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L’AGE MYTHIQUE ET L’AGE LÉGENDAIRE

Suivant la mythologie japonaise, la création du monde, ou plus exactement du Japon, fut précédée de plusieurs générations de dieux ; c’est du dernier couple divin, Izanagi et Inazami, que naquirent les différentes îles de l’archipel. D’Izanagi seul sont descendus la déesse du Soleil, Amaterasu, et le dieu Susa-no-o, « le Mâle impétueux » ; la sœur et le frère eurent un long conflit, où il faut voir sans doute un souvenir de la lutte entre les deux courants d’immigration qui ont formé le peuple japonais. Finalement, c’est à la postérité d’Amaterasu que fut confiée la souveraineté sur le Japon. Ses descendants s’installèrent dans l’île de Kyûshû, et leur lignée aboutit au premier empereur « humain », Kamu-Yamato- Iware-Biko, — plus connu sous son titre posthume de Jimmu Tennô (2), fondateur de la dynastie qui règne encore aujourd’hui sur le Japon.

Le nom de Jimmu est associé à un grand fait historique : le clan de Kyûshû dont il était le chef envahit l’île principale et vint s’établir au voisinage du golfe d’Osaka, dans la région du Yamato. La chronologie factice des annales japonaises (Nihongi) place cet événement en l’année 660 av. J.-C., qui a été adoptée comme la première de l’ère japonaise : mais il est probable que cette migration ne fut guère antérieure à l’ère chrétienne.

L’autorité des successeurs de Jimmu ne s’exerçait que sur un territoire assez restreint : les tribus restées à Kyûshû (Kumaso) étaient pratiquement indépendantes; dans Hondo même, la région d’Izumo était aux mains de clans hostiles, et tout le nord-est était encore occupé par les Aïnous. Les premiers souverains du Yamato

(Il Dans la transcription universellement adoptée du japonais, les lettres n’ont pas toujours la même valeur qu'en français : il suffira de noter que, parmi les voyelles, e se prononce é et u se prononce ou. et que, parmi les consonnes, s/i se prononce c/i, ch se prononce Ich et W a la même valeur qu en anglais (ou).

(2) C’est seulement sous le règne de Kwammu (782-8051 que des noms posthumes furent donnés aux anciens empereurs.

- ’.iiipliquèrent d’abord à réduire les clans d’Izumo. Quelques siècles .qrrès Jimmu, le héros légendaire Yamato-dake, fils du douzième ; mpereur Keikô, aurait, au cours d’expéditions heureuses, soumis les Aïnous du nord et, au moins provisoirement (car il faudra bientôt recommencer) , les Kumaso de Kyûshû.

t est au cours d’une deuxième expédition contre les Kumaso que les armées impériales auraient, sous la Conduite de l’impératrice Jingô, envahi et soumis la Corée, avec laquelle les petits États de Kyûshû entretenaient depuis longtemps des relations. Les détails fabuleux donnés jiar les annales japonaises sur cette expédition et la date (début du IIl' siècle) qui lui est assignée ne méritent sans doute aucune créance : il n’en faut pas moins voir dans cette légende un écho amplifié et déformé des premières incursions des Japonais en territoire coréen, où ils ne tardèrent pas à fonder une colonie (le miyake de Mimana) et à exercer sur certains États de la péninsule une autorité, du reste précaire et intermittente. Il faut sans doute placer ces événements à la fin du siècle : c’est seulement trois cents ans plus tard (663) que les Japonais devaient évacuer la Corée.

LA TRANSFORMATION DU JAPON. — Rapports AVEC LA Corée. Introduction du bouddhisme. L’œuvre DE ShÔTOKU TaiSHI. La réforme de Taikwa. — L’établissement de relations régulières avec les États coréens, et notamment avec celui de Pak-tchei, eut pour le Japon une importance considérable : ces États lui envoient en effet, non seulement des produits de leur industrie, mais aussi des artisans, qui fondent des corporations, et des lettrés, qui importent au Japon la langue et l’écriture chinoises et lui révèlent les premiers éléments de la civilisation continentale.

