LES HÉBREUX
Aux premières couches sémitiques installées en Syrie, d’autres viennent s’ajouter à partir du XX® siècle av. J.-C. ; la plus importante est celle des .Araméens, à laquelle se rattache celle des
L’ORIENT CLASSIQUE
AbISHA, chef d’un convoi de trafiquants sémites, est présenté avec ses gens au prince égyptien KhnOUMHOTPOU. — Célèbre fresque d’un tombeau de Béni Hassan, au temps de la XII' dynastie. Les costumes, les coiffures et les armes attestent l’influence prépondérante de la Babylonie en Canaan à cette époque.
{D après Lepsius. Denk.maeleT .)
Hébreux. Le morcellement politique facilite le contact et la pénétration; le clan d’Abraham peut, sans difficulté sérieuse, descendre du nord au sud à la recherche de gras pâturages. Le commerce avec l’Êgypte devient florissant; bientôt des Asiatiques vont s’emparer du pouvoir et fonder en Égypte la domination des Hyksôs. Une partie du clan d’Abraham viendra s’y réfugier pour échapper à la famine; elle en ressortira plus tard sous la conduite de Moïse, pour faire la conquête de Canaan, la « terre promise ».
La conquête de la Syrie par l’Égypte, commencée vers 1600, sous le pharaon Ahmosis, est achevée à la fin du XV® siècle. Les K Lettres d’El-Amarna » montrent la situation précaire du pouvoir égyptien, les querelles de cité à cité, l’influence occulte des Hittites en Àmourrou ; les fouilles révèlent la prédominance de la civilisation égéenne, elle-même influencée par la civilisation suméro-akkadienne, et répandue dans cette région depuis deux ou trois siècles.
Le prestige des Pharaons disparaît au temps de la réforme d’Aniénophis IV, et Séti 1", Ramsès II tentent de rétablir la domination égyptienne. Un traité avec les Hittites est l’origine d’une paix durable, d’une ère de prospérité. C’est le temps où les Hébreux, qui tirent leur nom d’un certain Héber, pénètrent en Canaan par la frontière orientale.
APERÇU HISTORIQUE. — D’ après leurs livres sacrés, l’histoire des Hébreux se confond avec l’histoire même du monde, et il suffira de rappeler les récits bibliques qui retracent la Création, l’établissement d’Adam et Éve sur la terre, la division de l’humanité en deux groupes rivaux à la suite du meurtre d’Abel par son frère Caïn, le Déluge, le repeuplement de la terre par Sem, Cham et Japhet, les trois fils du patriarche Noé que sa piété avait sauvé du Déluge, la confusion des langues et la tour de Babel.
Un descendant de Héber, le patriarche Abraham, de la lignée directe de Noé, quitta la ville d’Our, en Babylonie, dans la première partie du deuxième millénaire, s’installa avec son clan d’abord à Harran, ensuite en Canaan, où finalement il se fixa dans la région d’Hébron, sur l’une des deux routes qui unissent l’Égypte au reste du monde civilisé.
Descendant d’Abraham, Jacob, appelé |)lus tard Israël, eut douze fils, dont chacun devint l’ancêtre d’une tribu nombreuse; l’avant-dernier, Joseph, vendu par ses frères, gagna en Égypte la faveur du pharaon, qui le prit pour ministre.
Il appela son père et ses frères auprès de 1 ui, à l’occasion d’une famine qui, sept années durant, désola le monde, puis il les établit au canton de Goshen, dans cette région orientale du Delta où des nomades asiatiques sont venus s’établir à toutes les époques de l’histoire.
Les rois hyksôs protégèrent les Israélites; mais, après l’expulsion des conquérants eirangers, le pharaon leur im|)osa des ' hanre-i écrasantes et, pour les anéantir, jirescrivit de mettre à mort, dès leur naissante, tou.s les enfants mâles. Une
femme de la tribu de Lévi exposa son fils nouveau-né sur le Nil; il fut sauvé par la fille du roi et nommé Moïse. Parvenu à l’âge mûr. Moïse délivra son peuple et l’emmena dans la presqu’île du Sinaï. Cet Exode des Hébreux est antérieur au règne de Ménephtah (xilL siècle), pharaon de la XIX® dynastie.
