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IV, L’ANGLETERRE SOUS LES DERNIERS PLANTAGENÊTS

Le XIV" et le XV" siècle sont pour l’Angleterre, comme du reste pour toute l’Europe, une époque de crises : crise politique, religieuse, économique et sociale. Ils sont riches en transformations multiples et féconds en résultats. L’Angleterre médiévale se dégage du passé pour évoluer vers de nouvelles destinées. Elle s’affranchit.

Elle s’affranchit de la France, en brisant ce lien féodal gênant, la vassalité de Guyenne, qui la mettait dans la dépendance française, alors que, de son île, le Plantagenêt voulait traiter d’égal à égal avec le Capétien. Contre cette France, qui exerce dans tous les domaines une primauté incontestée, et dont elle n’entend pas être le satellite, elle mène sans merci une guerre d’hégémonie, une guerre de suprématie. Son programme d’expansion belliqueuse est très net : la Flandre, la France, l’Angleterre sous un seul roi.

Elle s’affranchit de la papauté en refusant de payer le cens apostolique annuellement versé depuis Jean sans Terre, en contestant au pontife d’Avignon le droit de nomination aux évêchés, en protestant contre l’intrusion des étrangers dans les bénéfices ecclésiastiques.

Au point de vue commercial, elle s’affranchit de la tutelle des banquiers et commerçants italiens, bat en brèche la prépondérance des Hanséates, cesse d’affermer les douanes à des étrangers pour imposer le régime de 1’ « étaple » (entrepôt) et le contrôle national à tous les marchands, indigènes comme étrangers. Aux Génois, aux Catalans, aux Allemands, aux Zélandais, aux Danois, aux Norvégiens, convoqués dès le milieu du XIV" siècle à une conférence navale, elle déclare qu’elle entend garder la « supériorité et souveraine sauvegarde dans la mer ». Mais le maintien de cette souveraineté maritime, autant que le maintien des conquêtes et des bases continentales, a pour conséquence la construction d’une flotte, la constitution d’une force navale si imposante que, dès 1 350, on surnommait le roi d’Angleterre le « roi de la mer ».

Sous la protection de ces unités puissantes et nombreuses, les marchands anglais se lancent dans les voies ouvertes par l’armée et surtout par la flotte. Ils s’aventurent, et c’est le début des « Merchant Adventurers ». Au point de vue économique, l’Angleterre évolue ; ce pays pastoral et agricole, qui consommait ses produits, devient commerçant et finira par être industriel. Le trafic crée les grosses fortunes : une classe de capitalistes, de nouveaux riches, s’y forme.

A l’émancipation économique correspond une émancipation intellectuelle. L’anglais parlé par le peuple se substitue au latin, qui est resté la langue des lettrés, de l’Église, des chancelleries, et au français, qui est la langue officielle, la langue de l’administration. Le poète Gower écrit en anglais sa Confessio Amanlis, Langland sa vision de Pierre le laboureur, et Chaucer ses Contes, pendant que Wycliffe donne une traduction anglaise de la Bible.

En même temps que la littérature se crée, le sentiment national s’éveille et s’affermit. Une langue unique, les mêmes institutions, des sentiments analogues et des ambitions communes font surgir de l’atavisme anglosaxon et de l’atavisme anglo-normand un caractère national, nettement insulaire, basé sur l’unité territoriale et l’unité morale.

Dans cette Angleterre éprise à la fois de liberté et d’autorité, tour à tour résignée et révoltée, la langue est un levier puissant qui remue les masses. Les transformations sociales, le déirlacement de la richesse, la cupidité effrénée du genre humain, dénoncée par l’archevêque de Cantorbéry au milieu du XI\''' siècle, allument

des foye^ résolution- Édouard 111. d'après une ancienne peinture du naires. Exaltes par château de Windsor.

médaille frappJe vers 1433; elle représente une femme tenant une corne d'abondance : c’est a la gloire de la France ».

Grand sceau dont usa Édouard 111 de 1327 à 1340, jusqu’au jour où il prit le titre de roi de France et d'Angleterre avec un écu écartelé (fleurs de l.s et léopards). On remarquera dans le champ, de chaque côté du trône, une fleur de lis.

C'est la première manifestation du prétendant au trône de France.

l’ardeur mystique des Franciscains et des Lollards qui condamnent la richesse, le prolétariat agricole rêve de communisme. Il demande la suppression des impôts, le partage des biens seigneuriaux et des biens d’Église.

Mais comme ces semences lancées par des esprits novateurs jettent l’effroi chez les partisans de l’ordre établi, l’Angleterre, en dépit de mauvais rois, de révolutions ou de tragédies de palais, de ministres détestés ou concussionnaires, évolue vers un régime de plus en plus centralisateur et despotique. Malgré la Grande Charte, l’opposition des barons, le Parlement, malgré des embryons de liberté, de garanties constitutionnelles, de « self government », la tendance à la monarchie absolue est la loi du développement de 1 Angleterre à partir du jour où les rois normands et angevins ajoutent aux éléments anglo-saxons et Scandinaves ce qui leur manquait : 1 organisation. Voilà pourquoi le XI\'“ et le XV siècle ont une importance capitale dans l’histoire intérieure et extérieure de 1 Angleterre : c est sous les derniers Plantagenêts, de 1327 à 1485, que 1 Angleterre du Moyen âge s’est transformée en État moderne.

