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LES COMMUNES ET LES POPULATIONS RURALES

— Au XIV® siècle, l’élan communal est arrêté, mais l’organisme communal est une force avec laquelle il faut compter. Cependant, à cette époque déjà, les suppressions de communes ou les diminutions de privilèges sont plus fréquentes que les créations. Le grand effort d’Étienne Marcel pour édifier sur la commune un nouvel ordre politique a totalement échoué.

Les insurrections urbaines du temps de Charles VI ont été brisées. La royauté réagit à l’encontre des franchises communales: elle restreint les libertés, elle s’ingère à toute occasion dans les affaires bourgeoises, elle fait

Philippe le Bon, duc de Bourgogne. — .Miniature du manuscrit 9242, de la Bibliothèque royale de Belgique, à Bruxelles.

CONSTITUTION' DES ETATS EUROPEENS

même des coups d’autorité et impose aux villes sa tutelle. A la fin du X\'*^ siècle, les villes ont été partout subordonnées au pouvoir royal :

c’est la marque la plus tangible des progrès de la centralisation.

La politique d’intervention pratiquée par la royauté s’étend aussi au régime corporatif. La couronne n’admet ni modification ni dérogation aux statuts sans son autorisation. La guerre de Cent ans a profondément troublé les classes laborieuses. Dans la dévastation générale, beaucoup d’ouvriers du plat pays, c’est-à-dire des campagnes, refluent dans les villes. Il faut leur permettre de s’y installer comm.e ouvriers libres. Plus tard seulement ils s’enrôlent sous la bannière d’une corporation. Puis, une fois le calme revenu, les corporations sont réorganisées dans toute leur rigidité et retrouvent leur puissance. La royauté adopte alors vis-à-vis d’elles une politique toute d’opportunité, autoritaire ou libérale, suivant les circonstances.

C’est qu’en matière économique la politique des Valois n’a été inspirée ni par des principes théoriques ni par des préoccupations sociales: c’est une politique toute d’empirisme. L’économie politique n était nullement constituée en science au Moyen âge, et les mesures à prendre ne pouvaient être demandées qu’au bon sens. En fait, les exceptionnelles conditions d’existence créées par la guerre obligeaient à transiger avec les coutumes et les privilèges, ces grands régulateurs de la vie matérielle en temps normal.

Louis XI, héritant d’une situation mieux assise, put avoir des vues plus larges, et, peut-être, faut-il considérer comme l’un de ses mérites d’avoir, le premier, conçu quelque chose qui ressemble à un système économique. C’est délibérément qu’il encourage l’industrie de la soie ou l’im.primerie, qu’il s’intéresse aux mines, qu’il favorise le développement industriel et le courant des échanges, qu’il crée la poste et améliore les routes, qu’il travaille à l’enrichissement général. Il signe des traités de commerce, se préoccupe de nouer entre la France et l’Angleterre des relations capables de contrebalancer efficacement le trafic anglo-flamand, ‘et organise même à Londres, au moment du rétablissement éphémère des Lancastre, ce qu’on peut appeler la première des expositions françaises à l’étranger.

C’est qu’à cette époque le commerce, longtemps restreint par les malheurs de la guerre, a pris un nouvel et brillant essor. Bordeaux et Marseille deviennent de grands centres à la fin du XV" siècle. Jacques Cœur, admirable brasseur d’affaires, a donné une impulsion décisive aux grandes entreprises du trafic international. L’idée d’exploiter en grand les régions les plus exotiques trouve déjà un commencement de réalisation. Louis XI songe à fonder une puissante compagnie commerciale à monopole; il envoie des navires aux îles Canaries et aux îles du Cap-Vert, initiative qui prélude à la période prochaine des grandes navigations.

Par contraste, si la royauté du Moyen âge finissant a déjà commencé à comprendre les devoirs qui incombent à un gouvernement à l’égard du commerce et de l’industrie, on n’aperçoit pas qu’elle ait eu des préoccupations agricoles. Les classes rurales demeurent donc livrées à elles-mêmes. Très éprouvées par les guerres, elles se relèvent pourtant après l’expulsion définitive des Anglais. On assiste alors à une restauration lente des campagnes. Il faut refaire l’outillage, remettre en culture les terres restées longtemps en friche, repeupler des régions abandonnées. Par bonheur, la race était saine et courageuse; elle recelait en elle une puissance de redressement capable de réparer tous les désastres, de soulever tous les sacrifices, de dominer tous les horizons. Dès le début du X\'l' siècle, la France sera redevenue, comme en 1328, le pays le l)lus productif et le plus riche de l’Europe : une médaille, frappée en l’honneur de Guillaume d’Estouteville, archevêque de Rouen, cardinal, mort en 1483, représente au revers une femme tenant d’une main l’écu aux armes du cardinal et, de l’autre, une corne d abondance avec cette devise : Cloria h rancorum, la « gloire de la b rance». Cette devise éloquente montre que les contemporains avaient conscience du relèvement national auquel ils avaient assisté.

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