Après la sortie d’Égypte et leur passage au Sinaï, où ils ont fait alliance avec Jahvé, le Dieu unique, les Hébreux séjournent une trentaine d’années dans l’oasis de Cadès et y constituent leur unité politique et religieuse. Ils longent la côte orientale de la mer Morte, franchissent le Jourdain vers le temps où Philistins et Zakkala s’installent sur la côte de la Méditerranée, s’emparent de Jéricho et de Gabaon et mettent en déroute une coalition de princes cananéens. Bientôt, la cohésion des tribus disparaît et la conquête se poursuit lentement jusqu’à la fin du XI® siècle, au milieu de populations de civilisation plus développée. C’est la « période des Juges », période d’instabilité, où des chefs surgissent tantôt dans un clan, tantôt dans un autre et s’efforcent en vain de fonder l’union de tous les Israélites. Un jour vient cependant où le peuple désire un roi pour « le gouverner, sortir à sa tête et combattre ses combats ». Saül, désigné par le prophète Samuel, n’est qu’un chef militaire, poursuivant avec succès la lutte contre les Philistins, les Ammonites, les Amalécites. A sa mort, les gens de Juda proclament David, secrètement sacré par Samuel, pendant que les tribus du nord se rallient autour du
fils de Saül. De là une guerre civile d’où David sort vainqueur.
Ayant conquis la forteresse des Jébuséens, au centre du pays, David en fait sa capitale, Jérusalem. Il organise une monarchie absolue qui s’étend sur tous les Israélites, fonde une armée permanente, essaie d’établir un centre unique de culte pour son peuple. Philistins, Moabites, Iduméens, Amalécites sont successivement réduits à l’état de vassaux et chargés de tributs ; l’empire de David s’étend, sous la suzeraineté de l’Égypte, de l’Euphrate jusqu’à la mer Rouge. Les dernières années du règne de ce prince sont attristées par la révolte de son fils Absalon.
Salomon, son plus jeune fils, héritier d’un grand royaume de fondation récente, s’emploie à parfaire la conquête de Canaan, à organiser le culte, le gouvernement, la justice, le commerce. Roi riche et puissant d’un pays encore peu civilisé, il fait venir à grands frais des architectes tyriens pour élever un teml)le à Jahvé et bâtir au roi un magnifique palais. Il se rend illustre par la sagesse de ses jugements; sa capitale devient un centre de commerce entre l’Égypte et l’Orient; dans le golfe d’Aqaba, il fonde, de compte à demi avec les Tyriens, un port pour les transactions avec le pays d’Ophir. Mais, à la fin de sa vie, il introduit en Israël des cultes étrangers et crée de lourds impôts pour couvrir ses dépenses somptuaires.
L’Égypte ne pouvait assister sans inquiétude à ces progrès; aussi donnet-elle son appui à quiconque veut amoindrir la puissance Israélite. A la mort
SrÈLE DE Mésa. — É rigée par Mésa, roi de Moab, après sa révolte contre Israël et sa victoire sur le roi Joram, cette stèle a été découverte intacte, près de Dibân, vers 1868 Brisée par les Bédouins, elle a été reconstituée au Louvre avec vingt fragments acquis par Clermont Ganneau et d’autres offerts par des membres du Palestine b.xploration Fund et par le professeur Schlottermann. (Basalte. Haut. : 1 m.) — Musée du Louvre. IT,. i. m \ri.ii\.
LES ISRAELITES, LES PHENICIENS — 35
■de Salomon, sous prétexte de soutenir Jéroboam, qui s’élève contre l’héritier légitime, Roboam, le pharaon Sheshonq pille et rançonne les principales cités. L’unité est définitivement rompue par le « schisme des dix tribus »; il y a désormais un royaume d’Israël, dont la capitale est Samarie, en face d’un royaume de Juda, dont le centre est Jérusalem.