ÉDOUARD III. — Le coup d’État de 1327 contenait en germe un siècle de guerres civiles et deux siècles de despotisme : le jeune roi Édouard III, entouré d’espions, fut d’abord tenu en tutelle; mais trois affaires irritèrent l’amour-propre national, à savoir : le traité de Northampton, qui reconnaissait l’indépendance complète de l’Écosse (1328), l’acceptation de Philippe de Valois comme roi de France, et le supplice du comte Édouard de Kent, dernier fils d’Édouard T’’.

Édouard III avait le don de l’éloquence brève et nerveuse, la prompte décision, l’énergie, le mépris de la parole donnée. Il était grand, bien fait, imposant, mais cruel et lascif. Ses premiers actes le rendirent populaire. Par une proclamation claire et courte, il promit de gouverner selon droiture et raison; il convoqua le Parlement, exigea des shériffs l’arrestation des perturbateurs, revendiqua avec une fermeté respectueuse les droits de la couronne contre les prétentions de la papauté.

Mais il ne songeait qu’à la guerre : par des réformes apportées au recrutement, à l’organisation, à l’armement et à la tactique, il créa une armée nouvelle.

Pour le recrutement, outre la milice féodale, chaque comté dut fournir un certain nombre d archers, de piquiers, de cavaliers légers, d’hommes d’armes et enfin de si^écialistes, touchant une solde convenue et qui étaient sous le commandement soit de leur suzerain, soit d’un capitaine désigné. Enfin des bandes auxiliaires, ayant à leur tête des chefs de tous pays, furent engagées par contrats spéciaux. Pour l’armement, Édouard donna à son infanterie le grand arc en bois d’if. Tout navire étranger dut importer une quantité déterminée de bois d’arc — tant par tonne — et des maîtres-jurés furent chargés, à Londres, à Douvres et ailleurs, d’en faire l’inventaire, l’examen et le poinçonnage.

En outre, le jeune roi s’intéressa aux inventions utiles à la guerre. Il fut peut-être le premier souverain à comprendre la puissance de la poudre, et il rassembla dans la Tour de Londres et le châ¬

teau de Windsor poudres, canons et projectiles. Enfin, il perfectionna la tactique, et il en fit une première application à la bataille de Hahdon Hill (1333) contre les Écossais, puis dans les guerres de France. La bataille était engagée par des volées de flèches, continuée par les coups de bélier qu’assénaient les homm.es d’armes combattant à pied, enfin achevée par la charge des cavaliers gardés en réserve.

L’armée anglaise devint ainsi la première de l’époque : la victoire de Poitiers (1356) affirma son éclatante supériorité.

Même en temps de paix, Édouard eût difficilement acquitté, au moyen de ses revenus ordinaires, les dépenses de sa cour, de son gouvernement, de ses fêtes, de ses tournois surtout, dont l’éclat attirait la chevalerie de la chrétienté. Comment eût-il payé la solde de son armée et de ses mercenaires? Il emprunta aux banquiers lombards et florentins, qui avaient remplacé les juifs; puis il fit banqueroute. Les Bardi et les Peruzzi furent ruinés et le crédit royal profondément atteint. Toutefois, la victoire de Crécy amnistia le souverain banqueroutier. Le pillage de la Normandie l’enrichit; la prise de Calais permit d’installer sur le continent un entrepôt, qui se classa rapidement parmi les plus importants; en 1351, une refonte générale de la monnaie d’or et d’argent livra au commerce le noble d’Édouard III; enfin, le commerce de la laine fut érigé en une sorte de monopole, qui dut se faire par les dix villes de l’Étaple désignées pour servir d’entrepôt. Ce fut une période de prospérité.

Sous le règne d’Édouard III, la Chambre des Communes s’organise définitivement. Elle a un chef, qui a la parole en son nom et qu’on appellera plus tard l’orateur, le speaker. Elle a seule le droit de voter les impôts, qu’elle accorde pour un an, deux au plus; et comme, à plusieurs reprises, une fois l’argent donné, le roi a prorogé le Parlement sans faire justice, les crédits ne sont consentis qu’en dernière heure. Les Communes interviennent aussi dans la politique intérieure et extérieure par leurs pétitions ou doléances. Elles s’élèvent contre les papes d’Avignon qui, par les provisions, inondent l’Angleterre de moines et de prélats étrangers. Après la peste noire, elles combattent la vie chère et la hausse de la maind’œuvre par le statut des Ouvriers (1349) et les lois du maximum; enfin elles protestent contre les réquisitions exercées par les pourvoyeurs de la maison du roi, des reines ou des princes.

Édouard s’entoura d’hommes médiocres et soutint mal des ministres comme Langham et Wykeham, dont l’intégrité et l’énergie pouvaient assurer un bon gouvernement (I). Wykeham fut rendu bien injustement responsable des revers essuyés sur le continent.

(1) Langham fut le premier chancelier qui prononça en anglais le discours d'ouverture du Parlement (1363).

La bataille de Poitiers (19 septembre 1386). — A gauche, en haut de la miniature, on aperçoit le cardinal de Périgord, arrivé trop tard pour proposer sa médiation et qui ne put qu assister à la bataille. — Manuscrit des Grandes Chroniques de France, Bibliothèque de Saint-Pétersbourg.

CONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS

Une de ses fautes les plus graves fut la création des maisons apanagées : Jean de Gand, créé duc de Lancastre; Lionel, duc de Clarence. Clarence, vice-roi en Irlande, y réussit fort mal :

le statut de Kilkenny interdit aux Anglais tout rapport social avec les Irlandais (1367).

En I 369, la mort de la reine Philippa livre le roi vieilli à sa maîtresse, Alice Perrers, dont Lancastre était l’allié.

Le prince Noir, rentré malade en Angleterre, n’est plus assez fort pour s’opposer aux intrigues ténébreuses de son frère, dont les échecs sur le continent n’ont pas diminué l’ambition et qui a un parti, un programme. Son but était de se faire reconnaître comme l’héritier du trône si le prince Noir venait à mourir avant Édouard III; son parti, il l’avait formé des éléments les plus divers, en prodiguant les promesses et en enrôlant les survivants des grandes compagnies ; son programme, c’était la réforme religieuse et surtout monastique. Il protégeait Wychffe, dont les prédications avaient une influence irrésistible aussi bien dans les universités que dans les classes les plus humbles et furent propagées par les Lollards.

La réunion du bon Parlement de 1376 anéantit ses espérances. La Chambre des Communes refusa de discuter la question de succession et mit en accusation le ministre Latimer, partisan de Lancastre, premier exemple de cette procédure de Ylmpeachment, qui deviendra formidable; Alice Perrers fut exilée; enfin, cent quarante-six pétitions énumérèrent les griefs du peuple anglais.

La réponse de Lancastre fut un coup de théâtre. Le Parlement fut dissous, ses actes anéantis, et, quelques mois plus tard, une autre assemblée fut convoquée. La candidature officielle fit son apparition et son œuvre. Alice Perrers rentra triomphante auprès du roi, dont on célébra le second jubilé au moment même où il allait disparaître.

Édouard III mourut le 21 juin 1377, en son château de Sheen, près de Londres, où il se plaisait au temps de sa jeunesse.

RICHARD II. — Le fils du prince Noir, Richard II, fut couronné; mais il était mineur. Ses oncles constituèrent un conseil de régence, dont le premier soin fut d’établir, sous le nom de Poil-Taxe, un impôt personnel écrasant pour les pauvres. Une insurrection de paysans, dirigée par un ancien soldat des guerres continentales, Wat Tyler, en fut la conséquence (1381). Les révoltés chantaient le refrain populaire : « Quand Adam bêchait et qu’Ève filait... Qui donc alors était maître ou valet? »

Ils prirent Londres, mais leur chef fut poignardé dans une entrevue avec le roi. Le soulèvement des travailleurs échoua.

Pendant plusieurs années, le pouvoir est exercé tour à tour par les favoris du roi ou par son oncle Gloucester. Wychffe est persécuté, des Parlements tumultueux s’efforcent de limiter les prérogatives royales.

Puis Richard reprend la direction des affaires.

Il a pour chancelier le sage Wykeham. C’est le temps de la bonne reine Anne. Le Parlement, réuni régulièrement, vote des statuts comme celui de Premunire, interdisant aux Anglais d’en appeler en cour de Rome (1393).

Devenu veuf l’année suivante, Richard II commet plusieurs fautes. Il déclare héritier présomptif Roger Mortimer et lui confie le gouvernement de l’Irlande, où il ne réussit pas. 11 donne l’ordre d’arrêter son oncle Gloucester et le fait exécuter sans jugement à Calais. 11 exile son cousin Henry, fils de Jean de Gand, et, à la mort de ce dernier.

en 1 399, prétend confisquer ses domaines. Mortimer s étant fait tuer en Irlande, Richard passe la mer pour aller le venger. Henry profite de cette imprudence. 11 débarque à Ravenspur et se concilie tout le monde par sa modestie. Il réclame seulement la restitution de l’héritage paternel : on l’acclame.

Richard revient d’Irlande sans se presser; abandonné de tous, trahi, il se rend sans combat.

HENRY IV. — Le 30 septembre 1399, le Parlement, présidé par le primat d’Angleterre, Arundel, déclara le trône vacant : Henry de Lancastre le revendiqua, en promettant de réunir régulièrement les Chambres et de leur demander le vote de l’impôt. Il fut élu et tint assez fidèlement sa promesse, mais n’en fut pas moins regardé comme un usurpateur au détriment de ses cousins de la Marche et d’York. Aussi, les premières années de son règne furent-elles sanglantes; les partisans de Richard II, les Gallois de Glendower, les Écossais, les grands vassaux attaquèrent l’intrus. Il était, certes, de taille à soutenir le choc, car il avait guerroyé en Prusse contre les paysans baltes, en Orient contre les Turcs de Bajazet. C’était une école de cruauté; l’Angleterre s’en aperçut. Richard II périt dans le donjon de Pomfreet.

Arundel exige l’extermination des Lollards. William Saxtre est brûlé vif à Smithfield et, quelques jours après, est promulguée la loi condamnant les mécréants à périr sur un bûcher assez élevé pour être bien vu de la foule : c’est le statut de herelico comburendo (Au feu, l’hérétique!) [1401]. D’autres actes contre la propagande, l’enseignement, arrêtent l’expansion de l’hérésie ; les Lancastre seront les soutiens de l’Église.

