CHAPITRE VII
Les barbares. — la nation slave. — sa
DISPERSION. — Quand le monde germanique tout entier, ébranlé par les invasions asiatiques, s’était déversé sur l’Occident, d’autres peuples l’avaient suivi, en quête de pillage ou d’un établissement durable dans les régions évacuées. Parmi eux figuraient les tribus slaves.
ORIGINE DES SLAVES. — De toutes les grandes familles de peuples du continent, la famille slave est celle qui est arrivée la dernière et qui est demeurée le plus longtemps éloignée des foyers de la culture méditerranéenne. Au moment où elle entre en scène, elle est nombreuse, mais elle semble surgir subitement de la préhistoire. Le monde ancien, dont elle était séparée sur tous les points par un épais rideau de peuplades barbares, l’avait ignorée à peu près totalement. Le nom même de Slaves, dont le sens exact n’est pas connu, n apparaît pas avant le VI® siècle de notre ère.
Aucun fait historique, aucune tradition sérieuse n’éclairent les origines de la nation slave. Seule, la linguistique a fourni jusqu’ici des données solides. Elle a établi, au XIX® siècle, que les Slaves sont une race indo-européenne dont l’unité primitive subsistait encore sensiblement plusieurs siècles après le commencement de notre ère.
D après les théories les plus récentes, l’habitat primitif des Slaves se serait simplement étendu dans les régions essentiellement forestières et marécageuses comprises entre les Karpathes au sud, les abords de la mer Baltique au nord, le bassin du Dniepr à l’est et l’Oder à l’ouest.
LA SLAVIE PAÏENNE. — Au seuil de la période historique, quand leur dispersion commence, les Slaves sont des barbares. Leurs moeurs et coutumes scandalisent souvent les étrangers et leur inspirent une sorte de dégoût. L’apôtre Boniface, au VII® siècle, les appelle « la plus répugnante et la plus vile des races humaines ». Ils sont soumis à un régime patriarcal primitif, avec une organisation tribale analogue à celle des Germains. La terre est propriété commune. Aucune différenciation sociale. Le chef de tribu n’est ni héréditaire, ni même inamovible. Les Slaves adorent Pervn, dieu de la foudre ; Volos, dieu destroupeaux ; Svarog, Strihorg, une foule de divinités secondaires. Ils sacrifient à leurs dieux des animaux, des prisonniers. Les Slaves de la Baltique, qui ont une forte caste sacerdotale, honorent principalement Svantovit, dont l’idole géante, à quatre têtes, rend des oracles réputés dans le grand sanctuaire d’Arcona. Les Slaves pratiquent l’incinération de préférence à l’ensevelissement. Ils font suivre les funérailles d’un festin accompagné de jeux guerriers. Les femmes accompagnent leur mari dans les combats, et, quand il meurt, se font brûler sur son bûcher. Les mariages se pratiquent par achat ou par enlèvement. La polygamie est très répandue. Les Slaves sont très hospitaliers. Ils ont la passion de la musique et de la danse. L’écriture leur est inconnue.
LA DISPERSION DES SLAV^ES. — De l’emplacement approximatif indiqué plus haut, et où tout montre qu’ils résidaient depuis un temps immémorial, un grand nombre de Slaves sont partis pour essaimer à travers l’Europe centrale et orientale. Ils ont cheminé lentement, s’infiltrant par groupes dans les masses étrangères voisines, ou occupant les vides laissés par les envahisseurs qui les précédaient. Les uns se sont avancés très loin dans la grande plaine germanique, au delà de l’Oder. D’autres, après le départ des Goths et des Huns, ont descendu les contreforts orientaux des Karpathes pour se rapprocher de la mer Noire. D’autres, enfin, dévalant sur les pentes occidentales et méridionales des Sudètes et des Karpathes, sont allés s’établir au nord et au sud du Danube, sur les plateaux de Bohême, sur les dernières pentes des Alpes, dans les anciennes provinces romaines d’Illyrie, de Pannonie, de Dacie, de Mésie.
Les Slaves apparaissent tout d’un coup en masses compactes sur ces emplacements nouveaux au \ I® et au \ II® siècle, après les grands tassements ethniques de l’Europe centrale.