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THEOLOGIE LT PHILOSOPHIE

Le plus grand théologien du début du XIV® siècle, le franciscain Jean Duns Scot, dit le « docteur subtil )), enseigna tour à tour à Oxford et à Paris ; il se rendit célèbre en critiquant le système de saint Thomas d’Aquin. On a dit justement que la philosophie de saint Thomas était une philosophie de l’intelligence, tandis que la philosophie de Duns Scot est déjà une philosophie de la volonté.

C’est aussi un franciscain, mais un franciscain du tiers ordre, que ce Raymond Lulle (1235- 1315), auteur de nombreux traités dogmatiques, ascétiques, polémiques, apologétiques, scientifiques, inventeur de ce grand art {Ars magna) qui devait convaincre d’erreur les doctrines musulmanes et les théories averrhoïstes ; il mourut au retour de Tunis, où il était allé évangéliser les mahométans, et la légende en a fait une sorte d’occultiste, tandis que l’Eglise l’a placé sur les autels.

Guillaume d Occam, encore un franciscain, d’origine britannique (1270-1347), poussa très loin les tendances critiques de son maître Duns Scot et la hardiesse de la pensée ; il ressuscita le nominalisme, fit de r évidence le seul critérium de la preuve et aboutit à une sorte de scepticisme ; il soutint les thèses régaliennes contre les thèses pontificales dans le conflit sur la pauvreté franciscaine : il alla jusqu’à traiter d’hérétique le pape Jean XXII.

Son disciple, Buridan (mort en 1358), qui devint lui-même le chef des « terministes », se formula des idées personnelles sur la liberté de nos actes et fit entrer l’expérimentation dans la phase des réalisations positives.

Les questions soulevées par le Grand schisme et les théories conciliaires, les problèmes de théologie morale, en particulier les cas de conscience, enfin la théologie mystique occupent les esprits. Les théories de Guillaume d Occam annoncent Pierre d’Ailly et Nicolas de Clamanges. La syllogistique pure, battue en brèche par la dialectique, l’est aussi par la mystique, vers laquelle les Lckart, les Tauler, les Suso, les Gerson sont entraînés par réaction contre les subtilités des dialecticiens et qui a produit cette œuvre essentiellement représentative de l’état d’âme du Moyen âge : \’ Imitation de Jésus-Chrisl.

En même temps, la Renaissance des études classiques provoque en Italie ce curieux mouvement qui groupe à Florence, dès le milieu du XV® siècle, autour de Gémiste Pléthon, une académie platonicienne, dont le représentant le plus fameux est Marsile Ficin.

Au néoplatonisme s’oppose bientôt un nouvel aristotélisme, dont les partisans se réclament d’Alexandre d’Aphrodisias et sont appelés pour ce motil « alexandristes » : le plus célèbre, Pierre Pomponazzi (1462-1525), enseigne à Padoue, puis à Bologne, des doctrines

L’Annonciation, tableau de Jean van Eyck. ayant appartenu à Philippe le Bon. — Musée de l’Ermitage, à Pétrograd.

de Cluny. Ci.. Uraun.

contraires au dogme et à l’immortalité de l’âme. A Rome même, Pomponius Lætus {1425-1497), disciple de Laurent Valla, est le fondateur d une académie célèbre où l’antiquité classique est exaltée au détriment du christianisme.

SCIENCES. — 11 y a,

dans la période finale du Moyen âge, desespritscurieux plutôt que savants. Les connaissances encyclopédiques du cardinal N icolas de Cues { 1403-1464) ou de Pic de la Mirandole (1463-1494) demeurent superficielles, la méthode et l’esprit de critique continuant de faire défaut.

Nicolas Oresme ébauche la notation des exposants ; le frère mineur Luc Paciolo (1445- 1526) donne une somme de l’arithmétique et de la géométrie et pose les fondements de la tenue des livres. Georges Purbach écrit des Theoricœ novœ planetarum qui furent longtemps la base de l’enseignement astronomiq ue , et les travaux très variés de son dis- ^

ciple Jean lvluller,deK.œnigs- ■ -■

berg, ne manquent pas d’importance. Des traités populaires (calendriers, tables pascales, planétaires, etc.) sont répandus par la xylographie. Les alchimistes cherchent à résoudre le problème de la transmutation des métaux : Nicolas Flamel, Jacques Cœur, bien d autres avec eux s’y intéressent. Ces recherches font progresser la chimie. Basile Valentin décrit l’antimoine et préconise l’emploi médicinal du mercure et du bismuth; Arnaud de Villeneuve (vers 1240- 1311) fait connaître 1 « esprit de sel » et 1’ « eau-forte ». En même temps qu alchimiste, Arnaud de Villeneuve est un médecin notable, qui a beaucoup écrit, et Mondino de Luzzi, de Bologne ( 1 275-1 316), revient à la pratique de la dissection, depuis si longtemps négligée.