C’est à ce moment que se fonde dans la Syrie du nord, à Damas, un puissant royaume araméen, bientôt agrandi aux dépens d’Israël et de Juda. L’Assyrien qui, à la fin du XII® siècle, a pour la première fois traversé l’Euphrate, qui, depuis, est venu à diverses reprises guerroyer jusqu’à la Méditerranée, attaque en 854 le roi ■de Hamath et livre à Qarqar, sur l’Oronte, une bataille indécise contre une confédération des princes de Syrie, à laquelle adhère Achab, roi d’Israël. Douze ans plus tard, Jéhu, successeur d’Achab, se reconnaît tributaire de Salmanasar III. En 735, Téglath-phalasar III, à la suite d’une campagne en Philistie, impose Osée comme roi en Israël, et il intervient ensuite militairement pour le maintenir malgré ses sujets. Osée intrigue contre l’Assyrie; Salmanasar V assiège Samarie, sa capitale, pendant trois ans. Cette ville succombe (722) au début du règne de Sargon, qui déporte les habitants et les remplace par des gens de Hamath auxquels viennent se joindre plus tard des Arabes, des Koutéens, des Babyloniens. Ces éléments étrangers transforment la civilisation de la région; l’influence grecque, déjà sensible, y trouve de nouvelles facilités de développement.
Juda est tombé en décadence. Jadis sous la mouvance de Damas, il a maintenant mis sa confiance dans l’Égypte, dont la politique est d’entretenir des troubles en Canaan. En 701, il fait partie, avec Jaffa et Akkaron, d’une ligue qui est défaite par les Assyriens, près d’Akkarcn. Pour la première fois, l’armée ninivite foule le sol de Juda. En quelques jcurs, elle est aux portes de Jérusalem; la garnison fait défection ; le roi Ezéchias doit traiter, s’engager à payer tribut et perd une partie de son territoire.
En 690, Sennachérib revient contre Juda, mais son armée, épuisée par les privations pendant la traversée du désert, doit battre en retraite avant d’avoir commencé les opérations.
Après la chute de Ninive (612), la plus grande partie de la Syrie reconnaît bientôt l’autorité de Babylone; Juda refuse le tribut, malgré les objurgations du prophète Jérémie. Jérusalem est prise en 596, puis de nouveau en 587, par Nabuchodorosor, et ses habitants sont déportés. C’est la fin de l’État hébreu.
La captivité dure jusqu’à la conquête de Cyrus. L’année même de la chute de Babylone, en 538, le roi de Perse permet aux Juifs de revenir dans leurs foyers, de restaurer leur culte; mais l’hellénisme, fortement établi dans le pays, pénètre la civilisation juive et, après la conquête de l’Orient par Alexandre, ne laisse à peu près rien subsister en dehors de ce qui fait la grandeur et l’originalité d’Israël : sa religion monothéiste.
LA RELIGION. — LE CULTE DES MORTS. — La
religion des Cananéens, au milieu desquels les Hébreux vinrent s’établir, exerça une influence considérable sur la masse du peuple, et ce fut toujours une minorité qui professa dans toute sa pureté la religion de Jahvé.
Les Cananéens ont le culte de la Nature, des énergies productrices de la vie. Leurs dieux principaux sont les Baals, maîtres ou propriétaires de régions délimitées : les habitants de ces régions ne sont que leurs tenanciers et doivent par des offrandes reconnaître leur suzeraineté, s’assurer leur bienveillance. Un autre dieu, Milk (Mélék, Moloch) , dont le nom signifie « roi », semble avoir été honoré plus particulièrement en Phénicie et dans les colonies phéniciennes; on lui offrait parfois en sacrifice des enfants brûlés vifs.
Deux déesses, quelquefois identifiées, sont l’une et l’autre des divinités de la volupté. Ashêra assure la germination des plantes; Astarté préside à la fécondation du bétail. Leur image est dans toutes les maisons comme amulette : le plus souvent, c est une déesse nue, les mains ramenées sous les seins, imprimée par un moule sur une plaquette d’argile. On n’a guère retrouvé de représentation de divinité masculine, mais les emblèmes de la virilité, en pierre ou en terre cuite, sont très répandus.
Dans les sanctuaires, aucune Idole vénérée. Lieu sacré, désigné par une manifestation de la divinité, le sanctuaire cananéen est un espace à ciel ouvert, délimité par une clôture. On y remarque une ou plusieurs pierres levées, parfois en forme de phallus, des troncs d’arbres à peine dégrossis ou vaguement sculptés en forme féminine, un autel de pierre rectangulaire sur lequel on brûle les offrandes, les débris des victimes, des objets votifs, une source ou un réservoir, des fosses pour les cendres. Une grotte naturelle ou artificielle fait souvent partie des dépendances qui.
dans les principaux lieux de culte, comportent des chambres pour le clergé, des abris pour les pèlerins, des étables, des magasins.
