LES DÉBUTS DU RÈGNE. — LE BIEN PUBLIC
Commynes caractérise d’un mot aussi juste qu’expressif les débuts du règne : « D’entrée ne pensa qu’aux vengeances. » Dans l’ivresse d’un avènement longtemps et impatiemment attendu, Louis se laisse aller à une réaction systématique contre le règne précédent; il multiplie les disgrâces, renouvelle tout le personnel dirigeant, déploie sans mesure un autoritarisme inquiet ; vexations fiscales contre l’Église; suppressions radicales de privilèges et de pensions; brutale interdiction du droit de chasse aux nobles; querelles suscitées à la Bretagne; rachat à la Bourgogne des villes de la Somme au bénéfice d’une clause du traité d’Arras. Les mécontents se cherchent; ils se trouvent et se coalisent, et c’est la révolte dite guerre du « bien public », où chacun, comme dit le poète contemporain Henri Baude, tendait à son profit. La formule toute neuve dont les rebelles se paraient est un hommage curieux à la puissance de l’opinion. Elle allait à provoquer, en faveur des féodaux, un mouvement de la nation. A vrai dire, l’appel demeura à peu près sans écho. Les princes agirent seuls, et surtout trois d’entre eux :
Charles le Téméraire, comte de Charolais, qui gouvernait déjà la
Philippe le Bon, duc de Bourgogne (buste en bronze, oeuvre d un maître flamand ou boAirguignon). — Philippe le Bon est coiffé d’un large chapeau aux bords relevés d’où descend, selon la mode, une pièce d étoffe. — Stuttgart, château royal.
ONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS
■urgv^gm au nom de son père vieilli, 1- ncoi- P de Bretagne, et le médiocre •vdia,: 1- rance, frère du roi.
-■mis .\I fut un moment désemparé r r i .mpleur de la rév olte. Il avait tenté d’a.::>rd d’accabler le duc de Bourbon, 4UI s’était le premier découvert; rajrpelé vers le nord par la marche des Bourguignons, il livre la bataille indécise et confuse de Montlhéry ( I 6 juillet I 465) , au lendemain de laquelle les princes campent sous Paris. Si la capitale cède, c’en est fait de la cause royale. Mais Louis XI paie largement de sa personne ; Paris tient. Alors d’adroites et insinuantes tractations amènent la dissolution de la ligue : les traités de Conflans et de Saint-Maur (octobre) marquent un recul de la royauté, mais non son effondrement. Les villes de la Somme (Roye, Montdidier, Péronne) , dont la valeur stratégique fait le prix, reviennent à la Bourgogne, et le frère du roi reçoit en apanage la Normandie.
Louis XI. d après 1 artiste italien Francesco Laurana. Bibliothèque Nationale; Cabinet des Médailles.