I. L’ÉGLISE
INNOCENT III avait proclamé la primauté de la puissance pontificale, responsable du salut des âmes, sur la puissance royale, qui n’a que le soin des corps. Boniface VIII avait été plus loin en déclarant, dans la bulle Unam sanctam, la subordination de l’autorité temporelle au pouvoir spirituel. Lorsqu’il institua, en l’an 1300, le jubilé séculaire et que l’on vit se succéder au tombeau des apôtres de longues théories de pèlerins fatiguant de leurs aumônes les clercs chargés, jour et nuit, de les recevoir, la papauté apparut
dans l’auréole du triomphe ; elle exalta chez le souverain pontife le sentiment de sa suprématie sur les puissances laïques. Mais l’âpre lutte menée contre lui par Philippe le Bel, l’élection de Clément V et son établissement en Avignon firent brutalement ressortir l’amoindrissement de la puissance pontificale.
LES PAPES D’AVIGNON (1305-1377). — Eorsque Clément V vint se fixer en France, il était inquiet de l’état troublé de l’Italie et menacé à Rome même par les factions; mais les papes d’Avignon se trouvèrent nécessairement placés sous la protection et
Avignon, le palais des papes. — Sur une superficie de 15 000 mètres carrés, le palais comprend sept corps de logis, séparés par des cours intérieures, mais reliés par de grosses tours carrées, jadis couronnées de mâchicoulis, et par des courtines garnies de contreforts avec mâchicoulis en tiers-point. A la construction de ce gigantesque édifice, commencée sous Benoit XI 1 en 1315 et achevée sous Clément Vil en 1391, travaillèrent toute une suite d’architectes, tous Français, dont nous avons les nom;- : Guillaume de Cucuron (1313-1323), Pierre Poirson (1322-1337), Pierre Arreir (1337-1342), Jean de Loubières (1342-1360). le maître du palais du Consistoire; Bertrand .Nogayrol (1361-1377), Jean Bisaci et Guillaume Colombier (1377-1391). Les murs intérieurs se couvrirent de fresques dont les principaux artistes furent Simone
.Vlemmi. Matteo di Giovanetto et le Français Guillaume Bonjean.
comme sous la tutelle de nos rois, plus ou moins associés ou dévoués à leur politique, et ils donnèrent à l’étranger l’impression de n’avoir pas assez d indépendance pour exercer leur magistère, commander et se faire obéir. Ils se proposèrent sans doute d aider à la pacification de 1 Europe, projetèrent de reconquérir la Terre sainte et ne considérèrent pas comme définitif leur séjour à Avignon ; sans doute aussi leur présence dans la vallée du Rhône aida au développement social et artistique du Comtat, et enfin il ne faut pas prendre à la lettre des critiques intéressées ou malveillantes; mais la part considérable faite aux Français dans le Sacré Collège (1), l’attitude de Clément V dans ses rapports avec Philippe le Bel, le refus de Jean XXI 1 de reconnaître comme empereur Louis de Bavière (2), les sentiments publiquement francophiles de Clément VI et d’innocent VI, créèrent un courant
pour la conser-
leur
reproc
ha d
e sacrifier
contraire aux papes d’Avignon. On à des fins particulières les intérêts généraux de la chrétienté ; on leur fit grief du luxe affiché par leur entourage et par le personnel curial, de la lourdeur des impôts (3), de l’âpreté des collecteurs.
De leur côté, les cardinaux, conseillers et auxiliaires du pape, avaient trop souvent l’air d’être ses tuteurs. Ils tendaient à la formation d un pouvoir oligarchique, s’opposaient à l’élargissement du Sacré Collège, voyaient leur influence sollicitée par les rois mêmes et ne résistaient pas toujours à la tentation d’avoir une politique personnelle.
Enfin, sans parler du relâchement de la discipline et des moeurs, on constatait des abus de plus en plus graves dans la collation des bénéfices, dans l’usage des grâces expectatives, dans la concession des commendes.