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LIVRE V

CONSTITUTION DES ÉTATS EUROPÉENS

Après le XIII® siècle, qui marque l’apogée de la civilisation chrétienne et féodale, l’affaiblissement de la papauté, la consolidation de l’autorité monarchique, la décadence de la noblesse chevaleresque, les progrès de la bourgeoisie vont modifier la constitution politique et sociale du Moyen âge.

Victorieuse des empereurs, l’Église ne peut cependant refaire à son profit l’unité politique du monde chrétien, parce que les pays, se dégageant plus ou moins péniblement de l’anarchie, prennent peu à peu conscience de leur personnalité, parce que les rois s’efforcent de s’affranchir de plus en plus de la domination temporelle du Saint- Siège, parce que, pendant la captivité de Babylone et le grand schisme, encore que le christianisme soit toujours la religion de l’Europe, la puissance spirituelle de la papauté est contestée par l’hérésie, en même temps que les conciles s’efforcent de la limiter.

La concentration des territoires et les progrès de la puissance souveraine, caractéristiques de la fin du Moyen âge, se réalisent tout d’abord en Angleterre et en France; mais on observe un peu partout, à des degrés divers, les mêmes phénomènes. A l’extrême nord de l’Europe, dès la fin du XIV’ siècle, les trois États Scandinaves essaient de s’unir. A l’est, l’union de la Pologne et de la Lithuanie est assez solide pour que les rois y gagnent un supplément de forces, une garantie d’indépendance. A l’autre extrémité du continent, le mariage d’Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon prépare

l’union de toute l’Espagne, libérée des Musulmans : habiles à profiter des circonstances et de la fierté de tout un peuple enfin pleinement vainqueur des ennemis de son indépendance et de sa toi, les rois catholiques d’Espagne installent fortement l’absolutisme dans la Péninsule. Même en Allemagne et en Italie, on voit commencer également, au déclin du Moyen âge, une concentration des territoires et de la puissance. En Italie, le royaume de Naples et de Sicile, les États de l’Église, les duchés de Milan, les républiques de Florence, de Gênes et de Venise émergent de la multitude des petites souverainetés. En Allemagne, au-dessus du chaos de principautés et de seigneuries souvent minuscules, s’élèvent les princes électeurs. Les archiducs d’Autriche, les Habsbourg sont ici les grands rassembleurs de terres. Maîtres, avec la couronne impériale, d’un titre prestigieux et vide, ils tenteront, au début des temps modernes, par les seules ressources de leurs domaines propres, où ils savent se faire obéir, de réaliser la domination universelle que n’ont pu obtenir les empereurs du Moyen âge.

La formation des États modernes et le développement du pouvoir monarchique, dans la seconde partie du Moyen âge, ont nécessairement pour contre-partie l’affaiblissement de la noblesse féodale, désormais incapable de faire échec au pouvoir royal, et les progrès de la bourgeoisie émancipée, créatrice de la richesse mobilière, assez puissante par son activité commerciale pour que les intérêts des marchands et des armateurs deviennent, surtout à partir du XIX’’' siè-

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le, un facteur de la politique internationale, assez instruite pour fournir aux princes le personnel qui assurera la fonction administrative et donnera au pouvoir royal une base juridique. Ce furent les légistes du roi de France qui, au début du XIN'*^ siècle, vengèrent sur la papauté, par une humiliation terrible, la défaite des empereurs allemands.

V oilà les faits essentiels qui préparent l’avènement d’une civilisation nouvelle; mais il en est d’autres dont la portée n’est pas moindre. Ce sont les grands voyages maritimes, l’imprimerie, l’hu¬

manisme, qui complètent la révolution politique par la révolution économique et intellectuelle; c’est l’extension des hérésies, favorisées par le développement de l’esprit critique; c’est la révolte de Luther, qui brisera l’unité si passionnément voulue par la chrétienté occidentale. En 1453, disparaît, enfin, avec la domination byzantine, la dernière survivance de Rome; les Turcs, dont les Croisades ont retardé l’établissement en Europe, vont inquiéter la chrétienté et introduire dans la politique une complication redoutable : la question d’Orient.

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