Henry IV vint difficilement à bout des Gallois, soutenus par la France. Il se procura de l’argent en accordant des privilèges aux négociants anglais et étrangers. Ainsi, en 1 404, se fonda la compagnie des « Marchands aventuriers » ; un peu plus tard, en 1407, fut sanctionné le statut reconnaissant aux communes l’initiative en matière de finances, innovation dont les conséquences seront considérables.

Les grands vassaux ne se résignaient pas à obéir au roi et trouvaient des complices dans le clergé. En 1 403, Henry Percy, surnommé Hotspur (chaud de l’éperon) , fier de ses victoires contre les Gallois, se révolte et périt à la bataille de Shrewsbury. Mowbray s’insurge à York, appuyé par l’archevêque de cette ville : tous sont pris et décapités. Un peu plus tard, le roi fera pendre l’abbé de Haies pour rébellion. Ces rigueurs eurent raison des révoltés, et les victoires du prince de Galles sur Glendower, de l’obstination montagnarde. L’assassinat du duc d’Orléans, en provoquant une guerre civile en France, découragea les adversaires de Henry IV ; mais il eut pourtant une fin misérable : son fils l’obsédait pour le déterminer à abdiquer, sous le prétexte que sa santé était ruinée, et le juge Gascoigne fut obligé d’intervenir. Au cours d’une visite de dévotion à l’abbaye de Westminster, Henry IV fut terrassé par une atta-

Le mariage de Richard 11 et d'Isabelle de France. — Dans un camp situé entre la ville française d Ardres et la ville anglaise de Cjuines, Charles VI remet, le 30 octobre 1396, sa fille Isabelle au roi Ricna rd 11. — British Muséum. Harley ms. 4380, f“ 89.

Richard 11. d après une peinture du temps conservée au presbytère de l'abbaye de Westminster.

que, dont la nature est restée mystérieuse (1413).

HENRY V. — Son fils lui succéda paisiblement. Il fut très bien accueilli et resta populaire. 11 était grand, bien fait; il avait le visage ovale, les yeux brillants, le nez droit, un peu long, la démarche tour à tour souple et imposante. On le regarde volontiers comme le modèle du souverain anglais, parce que, victorieux, il a respecté les droits du Parleinent et que, strictement orthodoxe, il a arrêté net les empiétements du clergé.

En réalité, sa mémoire a bénéficié de trois circonstances ; son règne a été court, car Henry est mort jeune; il a procuré à ses sujets des avantages matériels et la joie d’une guerre heureuse en France; en troisième lieu, pendant la plus grande partie de son règne, il est resté absent, comme Richard Cœur de Lion, et^ son peuple l’en a aimé davantage.

On 1 a loué a tort d avoir maintenu le grand juge Gascoigne, qui 1 avait morigéné dans sa jeunesse; en réalité, il lui enleva, dès son avenement, le siege que ce magistrat occupait^ au banc du roi ; puis il disgracia 1 archevêque Arundel, le plus ardent parti- ÏY, et lui ota les sceaux de chancelier. Toutefois, en manière de compensation envers le clergé, il refusa de rogner les droits exorbitants perçus par l’Église pour enregistrer les testaments, et il prit la tête de la chasse contre les Lollards. Ceux-ci avaient un chef, un gentilhomme, compagnon d armes du roi dans ses guerres au pays de Galles, sir John OldcasUe. Condamné à périr de la mort des hérétiques, il s’évada de la I our de Londres; insaisissable et formidable, il inquiéta juges et pielats, provoquant meme une recrudescence de sévérité. A la fin, 1* ^1^^ mains de la justice et fut, par grâce, pendu d’abord,

biûlé ensuite. Les restes de Wychffe furent exhumés, réduits en cendres et jetés a 1 eau. Henry V avait affermi l’Église catholique pour un siècle en Angleterre. Il se croyait une autre mission : conquérir et régénérer la France.

Api es des négociations d une tortueuse perfidie, il décide de repiendre les hostilités d apres un plan méthodique et implacable, réprime durement une conspiration du comte de Cambridge, son cousin, et, sur le Trinity-Royal, quitte Portsmouth le 9 août 1415, à la tête d’une armée composée exclusivement de soldats anglais ou gallois. La prise d Harfleur, dont il veut faire un second Calais, la victoire d’Azincourt, et surtout la diplomatie du duc de Bedford, laissé en Angleterre avec le titre de régent, valent à Henry V une popularité bien nouvelle dans 1 histoire de la maison de Lancastre. C est 1 époque où 1 entente entre la couronne et le Parlement est

le plus sincère, voire l’enthousiasme populaire le plus exubérant et le plus cordial. Mais, par un singulier contraste, au lieu d’être incliné, par le succès, vers la politique de douceur et de conciliation que comportent ses projets sur la France, le roi Henry devient de plus en plus dur, méfiant, inhumain, et cela d’abord lui réussit. Il reconquiert la Normandie en moins de temps qu’il n’en avait fallu à Jean sans Terre pour la perdre, et presque dans le même temps l’assassinat du pont de Montereau, qui Henry IV. — Portrait conservé à la National Gallery. divise la France en

deux partis, a pour conséquences le traité de Troyes, le mariage de Henry V avec Catherine de France, l’entrée joyeuse du couple royal dans Paris et la soumission presque complète de l’Ile-de-France (I 422) . C’est r apogée et, brusquement, s’ouvre l’ère des difficultés. Le duc de Clarence, l’aîné des frères du roi, est battu et tué par les Écossais à Baugé, et la conquête des villes de la Brie exige de grands efforts. Atteint de dysenterie, Henry abandonne la conduite de la guerre et, descendant la Seine en bateau, se fait transporter à Vhncennes, où il meurt le 31 août 1422.