Le culte consiste en libations, offrandes de produits du sol, sacrifices d’animaux, onctions, aspersions, prostrations, attitudes rituelles, danses, processions. Dans certaines circonstances exceptionnelles, la construction du rempart d’une cité par exemple, un sacrifice humain semble avoir été obligatoire; d’autres fois, dans le culte de Moloch en particulier, des enfants nouveau-nés sont brûlés vifs.
La prostitution sacrée d’hommes et de femmes voués à la divinité est également une des caractéristiques de la religion cananéenne.
La notion de Baal, dieu territorial, est commune aux Cananéens et aux Israélites, au temps où ces derniers pénètrent en Canaan. Les Israélites considèrent alors leur dieu national, Jahvé, comme le Baal du Sinaï. Le souci de leurs intérêts matériels les pousse à honorer les anciennes divinités locales dont les lieux du culte subsistent et qui, depuis des siècles, manifestent leur puissance. De là deux courants qui se maintiendront dans la religion Israélite : l’un, conforme à la révélation faite à Moïse et pratiqué par une élite, considère Jahvé comme le seul vrai Dieu et les dieux des autres peuples comme de vaines idoles; l’autre, contre lequel s’élèvent avec véhémence les prophètes, contaminé par le milieu cananéen et suivi par la masse du peuple, souvent même par les rois, s’épanouit particulièrement au N'III® siècle dans le royaume d’Israël : tout en attribuant à Jahvé une supériorité marquée, il admet la puissance des dieux étrangers et leur rend un culte.
Moïse semble avoir songé à l’établissement d’un sanctuaire unique, où serrât déposée l’arche d’alliance. Ce sanctuaire, que David se propose d’édifier. Salomon en réalise la construction. Mais, aussitôt, le schisme des dix tribus du nord vient rompre l’unité du royaume et la centralisation cultuelle ne se réalise pas avant le retour de l’exil, au V® siècle, alors que le pays hébreu ne comprend plus que la Judée. A cette époque, parmi les Juifs de la dispersion, les uns n’offrent pas de sacrifices; d’autres, ceux d’Éléphantme, en Égypte, par exemple, se bâtissent un temple où le culte se célèbre comme à Jérusalem même.
La législation mosaïque donne à la famille de Lévi — celle du législateur — le privilège d’intervenir entre l’homme et Dieu, d’interpréter la loi, d’enseigner les prières traditionnelles, de consulter les sorts. L’offrande de l’encens et de l’holocauste demeure longtemps libre et l’on peut, même après l’établissement de la royauté, être prêtre par vocation ou en exécution d’un vœu de sa famille. Dans le partage de la Terre Promise, les Lévites n’eurent point de part : « Jahvé était leur partage. » Avant la fondation du Temple, ils s’établirent auprès de sanctuaires locaux ou voyagèrent de village en village; leur importance s’accrut considérablement avec la centralisation religieuse, et, plus d’une fois, il y eut de graves conflits entre la royauté et le sacerdoce ; quand, par exemple, Athalie fit périr les princes de Juda, l’héritier légitime de David fut sauvé par l’intervention du grand prêtre.
Pendant la captivité, par suite de la défaillance du pouvoir royal, le grand prêtre devient un chef politique. Le privilège de servir à l’autel, dans le second Temple, est réservé à la famille de Zadok, la seule dont l’orthodoxie n’a jamais failli.
La pureté de l’esprit religieux et des mœurs est entretenue en Israël par des personnages exaltés, souvent de très basse extraction, qui reçoivent de Jahvé lui-même la mission de rappeler au peuple ses devoirs, d’annoncer les châtiments et de proclamer les miséricordes divines : ce sont les prophètes. Il en existe déjà au-
InSCRIPTION de SILOË. — Cette inscription en caractères hébraïques, gravée sur le rocher pour commémorer le percement du canal de Siloë, à Jérusalem, au temps du roi Ézéchias, a été découverte en 1880. Le musée du Louvre en possède un moulage exécuté avant que l'original ait été transporté à Constantinople.
(Haut. : 0'",33.) — Musée de Constantinople.