Deux Français, Henri de Mondeville (mort vers 1313) et Gui de Chauliac (mort vers 1329), contribuèrent au progrès de la chirurgie, et le Chirurgies tractatus de Chauliac devint le guidon des praticiens. Branca de Catino tente, au milieu du siècle, le premier essai connu de rhinoplastie. L’uroscopie demeure un des grands procédés de diagnostic et le médecin est représenté couramment avec, un urinai en main. On recourt fréquemment à l’usage de la saignée. Mais ce qui manquera longtemps encore, c’est le sens de l’hygiène.

Les traités, les commentaires, les recueils d’opinions médicales se multiplient; les commentaires des médecins grecs et arabes se font, grâce à l’essor de l’humanisme, non sur les traductions latines, mais sur les textes originaux.

Et, en même temps que l’étude passionnée des anciens ouvre de nouveaux horizons à la pensée, la découverte de terres inconnues les agrandit, la propagation de l’imprimerie vient modifier, comme nous le verrons, les conditions de la vie.

L’ENSEIGNEMENT. — La multiplication des universités est un signe frappant de 1 activité intallectuelie (1).

Les universités françaises continuent de tenir une place éminente. Cèllede Paris est toujours un puissant foyer théologique, mais ceuxqui

(I) En France : Cahors (université fondée par Jean XXlll) ; Trets, dans les Bouches-du-Rhône (siège d'un Studium papale) ; Grenoble (1339), Aix (1409). Poitiers et Caen (1431). Valence (1442), Nantes (1460), Bourges (1464), Bordeaux (1473). En Espagne, au XIV' siècle, Lerida, Huesca, Perpignan; au xv'-' siècle, Barcelone et Saragosse. En Italie, Pérouse (1308), Pise (1343), Pavie (1361), Ferrare (1391), Turin (1412), Parme (1422). Catane (1444). En Portu^l, Lisbonne (1290). En Allemagne, l’empereur Charles IV, formé à (école de la France, fonde la première université à Prague (1348). Ce sont ensuite les universités de Vienne (1365), d’Heidelberg (1386), de Leipzig (1409), de Rostock (1419), de Greifswald (1456), de Fribourg (1457), de Munich (1459), de Bâle (1460). En Pologne, Cracovie (1364). Dans les pays Scandinaves, Upsal (1477) et Copenhague (1479). En Grande-Bretagne, Saint-Andrews (1411), Glasgow (1451), Aberdeen (1494). Aux Pays-Bas, Louvain (1426).

n approuvent pas la position qu’elle a prise pendant le Grand schisme l abandonnent pour Prague et Cologne, et son immixtion dans les luttes politiques compromet son autorité.

La codification du droit canon, auquel Boniface VI II ajoute un sixième livre (le Sexte) et que ses successeurs enrichissent à' Extravagantes (décisions demeurées en dehors du recueil), provoque un redoublement de zèle dans un champ d’études déjà très cultivé (1 ).

Beaucoup de maîtres en droit civil sont aussi « décrétistes » et nombreux sont les docteursen l’un et l’autre droit.

Les maîtres sont, en France, Guillaume du Breul (mort vers 1344), l’auteur du Stple du Parlement ; Jacques d’Ableiges (mort vers 1391), l’auteur du Grand Coutumier de France; Jean Boutillier (mort vers 141 7),auteurdela5omme rurale. En Italie, Jacques de Belvisio (mort en 1331), Cino de Pistoia (mort en 1336), et surtout Bartole, dont l’autorité est extraordinaire et dont la doctrine est l’objet, à Padoue, d un enseignement spécial. En Angleterre, Jehan Britton et André Horn (mort en 1328), qui écrivent en français; John Fortescue (1394-1478) et Thomas Little (1402-1481). En Allemagne, Johann von Breitenbach (mort en 1507), qui fait pénétrer le droit étranger dans la pratique saxonne ; Peter von Andlaw (mort en 1484), qui systématise le premier le droit public allemand ; Ulrich Tengler (mort en 1511), auteur d’un Miroir des laïques. Montpellier, Paris, Bologne, Padoue sont les grandes écoles médicales du temps.

BIBLIOGRAPHIE

Outre les ouvrages indiqués page 264, on consultera ceux dont les titres suivent.

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