rituels donnent la composition des sacrifices de pains, de fruits, de farines, de boissons diverses, et des sacrifices sanglants dont l’offrande du chevreau est le type : la divinité se réserve le gigot droit, les rognons et un rôti. La plus importante des fêtes annuelles est l’Akitou. A Babylone, elle coïncide avec le nouvel an et dure une dizaine de jours. Le dieu Mardouk, accompagné des autres dieux de la cité et de Nabou, venu de Borsippa, sort de son temple avec le roi, qui le tient par la main; il se rend solennellement à un temple, appelé Akitou comme la fête elle-même, et situé dans la campagne; il y demeure quelques jours; à l’aller et au retour, il s’arrête dans la Chambre-des-destins, et c’est alors que se fixe le sort du royaume pour l’année nouvelle.
LES INSTITUTIONS PUBLIQUES ET PRIVÉES. — Le Gouvernement.
— Le gouvernement est aux mains d’un prince héréditaire, de droit divin, roi, ishakkou ou shakkanakkou. Qu’il étende son autorité sur une seule cité ou sur tout le pays, ce n’est pas un autocrate; il est seulement vicaire du dieu, le véritable seigneur, et doit, avant d’entreprendre une affaire grave, le consulter par l’intermédiaire des devins, à moins que la divinité ne daigne intervenir elle-même directement, par exemple en se manifestant dans un songe. Cette conception de la royauté, très nettement affirmée dès les origines, se maintient jusqu’à la fin de l’empire ; même lorsqu’il est divinisé, le prince ne s’affranchit pas de cette soumission, et il s’en glorifie dans ses inscriptions. Son premier devoir est de pourvoir aux besoins des temples, de les relever s’ils tombent en ruine; il doit assurer à son pays la prospérité, lui procurer l’abondance, le protéger, défendre ses sujets contre l’oppression et l’injustice en temps de paix, se mettre à leur tête pour repousser l’ennemi du dehors.
Stèle des lois de Hammourabi. — Au sommet, dans un bas-telief, le roi Hammourabi devant le dieu-Soleil, Shamash, qui lui enseigne la justice. Au-dessous, la législation promulguée vers la fin du règne. Ce monument précieux, emporté par Shoutrouk-Nahhounté à Suse, y a été retrouvé brisé, en décembre 1901 et janvier 1902. (Basalte. Haut. : 2”',25.) — Musée du Louvre. Délégation en Perse. Cl. Giraudo.n.
HISTOIRE CLNERALE.
L'OKILXT CLASSIQUE
Cylindre-cach't d’un contemporain DE SOUMOU-LA-EL. 2'' ROI DE BabYLONE (vers 220D). — Le possesseur du sceau est représenté devant un dieu, dans 1 attitude religieuse qui est celle de Hammourabi devant le dieu-Soleil, au sommet de la stèle de ses lois. La scène est complétée par la présence d une seconde divinité et d un serviteur qui tient un bénitier. (Haut. : O"". 022.) — Collection de Luynes, à la Bibliothèque Nationale.
Cylindre-cachet d’un fils de K.ou-
RIGALZOU, ROI DE LA DYNASTIE KAS- SITE (XIV*-' siècle). — La croix figurée dans le champ est un symbole des « quatre régions » de la terre. Comme sur la plupart des cylindres kassites, la légende occupe la plus grande partie de la surface de l’intaille ; elle est en sumérien, langue morte, comme chez nous beaucoup d inscriptions sont encore en latin. (Haut. : 0"’,023.) — Bibliothèque Nationale.
Les textes piésargoniques montrent l’organisation du gouvernement dans une cité indépendante où le dieu, le prince, la femme du prince possèdent chacun des biens considérables; parfois, les biens du dieu sont sécularisés, mais une réaction se produit et l’on rend au temple ce qui lui appartient. Le principal fonctionnaire de la cour, c’est l’intendant du palais, chargé de toutes les affaires d’intérêt public et des affaires privées de son maître : il exerce son contrôle sur toutes les entreprises et en tient une comptabilité détaillée, conservée dans les archives. Le prince prend soin d’agrandir son domaine privé; à l’extérieur, il envoie des caravanes pour l’importation de tout ce qui fait défaut : pierre, bois et métaux. Si son pouvoir s’étend sur plusieurs cités, il dépose des chefs vassaux pour établir ses fils à leur place ou leur fait épouser celles de ses filles qui ne sont pas devenues grandes-prêtresses d’une divinité.
Quand une cité domine sur tout le pays et étend son pouvoir sur les régions voisines, le roi choisit un ministre suprême, grand seigneur, prince de plusieurs cités ; il nomme ou destitue ses vassaux, organise des services de courriers pour porter ses ordres jusqu’aux endroits les plus reculés de l’empire. Ainsi en est-il au temps de la IlL dynastie d’Our; plus tard, la correspondance de Hammourabi témoigne du soin avec lequel le pouvoir centralise alors la solution des affaires et tend à supprimer les coutumes locales pour y substituer la loi du roi.
La correspondance diplomatique d’El-Amarna et de Boghazkeui montre le roi de Babylone, au XIV*" siècle, faisant entrer ses filles dans le harem du pharaon, sollicitant la main d’une princesse égyptienne, demandant des cadeaux, envoyant des médecins et des exorcistes dans les cours étrangères, s’intéressant à la politique mondiale et ne supportant pas l’immixtion des autres princes dans les affaires de son pays. Le fonctionnarisme est très développé à toutes les époques, mais le roi s’occupe très directement des affaires. Dans les villes, à côté du gouverneur, un conseil d’anciens se recrute parmi les hommes de condition libre, et le haut commerce y forme une sorte de cartel sous la direction d’un chef. Hammourabi fixe le prix maximum du coût de la vie et le minimum des salaires, contrôle les impôts et les redevances.
Ces impôts et redevances frappent lourdement la propriété foncière, SI nous en jugeons d’après les franchises accordées par les rois kassites; ils atteignent les récoltes, les animaux, le personnel rural obligé de travailler aux canaux et aux murailles des villes, de faire des charrois, de fournir des fourrages, de supporter le pacage. Corvées et impôts sont les mêmes à l’époque babylonienne et sous les rois achéménides; alors, il existe jiarfois des fermiers généraux (comme la banque Mourashou fils au temps d’Artaxerxès) , qui se substituent à l’administration royale pour la collection des imjiôts.
L’Armée. — L’armée sumérienne primitive comprend deux corjis de troupes : le premier, armé de la lance et du pavois, doit briser l’attaque de l’ennemi; le second, jiourvu de lances et d’herminettes, jroursuit la troupe ennemie mise en déroute et exjrloite la victoire. Les guerriers, jiieds nus, vêtus d’un pagne, sont coiffés d’un casque en cuivre. Le roi, à pied pendant la lutte, en char jrour la [loursuite, jiorte un casque jrlus orné; ses armes sont une longue lance, qui servira à crever les yeux du jirince fait prisonnier, une arme courbe, analogue au boumerang, des javelots dans les fontes de son char. A la même époque, la masse d’armes en pierre dure est utilisée, mais on ne trouve jias sur les monuments la reiirésentation de l’arc et de la flèche. La bataille terminée, la ville de l’ennemi [irise et pillée, le vainqueur célèbre sa victoire [lar un sacrifice, s’occupe des funérailles de ses morts, procède à l’exécution des [insonmers et laisse aux animaux de jiroie le soin de faire disparaître les restes des ennemis.