L'ORIENT CLASSIQUE
tour de Moïse; il en paraît de temps à autre pendant la période des Juges; ils sont organisés en communauté à l’époque de Samuel. Jahvé ne leur parle pas face à face comme il l’a fait avec Moïse, mais il se manifeste à eux dans des songes ou dans des visions. Quelques prophètes ont laissé des écrits; ils y proclament leur mission divine, la domination de Jahvé sur tous les peuples et, dans l’avenir, le règne universel du Messie, descendant de David.
Line autre institution religieuse, en vigueur à toutes les époques de l’histoire d’Israël, c’est celle des Naziréens ou consacrés, qui, pour honorer la divinité, conservaient leur chevelure sans la couper et s’abstenaient de toute boisson fermentée.
La loi mosaïque prescrivait un jour de repos par semaine, le sabbat, consacré à honorer Dieu, et trois fêtes principales chaque année : la première, la Pâque, au milieu du premier mois, était marquée par l’immolation d’un agneau et commémorait la sortie d’Égypte ; la seconde, sept semaines plus tard, coïncidait avec la moisson; la dernière, à l’automne, était une action de grâces pour la fin des travaux agricoles.
Pour reconnaître la souveraineté de Dieu on lui offre les prémices de tous les biens de la terre ; les premiers-nés du gros et du petit bétail lui sont sacrifiés à moins d’être atteints d’un défaut naturel; les premiersnés des ânesses et des animaux impurs sont rachetés. Les fruits naturels de la terre de Canaan doivent être portés à la maison de Dieu dans une corbeille et forment une partie de la dotation des prêtres en exercice. Les prémices des fruits préparés, farine, vin, huile, et celles des toisons sont dues par tous les Israélites, même en dehors de la Palestine, et attribuées par chacun à un prêtre de son choix. A Pâques, on présente à Dieu les prémices de l’orge; à la Pentecôte, celles du froment et du pain.
En Canaan, comme en tout autre pays, le menu peuple était enterré dans des conditions telles que les sépultures ont disparu.
Dans les ruines de Gézer, une caverne creusée en partie artificiellement a servi de lieu de sépulture aux plus anciennes populations qui se fixèrent en ce heu. Les morts étaient incinérés. La présence de poteries primitives disséminées à travers la couche des cendres et celle d’une cupule creusée à la surface du rocher, près de l’entrée de la caverne, témoignent de préoccupations religieuses, d’une notion de survie.
Les premiers sémites utilisent ce même hypogée; ils le consacrent par le sacrifice d’un enfant nouveau-né; les morts sont déposés sur le sol, les plus riches entourés d’une petite clôture, le long des parois. Le mobilier funéraire comporte des vases plus variés, plus perfectionnés, des coquilles percées, des perles émaillées, des disques d’agate et de cornaline, une idole en calcaire. A l’extérieur, une colonnette semble être un monument religieux.
A la même époque, on utilise en Canaan la « tombe à puits », analogue à la tombe phénicienne qui, elle-même, paraît être une imitation égyptienne. Les offrandes funéraires y sont nombreuses : aliments, boissons, lampes, armes en bronze, objets de parure. Dans le même site, un hypogée égyptien de la même époque comporte un riche mobilier.
Le puits d’accès à la tombe, primitivement placé sur le côté, devient un simple trou dans le plafond de la chambre avant même l’installation des Israélites en Canaan. Les morts sont alors couchés sur le côté gauche, genoux ramenés vers le menton. Le mobilier comirorte des vases et des emblèmes religieux.
Les Philistins de Gézer construisent des tombes à caisson voûté, où le défunt est étendu sur le dos, entouré de vases d’argent ou d’albâtre, d’objets de parure et d’aliments.
Les tombes des rois de Juda n’ont pas été retrouvées; mais, sous le village de Siloë, sont quelques sépulcres Israélites antérieurs à l’exil, aujourd’hui utilisés comme magasins : taillés dans le roc, ils se comirosent d’un couloir d’entrée et d’une chambre avec bancs funéraires dans les [larois longitudinales.