A son lit de mort, il désespérait; c’était le commencement de l’expiation : son fils allait payer pour lui.

HENRY VI. — En vertu du traité de Troyes, Henry VI devait succéder, en Angleterre, à son père; en France, à son aïeul. Il était à la fois roi de France et roi d’Angleterre. Charles VI disparut quelques semaines après Henry V : la question de gouvernement se posait à la fois à Paris et à Londres. C’était un problème insoluble. Deux conseils de régence délibéraient souverainement, et nous savons, par le compte rendu de leurs séances, que la jalousie et les rivalités, rendant toute action commune impossible, compromettaient la cause des Anglais.

En vain Bedford, pour répondre à la profonde impression causée par le sacre du Valois à Reims, fit-il couronner Henry à Westminster (novembre 1 429) , et à Pans, en décembre de l’année suivante : l’incroyable cohue de cette dernière cérémonie faisait prévoir le désordre où devait échouer l’impossible entreprise. Mêmes menaçants présages dans la lutte des partis au Parlement; les discussions y dégénèrent en bagarres, la canaille de Londres envahit la salle des séances; on est forcé de réunir les Chambres à Leicester, avec défense de siéger en armes : leurs membres se munissent alors de gourdins, et ce fut le « Parlement des Triques ». Celui de 1433 pourrait être surnommé le Parlement de la Banqueroute : lord Cromwell, le trésorier, y exposa l’état des finances : I 64 000 livres sterling de dettes, 53 000 de dépenses et 42 000 de revenus, tel était le budget anglais il y a cinq cents ans. L’alliance bourguignonne prit fin en 1435, et, le 14 septembre, mourut à Rouen « le Bedford unique ». La paix d’Arras l’avait tué.

Dès lors, une à une, les villes françaises rentrent dans l’obédience de Charles VII. En vain, à l’âge de quinze ans, le 12 novembre 1437, Henry VI est-il proclamé majeur : cette formalité pouvait-elle lui donner la maturité et l’énergie nécessaires? Le malheureux voulait plaire à tout le monde; dans le plus atroce des siècles, il se flattait d’être un roi bon ; aussi, fut -il, avant d’en être le jouet, la victime des partis :

période de scandales, comme le procès de la duchesse de Gloucester, convaincue, en 1441, d’avoir eu recours à la magie pour envoûter le roi.

Ils n’étaient plus les temps où capitaines et archers rentraient d’une courte campagne en France, rapportant les dépouilles des villes et des villages normands, picards ou beaucerons :

maintenant, ils s’estimaient heureux de s’échapjier la vie sauve, le bâton

blanc en main, Henry VI. Portrait conservé à Eton College.

Henry V. — Portrait conservé à la National Gallery, Londres.

286 — CONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS

aprè;; avoir défilé devant les troupes narquoises de Richcmont ou de Dunois. Mais ils rentr.;ienl en Angleterre, ayant perdu l’habitude et le goût du travail; leur seule ressource était de se faire enrôler par quelque grand seigneur. En vain le Parlement prohibe-.t-il les troupes seigneuriales; les manoirs deviennent des rejraires, les donjons des geôles; en même temps, les empiétements du seigneur sur la proirriété communale (inclosure of commons) ruinent le paysan et préparent une révolution agricole en substituant de plus en plus le pâturage à la culture.

Le mariage de Henry VI avec Marguerite d’Anjou (Id45) coûta à l’Angleterre la possession du Maine, cédé aux Français par le contrat. On vit alors se succéder les plus graves désordres : les garnisons anglaises refusèrent d’évacuer les villes cédées à la France.

Gloucester, accusé d’avoir encouragé leur résistance, fut arrêté et mourut trois jours plus tard, suivi de près dans la tombe par son oncle et rival, le cardinal de Beaufort. La perte de la Normandie exaspéra toute la nation et le duc de Suffolk fut mis en accusation par la Chambre des Communes. Le roi, pour le sauver, le condamna au bannissement; mais il fut arrêté en mer et décapité après une parodie de jugement. Quelques semaines après, un étrange aventurier, Jack Cade, qui se fait appeler Mortimer, est un moment maître de Londres; Henry VI se réfugie à Kenilworth, laissant les gens de la cité défendre, par leurs propres moyens, leurs foyers, leurs caves et leurs richesses. Cette crise, plus politique que sociale, compromet le duc d’York, dont le nom a été acclamé par les insurgés et qui a pris franchement l’attitude d’un ennemi de la reine et de Somerset (1 450) . Pendant quelques années, Henry VI étant devenu fou, les rivaux se disputent le pouvoir en invoquant son nom. Les Communes sont pour York, les Lords et le Conseil pour Somerset; on rend celui-ci responsable de^ désastres de Normandie et de Guyenne : Formigny et Castillon. La guerre de Cent ans est finie : celle des Roses va commencer.