Au début, l’évolution du Japon est assez lente. Elle est brusquement précipitée par l’introduction, au milieu du VI® siècle, du bouddhisme, transmis par Pak-tchei. La nouvelle doctrine lutte pendant plusieurs années pour s’imposer : adoptée par une faction puissante, celle des Soga, elle triomphe avec le prince Shôtoku Taishi, qui, au cours de ses vingt-neuf années de régence (593- 622) , la répand par tous les moyens, attire les prêtres instruits et

PoRTRAH DU PRINCE ShÔTOKU TaISHI (VIP' siècle).

Portrait du prêtre bouddhique Ganzan (ix® siècle).

les artistes de Corée, fonde un grand nombre de temples, et en même temps envoie la première ambassade japonaise en Chine, introduit au Japon les règles administratives et le cérémonial chinois, promulgue une sorte de constitution, rédige les premières annales du pays. C’est, en quelques années, une transformation du Japon aussi complète et aussi rapide que celle qu’il a subie à l’époque contemporaine, après l’ouverture du pays aux étrangers.

Jusqu’ici le Japon n’a reçu la civilisation chinoise que par l’intermédiaire de la Corée. En établissant, dès le début du VI l® siècle, des relations directes avec la Chine unifiée par les Souei, puis par les T’ang, il en subit encore plus profondément l’influence, qui se marque dans les grandes réformes de Taikwa (1) : le gouvernement est entièrement remodelé à l’image du gouvernement centralisateur de la Chine, avec un système régulier de ministres responsables devant l’empereur, souverain absolu, une bureaucratie organisée dans ses moindres détails et une administration provinciale aux mains de gouverneurs nommés par le pouvoir central et dépendant de lui; bientôt paraît le premier Code japonais, fondé sur le Code chinois de l’époque.

LE JAPON IMPÉRIAL. — L’époque de Nara (viii® siècle) . L’époque Heian et la puissance des Fuji- WARA (ix®-xil® siècles). — En 7 1 0, la capitale, qui, jusqu’ici, avait été transférée de village en village avec chaque nouveau règne, fut fixée à Nara et y demeura jusqu’en 784. L’époque de Nara fut marquée par une magnifique floraison d’art et le premier épanouissement de la littérature japonaise. Le bouddhisme devint toutpuissant, non seulement parmi le peuple, mais aussi et surtout à la cour, et prit le rang d’une véritable religion d’État; les sectes se multiplièrent; des temples magnifiques s’élevèrent, dont le plus fameux est le Tôdaiji de Nara avec son Bouddha colossal; les bonzes prirent une place considérable dans l’État : l’un d’eux, Dôkyô, qui s’était rendu maître de la volonté de l’impératrice Shôtoku, aspira au trône.

Les souverains, entourés désormais d’une cour organisée, durent s’en remettre de plus en plus à leur entourage du soin des affaires publiques; en même temps, ils prirent l’habitude d’abdiquer de bonne heure, pour terminer leurs jours dans une pieuse retraite. Ces circonstances favorisèrent les ambitions d’une famille, celle des Fujiwara, qui accapara peu à peu tous les postes importants de l’État et dans laquelle les souverains adoptèrent la règle de choisir leurs épouses. La puissance des Fujiwara, déjà grande à l’époque de Nara, s’accrut encore après qu’en 794 la capitale eût été transférée à Heian (aujourd’hui Kyôto) , où elle devait rester fixée pen-

(I) Taikwa est le premier titre de période, ou nengô, qui ait été adopté au Japon (645-649): c’est au cours de cette période que le prince Naka no Oe entreprit les grandes réformes dont nous parlons ici.

dant plus de dix siècles. A la fin du IX® siècle, ils se firent attribuer et monopolisèrent la charge de kwamhaku, assez analogue à celle de maire du palais,^ et les empereurs, qu’ils choisissaient ou faisaient abdiquer à leur gré, ne furent plus que des marionnettes entre leurs mains. L époque des Fujiwara, qui va jusqu’au milieu du XII® siècle, fut du reste exceptionnellement brillante : jamais la vie de cour ne fut aussi raffinée; jamais la littérature ne jeta un aussi vif éclat. Mais pendant que les Fujiwara s’énervaient et s’amollissaient dans les charmes de la capitale, une véritable révolution se préparait dans les provinces.