Plus tard, l’aménagement et la décoration des tombeaux subis¬
sent l’influence de la Grèce, prépondérante en Syrie après la ruine de la puissance assyrienne. C’est le temps où se développe en Judée l’idée de l’intervention efficace, par la prière, des vivants en faveur des morts, idée qui ne semble guère antérieure à la captivité. Pour les anciens Israélites, les morts étaient des êtres sans force, plongés dans le sommeil, mais ayant cependant conscience de leur état, se connaissant entre eux, mais ne sachant rien de ce qui se passe sur la terre, sauf par une permission exceptionnelle de Dieu. On se permettait de les consulter et, par des pratiques magiques, on évoquait leurs ombres.
LA LÉGISLATION. — LA FA¬ MILLE. — La loi babylonienne de Hammourabi, les textes législatifs découverts en Assyrie et dans les ruines de Hatti n’ont pas d’équivalent en Canaan. La législation mosaïque ne nous est pas parvenue dans les mêmes conditions; elle se trouve éparse dans les livres du Pentateuque, et, dans le Deutéronome, elle se présente avec des compléments qui témoignent d’une application déjà longue. Promulguée pour un peuple sortant de la vie nomade, cette législation reflète une civilisation inférieure à celle des peuples voisins; mais sa partie religieuse présente une supériorité incontestable.
La loi est condensée dans le Décalogue, les dix commandements dictés par Dieu à Moïse sur le Sinaï, et inscrits sur les « Tables de la Loi ».
Le « Livre de l’Alliance », complété par les décisions de Moïse, à mesure que des cas particuliers motivent son intervention, et plus tard par celles des lévites consulteurs des sorts, forme la législation pratique. Celle-ci se développe dans le Lévitique et le Deutéronome; incidemment, les autres livres de la Bible constatent les modifications qu’elle a subies au cours des siècles.
La loi pénale est appliquée par les Anciens, réunis à la Porte de la ville. Elle prévoit la peine du talion, la flagellation, la mutilation, l’excommunication, l’exposition du cadavre. La peine de mort punit l’idolâtrie, le blasphème, la profanation du sabbat, la magie, les coups portés au père ou à la mère, l’homicide, la réduction en esclavage d’un Israélite sans son consentement, l’adultère, l’inceste, les actes contre nature.
La législation patriarcale recommande le mariage de l’homme dans sa famille et dans sa parenté; elle autorise le concubinat avec des esclaves, d’ordinaire choisies par la femme, pour multiplier le nombre des enfants. Les fils de l’épouse ont dans l’héritage la part principale. Le père de famille a le droit de vie et de mort; par une bénédiction spéciale, il transmet son autorité à l’un de ses fils ; c’est l’origine du droit d’aînesse.
Quand Israël est définitivement établi en Canaan, que sa vie est devenue sédentaire, il se relâche de ces prescriptions : des unions sont contractées avec des femmes étrangères, au mépris de la loi mosaïque, qui interdit le mariage avec les Cananéennes, les Ammonites et les Moabites, et le tolère seulement avec les Édomites et les Égyptiennes. Ces unions devinrent très nombreuses après la captivité, et il fallut en réprimer l’abus.
La coutume autorise la polygamie dès le temps des Juges, et les premiers rois de Juda, David, Salomon, Roboam, ont un nombreux harem. Les particuliers ont rarement plus de deux femmes légitimes.
Le garçon est nubile à l’âge de treize ans et un jour; la jeune fille, un an plus tôt ; les veuves et les répudiées peuvent se remarier après trois mois de viduité.
La demande en mariage est faite par le père du jeune homme; celui-ci remet aux parents de la future épouse une certaine somme et l’on procède aux fiançailles, qui consistent dans la remise de l’anneau, suivie d’un festin; après la captivité, un acte écrit est rédigé, peut-être à l’imitation de la coutume babylonienne. Les fiançailles constituent un engagement définitif. La séduction d’une jeune fille fiancée est punie comme l’adultère et les coupables sont lapidés.
Autel brule-parfums Israélite. — Ce monument du VII® siècle présente un curieux mélange d’éléments Israélites et d’éléments étrangers. Sur les parois latérales, deux lions entre trois chérubins; sur la face, un arbre stylisé entre des bouquetins ; sur l’un des côtés, un enfant serre des deux mains un énorme serpent. (Terre cuite. Haut. : 0™,90.) — Palestine Exploration Fund. D’après Vincent, Canaan.