LA GUERRE DES DEUX-ROSES. — L’Angleterre était mûre pour la guerre civile. Depuis Édouard III, des familles de sang royal avaient accaparé les domaines des anciennes maisons baronniales et accru leurs richesses par les bénéfices de guerre. Le butin volé en France était venu s’accumuler dans les châteaux anglais ; l’opulence des chefs de ces familles était prodigieuse, et, la fortune venant avec l’ambition, du jour où le pouvoir royal se trouva paralysé, le roi étant fou par intervalles et en tout temps incapable, le conflit des haines personnelles renversa les fragiles obstacles oppo¬

sés par la Constitution. Deux factions sont aux prises. L’une est menée par la reine Marguerite : c’est le parti de Lancastre avec les Somerset, les Percy, les Clifford. L autre a pour chef le rusé comte de Warwick, chef de la maison Neville, dont 1 ancêtre avait commandé la flotte du Conquérant. Celle-ci dominait dans les comtés du Centre, celle-là dans le Nord. 'Warwick, le dernier des grands barons, l’homme le plus riche du royaume, en était aussi le plus populaire. Ce puissant lord savait flatter les petites gens, et il s’arrangeait de façon à devoir toujours dans Londres « trois ou quatre cent mille écus à divers ». Warwick, ne pouvant revendiquer le titre de roi, mit en avant le duc d’York, Richard, son cousin, héritier de la maison de Mortimer et arrière-petit-fils d’Édouard III. York avait comme emblème la rose blanche; Lancastre, entre autres insignes, avait la rose rouge. De là, le nom de guerre des Roses ou des Deux- Roses, donné par les historiens anglais à cette lutte qui dura trente ans (1455-1485) et s’affirma implacable.

Les deux partis en arrivèrent vite à l’extermination; après chaque bataille, les prisonniers de chaque famille étaient égorgés ou pendus après un simulacre de jugement ; on vit ces conseils de guerre siéger sous la présidence d’un prince de Galles âgé de sept ans, ou d’un duc de Gloucester un peu moins jeune. La lutte fut aussi très confuse : aucune grande question de principe ou d’intérêt national n’était en jeu. Le Parlement mit docilement la loi au service du vainqueur; aussi perdit-il, en peu d’années, le prestige et les prérogatives conquis depuis Édouard II.

De 1455 à 1460, Richard, scrupuleux ou indécis, est proclamé protecteur du royaume, parce que le roi est fou, puis dépouillé de ce titre parce que le roi revient à la raison. Il en appelle aux armes. Vainqueur à Northampton (1460), il se fait reconnaître comme héritier de la couronne au détriment du petit prince de Galles. Courte victoire ; Marguerite a recruté une armée dans le Nord et dans l’Ouest; Richard d’York succombe à Wakefield, et sa tête, couronnée de papier, est clouée à la grande porte de sa ville ducale.

Son fils, Édouard, âgé de dix-neuf ans, ardent et sympathique, poussé par Warwick, va le venger; il entre dans Londres; on l’y proclame roi, et le carnage de Towton consacre la victoire de la maison d’York. Édouard est roi, mais Warwick est le vrai maître pendant quelques années; il disperse une nouvelle armée venue d’Écosse avec Marguerite (Hexham, 1464) ; Heni-yVI retourne à la Tour de Londres. Le mariage d’Édouard IV avec la belle Élisabeth Woodville porta ombrage au « faiseur de rois », dont le crédit

Lk cHA'IKAU DK Kknii.WORTH (comté de Warwick), où se réfugia Henry VI lors de la révolte de Jack C ade. — Construit sous Henry 11 au Xü'' siècle, ce château appartint à Simon de Montfort. Cdouard 11 y fut enfermé après sa déposition.

ÉDOUARD IV DÉFAIT A BaRNET LE COMTE DE WaRWICK (1471). Cette victoire sera suivie de celle de Tewkesbuiw sur le prince de Galles. — Miniature du manuscrit original de Philippe de Conimynes, f“ 73 v“ ; musée Dobrée, Nantes.

baissait à mesure que croissait celui des Rivers.

La crise aboutit à la brouille d’Édouard et de Warwick et à la restauration de Henri VI sous les auspices de Louis XI; la rose blanche fit place, dans les armoiries officielles, au bâton blanc brisé, emblème nouveau des Lancastre (1471).

Charles leTéméraire recueille Édouard IV, lui fournit de l'argent, quatorze vaisseaux de la Hanse avec leurs équipages et, détail significatif, trois cents auxiliaires étrangers avec canons à main. Ainsi maigrement accompagné, Édouard débarque à ce même port de Ravenspur où jadis était descendu Henry de Bolingbroke. Comme lui, il revendique seulement ses biens personnels; comme lui, il lève le masque dès que lui sont venus les partisans. Londres l’accueille au bruit des cloches; la victoire de Barnet le débarrasse de Warwick, celle de Tewkesbury du jeune prince de Galles. Henry VI, repris, est de nouveau enfermé à la Tour, où il meurt peu après (1471). La décision et l’ardeur d’Édouard IV avaient vaincu.

A partir de cette époque, la guerre des Roses est virtuellement finie. Édouard IV n’a plus d’ennemis à craindre. Il laisse subsister les formes de la vieille Constitution en convoquant de temps en temps le Parlement; mais il est roi absolu. B dernande ses principales ressources à des taxes arbitraires, que 1 on désigne sous le nom ironique de dons gracieux ou bénévolences. Commynes 1 admirait à cause de ses talents militaires et de son astuce à obtenir des subsides à la fois du Parlement pour guerroyer contre le roi de France, et de Louis XI pour rester en paix (1 475) .