Les guerriers sémites d’Agadé sont coiffés d’un casque à oreillettes et vêtus d’un châle enroulé en jupon, descendant au genou. Leurs bras s’ornent d’anneaux. Comme armes, dans la poursuite, ils utilisent l’arc, une lance plus longue que celle des Sumériens, des haches de différentes formes. Ils se groupent autour d’enseignes et ont par conséquent déjà une organisation méthodique. Sargon possède une troupe permanente de 5 400 hommes; Ouroumoush, son fils, compte plus de 1 2 000 morts et près de 6 000 prisonniers dans sa lutte contre Kazallou.
Au temps de Goudéa, l’autorité militaire est représentée par deux lieutenants, qui prennent rang après les personnages chargés de la justice et des offrandes. Dans l’empire d’Our, il existe des citoyens astreints à l’impôt du sang; comme plus tard, au temps de Hammourabi, ces gens jouissent peut-être de privilèges corrélatifs de leurs obligations particulières. Convoqués au service du roi, ils ne peuvent s’y soustraire et doivent s’acquitter en personne. Mais il leur est concédé, à titre de pension viagère, une maison, du terrain, du bétail, dont l’ensemble forme un bien incessible et insaisissable; ils jouissent d’immunités, sont exempts de la juridiction des gouverneurs, et quand ils sont tombés aux mains de l’ennemi, si leur fortune mobilière personnelle ne permet pas de les racheter, le temple de leur ville ou la cassette royale doivent pourvoir à leur libération. Des impôts spéciaux, des prestations en nature couvrent les frais considérables de l’armée. Les Kassites introduisent l’emploi du cheval et celui du char. Au premier millénaire, les méthodes d’organisation sont celles de la puissance militaire assyrienne, surtout pendant la longue période où le roi d’Assyrie impose son joug à la Babylonie. Après la chute de Ninive, l’armée exige des ressources considérables ; les notables sont tenus de verser des taxes de guerre ou d’assurer l’entretien d’un soldat. A la fin du règne de Nabuchodorosor II, certains capitaines se plaignent du mauvais état de leur compagnie, et, sous le règne de Nabonide, les troupes ne devaient plus être en mesure de résister à la pression des Perses.
La Législation. — Aucun peuple d’Onent ne nous a laissé plus de documents législatifs, de textes de jurisprudence et de contrats. Les Babyloniens aimaient la justice, et leurs princes se flattaient d’avoir fait régner l’équité.
Les textes législatifs antérieurs ou postérieurs à la É® dynastie sont encore rares. Pour l’époque de la T® dynastie, nous possédons un document d’une valeur inappréciable, une stèle sur laquelle sont gravées les lois de Hammourabi. Ce prince, voulant créer l’unité administrative et religieuse, fit reviser les lois et proclamer un nouveau code, où, le plus souvent, les dispositions antérieures furent maintenues.
L’application de la loi est faite par des tribunaux civils ou ecclésiastiques ; on peut en appeler au tribunal du roi, juge suprême. Pour certaines affaires, la justice est rendue par les anciens de la cité, choisis ou confirmés par le roi ; ils peuvent même être recrutés parmi les femmes. Les décisions sont toujours données par écrit et réformées par d’autres juges que ceux qui les ont prononcées.
Quand, dans une affaire civile, il n’existe aucune preuve écrite ou testimoniale suffisante, on recourt au serment par les dieux et par le roi divinisé, en présence d’emblèmes divins ; très rarement, on s’en remet au « Jugement de Dieu ».
Au criminel, les lois prévoient la peine capitale sans indication du genre de mort, ou bien spécifient la noyade, le bûcher, l’empalement; elles mentionnent diverses mutilations (de la langue, des oreilles, des mains, des seins) , la bastonnade, le bannissement. Elles déterminent une
Le roi Mardoux-nadin-ahê. —
Koudoiirrou de la fin du Xll' siècle.
Le Louvre possède plus de vingt koudourrous emportés de Babylonie en Élam par le roi Shoutrouk-Nahhounté.
D autres monuments du même genre sont au Musée britannique, à Berlin et aux États-Unis. — Musée britannique.
D après .Menant, Glyptique.
gradation de dommages-intérêts, de trois à trente fois la valeur des objets en litige.
Elles admettent la réparation des fautes de négligence et rendent les villes responsables du brigandage exercé sur leur territoire.
Cette législation, même avant Hammourabi, témoigne d’une civilisation avancée; son équivalent n’existe pas chez les autres peuples de l’Orient.
Les Classes sociales. Le Droit PRIVÉ. — La société babylonienne, à l’épo que de Hammourabi, se divise en trois classes : l’homme libre, le moushkinoii, l’esclave, dont la situation sociale est nettement distinguée dans la législation. Pour tout accident volontaire, par exemple, dont est victime un homme libre, on applique la loi du talion, tandis que le moushkinou — terme passé en français sous les formes mesquin, rneschin, désignant également chez nous, jadis, les classes moyennes — le moushkinou reçoit une indemnité en argent, supérieure à celle que peut obtenir l’esclave.
L’esclave, né dans la maison, acheté ou captif de guerre, est la propriété de son maître, tant qu’il n’a pas été affranchi ou ne s’cst pas racheté de ses propres deniers ou d’avances consenties par le temple. Il porte des marques de servitude, temporaires ou permanentes, différentes suivant les époques et selon sa condition. Il peut posséder des biens meubles et immeubles, avoir en propre des esclaves et se livrer pour son propre compte à des opérations commerciales. La femme d’un esclave conserve sa condition sociale antérieure; si c’est une fille libre, ses enfants naissent libres. La femme esclave qui a eu des enfants d’un homme libre, dont elle est la concubine, ne peut plus être vendue; elle est de droit affranchie à la mort de cet homme. En somme,
la condition des esclaves varie à l’infini; certains jouissent d’une grande liberté, sont considérés comme des familiers, et refusent même d être affranchis; d’autres ont une situation misérable, et, s’ils essaient de fuir, qui leur donne asile s’expose à une forte amende sous la législation sumérienne, à la mort au temps de Hammourabi.
La famille de l’esclave, comme celle de l’homme libre, forme une cellule de la société et repose sur le principe de la monogamie tempérée. Les lois de succession et de partage des biens patrimoniaux déterminent les droits des individus, de manière à maintenir au groupe familial la plus forte cohésion possible.