LA FÉODALITÉ. — Rivalité des Taira et des Mina- MOTO. Le shôgunat de Kamakura. Les deux dynasties. — Dès le X® siècle, en effet, la constitution unitaire de l’Empire et l’autorité de la cour de Kyoto se trouvent menacées par la formation et le développement rapide d’une féodalité militaire : de toutes parts se constituent des fiefs héréditaires au profit de seigneurs [daimyo) qui s’entourent de nombreux guerriers (samurai) et qui voient dans l’empeieur un suzerain bien plus qu’un souverain. Le péril devient plus menaçant lorsque quelques-unes de ces maisons seigneuriales en réduisent d’autres à la vassalité et étendent ainsi leur pouvoir sur de vastes territoires. C’est ainsi que les Minamoto se rendent maîtres de presque toute la moitié nord-est (Kwantô) de l’île principale. Leur puissance n’est contre-balancée que par celle d’une autre famille, celle des Taira, avec laquelle ils ne tardent pas à entrer en conflit. Vaincus une première fois (940), les Taira emploient près de deux siècles à reformer leurs forces : au milieu du Xll® siècle, leur chef, Kiyomori, chasse les Fujiwara de Kyoto, détruit la puissance des Minamoto, installe sur le trône des souverains de son choix et exerce jusqu’à sa mort (1181) une véritable dictature. Mais, à ce moment, les Minamoto relèvent la tête : en quelques années ils reprennent Kyoto et annihilent, dans des batailles fameuses où s’illustre Yoshitsune, l’armée et la flotte des Taira.

Le chef de la maison, Yoritomo, homme énergique et profond politique, s’installe dans le Kwantô, à Kamakura, d’où il gouverne tout le Japon. En 1 192, l’empereur lui confère le titre de iaishôgun, ou « généralissime », qui devint héréditaire dans sa famille. Ainsi fut fondé le bakufu, ou gouvernement shôgunal, qui devait pendant des siècles accaparer toutes les réalités du pouvoir et tenir dans une tutelle plus ou moins respectueuse l’empereur et la cour de Kyôto. Par un singulier retour de fortune, les successeurs de Yoritomo furent à leur tour mis en tutelle par la famille des Hôjô, dont les chefs, avec le titre de régents {shikken) , furent les maîtres incontestés du bakufu de Kamakura jusqu’à la chute de ce régime. Ce furent du reste des chefs remarquables, et l’un d eux, Tokimune, eut la gloire de repousser par deux fois l’invasion mongole (1274- 1281).

Pourtant, les empereurs de Kyôto tentèient à diverses reprises de secouer le joug de Kamakura. Au XIV® siècle, après un premier essai malheureux, Go-Daigo, aidé par de puissants seigneurs, y réussit : ses partisans enlevèrent Kamakura ; ce fut la fin de la dynastie des Hôjô (1333). Mais la restauration impériale fut de courte durée. Le seigneur qui avait prêté à Go-Daigo le concours le plus efficace, Ashikaga Takauji, afficha bientôt la prétention de reconstituer le bakufu à son profit. Go-Daigo dut s’enfuir de Kyôto et chercher une retraite dans le sud, où ses successeurs se maintinrent quelque temps, pendant qu’une autre branche de^ la famille impériale, protégée par Takauji, régnait à Kyôto : c est l’époque des deux dynasties du Nord et du Sud {Namboku-chô,

1336-1392) . En 1392, le dernier souverain de la dynastie du Sud abdiqua : dès lors, la nouvelle famille shôgunale des Ashikaga n avait plus rien à craindre du trône.

RELIGIONS. — La religion primitive du Japon est celle qui a reçu plus tard le nom de Shintô, « la Voie des Dieux ». Dépourvue de livres sacrés et de dogmes arrêtés, elle se réduisait à une nriythologie assez incohérente, a une forme du culte des ancêtres, où ceux de la famille impériale tenaient la première place, et à un rituel de propitiation des forces de la nature : le culte essentiel était celui de la déesse Amaterasu, ancêtre de la dynastie, à laquelle était consacré le grand temple d’Ise.

Le bouddhisme, qui fut introduit au Japon au \'I® siècle, était

le bouddhisme du nord ou mahâyâniste. Très puissant déjà à l’époque de Shôtoku Taishi, il acquit, au YIII® siècle, une telle influence qu’il faillit faire de l’État une théocratie.