La fin de son règne fut paisible; les chroniqueurs ne mentionnent parfois que le supplice d’un Lollard ou quelque émeute causée par la cherté du pain. Le Parlement de 1477 jugea, sans l’entendre, et condamna pour haute trahison le frère du roi, Georges, duc de Clarence, qui demanda, dit-on, à être noyé dans un tonneau de malvoisie avant d’avoir la tête tranchée.

Les excès de toute nature auxquels s’abandonnait Édouard IV semblent avoir causé sa mort prématurée. Ce roi sans mœurs, mais non sans esprit, resta populaire auprès des petites gens et des bourgeois de Londres, sans doute en raison même de ses vices.

ÉDOUARD y ET RICHARD III. — Nous savons peu de choses sur l’histoire d’Angleterre depuis la mort d’Édouard IV, au mois d’avril 1 483, jusqu’à la bataille de Bosworth (22 août

1485). Le prince de Galles, âgé de douze ans, est proclamé sous le nom d’Édouard V. Le duc de Gloucester, son oncle paternel, fait arrêter les Rivers, ses oncles maternels, et les enferme au château de Pomfret. Il met la main sur son jeune neveu, et, le 4 mai, l’amène à Londres, le loge dans les appartements royaux de la Tour. La reine mère se réfugie à Westminster avec son second fils, le duc d’York, et ses filles. Le 13 juin, Gloucester accomplit son second coup d’État. Il arrête en plein conseil et envoie au supplice Hastings, accusé de sorcellerie et de trahison, et, par l’intermédiaire de l’archevêque de Cantorbéry, se fait livrer le duc d’York.

Le couronnement d’Édouard V avait été fixé au 22 juin ; mais un prédicateur, frère du lord-maire, monte en chaire et déclare qu’Édouard IV était déjà marié quand il avait épousé Élisabeth Woodville; leurs enfants étaient donc bâtards et ne pouvaient régner. Le 25, une parodie de Parlement offre le pouvoir royal au duc de Gloucester. Richard III est proclamé et couronné.

Ici se place un des mystères les plus obscurs de l’histoire du XV*” siècle. Que devinrent les enfants d’Édouard? Ont-ils été étouffés par sir James Tyrrel, aidé de deux bandits? Ont-ils langui, victimes de la raison d’État, pour être, comme on l’a dit, sacrifiés plus tard, non par ordre de leur oncle Richard, mais par le premier des Tudors? Posée par Horace Walpole, la question a été reprise de nos jours, et bien puissantes sont les raisons qui portent à laver la mémoire de Richard III de cette atrocité. Ce prince, dépeint comme un monstre par les partisans de son vainqueur, nous apparaît, au contraire, comme singulièrement actif, intelligent et humain. Entouré, guetté par des haines implacables, il fut trahi par ceux mêmes, comme Buckingham, dont les instances l’avaient entraîné à l’usurpation, et qui, maintenant, lui opposaient Henry Tudor, duc de Richmond : il battit Buckingham, le prit et le fit décapiter en novembre 1 484, mais Richmond lui échappa. A peine eut-il, pendant une année, le loisir de donner sa mesure comme homme d’État. Le Parlement de 1 484 fut la dernière des assemblées convoquées par un Plantagenêt.

En 1485, Richmond, aiguillonné par l’infatigable Morton, s’était remis en campagne. Appuyé chichement par Anne de Beaujeu, il partit de Honfleur avec une poignée d’hommes et un embryon de flotte, pour débarquer à Milford Haven, en terre galloise. Quelques jours après, le 22 août, sur la lande de Bosworth, trahi par les

ÉLISABETH Woodville, mariée une première fois à sir John Grey et, en secondes noces, au roi Édouard IV. — Portrait conservé à Cambridge (Queen’s College).

Richard 111, roi d’Angleterre, dont le nom est inséparable de celui des « enfants d Édouard » et qui périt à la bataille de Bosworth, que lui livra Henry Tudor (M85). — Londres, National Gallery.

Marguerite BeaUFORT, comtesse de Richmond et de Derby. — Son troisième mari, lord Stanley, assura à Bosworth la victoire de Henry Vil Tudor. Londres, National Gallery.

Henry Tudor, comte de Richmond, le vainqueur de Bosworth, proclamé roi en août M85, sous le nom de Henry Vil Tudor. — Portrait par jean de Mabuse (collection du comte Brownlow).

CONSTITUTION DES ETATS EUROPEENS

Londres au XV*^ siècle. — On voit la Tour de Londres avec la Tour Blanche, la Traitors Gâte, la Tamise au premier plan, Londonbridge et la Cité; miniature d un manuscrit des poésies de Charles d’Orléans, prisonnier à la Tour de Londres depuis la défaite d’Azincourt (1415) jusqu’à 1440, manuscrit enluminé pour le roi Henry Vil Tudor entre 1485 et 1500. — British Muséum, ms. Royal Fij.

Stanley, Richard III mourait en brave, en roi, la couronne en tête, et Tudor fut proclamé sur le champ de bataille sous le nom de Henry VII.

ÉTAT POLITIQUE ET SOCIAL DE L’ANGLE¬ TERRE A LA FIN DU MOYEN AGE. — Dans la seconde moitié du XV® siècle, l’Angleterre est une des nations de l’Europe dont l’unité est la plus achevée.

La royauté est devenue absolue. Le gouvernement est exercé par le souverain et son Conseil, le Conseil privé, dont les membres, en petit nombre, sont choisis, convoqués et présidés par le roi. Le Parlement a perdu, en grande partie par sa faute, son pouvoir de contrôle et de critique.