Le mariage est, comme en Égypte, un acte purement civil. Il repose sur un document écrit, unilatéral, obligatoire, par lequel le mari fixe, en présence de témoins, les droits et devoirs de l’épouse, et peut déterminer par avance le prix de la répudiation. La fiancée est en général choisie par le père du jeune homme; les fiançailles consistent en une cérémonie pendant laquelle des objets mobiliers sont offerts au futur beau-père, à qui l’on présente, sur un plat, une somme d’argent, appelée tirhaiou : elles forment un lien légal, mais non définitif. Le jour du mariage, la femme reçoit de son père une dot {shériqtou, noudounnou) , qui passera plus tard à ses enfants ou reviendra à la maison paternelle. Le mari n’est pas tenu des dettes antérieures de sa femme; celle-ci peut être poursuivie pour celles de son mari si sa tablette ne spécifie pas le contraire ; pendant le mariage, les époux administrent ensemble les acquêts et sont solidaires vis-à-vis des créanciers. La femme mariée dispose de ses biens propres, sans le concours du mari, mais elle peut être réduite en servitude, ainsi que ses enfants, chez un créancier de son époux, pendant trois ans au maximum au temps de Hammourabi, sans limite, semble-t-il, à l’époque néo-babylonienne.
La femme mariée peut être répudiée sans qu’il y ait eu faute de sa part. Un jugement lui attribue en usufruit certains biens du mari et la garde des enfants jusqu’à leur majorité, puis, à partir de cette époque, une part d’enfant et le droit de se remarier. Elle peut aussi être répudiée pour cause de stérilité et reçoit, en ce cas, une certaine somme d’argent. Répudiée pour mauvaise conduite, elle ri’a droit à aucune indemnité et le mari peut la garder comme esclave. Mais l’homme n’a pas le droit de renvoyer sa femme
Caillou Michaux. — Ce koudourrou est, comme le précédent, du règne de Mardouk-nadin-ahê. Premier monument de ce genre apporté en Europe, li doit son nom au botaniste André Michaux qui le ramena en France, en 1786, et le déposa au Cabinet du roi. Les figures qui ornent la partie supérieure sont des emblèmes divins. A la partie inférieure, support moderne en cuivre. — Bibliothèque Nationale.
devenue malade ou infirme ; si elle ne veut pas retourner dans sa famille, en emportant sa dot, elle peut demeurer chez le mari, qui est libre toutefois de prendre une nouvelle épouse. La femme sans reproches ayant à se plaindre de son époux peut obtenir du tribunal l’autorisation de se retirer chez son père. Celle dont le mari est en captivité et dont les ressources sont insuffisantes est autorisée à se remarier, et, si l’absent revient, elle reprend la vie conjugale avec lui en laissant les enfants du second époux à leur père. L’épouse a le droit de donner à son mari une concubine esclave qui demeure sous sa puissance; dès que cette femme a enfanté, le mari perd tout droit d’en choisir une autre.
L’enfant naît libre si sa mère est de condition libre, affranchi si sa mère est esclave et la concubine d’un homme libre, esclave SI ses deux parents sont esclaves. Il sera élevé par des parents adoptifs et ne devra jamais connaître ses parents naturels, si l’un d’eux vit de prostitution. Il reçoit un nom, soit dès sa naissance, soit plus tard : c’est parfois un qualificatif, le plus souvent une formule pie, qui loue la divinité ou place sous sa protection. Au cours de la vie, il pourra en changer dans certaines circonstances, et, à l’époque des Séleucides, adopter un nom grec; s’il est de condition libre, il ajoute à son propre nom celui de son père.
Comme sa mère, et dans les mêmes conditions, l’enfant peut être donné en gage. Sous l’ancienne loi, il pouvait être exhérédé par ses parents et obligé de quitter sa ville : Hammourabi exige un jugement pour faire constater à sa charge une faute grave entraînant sa déchéance.
L’adoption est largement pratiquée en Babylonie, parfois même par des parents qui ont déjà une progéniture. Elle fait l’objet d’un écrit ; acte unilatéral s’il s’agit d enfants de la concubine légitimés, ou si l’adoptant a déjà acquis des droits sur l’adopté en subvenant à ses besoins ou en lui enseignant un métier. L’adopté qui renie son père adoptif devient esclave et doit être vendu; l’adoptant qui revient sur son engagement doit donner à l’adopté un tiers de la part d’enfant sur tous ses biens mobiliers.
Le père de famille a le droit de disposer, de son vivant, envers un étranger, à titre gratuit et définitif, d’une partie de sa fortune ; l’acte écrit de mutation est inattaquable. A son décès, on met de côté une tirhatou pour les garçons en bas âge, puis on divise le reliquat de la façon suivante : une part pour la mère de famille si elle n’a pas reçu de don gratuit, une part en usufruit pour chaque fille qui n’a pas eu de dot, un tiers de part en toute propriété pour la fille devenue prêtresse de Mardouk. Une dot est constituée pour la fille de la concubine qui n’est pas encore mariée, mais ses frères utérins ne reçoivent rien s’ils n’ont pas de tablette d’adoption ; en ont-ils une, il est fait pour eux des parts et ils se les attribuent après que les enfants de l’épouse ont chacun choisi son lot. Si le père de famille s’est marié deux fois, les enfants des deux lits ont chacun des droits égaux; s’il n’a pas de descendants, la succession va à ses frères, ou à défaut de frères à ses oncles.
Une femme mariée meurt-elle, ses enfants, ses biens reviennent à la maison paternelle, sauf la valeur de la tirhatou. Laisse-t-elle des enfants, chacun a des droits égaux si aucun n’a été l’objet d’une libéralité particulière. Le partage se fait à l’amiable ou judiciairement; dans tous les cas, une tablette est remise à chacun des héritiers.
Ces usages subissent quelques modifications dans les derniers siècles de la monarchie babylonienne. Les termes de shériqtou et de noudounnou sont employés indifféremment l’un pour l’autre; au \ II® siècle, il faut une loi pour obliger le beau-père à délivrer à son gendre le noudounnou promis, et, comme cette loi reste lettre morte, il devient nécessaire de prendre hypothèque sur les biens du beaupère. A la même époque, les enfants de deux lits ne divisent plus l’héritage en parts égales, mais ceux de la première femme s’attribuent, quel que soit leur nombre, les deux tiers de la succession.
Mœurs et Coutumes. — La vie journalière, dans une cité du Bas-Euphrate, est celle d’une localité qui est en même temps lieu de
L’ORIENT CLASSIQUE
culte, de marché et de refuge. Dans l’enceinte fortifiée se serrent l’un contre l’autre le temple, le palais, les magasins et entrepôts, les demeures particulières. Rues étroites, places exiguës, maisons petites et inconfortables. Là s’entassent fonctionnaires, boutiquiers, gens de métier. Les ruraux y viennent faire leurs dévotions, vendre les produits de leurs terres et, en cas d’hostilités, s’y réfugier à l’approche de l’ennemi.
Le mobilier est simple : un ou deux lits servant pour les repas et pour le repos nocturne; quelques chaises ou tabourets, une table de bois sont des objets de luxe; la plu[)art des gens utilisent des meubles de rotin, des briques ou simplement des nattes. Au palais et dans quelques familles riches, on possède des meubles précieux, sculptés, incrustés, rembourrés. Dans chaque maison il existe un moulin à grain, des chaudrons de cuivre, de la vaisselle de terre, des lampes. Les vases de pierre sont rares et paraissent réservés aux palais et aux temples.