LES ISRAELITES. LES PHENICIENS — 37
Après un an de fiançailles, — un mois seulement si la fiancée est une veuve ou une répudiée, — le mariage est célébré; il ne comporte aucune cérémonie religieuse.
La jeune fille séduite doit être demandée en mariage par son séducteur. Toute jeune fille héritière du bien patrimonial est obligée de se marier dans sa tribu ou de renoncer à son héritage, une veuve ou une courtisane ne peut devenir la femme d’un prêtre.
L’adultère est puni de mort ; la femme peut être répudiée par écrit et son mari ne peut la reprendre si elle a épousé un autre homme. De nombreux enfants sont un bienfait de Dieu; la stérilité, un opprobre. Aussi la loi du lévirat oblige-t-elle les plus proches parents d’un défunt mort sans enfants à épouser sa veuve et à lui susciter une postérité : elle a pour but d’assurer la continuité de la famille et de ses biens patrimoniaux.
Le nouveau-né reçoit des cadeaux et chaque année on célébrera l’anniversaire de sa naissance; au huitième jour, il est circoncis et reçoit un nom; le quarantième jour, on offre le sacrifice de rachat; pendant deux ou trois ans, il est allaité par sa mère. Le père peut réduire ses enfants en esclavage et, en cas de manquement grave, les déférer au conseil des Anciens. Le quatrième commandement du Décalogue promet longue vie aux enfants respectueux.
A la mort du père, l’héritage passe à ses fils; si l’aîné des enfants est un mâle, il a droit à une double part; s’il n’y a pas d’enfant mâle, les biens deviennent la propriété de l’aînée des filles, qui doit ou se marier dans sa tribu ou renoncer à l’héritage; à son défaut, les frères du défunt, ses oncles paternels, ses autres parents peuvent successivement faire valoir leurs droits.
LES CLASSES SOCIALES. — En Israël, on distingue des hommes de condition libre et deux classes d’esclaves.
Les esclaves d’origine étrangère, prisonniers de guerre, achetés à prix d’argent ou nés dans la maison du maître, sont le bien de leur maître, qui cependant ne peut ni les mettre à mort ni les maltraiter. Ils doivent être circoncis, ont droit au repos du sabbat et prennent part aux fêtes religieuses. Ils peuvent se racheter ou être libérés par testament. Fugitifs, ils ne sont pas ramenés à leur maître, qui a donc intérêt à les traiter avec humanité.
Les esclaves d’origine israélite sont peu nombreux, parce que la loi leur rend la liberté après six ans de servitude.
Un père peut vendre sa fille; si elle n’est pas épousée par son maître ou par le fils de son maître, ou si elle est maltraitée, elle doit être libérée. Un Israélite peut aliéner sa liberté en faveur d’un autre Israélite ou d’un étranger habitant le pays; il ne saurait être vendu, sauf s’il est poursuivi comme voleur et dans l’impossibilité de restituer le bien dérobé.
Quand il a achevé son temps de servitude ou s’il est victime d’un accident qui le laisse mutilé, l’esclave se retire avec son pécule. Il emmène avec lui femme et enfants, lorsqu’il était marié avant d’entrer en service; mais sa femme ne peut le suivre quand le maître la lui a procurée et en a payé le prix d’achat. Cette disposition légale donna lieu à de nombreux abus, et l’homme marié par son maître préféra souvent rester en servitude : on l’amenait alors devant la porte de la maison et, en présence de témoins, on lui fendait l’oreille. Le retour de l’année jubilaire, tous les cinquante ans, assura, à partir d’une certaine époque, la libération de tous les esclaves d’origine israélite.
LA VIE ECONOMIQUE. — L’Agriculture. — Au
temps des patriarches, les Hébreux étaient des nomades à peu près exclusivement adonnés à la vie pastorale. Ils s’arrêtaient un certain temps dans une région; ils s’initiaient à la vie agricole.
Revenus en Canaan après la sortie d’Égypte, quelques-uns de leurs clans ne purent se décider à changer leur mode d’existence, et, au VU siècle avant Jésus-Christ, les Rékabites ne bâtissaient pas encore de maisons, ne buvaient pas de vin, n’ensemençaient pas. D’autres demeurèrent semi-nomades, en Galaad par exemple; la plupart se laissèrent gagner par la civilisation plus avancée des Cananéens et passèrent de la vie pastorale à la vie agricole.