L’administration a aussi le pouvoir judiciaire. L’antique Cour le Roy a essaimé plusieurs cours souveraines, dont les attributions sont mal délimitées et les services entassés au palais de Westminster : Chancellerie, Échiquier, Banc le Roy, Banc Commun et autres, jadis simples sections de la Garde-Robe. Leur juridiction s étend sur tout le royaume. Ce palais de Westminster est aussi, le plus souvent, le siège du Parlement. Tout y aboutit donc. C’est la capitale de l’écritoire et l’antre de la chicane.

L’administration locale a pour cadre le comté {shire) . Recrutés, sauf exception, parmi les cadets des grandes familles, élevés à Oxford ou à Cambridge, les membres du clergé sont de grands constructeurs. En face de Westminster, l’archevêque de Cantorbéry élève le palais de Lambeth; le long du Strand s’alignent les maisons d’York, de Durham, de Norwich, avec des jardins enchanteurs.

En dépit de la guerre des Roses, la société civile travaille, négocie, invente, jranse les plaies anciennes ou récentes; elle est en pleine sève. A la tête, nous voyons le roi et sa cour. La cour n’est plus nomade comme au XII® siècle. Le roi reste des mois entiers à Westminster. De là plusieurs conséquences : le droit de réquisition ou de pourvoyance est atténué, et c’est un bien; mais le prince connaît moins bien son royaume, et c’est un mal.

La noblesse n’est iras une caste fermée : c’est une hiérarchie ouverte aux élites. Les ducs de Suffolk ont pour ancêtre un marchand de la cité qui avait fait fortune au temps d’Édouard I"'’ en trafiejuant avec la Hanse. Rien n’est plus propre à entretenir la plus saine émulation. La grande majorité des chefs de la noblesse,

à l’aube des temps modernes, se compose de personnages qui se distinguent par leur énergie, leur science juridique ou leur réussite dans les affaires.

Jusqu’au temps des Édouard, l’Angleterre n’avait pas exploité suffisamment ses richesses naturelles. Elle exportait la laine, elle la tissait peu ou mal. Elle laissait d’autres peuples venir prendre chez elle les minerais qui, de temps immémorial, avaient attiré les marins du sud. A partir du XIV'® siècle, l’industrie textile se développe. Le comté de Norfolk, entre autres, attire les tisserands de Flandre. En peu de temps, Worstead devient la métropole de la laine peignée. Ilchester, dans le Somertshire, est un petit Londres. Chaque localité se crée une spécialité industrielle en exploitant ses mines, ses carrières, ses eaux. Au fur et à mesure des progrès de la fabrication nationale, la concurrence des produits importés devient plus odieuse. Sous Édouard IV et Richard III, le protectionnisme triomphe et les statuts énumèrent de longues séries d’articles dont l’entrée dans le royaume est interdite et qui, par conséquent, y sont fabriqués.

Même évolution en ce qui concerne le commerce. Les marchands étrangers avaient été attirés et privilégiés aux XIII® et XIV® siècles. La Hanse teutonique avait obtenu la concession de tout un quartier de Londres, où est aujourd’hui la gare de Cannon Street ; c’était la cour d’Acier ou Steelyard; mêmes privilèges à Lynn et à Boston. Sur les côtes de la Manche arrivait chaque année une flotte vénitienne bourrée d’épices, d’étoffes, de verreries, d’armes. Mais, au XV® siècle, l’émulation s’éveilla chez les Anglais.

En 1 404 se créa la Société des « Marchands aventuriers », et, en 1 484, un statut interdit aux Italiens de vendre leurs marchandises au détail, d’exercer des métiers et d’exporter la monnaie anglaise, surtout la monnaie d’or. Ainsi protégé, le commerce anglais prospère. Édouard IV fréquente les riches marchands de Londres : il est l’hôte de Canynges, lord-maire de Bristol, pendant une semaine.

Les progrès de la marine suivirent ceux du commerce. Sous Édouard III, l’Angleterre avait affirmé sa souveraineté navale. En 1381, un statut avait prétendu réserver aux nationaux le commerce maritime. Toutefois, il avait été impossible d’en faire observer les clauses, et les premières années du XV® siècle n’avaient pas été glorieuses. Le roi anglais avait perdu le titre de « roi de la mer » que les Communes lui avaient décerné. A partir de Henry V, tout change. Une marine marchande, une flotte de guerre se construisent rapidement; chaque port devient un chantier de constructions navales : Londres en tête, Lynn, Boston, Hull d’un côté; Douvres et les Cinq Ports de l’autre; Southampton et Bristol, pour citer seulement les arsenaux les plus célèbres. Un curieux document montre l’extension prise par les voyages des marins anglais ; c’est le Libelle of EngUsh polycye, poème de propagande, dont le but était de faire connaître à tous les Anglais les profits à retirer de toutes les contrées maritimes. Depuis le milieu du XIV® siècle, le peuple anglais a eu conscience que son avenir était sur l’eau. Et c’est pour affirmer ses destinées futures, que les rois d’Angleterre - ainsi que le prouvent les « nobles d’or » d’Édouard III et ceux d’Édouard iV — se font représenter sur leurs monnaies l’épée en main, couronne en tête, dans une nef.

BIBLIOGRAPHIE

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