Avant le début des temps historiques, les gens étaient le plus souvent nus. Gilgamesh est représenté avec une simple ceinture. Durant plusieurs siècles, les prêtres durent encore se présenter absolument nus devant la divinité. Le roi Our-Ninâ enroule un châle autour de ses reins et se distingue à peine de sa cour; parfois, à la même époque, on ajoute une pièce d’étoffe ou une peau d’ammal jetée sur l’épaule gauche. Sargon d’Agadé porte, passé sous les aisselles et ramené sur l’épaule gauche, un long châle, qui laisse le bras droit absolument libre; les femmes utilisent le même châle en se couvrant les deux épaules, costume qui ne se modifie pas dans sa disposition jusqu’après la T® dynastie de Babylone. Les sandales paraissent au temps de Narâm-Sin; le turban, à l’époque de Goudéa. Les Kassites introduisent la chemise serrée par une ceinture, et après eux on continue à porter cette nouvelle pièce du costume, combinée avec l’ancien châle, qui sert de manteau. L’emploi des chaussures se développe, mais on les quitte toujours pour pénétrer dans les maisons et dans le temple. Les vêtements étaient le plus souvent bariolés dans les temps anciens, parfois décorés de figures géométriques ou de sujets mythologiques dès la domination' kassite; le blanc était la couleur des jours de fête, le brun et le noir convenaient aux jours de deuil et de pénitence.
Les Sumériens se rasaient complètement ; les Sémites, au contraire, avaient de longs cheveux, dont ils prenaient grand soin, et laissaient croître leur barbe. L’usage des parfums et des fards était très répandu. L’eau paraît avoir été utilisée dans la vie journalière pour la purification des mains au lever, avant et après les repas ; les ablutions du visage et les bains, surtout dans la période ancienne, étaient plutôt rares; les prêtres devaient cependant se plonger dans l’eau courante avant les principales fêtes, les guerriers au retour du combat, tous les citoyens à la fin d’une maladie.
La nourriture se composait surtout d’orge, dont on mangeait les grains grillés quand on ne les réduisait pas en farine pour en faire diverses sortes de pains et de gâteaux. On y joignait, suivant la saison, des légumes et des fruits. On composait des plats où se combinaient le lait, le miel, l’huile, le sésame. On consommait, dans la
Lf. roi .\aBOU-APAL-1DDIN devant le DlEU SOLEll.. — Naùou apal-lddin. tenu par le poignet et assisté d une déesse, est présenté au dieu-Soleil assis dans -n sanctuaire de bippar, posé sur le Fleuve-Océan. La tablette sur laquelle St sculptée cette scène porte, au-dessous, un long texte qui raconte la restauration du temple et le rétablissement des fondations et sacrifices par le pieux roi ■ siècle). Musée britannique. D’après Menant. Glyptique.
région maritime principalement, du poisson frais, fumé ou salé. La viande de boucherie était rare, en raison de son prix élevé et à cause des difficultés de la cuisson, le combustible ordinaire n étant autre que les excréments humains et les déjections des animaux. Encore le Babylonien n’avait-il pas toujours le moyen de contenter sa faim; il y avait des époques de disette, de famine, de guerre, où tout venait à manquer : des parents sacrifiaient leurs enfants et les dévoraient ; les assiégés en étaient réduits à boire de l’urine d’âne. La boisson courante était l’eau, conservée dans de grands vases de terre; mais, dès les temps les plus reculés, on savait préparer le vin et des boissons fermentées extraites des dattes, du sésame et des graminées. Avant et après le repas, on se lavait les mains et l’on rendait grâces à la divinité. Le menu peuple posait son plat sur le sol et s’asseyait tout autour sur des tabourets bas; les riches avaient une table recouverte d’une nappe et prenaient place sur des sièges élevés, peut-être sur des lits.
Au jour d’un décès, pleureurs et pleureuses unissaient leurs cris au bruit des instruments de musique, pendant que les membres de la famille, déchirant leurs vêtements, se couvraient d’un sac, s arrachaient les cheveux et la barbe, se roulaient sur le sol. Le Babylonien n’espérait pas, comme l’Égyptien, un sort heureux dans la vie future; aussi la vie terrestre lui était-elle précieuse et il ne la sacrifiait de lui-même que dans des conjonctures particulièrement graves.
L’inhumation est le mode le plus usuel de sépulture ; elle se fait sous la direction d’un prêtre et comporte des offrandes d’animaux et de libations.
La tombe varie suivant les époques; tantôt elle est placée près des murs de la ville, tantôt dans un espace libre quelconque ou sous le sol de la maison du défunt. Le mort emporte avec lui les vases nécessaires à sa nourriture dans l’au-delà, et son héritier doit, à certains jours, venir lui offrir une libation d’eau et une offrande, afin de lui permettre de reposer en paix et l’empêcher de revenir troubler la tranquillité des vivants.
LA VIE ÉCONOMIQUE. — L’Agriculture. — Les
premiers habitants de la Babylonie sont pasteurs et agriculteurs ; lorsque, plus tard, le commerce s’est développé, l’agriculture reste l’occupation principale de la majeure partie de la population. La propriété foncière, aux temps historiques les plus reculés, appartient aux princes, aux temples, à des particuliers. Des domaines plus ou moins vastes, avec des constructions et une monture de ferme qui comprend des esclaves attachés à la glèbe, des animaux, des instruments de travail, sont l’objet de transactions, et le cadastre en est soigneusement établi. A la suite des événements qui causent la chute de la I''® dynastie, déterminent la disparition de la race sumérienne et provoquent l’arrivée des tribus araméennes dans la région du golfe Persique, de nombreux terrains demeurent en jachère et appartiennent au premier occupant qui les défriche; d’autres deviennent propriété collective des tribus ou des villages. Le roi de Babylone acquiert de temps à autre un domaine pour constituer un apanage à ses enfants ou récompenser un fidèle serviteur de l’État.
Des servitudes et des impôts grèvent la propriété foncière quand elle ne jouit pas de franchises particulières : prélèvements sur le bétail, les récoltes, le fourrage, réquisitions d’hommes et d’animaux pour l’entretien des routes et des canaux.
Ces canaux, du moins les principaux, sont une entreprise nationale; creusés d’abord pour assainir et drainer le terrain où des marécages se forment chaque année après la crue des fleuves, ils sont devenus d’excellentes voies de communication et les princes classent leur construction parmi les événements mémorables de leur règne. Des embranchements de moindre importance et des rigoles portent l’eau jusqu’aux dernières parcelles des champs et des prairies, où elle est puisée, s’il est nécessaire, à l’aide de chadoufs ou de machines élévatrices mues par des boeufs. La loi de Hammourabi prévoit les dégâts causés par l’inondation résultant de la négligence du cultivateur : s’il n’a pas les moyens d’indemniser les sinistrés, il est vendu avec tout son avoir.
Les prairies ne demandent d’autres soins que l’arrosage et la coupe des fourrages. On y met au pacage ânes, bœufs et moutons sous la garde d’un |)âtre, j)ayé à l’année et resjionsable pécuniairement de la jierte ou du vol des animaux, des dégâts causés à l’étable, sauf le cas de force majeure affirmé par serment.