Il était déjà divisé, comme en Chine, en un grand nombre de sectes, dont l’enseignement avait pour base des livres sacrés différents : mais c’est après le transfert de la capitale à Kyôto qu’apparaissent les sectes les plus importantes. Au IX® siècle, des prêtres japonais importèrent de Chine la secte Tendai, qui propagea le culte d’Amida, le Bouddha rédempteur, et la secte ésotérique et mystique Shingon, dont le fondateur, Kôbô Daishi, tenta en plus, à la suite de Gyôgi (\’III® siècle) , d’incorporer au Panthéon bouddhique les divinités du Shintô.

Le XII® et le XIII® siècle virent apparaître la secte quiétiste Zen, qui devait jouer plus tard un rôle si important dans la formation morale des samurai; la secte amidaïque Jôdo. dont une branche purement japonaise, le Shm-shû, permet le mariage des prêtres, et la secte guerrière, purement japonaise, elle aussi, de Nichiren, qui disputa à la secte Shin la faveur du peuple.

LANGUE ET ÉCRITURE. — La langue japonaise, polysyllabique et dépourvue de tons, comporte des éléments invariables (substantifs, pronoms, adverbes) et des éléments flexionnels (adjectifs et verbes) ; dans l’ensemble, elle appartient, par sa structure, au type agglutinant. Elle semble apparentée par certains caractères aux langues mongolo-coréennes, et par d’autres aux langues malaises, mais on n’a pas encore déterminé avec précision le groupe linguistique auquel elle se rattache. Les emprunts considérables qu’elle a faits et ne cesse de faire au chinois ont enrichi son vocabulaire sans modifier sa structure.

Les Japonais primitifs ne connaissaient pas l’écriture. Lorsque l’écriture chinoise leur fut révélée, ils ne la dissocièrent point tout d’abord de la langue chinoise elle-même; leurs premiers textes furent écrits en chinois, et le chinois est resté pour eux, jusqu’à l’époque contemporaine, la langue officielle et savante, celle dont on se servait presque exclusivement dans les textes législatifs, administratifs et juridiques, dans les annales, dans les œuvres philosophiques, scientifiques et religieuses. Mais, de bonne heure, les Japonais imaginèrent d’emjDloyer les caractères chinois, pris uniquement avec leur valeur phonétique (manyô-gana) , pour transcrire leur propre langue : leurs plus anciens monuments littéraires nous sont parvenus sous cette forme. C’est au IX® siècle seulement que se place l’invention des deux syllabaires, le kalakana et le hiragana, formés de signes (kana) , qui sont du reste des caractères chinois rnutilés ou simplifiés. Cependant, loin d’éhmmer les caractères chinois, les Japonais se sont fait peu à peu un système d’écriture' mixte et fort compliqué, où les mots principaux sont représentés par des caractères auxquels on ajoute des kana pour exprimer les désinences flexion-

Le FuJI-YAMA.— Cette montagne, située dans l’ile de Hondo, s est. d après une très ancienne tradition, élevée tout d un coup, tandis que la terre s’ouvrait dans la province d’Omi et qu il s y formait un grand lac (le lac Biwa). Cl. üsderwood.

nelles, les suffixes et les particules. Un fait digne de remarque est qu’à partir du X' siècle la langue parlée a commencé à diverger considérablement de la langue écrite et à évoluer indépendamment d’elle.

LITTÉRATURE. — Les plus anciens textes japonais qui nous soient parvenus sont les poèmes archaïques cités dans le Kojiki (712) et le Nihongi (720) et les prières liturgiques (nonto) conservées dans VEngi-shiki (927). Vers le milieu du \ I1I® siècle, fut compilé le premier en date et le plus important des grands recueils poétiques, le Manyôshû, où l’on trouve des poèmes d’une certaine longueur (naga-uta) à côté des courts poèmes, beaucoup plus nombreux, de trente et une syllabes (tanka) , qui seront cultivés exclusivement à partir du IX® siècle. Ainsi se marque, dès l’origine, le goût naturel des Japonais pour les notations brèves et les images concises, qui suggèrent plus qu’elles n’expriment et qui ébranlent la sensibilité et l’imagination du lecteur sans les conduire, pour ainsi dire, par la main. Les poètes japonais les plus célèbres sont Hitomaro et Akahito (\'III® siècle), et Ki no Tsurayuki (x® siècle).

