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ET LES DÉBUTS DE LA FRANCE MODERNE

LOUIS XI ET LE PÉRIL BOURGUIGNON. — La fin

du règne de Charles VII avait été assombrie par l’attitude haineuse et turbulente de l’héritier présomptif, le dauphin Louis, retiré en Dauphiné, puis réfugié auprès du vieux duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Charles VII soupçonnait son fils de vouloir le faire empoisonner pour régner plus vite, et mourut en proie à cette hantise, le 22 juillet 1461. Aussitôt, le nouveau roi transporta dans le domaine de la grande politique l’activité débordante et la personnalité primesautière dont il avait témoigné déjà sur le terrain des intrigues confuses où il s’était confiné, bien malgré lui, jusqu’à ce jour.

Commynes, commensal de Louis XI, a tracé de son maître un célèbre portrait où de fines critiques modèrent les éloges, et qui donne, à condition d’être lu attentivement, une idée juste de cette physionomie complexe. Il vante sa sagesse, que d’autres - — tel l’historiographe bourguignon Georges Chastellain — appellent subtilité; il insiste sur son art d’attirer à lui les hommes, sur la fertilité de son intelligence toujours en éveil. Mais il ne cèle ni les imprudences ni les fautes que lui font parfois commettre un dilettantisme volontiers indiscret, une intempérance de langage fréquente, un invincible désir de pousser à l’extrême ses avantages, un goût immodéré pour les voies détournées. A vrai dire, les plus beaux coups de Louis XI ont été des coups de réparation. Un mot du chroniqueur Molinet a fait fortune : il l’appelle «l’universelle araignée». Surtout, ce roi, dépourvu de tout scrupule, entouré d’hommes souvent tarés, a eu au plus haut point le sens de l’intérêt national, qui se confondait à cette heure avec celui de la royauté. Sa diplomatie souterraine a réussi à merveille contre une féodalité impohtique, dont elle a fait crouler les dernières espérances. La France, que Louis XI a reçue libérée de l’emprise étrangère, sortira de ses mains sauvée du dernier grand danger qui l’ait menacée au Moyen âge, le danger que lui fit courir la croissance exagérée de l’État bourguignon.

Le duché que le roi Jean avait donné à son plus jeune fils, Philippe le Hardi, avait singulièrement grandi depuis le milieu du XIV'' siècle. Les circonstances avaient bien servi les Valois de Bourgogne. Ils avaient bénéficié à la fois d’une politique matrimoniale persévérante et d’une situation privilégiée entre la France et l’Angleterre au cours de la guerre de Cent ans. Une vaste principauté s’était créée, de la sorte, à leur profit. Les Pays-Bas à peu près en entier en faisaient partie, c’est-à-dire les royaumes actuels de Hollande et de Belgique, augmentés du département du Nord; l’Artois et la Picardie flanquaient ce groupe septentrional, si bien

que toute la côte de la Manche et de la mer du Nord, de la Somme au Zuyderzée, obéissait au duc. Le Luxembourg, les comtés de Thionville et de Rethel, la Basse-Lorraine et la Haute-Alsace un moment, formaient un groupe de possessions intermédiaires entre les domaines flamands et les domaines bourguignons proprement dits. Ceux-ci avaient pour noyau la Franche-Comté et la Bourgogne ducale, autour desquelles gravitaient des annexes de moindre importance, comme le comté de Nevers ou celui de Charolais, qui jouait le rôle d’un Dauphiné ducal. Bref, les héritiers de Philippe le Hardi gouvernaient un État peuplé de six à huit millions d’habitants. Comment ne pas comprendre, dans ces conditions, l’orgueil d’un Charles le Téméraire et ses prétentions à l’indépendance? Mais ces aspirations, qui tendaient à interposer un État nouveau entre la France et l’Allemagne, ne pouvaient se réaliser qu’au détriment de l’unité française. Louis XI en fut le champion. Le duel impressionnant qui fait l’intérêt principal du règne trouve justement dans la valeur exceptionnelle de l’enjeu la plénitude de sa signification.

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