Les champs à grains sont cultivés à l’aide d’araires primitives, traînées par des bœufs. Au temps de Hammourabi, les terres sont confiées à des chefs de culture gagés à l’année, louées pour trois ans, ce qui laisse supposer un assolement triennal, ou données en colonage à moitié fruits ou à tiers de fruits. A l’éiioque achéménide, le fermage se (raie (rartie en argent, (rartie en nature; une
LA MÉSOPOTAMIE
Bateaux ronds nommés Couffes. Sur le Xigre et 1 Euphrate on se sert encore actuellement de bateaux semblables a ceux qui sont décrits dans les anciens documents ou représentés dans les monuments figurés. Ceux-ci sont de grands paniers ronds, en roseaux, rendus imperméables par le bitume; nous les appelons confies, d*après
leur nom arabe, gouffah. Cl. U. i'ourtellemo.nt.
indemnité est prévue pour le fermier si le propriétaire reprend son bien avant l’expiration du bail. Le salaire des ouvriers agricoles est plus élevé pendant les cinq premiers mois de l’année où les jours sont plu.î longs et les travaux plus pénibles.
Les vergers, de moindre étendue que les champs à grains, sont mesurés avec une plus grande exactitude. La part de revenu du propriétaire, au temps de Hammourabi, est égale aux deux tiers de la récolte dans les vergers en plein rapport : sur les cinq premières années de la plantation, il touche seulement la moitié des fruits de la dernière année.
La principale culture est celle de l’orge, base de la nourriture de l’homme et des animaux domestiques. Au temps de la moisson, des hommes engagés spécialement viennent la couper; elle est foulée dans l’aire aux pieds des animaux, et pour ce travail une journée de bœuf est estimée le double de celle d’un âne, vingt fois celle d’un bouvillon ou d’un ânon. Le grain battu et vanné est versé dans des greniers, souvent chez des entrepositaires responsables du déchet, à qui l’on paie une location fixée par Hammourabi à 1 ,66 pour I 00. On cultive d’autres graminées, le froment par exemple; dans les vergers poussent toute sorte d’arbres fruitiers, car les princes ont fait venir des pays étrangers les plantes utiles et les ont acclimatées en Babylonie. Dans les potagers, dès l’antiquité, on soigne tout particulièrement les plantations d’oignons, et dans les jardins du roi kassite Mérodach-baladan on trouve l’ail, Ja poirée, le cresson, le safran, le coriandre, l’hysope, le thym et diverses espèces de raves.
L Industrie. — Toute connaissance vient du dieu Éa, qui a enseigné aux hommes les différentes industries et continue à inspirer les gens de métier. Dès les temps les plus reculés, on fait d’ailleurs venir des spécialistes des autres contrées, et, au lendemain des victoires, les princes attachent à leur domesticité les prisonniers les plus habiles. La loi de Hammourabi fixe le salaire du tailleur de pierres, du forgeron, du charpentier, du cordonnier, du maçon; il est en général inférieur à celui d’un simple manœuvre, et surtout à celui d’un ouvrier agricole pendant la moisson.
Les gens de métier se groupent par industrie dans une même rue, sous la présidence d’un chef qui les représente auprès de l’administration. Tous ne sont pas de condition libre; des esclaves travaillent pour leur propre compte ou pour celui de leur maître; on leur confie des parents et des jeunes gens pour les instruire dans leur spécialité, et si le maître ne forme pas bien son élève, il s’expose à payer d’importants dommages-intérêts.
La technique des différents métiers n’est pas aussi bien connue qu’en Égypte, où les bas-reliefs permettent de suivre le développement de chaque industrie.
Le potier fabrique des vases, d’abord modelés à la main, plus tard sur un tour; il les orne parfois de couleurs et de motifs, différents suivant les époques; il fait aussi des foyers, des tuyaux, des lampes, des cercueils. L’argile est encore utilisée pour la fabrication de petites figurines très communes, divinités, démons, adorants.
La farine se fabrique dans chaque demeure ; on utilise un rouleau en le faisant glisser sur une brique ou une pierre plate pour écraser le grain. Les boissons fermentées, vin, bière, eau-de-vie, se font à la maison ou chez certaines gens, à qui l’on remet les produits nécessaires ; elles se consomment aussi dans des auberges, lieux de mauvais renom soumis à une réglementation stricte. L’eaude-vie de dattes est particulièrement appréciée; on l’estime surtout quand elle contient un peu de cassia ou de sésame. La bière, connue dès le temps de Lougalanda, se fabrique avec de l’orge, du froment, du malt, et on en distingue plusieurs sortes; elle se boit à l’aide d’une paille ou d’un roseau. Le vin le meilleur provient des coteaux à l’est du Tigre, et le vieux roi Ouroukagina en a une cave bien garnie. Nabuchodorosor II cite les vins de la région de Damas. Dans la plaine, on cultive des cépées introduites par Sargon d’Agadé et provenant de la région montagneuse du Taurus.
Le parfumeur prépare des cosmétiques avec les huiles de cyprès, de myrte, de cèdre, achetées en Syrie, avec la myrrhe venue des Indes, avec le safran; il fabrique des fards et on lui achète de la pâte épilatoire et une sorte de savon composé d’huile et de potasse ou d’autres alcalis.
Avec les roseaux, l’osier, l’écorce de palmier, on fait des corbeilles, des paniers; la plupart des constructions rurales sont en roseaux.
Le bois est rare, il faut aller le chercher dans la montagne. Dans les maisons particulières, le charpentier-menuisier ne fournit guère que la porte; encore n’y en a-t-il pas à chaque maison : c’est un objet mobilier, appartenant au locataire. Les meubles anciens les plus précieux, trônes des princes, sièges des dieux, sont fort simples, et à aucune époque ils ne comportent la décoration très somptueuse SI estimée des Assyriens. Le menuisier fabrique aussi des arcs, les charrues, les chars à deux roues et les chariots à quatre roues primitivement pleines. Il n’intervient guère dans la construction des barques; on utilise surtout la couffe en roseaux recouverte de cuir ou enduite de bitume, pouvant porter jusqu’à quatre-vingt-dix personnes, ou le kalakkou (aujourd’hui kélék) formé de troncs d’arbres croisés et posés sur des outres gonflées, très pratique pour amener en Babylonie les cyprès et les cèdres de Syrie avec les blocs de pierre arrachés à ses montagnes.
Les Sumériens, au début des temps historiques, ont déjà l’usage du vêtement en étoffe. Assise sur ses talons, la femme, tenant sa quenouille, file la laine naturelle ou déjà teinte en jaune, en pourpre, en violet. Tantôt elle fait des pelotes d’une seule couleur et tantôt elle unit des fils de couleurs différentes. De bonne heure, elle sait utiliser le lin, et plus tard elle apprend l’usage du coton. Elle tisse elle-même les étoffes communes ; les étoffes de luxe sont fabriquées dans les ateliers du palais ou des temples ; certaines villes, Borsippa, Éridou, s’acquièrent une grande renommée pour leurs tissages. Parfois la trame forme des mèches saillantes : c’est l’étoffe connue des Grecs sous le nom de kaunakès; d’autres fois le tissu est uni et bordé de franges ou, à partir de l’époque kassite, orné de dessins et de scènes mythologiques. Le vêtement primitif est un simple pagne; dans la suite, ce châle s’agrandit, descend des aisselles jusqu’aux pieds et couvre le bras gauche chez les hommes, les deux bras chez les femmes. Après Hammourabi, quand s’est introduit l’usage des vêtements à manches et des étoffes très ornées, il existe des tailleurs de profession pour la confection des costumes des princes et des divinités. Au tissage des vêtements s’ajoute de bonne heure celui des tapis, et cette industrie s’est transmise par les Perses jusqu’à nos jours.