Le terrain était de valeur inégale : de pauvres pâturages au sud d’Hébron et sur les bords du désert en Transjordanie ; des montagnes à peine recouvertes d’humus sur leurs flancs, où la terre était retenue par de petits murs de pierres sèches; dans les vallées, des vignobles, des vergers et des champs pierreux ; seules les grandes plaines permettaient une culture quelque peu rémunératrice.
Les pauvres gens ont quelques chèvres et moutons ; les plus riches possèdent des vaches et se servent d’un âne comme monture. Ils vivent pour la plupart dans des villages aux maisons basseT
La vigne, l’olivier, le figuier sont cultivés à peu près partout, dans la plaine comme sur les terrasses en gradins au flanc des
Le ThaBOR et la plaine de MeCIDDO, où depuis l’antiquité jusqu à la grande guerre se sont livrés de nombreux combats. Ci. Do.nse Presse.
montagnes. De juillet à septembre, le raisin est écrasé aux pieds ou à l’aide de leviers dans un pressoir, taillé dans le roc ou construit en briques et ciment; le vin fermente quelques jours dans des jarres et est ensuite transvasé dans des outres, où on le conserve deux et même trois ans. En octobre et novembre, les olives sont traitées au pressoir comme l’a été le raisin; de bonne heure, la fabrication de l’huile se perfectionne et les olives à peine mûres sont passées dans un mortier pour l’obtention d’un produit supérieur, article d’exportation très apprécié en Égypte. Le figuier donne des fruits très estimés; on les mange frais du début de l’été au milieu de l’hiver; on les presse en masses compactes pour les conserver et plus tard les débiter en tranches. Parmi les autres arbres fruitiers, on trouve le palmier, dans les environs de Jéricho et de Jaffa, le sycomore, le noyer, l’amandier, le grenadier et le pommier.
Dans les plaines et dans les vallées, la principale culture est celle de l’orge; en octobre, dès que les pluies ont amolli la glèbe, on laboure, peu profondément, à l’aide d’une araire primitive à soc de métal. En avril ou mai, avec l’aide de mercenaires, on moissonne; les gerbes sont portées à l’aire, où les bêtes de somme les foulent aux pieds ou tirent sur elles, comme aujourd’hui, de lourds traîneaux garnis de gros cailloux. Le tas de grain et de paille est remué à l’aide de fourches dans le sens opposé au vent; le grain est vanné au tamis et versé dans des silos ou engrangé; la paille sert de nourriture pour le bétail ou est jetée au feu. Le rendement moyen de la récolte est de 30 pour 1 . Dans les terrains de première qualité, on cultive en outre le froment et le millet.
La culture des légumes présente de grandes difficultés à cause du manque d’eau. Dans les terrains plats, on organise autant que possible des canaux et des rigoles, qui permettent d’arroser les jardins où se récoltent fèves, lentilles, concombres, pastèques et oignons.
Enfin la culture du lin donne à la population une matière première qui, avec la lame, sert à fabriquer les vêtements.
Cette terre de Canaan est un don de Jahvé. Après la conquête, elle a été partagée entre les diverses familles et chaque portion forme une propriété inaliénable et incessible; il est seulement permis de s’en dessaisir temporairement jusqu’à la prochaine année jubilaire, c’est-à-dire pour moins de cinquante ans.
La loi interdit le prêt à intérêt et les dettes sont annulées tous les sept ans, quand revient l’année sabbatique. Tous les sept ans également, mais non pas simultanément pour tout le territoire, la terre doit se reposer et on la laisse en jachère.
Le Commerce et l’Industrie. — Lors de la conquête, les Cananéens ont conservé les principales villes des plaines, sur les grandes routes commerciales, et les Philistins se sont emparés de celles du littoral. Le commerce international se fait par caravanes; Madianites et Ismaélites, d’origine nomade, y excellent. Le commerce maritime est aux mains des Phéniciens et des Philistins. L’Israélite échange sur place les produits de sa terre, orge, blé, huile, vin, baume, résine, laine, fruits et bétail, contre des objets en métal, de la poterie, des étoffes. L’esprit de la loi mosaïque l’éloigne d’ailleurs des relations commerciales avec les étrangers. Salomon tente de développer le grand commerce. Il fait le trafic des chevaux et des