Les X® et XI® siècles furent l’âge d’or de la prose japonaise. Les romans (monogalari) , les essais et les mémoires de cette époque nous ont conservé l’atmosphère même de la cour élégante et précieuse de Heian. Il est remarquable que les deux écrivains les plus illustres de cette époque aient été deux femmes : Murasaki Shikibu, l’auteur du roman Cenji monogalari, « Histoire du prince Genji », et Sei Shônagon, qui nous a laissé un étincelant recueil de souvenirs, de pensées et de maximes, le Makura no sôshi, « Esquisses de l’oreiller ». Avec l’époque féodale, aux romans d’imagination se substituent peu à peu les romans historiques, inspirés pour la plupart de la rivalité des Minamoto et des Taira, et dont le plus célèbre, le Heike monogalari (fin du XII® siècle) , a parfois une allure véritablement épique.

ART. — Les arts furent introduits au Japon par la Corée en même temps que le bouddhisme, et ce sont des artistes coréens qui ont formé les premiers artistes japonais. Comme l’art qu’ils importaient, continuation de celui de la Chine du nord, était déjà parvenu à un haut degré de maturité, on ne trouve point au Japon de période préliminaire d’essais et de tâtonnements, et les œuvres qui nous restent de l’époque de Shôtoku Taishi, principalement d’assez nombreuses statues de bronze et de bois, sont déjà d’une rare beauté. Le grand nom est alors celui du sculpteur Tori, dont le style est tout proche de celui des Wei septentrionaux.

A la fin du \’II® siècle et au début du V'III®, des rapports directs s’étant établis avec la Chine, qui était entrée elle-même en contact avec l’Inde, une vague d’influence sino-indienne fait éclore des œuvres magnifiques, notamment les statues de Yakushi et de ses deux assistants au Yakushi-ji et les fresques du Hôryû-ji. A l’époque de Nara (\'Iir siècle), l’art japonais s’inspire étroitement de l’art des T’cUig : les statues de divinités, en bronze, en laque sèche, en argile ou en bois, sont d’un modelé plus vivant et plus humain, et l’on voit apparaître la statuaire de portrait, qui produit des chefs-d’œuvre. Sous les Fujiwara, l’architecture religieuse, caractérisée jusqu’ici par une sobriété pleine de noblesse, subit une transformation profonde : les temples s’ornent d’une décoration somptueuse et variée et prennent des formes plus libres, notamment dans l’exquis Hôô-dô, « Pavillon du Phénix », d’Uji (1 052) . La sculpture ornementale fait des progrès rapides; mais la statuaire, élégante et gracieuse, perd de sa grandeur et de sa force. A l’époque de Kamakura, elle connaît une véritable renaissance, à laquelle est attaché le nom d’Unkei (xil®-xill® siècles) : elle se complaît alors dans la représentation des divinités redoutables, aux gestes menaçants et aux musculatures saillantes.

La peinture n’a pas jeté un éclat moins vif que la sculpture aux \'ir' et \’in® siècles : malheureusement, à l’exception des fresques du Hôryû-ji, il ne nous en reste à peu près rien. Au IX® siècle, un grand nom, Kose no Kanaoka, le Wou Tao-tseu japonais : mais la critique contemporaine l’a dépouillé peu à peu de toutes les œuvres qu’on lui attribuait. Les premières dont l’attribution soit à peu près sûre sont d’admirables peintures religieuses du prêtre Eshin (fin du X® siècle) .

Toute cette première période de la peinture japonaise est bouddhique par ses sujets et d’inspiration chinoise : les kakémono qu’elle

nous a laissés nous permettent de nous faire une idée de l’art des grands peintres religieux de la dynastie T’ang. C’est au début de l’époque féodale qu’apparaît la peinture proprement japonaise, le Yamalo-e : un style nouveau se crée, dont l’école Tosa, fondée au XIII® siècle par Tosa Tsunetaka, va perpétuer la tradition. Le Yamalo-e triompha surtout dans la peinture des scènes de cour et des scènes guerrières, dans le portrait et dans l’illustration des textes religieux ou romanesques écrits sur des rouleaux (makimono) : il se caractérise par la recherche des fonds somptueux et des riches coloris et par un soin extrême du détail qui n’exclut ni la noblesse ni la grandeur.

BIBLIOGRAPHIE

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