De la peau des animaux, tannée à l’alun du pays hittite et teinte, le cordonnier-bourrelier fabrique des outres pour la conservation des boissons ou pour la traversée des cours d’eau. Les chaussures ne semblent pas avoir été en usage chez les anciens Sumériens, dont le sol était chaud et uni, mais on voit paraître des sandales couvrant le talon et protégeant la plante du pied sur la stèle de victoire de Narâm-Sin contre les montagnards de Loulloubou. Le parchemin est utilisé par les scribes, surtout au premier millénaire, quand l’écriture araméenne commence à se répandre. Les peaux des animaux sont encore employées pour l’équipement militaire et pour les harnais des animaux de trait ou des bêtes de somme.
Le sol d’alluvions de la Babylonie ne contient pas de pierre; tout au plus y trouve-t-on quelques rares cailloux roulés par les
22 — L’ORIENT CLASSIQUE
fleuves. A proximité de Hit, il y a de l’asphalte et, dès avant Entéména, on sait l’unir à l’argile et utiliser cette composition pour fabriquer des vases, des supports, des masses, des motifs de décoration; on l’emploie aussi comme mortier, particulièrement dans les endroits humides, ou comme isolant pour le calfatage des barques.
Cependant en Babylonie il a existé un âge de la pierre. Dans les couches profondes de certaines cités on a trouvé des armes en silex ou en obsidienne de l’époque néolithique, et, à l’époque historique, la pierre est utilisée dans chaque maison pour le moulin à écraser les graminées, le sésame, les noyaux de dattes : il se compose d’une pierre plate en basalte et d’un rouleau que l’on fait glisser des deux mains d’avant en arrière et d’arrière en avant. Des mortiers en calcaire, des vases en onyx, en stéatite, en albâtre, où l’art du polisseur se joint à celui du graveur et du sculpteur, ont été en usage dès les temps les plus reculés dans les principaux temples et dans les palais. Malgré les difficultés du transport, de gros blocs de pierre étaient amenés des montagnes pour servir comme supports aux montants des portes des grands monuments, pour être transformées en statues ou en stèles. Une industrie très développée, celle de la glyptique, utilise toute sorte de pierres demi-fines. Aux temps primitifs, les sceaux sont de formes variées, mais de bonne heure on s’arrête à une forme cylindrique parfois très nette, parfois renflée en barillet ou creusée en surface concave, pour revenir à l’époque néo-babylonienne aux cachets plats, souvent taillés en figures géométriques dérivées du cône. Le marbre, le lapis-lazuli, la prase sont employés à l’époque présargonique, quand on n’utilise pas la columelle de certains coquillages ou simplement de l’argile cuite. La stéatite, la serpentine, l’hématite apparaissent au temps des rois d’Agadé; le jaspe et le cristal de roche s’emploient parfois sous les rois d’Our, mais l’hématite domine, ainsi qu’à l’époque de la F® dynastie de Babylone; les jaspes deviennent communs sous la domination kassite, et les calcédoines les remplacent au temps de l’empire néo-babylonien. Cylindres et cachets sont parfois enchâssés dans une monture de métal, importé comme la pierre des pays étrangers.
Le métal le plus commun, c’est d’abord le cuivre; l’addition de plomb ou d’antimoine, provenant souvent de l’impureté du minerai, le transforme en bronze; plus tard on ajoute de l’étain, dans la proportion d’un dixième à l’époque néo-babylonienne. Le fer, connu avant Hammourabi, ne devient pas d’usage courant avant le XIV® siècle. Cuivre et fer sont travaillés par des ouvriers différents.
Le fondeur fabrique des figures prophylactiques ou des statuettes votives; le joaillier utilise l’or et l’argent combinés avec d’autres métaux, les travaille au marteau ou, pour les objets à bas prix, se sert de moules. Il garantit la marchandise sur facture. Le vase d’argent d’Entéména est un bel exemple de l’industrie du métal au début du troisième millénaire.
Commerce. — Les Babyloniens développent très tôt leur commerce; ils exportent des produits manufacturés; ils importent des matières premières, l’or de l’Égypte, l’argent, le plomb et le fer des montagnes du Taurus, le cuivre du Taurus et de l’Élam, les bois de construction, la dolérite, le basalte, le calcaire, des montagnes de Syrie; le lapis-lazuli qu’ils revendent à l’Égypte et le jaspe proviennent de la région à l’est du lac d’Ourmia; les perles et les coquilles sont pêchées dans le gçlfe Persique et la mer Rouge; les parfums sont achetés en Arabie; les premiers chevaux importés sont originaires des régions montagneuses orientales; des esclaves sont acquis dans les pays voisins, et, par l’intervention des marchands, les soldats babyloniens tombés en captivité sont libérés de la servitude.
La monnaie courante en Babylonie, c’est l’orge; mais, dès l’époque archaïque, on se sert également de métal, de cuivre, puis d’argent, d’or au temps des Kassites. Orge et métaux sont pesés; l’unité de poids est le grain d’orge; 180 grains forment un sicle de 8 grammes 40; 60 sicles, une mine; 60 mines, un talent. Ce système pondéral s’est propagé jusqu’en Grèce et à Rome.
Les mesures de capacité ont pour unité le qa ou sila de 84 centilitres; celles de longueur, empruntées au corps humain, le doigt et la coudée (495 mm.) ; celles de surface, le sar, carré de 12 coudées de côté (35 mq 28) .
Dans les villes, les marchands se groupent au bazar ou au quai. Aux temps primitifs, c’est au palais et au temple que se font les principales transactions. Dès Hammourabi, des particuliers ou des sociétés exercent la profession lucrative de banquiers, et, à l’époque néo-babylonienne, certaines firmes se chargent de recueillir les impôts d’État.
La vente se fait au comptant; un écrit est nécessaire pour toute transaction importante, et les prix maxima sont fixés par l’autorité. A l’extérieur, le damqarou (commerçant, agent d’affaires) agit pour son propre compte ou pour celui du roi. S’il ne voyage pas lui-
même, il prend des employés, et ses rapports avec eux sont réglés par la loi. Les commis s’en vont en caravanes à cause des voleurs de grands chemins, sur des routes formées de simples pistes contiguës, et transportent leurs marchandises à dos d’animaux ; en Babylonie même, ils utilisent surtout la berge des canaux et font volontiers des transports par eau.
LA VIE INTELLECTUELLE. — L’Écriture cunéiforme. — Les Sumériens inventèrent un système d’écriture aux débuts de l’âge du cuivre. Les premiers éléments de cette écriture, purement pictographiques, représentaient des objets matériels, schématisés, vus de face ou de profil.
Bientôt on constate l’insuffisance de ces signes et on invente l’idéographisme ou peinture des idées : l’objet figuré sert de symbole soit pour d’autres objets matériels, soit pour des idées abstraites, la partie est utilisée pour le tout, la cause pour l’effet, et du groupement de plusieurs idées sortent des idéogrammes composés : le signe de l’eau placé dans le signe de la bouche, par exemple, donne l’idée de l’action de boire. Ceci est encore insuffisant pour exprimer complètement la pensée; il faut, en outre, marquer les rapports grammaticaux qui unissent les diverses parties du discours, c’est-à-dire des sons. Les idéogrammes éveillent dans l’esprit du lecteur les noms mêmes des objets représentés; pour plusieurs d’entre eux, on retient seulement la syllabe initiale et on s’habitue à la lire Indépendamment de la valeur idéographique. Un même signe d’écriture sumérienne peut donc avoir plusieurs valeurs distinctes, les unes idéographiques, les autres purement syllabiques ou phonétiques. Pour faciliter la lecture, on prend l’habitude de placer comme déterminatifs certains idéogrammes devant ou derrière les noms appartenant à certaines classes d’objets, par exemple l’image du poisson avant les noms de poissons, et parfois on ajoute à un idéogramme son complément phonétique, c’est-à-dire la dernière de ses syllabes.
Les Sumériens ont employé plus de 800 signes. Il est parfois très difficile ou tout à fait impossible de reconnaître l’objet primitivement représenté, parce que les textes découverts sont pour la plupart écrits sur argile, et il en est résulté une déformation complète des images. Le roseau taillé dont on se servait pour tracer les signes les décomposait en éléments qui ressemblent à des coins ou à des clous, d’où le nom d’écriture cunéiforme par lequel nous désignons l’écriture sumérienne, nom d’autant mieux justifié que, sur la pierre et sur les autres matières dures, on prit de bonne heure l’habitude de copier matériellement les signes tels qu’ils étaient formés sur l’argile, et l’on finit par abandonner complètement le tracé primitif, d’épaisseur égale, rectihnéaire ou curviligne. L’écriture cunéiforme est formée d’éléments disposés de sept façons différentes : les plus usités sont le clou horizontal, le clou oblique de gauche à droite ou coin, et le clou vertical de haut en bas. Elle a été adoptée par les Élamites, habitants du plateau iranien, par les Sémites akkadiens, par les Assyriens; au début du troisième millénaire, elle est connue en Canaan et sur le plateau d’Anatolie; plus tard, elle se répand dans les montagnes d’Arménie; les Perses achéménides, enfin, la simplifient et inventent un syllabaire qui comporte seulement 41 signes.
C’est grâce aux textes des Perses que le déchiffrement des cunéiformes a pu être effectué. A la fin du XV'III® siècle, le Danois Carsten Niebuhr constate que dans les ruines de Persépolis les inscriptions sont toujours groupées par trois et que dans chaque groupe il y a trois types d’écriture. En 1 798, Tyschen isole dans le premier type le signe qui sépare les mots; en 1902, Münter en conclut que la langue doit être apparentée au zend; un autre signe lui paraît être l’idéogramme de roi. Grotefend, instituteur à Goettingen, trouve le titre royal souvent répété deux fois au début des inscriptions et la seconde fois avec une terminaison qui est, pense-t-il, la marque du pluriel; il cherche à identifier les noms princiers qui précèdent ces titres, et comme parfois le titre royal paraît une seule fois, il y voit les noms de Xerxès, Darius et Hystaspe, les interprète en utilisant les transcriptions anciennes et trouve la vraie lecture de 1 2 signes. Le syllabaire perse n’a pas été complètement identifié avant 1874.
Sur le second type d’écriture, le premier travail sérieux a été tenté en 1844 par le Danois Westergaard; l’étude en a été facilitée par les découvertes de Suse. La langue de ces inscriptions est celle des anciens habitants de l’Élam, appelée susienne, élamite ou anzanite.
Dans l’écriture du troisième type, Grotefend avait isolé les groupes de signes correspondant aux noms des rois; il avait constaté son identité avec celle des briques recueillies à Babylone et, dans ces dernières, séparé le nom de Nabuchodorosor. Les découvertes du
LA MESOPOTAMIE
Porte d’IsHTAR a BaBYLONE. — La porte d'Ishtar s’élevait à l’entrée de l'ancienne cité, sur la Voie sacrée. Formée de deux corps de bâtiments, correspondant chacun à l’un des murs d’enceinte, elle était, au temps du roi néo-babylonien Nabuchodorosor 11 (début du VI® siècle), ornée d’animaux symboliques qui se détachent en couleurs brillantes sut
fond d’azur. — (Reconstitution d après Kolaewey.)
consul français Botta à Khorsabad, en 1 842, révélèrent de longs textes de même type. Longpérier y déchiffra le nom de Sargon et Saulcy en traduisit 96 lignes. Lœwenstern avait déjà constaté des variantes de signes et établi le principe de l’homophonie ;
Hincks découvrit celui du syllabisme,
Rawlinson celui de la polyphonie.
En 1857, sur l’initiative de la Société asiatique de Londres, quatre savants donnèrent, indépendamment l’un de l’autre, des traductions suffisamment semblables d’un texte de 800 lignes récemment e.xhumé. La langue de cette troisième écriture est sémitique : c’est celle des Assyriens et des Babyloniens.
L’étude du sumérien eut probablement été impossible si les anciens peuples qui lui ont emprunté leur système d’écriture n’avaient laissé des documents bilingues, traductions interlinéaires de textes suivis où le sumérien est tantôt l’original, tantôt une composition de lettré, et des syllabaires, c’est-à-dire des listes de signes accompagnés de leur valeur en sumérien et en une autre langue, de mots sumériens en regard de leurs équivalents.
La Littérature. — Il n’y a pas eu, à proprement parler, de mouvement littéraire en Babylonie. Les formules des différents genres pratiquées aux origines ont été imitées assez servilement jusqu’aux derniers jours de l’empire. Comme en Égypte, la littérature religieuse est la plus abondante.
Sous une forme poétique dont les lois ont été en partie reconnues, les mythes relatifs aux origines du monde varient dans les détails suivant les écoles et les époques. D’autres poèmes mettent en scène certaines divinités ou les rois des temps héroïques, racontent le Déluge, initient à la vie d’outre-tombe. Parmi les chants religieux, les prières sollicitant le secours de la divinité, les hymnes à sa louange, les psaumes de pénitence lui exposant la misère de l’homme se distinguent théoriquement, mais sont souvent réunis dans une même composition, parfois avec les incantations contre les mauvais esprits. En général, ils se présentent comme bilingues (sumérien avec traduction sémitique) , sans que, d’ordinaire, le texte sumérien soit l’original. La prière de Goudéa à Ningirsou, celle de Nabopolassar à Mardouk sont parmi les plus beaux textes insérés dans des documents historiques. La Lamentation du Juste souffrant est d’un sentiment très élevé. Les Psaumes de pénitence, dont la technique est particulière, se terminent, en général, par une litanie. Les pratiques de la magie ont également donné naissance à plusieurs collections de tablettes.
Les rituels facilitent la compréhension des textes religieux et des textes magiques. Les collections d’innombrables présages initient aux recherches patientes et aux observations méticuleuses qui sont à la base de diverses sciences.
Les Babyloniens n’ont jamais fait de spéculation scientifique; l’abstraction leur est inconnue et ils ont toujours en vue un but pratique et immédiat. La géométrie se réduit aux connaissances nécessaires à l’arpentage ; l’observation des astres n’est pas dirigée vers l’astronomie, mais vers l’astrologie; les traités de géographie, de zoologie, de minéralogie sont des listes de vocables. La science des présages, seule, fait exception ; pendant des siècles, dans chaque champ d’observation, des recherches sont poursuivies avec 1 intention de recueillir tous les cas particuliers et d’en faire une classification rigoureuse. En philologie, les Babyloniens ont établi des syllabaires, des paradigmes, des vocabulaires, des listes de signes archaïques.
L’Art. — Le Babylonien ne fait pas de distinction entre l’ouvrier manuel et l’artiste. Les inscriptions ne mentionnent aucun nom d’architecte, de sculpteur, de graveur; toutes les œuvres d’art sont anonymes.
L’architecte n’a guère à sa disposition que des briques; il construit sur plan carré et rompt la monotonie des façades par des saillants rectangulaires ou semi-circulaires, par des revêtements en briques, émaillées à l’époque néo-babylonienne. S il emploie la pierre, c’est seulement dans les palais et les temples, comme support des
montants des portes. Le bois est rare; les cèdres, amenés à grands frais du Liban, sont utilisés pour les toits et le revêtement intérieur des temples et des palais, les colonnes et les portes, et parfois le bois est revêtu de métal ouvragé. Palais, temples et maisons particulières sont sur un même plan : une ou plusieurs cours entourées de chambres. Les murs de la cité forment deux ou trois enceintes quadrangulaires, percées de portes et de poternes; la porte d’Ishtar à Babylone est un imposant monument orné d’animaux symboliques. Une construction caractéristique de la Babylonie, c’est la ziggourat des principaux temples, tour massive formée d’étages prismatiques de plus en plus étroits; celle de Borsippa, la mieux conservée, semble-t-il, n’a pas encore été déblayée.
La sculpture est en honneur dès les temps les plus reculés; à la période préhistorique les personnages sont représentés de profil, avec la poitrine de face, le nez démesurément agrandi, l’œil très grand et de face. On suit les modifications de cette technique dans les reliefs d’Our-Ninâ, sur les stèles d’Éanatoum, de Sargon, de Narâm-Sm, plus tard dans les statues si bien musclées de Goudéa, les reliefs moins vigoureux de Hammourabi. Puis de nouvelles formules, moins parfaites, créées sous l’influence des Kassites et des Hittites, dans les reliefs des koudourrous, font présager l’art assyrien, attaché à la représentation des détails.
Les statues de métal ont disparu; mais, dans les fondations des monuments on retrouve de petites figurines prophylactiques, en cuivre, dont les sujets varient depuis les temps préhistoriques jusqu à l’époque de Rîm-Sin; le plus bel exemplaire de cette série est un dieu agenouillé, antérieur à Goudéa.
Statues, statuettes, figures de métal portent parfois des incrustations; les yeux notamment sont souvent rapportés. Un petit chefd’œuvre, antérieur à Our-Ninâ, représente une tête de lion sculptée en ronde-bosse sur coquille, avec des prunelles en lapis-lazuh.
La gravure sur métal est représentée par le vase d’argent d’Entéména et par une lance votive d’un roi d’Agadé. La gravure sur pierre par des milliers de cylindres-cachets et des cachets plats qui se classent par périodes bien définies : répertoire géométrique, dérivé par stylisation de la représentation d’objets, aux temps préhistoriques, luttes d’animaux entre eux ou contre des héros (tels Gilgamesh et son fidèle Enkidou) , divers mythes au temps des rois d’Agadé (la belle époque de la glyptique) , scènes de présentation et d’adoration sous les rois d’Our, apparition des dieux des régions occidentales sous la dynastie de Hammourabi, longues légendesprières au temps des Kassites, adoration d’emblèmes à l’époque néobabylonienne.
La musique instrumentale et le chant tenaient une place considérable dans les cérémonies du culte, dans les fêtes publiques, dans les réunions privées. Flûte simple ou double, primitivement en roseau, plus tard en bronze, et trompette sont les seuls Instruments à vent ;
24 — L'ORItNl CLASSIQUE
comme instruments à cordes, des liarpes, des lyres, des luths ; comme instruments de percussion, la timbale, les cymbales, le tambourin. L’art musical ne devait guère différer de ce qu’il est aujourd’hui en Orient.
CARACTÈRES DE LA CIVILISATION BABYLO¬ NIENNE. — Semblables en ce point aux Égyptiens, les Suméroakkadiens n’ont jamais été animés de l’esprit impérialiste. Si, dès les origines, leur influence s’étend bien au delà de leurs frontières géographiques, et plus particulièrement vers la Syrie et le Taurus, où les Akkadiens retrouvent des Sémites dont le langage est apparenté au leur, ils ne sont pas animés de l’esprit de conquête, mais poussés par la nécessité de développer leur civilisation et le désir d’augmenter leur bien-être. En dehors de leur territoire, ils recherchent des marchés, des régions de production, où ils trouvent ce que la nature a refusé à leur pays : la pierre, les bois, les métaux. Sargon d’Agadé, l’un de leurs plus illustres conquérants, va en Occident non pour y établir sa domination, mais pour porter secours à des marchands opprimés qui ont sollicité son intervention; le kassite Kourigalzou se refuse à soutenir les princes cananéens contre l’Égypte, et si, plus tard, Nabuchodorosor guerroie en Syrie, c’est que Babylone, enfin dégagée de la dure domination assyrienne, s’estime, à ce moment, en opposition d’intérêts avec le pharaon qui a soutenu l’Assyrie contre les Mèdes.
Le Suméro-akkadien est avant tout positif et savant. Les cadres sociaux dans lesquels il évolue sont fortement hiérarchisés; l’administration suit des règles strictes; l’organisation économique est très développée et l’autorité royale en dirige tous les rouages ; la législation a un caractère nettement social; la famille, une cohésion remarquable. Mais toute l’activité babylonienne se porte vers l’utile; l’art et la science ne sont pas cultivés pour eux-mêmes. La sculpture, par exemple, est exclusivement religieuse; statues et bas-reliefs sont destinés à glorifier les dieux et à orner leurs temples, rarement à décorer la maison du prince. L’observation des astres conduit nécessairement à l’élaboration de recueils astronomiques; mais ce que se propose le Babylonien en la pratiquant, c’est de faire de l’astrologie, de lire dans le livre du ciel la volonté de la divinité. Et il est naturellement conduit à développer les méthodes d’observation, afin de recueillir des présages, de donner satisfaction aux dieux, d’éloigner les esprits du mal, de s’assurer une longue vie et des jours heureux. C’est ainsi pourtant qu’il parvient à constituer les premiers éléments
des sciences, dont, à bon droit, les Grecs lui ont rapporté le mérite.
Il a d’ailleurs le génie du commerce et ses marchands se rencontrent sur toutes les routes de l’Orient. Peuple profondément religieux, son influence sur le judaïsme a été considérable, surtout au temps de l’exil ; elle a été plus marquée encore sur les Hittites et elle s’est imposée dans ses moindres détails à la civilisation assyrienne.